Serge lifar la beaute du diable





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date de publication19.10.2016
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SERGE LIFAR – LA BEAUTE DU DIABLE

DIA 1

Serge Lifar est un cas à part dans l’histoire de la danse. Né à Kiev, du temps où l’Ukraine faisait partie de la grande Russie, il s’est toujours considéré comme russe. Ce qui n’empêche qu’aujourd’hui l’Ukraine le revendique comme l’un des siens, lui dédie un festival et lui consacre plusieurs salles du Musée national d’histoire. Situation quasiment inverse en France, son pays d’adoption : il y a dirigé durant près de 30 ans, précisément de 1930 à 1958, le Ballet de l’Opéra de Paris. Mais n’a jamais pris la nationalité française, préférant rester apatride. Durant toutes ces décennies, Lifar a compté parmi les figures marquantes de l’art, et de la danse à plus forte raison. Mais il y est oublié ou en tout cas mésestimé. J’y reviendrai. Pour le reste, interprète exceptionnel, il fut un chorégraphe de premier plan, l’auteur de nombreux livres, un conférencier infatigable, un peintre décrié, et un collectionneur compulsif. Et à cet égard, on pourrait aller jusqu’à dire que sa vie est sa plus belle oeuvre…

Le temps qui m’est donné ne me permet évidemment pas de détailler sa biographie ni d’analyser tout son travail. Je me contenterai de mettre en évidence les grands axes de sa carrière, au fil de quelques dates :

  • 1905 : sa naissance, à Kiev. Et là, déjà, une controverse. Sur sa tombe, au cimetière russe de Ste Geneviève des bois, près de Paris, c’est 1904 qui est gravé. DIA 2 Mais dans son autobiographie Ma Vie, Lifar affirme que c’est bien 1905. Sans doute s’est-il vieilli d’une année lorsqu’il est arrivé à Monte-Carlo…

  • en janvier 1923 (2e date) pour rejoindre les Ballets Russes de Diaghilev. Je suppose qu’il était trop jeune pour pouvoir signer un contrat. C’est probablement son premier arrangement avec la vérité. A Kiev, c’est 1905 qui figure sur cette plaque commémorative posée sur un mur de l’école qu’il a fréquentée. DIA 3 Il y en aura d’autres. Proche de Diaghilev, il sera l’éblouissant interprète de Zéphyr et Flore DIA 4, Apollon Musagète DIA 5 et Le Fils prodigue, entre autres.



  • 1929 : mort de Diaghilev, dissolution des Ballets Russes, engagement de Lifar à l’Opéra de Paris et première véritable chorégraphie, Les Créatures de Prométhée (musique de Beethoven).



  • 1931 : engagement comme maître de ballet, à l’Opéra de Paris toujours. Il répandra par la suite l’idée qu’il est seul maître à bord, alors qu’en fait il partage le pouvoir avec Carlotta Zambelli, Léo Staats et Albert Aveline, ainsi qu’avec Jacques Rouché, le directeur tout puissant de l’Opéra.



  • 1935 : Icare, son ballet fétiche qu’il interprète lui-même évidemment DIA 6, et dans lequel il illustre sa conviction que « le ballet peut exister libre de tout accompagnement musical »



  • (un principe qu’il a consigné dans son « Manifeste du chorégraphe » (avril 1935). DIA 7 La chorégraphie est donc réglée dans le silence, un pianiste étant chargé de noter les rythmes. L’accompagnement sera fait par des percussions, arrangées par Arthur Honegger, le compositeur, même si c’est le chef d’orchestre George Szyffer qui le signe. DIA 8 Paradoxalement, Lifar n’affirmera la suprématie de la danse sur la musique que dans trois autres créations : David triomphant (rythmes orchestrés par Vittorio Rieti, 1937), Le Cantique des cantiques (Honegger, 1938) et Chota Roustavelli (Honegger encore, mais aussi Tcherepnine et Harsanyi, 1946).



  • 1937 : centième anniversaire de la mort de Pouchkine. Lifar, grand admirateur de l’écrivain, en publie divers textes, parmi lesquels Voyage à Arzeroum. Il bénéficie du concours de Modeste Hofmann, ancien conservateur de la maison Pouchkine, à St-Pétersbourg, qui va rédiger les livres que Lifar va signer DIA 9. Plus tard, Michel, le fils de Modeste Hofmann prendra le relais et assurera ce même rôle de « nègre » auprès de Lifar. Lifar qui organise en cette même année 1937 une exposition Pouchkine, à Paris DIA 10. Son goût pour la collection se manifeste déjà. Il est en possession de lettres de Pouchkine à Natalia Gontcharova, sa fiancée. Il les tient de Diaghilev, lequel les avait achetées au grand duc Michel.



  • 1940 : la France est envahie par les forces nazies. Est-ce par obligation ou par ambition, Lifar reçoit à l’Opéra les grands maîtres du IIIe Reich : Goebbels, Goering et même Himmler. Hitler vient aussi visiter l’Opéra. Et le bruit court que c’est Lifar qui est en le guide. Ce que l’intéressé démentira toujours. Et le fait est qu’il n’y a aucun témoin qui puisse le contredire. En revanche, une habilleuse affirmera, plus tard, la guerre terminée, devant un comité d’épuration que Lifar disait : « Il n’y a au monde de bien que Dieu, Hitler et moi. » Hitler, Lifar le rencontrera à Berlin, en 1942. Hitler entend lui confier la direction de la danse en Allemagne. Lifar dira avoir voulu profiter d’un entretien pour assassiner le Führer. Comme il aurait voulu assassiner Trotsky, dans sa première jeunesse, lorsqu’il était encore étudiant à Kiev. Lifar avait beaucoup d’imagination. Ce qui est sûr, c’est qu’il entretiendra une amitié fervente avec Arno Brecker, le sculpteur du IIIe Reich DIA 11 qui fera d’ailleurs son buste.



  • 1940-1944 : un âge d’or pour la danse. Lifar est au sommet de son art. DIA 12. Dans les années trente, il s’est réglé pour lui les meilleurs rôles : Bacchus et Ariane, L’Après-midi d’un faune, David triomphant, Alexandre le grand… Le temps passant, il met en valeur de magnifiques ballerines : Lycette Darsonval, Nina Vyroubova, Solange Schwarz, Yvette Chauviré. Pour elles, il chorégraphie notamment Le Chevalier et la damoiselle, Istar, Les Animaux modèles, Suite en blanc et Les Mirages.




  • 1944 : la France est libérée ; les collaborateurs sont jugés. Lifar est attaqué dans la presse. On lui reproche d’avoir trop été applaudi par l’Occupant. Pourtant, il ne passe pas devant un tribunal. Mais le comité d’épuration de l’Opéra le proscrit à vie. Pour Lifar, c’est un coup de massue. L’Opéra, c’est toute sa vie.



  • 1945 : La peine est réduite à un éloignement d’un an. Le salut vient de Monte-Carlo où Lifar a fait ses débuts. Il y entame une seconde carrière, entouré de plusieurs de ses étoiles parisiennes, très attachées à sa personne : Yvette Chauviré, Zizi Jeanmaire, Janine Charrat, Ludmilla Tcherina ; Vladimir Skouratoff, Serge Golovine, Alexandre Kalioujny… Pour le Nouveau Ballet de Monte-Carlo, il crée notamment Chota Roustavelli, épopée inspirée d’un poème géorgien du XIIe siècle.



  • 1947 : Lifar qui ne rêve que d’un retour à l’Opéra de Paris, voit son vœu exaucé. Mais ce retour ne se fait pas sans heurt. Le 24 septembre (1947), la reprise des Animaux modèles est empêchée par une grève des machinistes communistes. Lesquels menacent de bloquer tous les théâtres parisiens. Il faudra un jugement de Salomon du ministre des Arts et des Lettres pour débloquer la situation : Lifar revient à l’Opéra, mais comme chorégraphe seulement. Pas question pour lui de remonter en scène.



  • 1949 : Lifar qui fréquente l’ambassade d’Urss à Paris, obtient que le syndicat communiste renonce à son opposition. Il est autorisé à reparaître sur scène. Mais les esprits ne se calmeront pas si vite. Certains de ses galas en province sont troublés par des manifestations hostiles. DIA 13 De telles attaques laissent des traces indélébiles. Durant tout le reste de sa vie, Lifar ruminera ces affronts, sans jamais les digérer.



  • 1950 : Phèdre, musique de George Auric, décors et costumes de Jean Cocteau. Lifar est très proche de Cocteau et de bien d’autres peintres, écrivains ou compositeurs. Qu’il s’agisse de Chaliapine, de Rachmaninov, Francis Poulenc, Henri Sauguet, Jacques Ibert, Georges Auric ou Darius Milhaud. C’est un ami intime de Coco Chanel DIA 14, qui lui offre en cadeau une partition originale du Sacre du printemps. Très beau cadeau ! DIA 15. Mais le cercle de Lifar inclut également les rich and famous people, de son amie Marie-Laure de Noailles à l’Aga Khan. Comme dit son ami et rival Anton Dolin : « Un gala sans Lifar n’est pas un gala. » DIA 16.



  • 1956 : le danseur a pris de l’âge. 51 ans ! De retour d’une tournée en Grèce, Turquie et Egypte, il déclare vouloir se retirer de la scène. Mais cette clairvoyance ne dure pas. Il ne tarde pas à affirmer au contraire qu’il entend bien danser encore pendant 5 ans. Après quoi, il n’aura plus rien d’autre à faire qu’à mourir ! Georges Hirsch, le directeur de l’Opéra, l’oblige à faire ses adieux dans Giselle, un de ses rôles préférés DIA 17 . Il reste chorégraphe, mais c’en est terminé de son hégémonie. L’invitation faite à d’autres chorégraphes ne sera plus soumise à son accord. Inacceptable pour Lifar qui craint la venue de Balanchine, Massine, Robbins, ou Roland Petit. Il proclame qu’il quitte l’Opéra, et puis change d’avis. Mais c’en est fini de la scène et, comme l’écrit Marie Levinson, la fille du célèbre critique André Levinson, « il rentre dans le rang et sera privé à tout jamais de ces délices aphrodisiaques dont on ne se repait jamais assez : les applaudissements… »



  • 1958 : une année clé. Il quitte l’Opéra, se bat en duel avec le marquis de Cuevas, témoigne au procès d’Anastasia et développe avec Lillan Ahlefeldt une relation à laquelle seule la mort mettra fin, en 1986.



  • 1958 donc. En février, Lifar démissionne de l’Opéra, reprend sa démission ; redémissionne en mai, et revient, jusqu’à ce qu’en septembre, George Hirsch, le directeur, décide à son tour de s’en séparer. Lifar se dit « guillotiné ». Il traverse une terrible épreuve morale qui le laissera amer et désemparé.



  • 1958 toujours. Mois de mars. Un différend l’oppose au marquis de Cuevas qui veut présenter Noir et blanc, une adaptation de Suite en blanc, ce superbe ballet (blanc où Lifar déploie toutes les beautés de son néo-classicisme, avec les 6e et 7e positions), la seconde à genoux pliés, sur les pointes ; le déplacement de l’axe vertical en le penchant pour délier les poses statiques jusqu’à donner l’impression de « mouvement dans l’immobilité », des lignes courbes brisées pour les rendre plus anguleuses, etc. DIA 18



  • Cuevas veut danser Noir et blanc, estimant que tout le répertoire du Nouveau Ballet de Monte-Carlo lui appartient. Lifar ne veut pas, car l’Opéra revendique l’exclusivité de Suite en blanc. Cuevas passe outre. Lifar lui jette sa pochette à la figure, en public. Cuevas le giffle. On se donne rendez-vous « sur le pré », comme on disait, pour régler le problème, les armes à la main. Ce sera l’épée. DIA 19. Une cinquantaine de journalistes sont de la partie. Lifar est légèrement blessé. Les deux hommes se réconcilient. Ce sont à nouveau les meilleurs amis du monde… env. 12’



  • La grande duchesse Anastasia, l’une des 4 filles de Nicolas II, a-t-elle miraculeusement survécu au carnage de la maison Ipatiev, à Ekaterinenbourg, le 17 juillet 1917 ? Deux camps s’affrontent : ceux qui voient dans la jeune amnésique repêchée en 1920 dans un canal de Berlin l’unique rescapée de la famille impériale. Et ceux qui la tiennent pour une simulatrice. Après une vingtaine d’années de procédure, les avocats de Mme Tchaikovskaïa-Anderson (tel est le nom qu’elle porte alors) intentent une action en reconnaissance d’identité devant les tribunaux de Hambourg. Est-ce parce qu’il était proche de feu le grand duc André, qui avait reconnu sa cousine en la personne de Mme Tchaikovskaïa-Anderson, que Lifar demande à être entendu par la cour. Comme l’écrit le journaliste du Figaro qui suit le procès, Lifar « plane, s’envole, pirouette même en paroles, opère un merveilleux rétablissement, puis repart de plus belle sans tenir compte du courroux d’un président qu’il exaspère. » Mme Tchaikovskaïa-Anderson est déboutée. Mais Lifar s’est fait une excellente publicité. Et il aime çà.



  • 1958 toujours : c’est dans l’hôtel particulier du grand duc André et de son épouse Mathilde Kschessinska, promue princesse Romanovsky-Krassinska, que Lifar fait la connaissance d’une charmante Suédoise de 9 ans sa cadette. Lillan Ahlefeldt est alors liée au fils de la famille, Vladimir Romanov. Elle porte le titre de comtesse, bien qu’il lui vienne de son mariage avec un comte danois. Elle est éblouie. Il est indifférent. Ils ne vont plus se quitter. DIA 20 (avec Marlene Dietrich).



  • Lillan Ahlefeld arrive dans la vie de Lifar au moment opportun. Il quitte l’Opéra. Il est déboussolé. « Si je ne l’avais pas rencontré, il aurait fini comme un clochard, sur les bancs publics », me dira-t-elle. Le fait est que Lifar n’est pas un homme d’argent. Il n’a pas constitué de fortune, à l’exception de ce que représentent ses immenses collections.




  • 1974 : première vente aux enchères, à Paris. Il vend ses Bakst, Benois, Larionov, Gontcharova, Cocteau, Miro, Rouault…



  • 1975 : Sotheby’s à Monaco met en vente la Bibliothèque Diaghilev – Lifar : 824 livres qui proviennent sans doute des collections de Diaghilev, qu’il s’était partagées avec Boris Kochno, en 1929. DIA 21



  • On pourrait le croire dépouillé. Il n’en est rien. 1984 : nouvelle vente Sotheby’s, à Londres. DIA 22 De nouveaux trésors : la mallette de toilette de Diaghilev, son masque mortuaire, le costume du Chinois de Parade (de Picasso), des albums de photographies, etc. etc.



  • 1991 et 2002 : vente d’autographes et de partitions rares, ventes réalisées par son héritière, Lillan Ahlefeldt, DIA 23, car Lifar est mort en 1986.



  • On imagine que toutes les collections sont dispersées. Eh bien non, en 2012, à Genève, une très importante vente aux enchères met sur le marché lettres, photographies, partitions, dessins, peintures, manuscrits. DIA 24 Elle atteint des montants incroyables, plus de 7 fois l’estimation. 46 œuvres de Jean Cocteau sont vendues pour 2'241'000 euros. Une lettre de Coco Chanel à Lifar accompagnée de 2 photos était estimée env. 350 euros. Elle est vendue env. 350'000 euros !!! J’étais à la vente. Mais ce n’est pas moi qui l’ai achetée…



  • Cette fois, c’est fini, pense-t-on. Eh bien non, en décembre 2002, à Genève encore, une nouvelle vente comprend toutes sortes de photographies de la famille impériale en provenance de la succession Lifar-Ahlefeldt. Et le 22 avril dernier, à Paris, DIA 25 vente des « Derniers souvenirs de Serge Lifar, des Ballets Russes à l’Opéra de Paris »… Lifar n’a cessé d’accumuler, non pas pour vivre avec ces documents, pour les avoir autour de lui. Il en avait quelques-uns, certes. Mais la plupart se trouvaient dans des caisses, réparties dans différents dépôts. DIA 26 + DIA 27. Cette accumulation de souvenirs, de traces témoigne aussi de sa fidélité aux grands maîtres du passé, à commencer par Nijinsky pour lequel il organisa des galas à son bénéfice. DIA 28.



  • Je reviens en arrière : 1986, le 15 décembre, à Lausanne, en Suisse, la maladie emporte Serge Lifar. Une cérémonie religieuse est organisée à la cathédrale Saint-Alexandre Nevsky, à Paris. Le cercueil est transporté dans le hall de l’Opéra, avant d’être emmené à Ste-Geneviève des bois où Lifar avait choisi d’être enterré. C’est dans ce même cimetière que Noureev demandera 6 ans plus tard à être inhumé. Mais comme les deux chorégraphes étaient en conflit, Noureev précise : « A Ste-Geneviève des bois, mais loin de Lifar ! »



  • Il n’en demeure pas moins que Serge Lifar aura écrit une page de l’histoire de la danse DIA 29, si ce n’est par ses ballets, du moins par sa personnalité charismatique.



  • Je vous remercie de votre attention.



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