Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres (poèmes et romans)





télécharger 0.52 Mb.
titreAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres (poèmes et romans)
page12/12
date de publication19.10.2016
taille0.52 Mb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > loi > Documentos
1   ...   4   5   6   7   8   9   10   11   12
Élégie à Pablo Neruda

(1966)
Poème
Aragon prend prétexte du tremblement de terre qui a dévasté le Chili pour «exhaler la grande déploration par quoi la Terre même est accusée de trahison envers les poètes» et pour faire état de ses incertitudes politiques.

_________________________________________________________________________________
Blanche ou L’oubli

(1967)
Roman de 500 pages
Pour tenter de comprendre la faillite de son amour pour son épouse, Blanche, le linguiste Geofrroy Gaiffier, premier narrateur du roman (auquel Aragon attribua sa propre date de naissance) construit un personnage de jeune fille, Marie-Noire, qui lui servira d'«hypothèse». Devenant à son tour narratrice, Marie-Noire fait donc «changer de Dieu» le roman afin qu'on ne puisse savoir qui, du linguiste ou d'elle, imagine I'autre.
Commentaire
Par le travail des voix narratives, la permanente intertextualité et sa mise en écho de toute l'oeuvre d'Aragon, ‘’Blanche ou L’oubli’’ procède à une déconstruction qui incarne Ie «réalisme sans rivages» de la fin de sa création. Si I'on a pu rapprocher cette dernière du Nouveau Roman, elle échappe toutefois, par la méditation poétique, au pur formalisme. «Je ne crois pas à I'homme abstrait» : ainsi le roman dialogue-t-il avec un structuralisme qu'il dépasse. Par le personnage du linguiste, ‘’Blanche ou L’oubli’’ peut devenir une histoire de la parole, mais sans jamais «oublier» I'Histoire elle-même, Aragon analysant aussi son engagement politique à la lumière tragique de la désillusion. Dans une sorte de flambée de la représentation, le roman réarticule alors les thèmes fondamentaux de l'oeuvre qu'il laisse derrière lui : dans ses rapports à une Histoire qui le broie, une parole qui lui échappe et une relation amoureuse par cela même forcément inadéquate, I'homme se constitue de son rêve et se définit dans sa cassure : «Je ne suis que cette plaie, au bout du compte.»

Oeuvre bilan, première version d'un testament littéraire et existentiel sur lequel ‘’Théâtre / Roman’’ allait renchérir, elle fait se déployer, dans le chatoiement musical d'une écriture surpassant tous les genres (à la fois roman, poème et essai), une ontologie de la perte où I'oubli comme emblème du néant est la morsure de la mort et la dynamique d'une existence qui, dans la destruction et le malheur, accomplit toutefois son improbable signification. Dénudé par sa position de «survivant», dans les années soixante, et par le désastre de ses espérances politiques, Aragon atteignit I'universel à la crête du plus personnel. Le chant n'est donc celui d'une expérience que pour parvenir à I'expression de notre condition. Seul sauve alors le «perpétuel mourir» commun à I'amour et à l'écriture : brûlés aux «cendres chaudes de l’oubli», il nous faut, dit Aragon «reconstruire le monde à partir d'une mèche de cheveux.».

D’autre part, à travers son personnage, linguiste de profession, il s’interrogea sur la vertu particulière du langage permettant aux êtres humains d’écrire des romans, la plus haute des pratiques littéraires.

La narration déroule ainsi dans son mouvement même I'art romanesque d'Aragon, pour qui I'imaginaire est la voie d'accès à la compréhension du réel ; mais elle détruit I'illusion par quoi le lecteur tend à confondre l'écriture avec le monde qu'elle éclaire.

_________________________________________________________________________________
En 1967, Aragon, pincé de n'avoir vu aucun de ses romans du cycle du “Monde réel” couronné, exigea pour entrer à l’Académie Goncourt une élection de maréchal, et fut élu à l'unanimité. Cependant, en 1968, il y soutint, pour l’obtention du prix, un «petit jeune de droite», François Nourissier, et son roman “Le maître de maison”, ce qui provoqua une ébullition médiatique. Mais sa manoeuvre tourna court puisque cette année-là le prix fut décerné à Bernard Clavel pour “Les fruits de l'hiver”. Aussi, ne détestant pas les éclats, et le surréaliste en lui n'ayant jamais cessé de sortir et de ressortir, a-t-il démissionné avec fracas.

Le 21 août 1968, les armées du Pacte de Varsovie, principalement la soviétique, envahirent la Tchécoslovaquie, invasion qui signifiait la mise à mort brutale du «Printemps de Prague» et du projet de «socialisme à visage humain». Le parti communiste français condamna cette invasion. ‘’Les lettres françaises’’ apportèrent un soutien actif aux artistes et écrivains tchèques. Aragon écrivit une préface retentissante pour la traduction française chez Gallimard du premier roman de Kundera, ‘’La plaisanterie’’ ; elle lui permit de crier sa colère et son désespoir devant l’écrasement du processus de démocratisation (il employa la fameuse formule : «Je me refuse à croire qu’il va se faire là-bas un Biafra de l’esprit», suivie de : «Je ne vois pourtant aucune clarté au bout de ce chemin de violence»). Cette protestation s’inscrivait dans la logique de l’aide qu’il s’efforçait d’apporter depuis plusieurs années aux écrivains et aux intellectuels du monde communiste, mais son ton véhément et dramatique devait tout aux circonstances nouvelles créées par l’invasion.

_________________________________________________________________________________
Je n’ai jamais appris à écrire ou Les incipit

(1969)
Autobiographie
Invité, par l’éditeur d’une collection au titre éclairant, ‘’Les sentiers de la création’’, à s'interroger sur son propre parcours, Aragon afffirme n'avoir «jamais appris à écrire», ce qui signifie n'avoir jamais préparé un texte ou organisé un livre, car ils se constituent d'eux-mêmes, dans le seul mouvement de leur écriture. Il exalte les ‘’incipit’’, terme latin qui désigne les premiers mots d'un livre, en emblème de la création : à la façon du «don des dieux» du premier vers poétique, le roman sortirait peu à peu d'une première phrase, arbitraire au début, et déroulerait une narration visant d'abord à la justifier.

Aragon parcourt alors la totalité de son œuvre romanesque en évoquant aussi ses lectures, puisque, pour Iui, qui prétend découvrir son texte, lire et écrire sont désormais équivalents.
Commentaire
Le texte est rédigé dans une langue souveraine et divagante qui fait I'illustration de la thèse. Si la volonté de provocation désinvolte transforme parfois l'énoncé de cette thèse en une sorte de «mythe» de l'écriture d’Aragon, ce mythe n'en a pas moins, comme toute fable des origines, une portée explicative, éclairant par-delà l'oeuvre de I'auteur I'un des points de vue fondateurs de la modernité.

_________________________________________________________________________________
Le 16 juin 1970, mourut Elsa Triolet, la compagne de toute une vie. Aragon donna alors l’impression d’être entièrement sorti des réalités et entièrement dominé par l'idée de suicide. Sans la présence de son ami intime, le communiste Roland Leroy, qui l'accompagna dans son travail de deuil, il aurait pu se tuer.

Par la suite, cependant, il révéla un aspect plus caché de sa personnalité en affichant des relations masculines qui participaient de sa dualité fondamentale, tant affective qu’esthétique et politique.

Il publia un livre rédigé de 1941 à la date d'impression :

_________________________________________________________________________________
Henri Matisse, roman

(1971)
Essai
À I'origine, ce livre inclassable devait recueillir les différentes études que l'écrivain avait consacrées au peintre Henri Matisse, qu'il avait rencontré à Nice durant I'Occupation, auquel il avait souvent rendu visite et avec lequel il avait entretenu une déférente amitié, même s’il n’avait rien de révolutionnaire. Le peintre avait d’ailleurs fait de lui le sujet d’une subtile variation dessinée prouvant qu’il n’était pas facile de fixer une image de l’ondoyant et insaisissable chevalier servant du communisme.

Mais le projet de ce «livre à venir» ne venant jamais à terme, I'histoire de cette impossibilité devint son propre roman. Si la remarquable illustration et la minutie de I'analyse en font I'un des plus grands livres concernant I'art du peintre (apportant. notamment avec l'’’Apologie du luxe’’ et ‘’Un personnage nommé La Douleur’’, une véritable compréhension de la luminosité de Matisse comme défi au malheur et dépassement de la nuit), ‘’Henri Matisse, roman’’ est surtout la mise en miroir de deux parcours créatifs. Ainsi l'étude concernant le «modèle» du peintre, dont Matisse disait qu'il était indispensable, mais pour s'en éloigner, joue-t-elle aussi comme exposé du réalisme d’Aragon. Entrelaçant les enjeux, le texte apparaît alors comme un labyrinthe, aux plans démultipliés : comme l'écriture à I'image, les notes, contre-notes. post-scriptum et ajouts s'enchevêtrent, permettant sous le désordre à la confession d’Aragon de s'exprimer de façon beaucoup moins voilée que dans des livres plus rectilignes.
Commentaire
En achevant par un véritable saut de la signification la dissolution du concept de roman dont l'étude anime I'oeuvre d'Aragon depuis le surréalisme, ‘’Henri Matisse, roman’’ en joue une autre architecture où vient à se dire, sous le discours esthétique critiquant conjointement peinture, littérature

La maquette a été conçue par Aragon lui-même.

_________________________________________________________________________________
En 1972, Aragon dut cesser la parution des ‘’Lettres françaises’’ qui étaient devenues déficitaires, faute d'abonnements soviétiques et ne bénéficiant d'aucun rattrapage financier de la part du parti communiste. Ce fut la fin de ses activités journalistiques.

Il publia et fit distribuer dans les librairies avec la bande «Mon dernier roman» :

_________________________________________________________________________________
‘’Théâtre / Roman’’

(1974)
Roman
Sous le jeu de miroirs des deux personnages principaux (le comédien Romain Raphaël et le vieillard énigmatique qui le frôle comme une ombre, en disant être son propre avenir), toute la création d’Aragon (et avec elle l’existence même), se réinterprète par le crible du théâtre. Construit en chapitres décrochés les uns des autres, saturé d'échos qui en font une relecture de presque toute la littérature, mêlant poèmes et proses, le roman ne cesse d'appeler et de tresser toutes les implications de sa métaphore théâtrale. Derrière la polyphonie énigmatique transparaît alors, dans I'unité d'un style, le discours du seul auteur, acharné à mettre au jour les coulisses de sa propre écriture afin de se découvrir, enfin, un visage qui pourtant n'apparaîtra jamais : «Le théâtre est le nom que je donne au lieu intérieur de mes songes et mes mensonges.» Dans une scintillation éblouissante, le dédoublement à I'infini de la parole et de I'identité les condamne I'une à l'autre. Obligé de se dire pour s'appréhender, mais s'égarant par là même sous les masques, I'auteur, «cygne à terre», apparaît ainsi comme le héros d'une tragédie ou la parole tiendrait le rôle de la fataliré. Autour des deux personnages qui semblaient pouvoir suflire à la mise en scène de la déchirure identitaire, ‘’Théâtre / Roman’’ fait donc circuler un discours sans origine, né d'une nouvelle «bouche d'ombre» par quoi la conscience figure sous I'image du trou du souffleur.

Par-delà cette thématique centrale, le livre donne, dans ses compositions et décompositions délibérément affolées, une représentation crépusculaire et baroque de I'existence, où le mot de théâtre vaut pour dire son flamboiement douloureux, nietzschéen et gratuit. Aussi ce dernier ouvrage voulut-il éclairer, quitte à s'en faire le bûcher, la totalité de I'homme et de l'oeuvre. Si I'on peut être irrité des références en clin d'oeil, des séquences biographiques aussitôt fardées que dites, des fausses pistes accumulees pour un palais des glaces visant au désarroi du lecteur comme de I'exhibition de certains indices d'une modernité «telquellienne» (vis-à-vis de laquelle le jeu d’Aragon est cependant moins dupe et plus ironique qu'on ne I'a cru), ‘’Théâtre / Roman’’ doit d'abord être lu sans la naïve volonté de percer à tout prix l'énigme : en accompagnant, plutôt, cette somptueuse symphonie dans son avalanche paniquée, on peut accéder, dans le rapt et la perte, à la «leçon de ténèbres» dont Aragon faisait I'enjeu de sa dernière «mise en scène». Théâtre de la cruauté renversé, ou opéra exhibant sa propre inutilité, l'ultime roman se redonne à jouer, pour tenter désespérément de savoir «s'il fait bleu dans I'homme à force de noir».


Commentaire
Dans ce livre qui coordonne toutes les figures de la fin, Aragon s'employa avec virtuosité à brouiller les différents genres littéraires. Il y écrivait : «Tout essai de me faire dire ce que je cache m’irrite, mérite... ah, c’est trop peu dire que la mort ?» Il demandait qu’on s’intéresse à «l’homme mis en mots comme on dirait mis en pièces», à «l’homme écrit» ou plus fortement encore à «la phrase que je fus».

_________________________________________________________________________________
En 1977, Aragon légua au C.N.R.S. ses archives personnelles et celles d’Elsa Triolet.

_________________________________________________________________________________
‘’Le mentir-vrai’’

(1980)
Recueil de vingt-huit textes

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
"Le mentir-vrai"
Nouvelle
L’auteur évoque sa propre enfance dans les premières années du XXe siècle en mélangeant fiction et réalité.
Commentaire
La nouvelle fut, pour Aragon, comme une sorte d'art romanesque, l’explication de l'écriture se faisant par elle-même, le discours critique animant le mouvement narratif sans l'étouffer. Se servant d'un matériel autobiographique, l'auteur, en racontant, illustre sa thèse selon laquelle, tout accès direct au réel étant impossible, il faut recourir à la pratlque biaisée de l'écriture comme révélatrice de la vérité, la narration consistant dans la transformation de faits réels qu’on a gardés dans sa mémoire, dans une composition fictionnelle qui, bien que produit d'un mensonge et donc «menteuse», transporte une vérité qui s'approche plus de la réalité que la reproduction apparemment directe et immédiate de la réalité telle quelle. Il note : «Et quand je crois me regarder, je m’imagine. C'est plus fort que moi, je m'ordonne

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
"Le cahier noir"

(1923)
Nouvelle
Commentaire
Le texte, un fragment de ‘’La défense de l'infini’’, est écrit dans le style correct et abstrait caractéristique de la prose surréaliste.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
"Le mauvais plaisant"
Nouvelle
Dans le Montmartre nocturne des années vingt…
Commentaire
Le texte fait la louange des prostituées parisiennes.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
"La Sainte Russie"
Nouvelle
La révolution russe fait irruption dans la vie de Catherine, extravagante maîtresse du tsar Alexandre II, et de ses chiens.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
"La souris rouge"

(1931)
Pamphlet
Commentaire
Le texte, d’une violence polémique, est acharné à la défense d'une poésie militante et engagée.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
"Un roman commence sous vos yeux"
Nouvelle

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
"Servitude et grandeur des Français. Scènes des années terribles"

(1945)
Recueil de sept nouvelles
Dans ces textes publiés clandestinement sous l'Occupation, celle-ci influe sur la vie privée des Français et détermine leurs comportements et leurs destinées.
"Les rencontres"
Nouvelle
"Les bons voisins"
Nouvelle
"Pénitent 1943"
Nouvelle
"Le mouton"
Nouvelle
"Le collaborateur"
Nouvelle
"Les jeunes gens"
Nouvelle
"Le droit romain n'est plus"
Nouvelle
Commentaire sur le recueil
Les nouvelles montrent un réalisme sec et délibérément froid, la raideur de procès-verbal atteignant les dimensions du tragique.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
"Les rendez-vous romains"
Nouvelle
À Rome, David d'Angers subit le contrecoup de la chute de Napoléon.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

"Chproumpph"
Nouvelle
La tentative de putsch du 6 février 1934 trouve son écho chez le surréaliste (fictif) Jacob Duval.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
"L'inconnue du printemps"
Nouvelle

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
"Histoire de Fred et Roberto"
Nouvelle
Le texte, dont le ressort est l'humour, enseigne comment se faire une place sur une plage noire de monde.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
"Damien ou Les confidences"
Nouvelle
Commentaire
Le texte, dont le ressort est l’humour, est un cours sur les brosses à dents.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
"Shakespeare en meublé"
Nouvelle

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
"Les histoires"
Nouvelle

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
"La machine à tuer le temps"
Nouvelle

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
"L'aveugle"

(1965)
Nouvelle
Commentaire
Le texte déploie une virtuosité faussement gratuite.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

"Le feu mis"

(1968)
Nouvelle
Commentaire
Le texte déploie une virtuosité faussement gratuite.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
"Prénatalité"
Nouvelle

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
"Tuer n'est pas jouer"
Nouvelle
Commentaire
C’est une fantaisie policière.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
"Mini mini mi"
Nouvelle
C’est une description de cannibalisme érotique.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
"Le contraire-dit"
Nouvelle
L'invasion de la Tchécoslovaquie par les armées du Pacte de Varsovie ébranle profondément le narrateur.
Commentaire
On trouve dans le texte la douceur et le charme de l'écriture poétique, les sauts et les associations du monologue intérieur.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
"La valse des adieux"

(1972)
Nouvelle
Commentaire
Ce dernier texte constitue une sorte de ténébreux codicille où la tonalité générale des différentes nouvelles se rejoue, pour en délivrer la leçon : «Je ne vous dis rien d'autre qu’il faut savoir regarder en face le malheur, et ne pas le déguiser en son contraire. […] Je vous le dis, mêlant le rêve et la vie, pour mieux apprendre à les séparer ensuite.» Cet emmêlement est peut-être la clé du «mentir-vrai», qui traque la vérité pour le mensonge pour «voir plus loin que soi».

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Commentaire sur le recueil
À la fois éclaté et unitaire, ce florilège forme un synopsis de différentes esthétiques et préoccupations. Les textes font briller toutes les facettes du style, de l'imagination, de l'humour et du drame, donnent une idée de l'écriture brillante d'Aragon prosateur.

Les nouvelles, qui embrassent presque cinquante ans d'écriture, depuis ‘’Le cahier noir’’ de 1923, jusqu'à ‘’La valse des adieux’’ de 1972, qui évoquent différentes époques et différents milieux, dans des images d'une grande densité atmosphérique, qui présentent de multiples facettes chatoyantes, . la langue, le style et la structure changeant d'un texte à l'autre, témoignent de la pratique constante de ce genre chez un écrivain beaucoup plus connu comme poète et comme romancier. Elles vont du témoignage à une fantaisie frôlant I'esthétique de I'absurde, et de la sonatine au petit roman. Leur regroupement invite cependant à en découvrir I'unité par delà les trop évidents contrastes, car elles racontent, d'une manière ou d'une autre, l'irruption d'événements historiques dans la vie personnelle des personnages fictifs, déterminant le cours ultérieur de leur destin. Elles sont marquées par la tendresse, l'amertume et la mélancolie, par l'ironie et le sarcasme ; elles comportent aussi bien des éléments psychologiques ("Le cahier noir"), fantastiques ("L'aveugle", "Tuer n'est pas jouer", "La valse des adieux") et oniriques ("Le contraire-dit") que des passages propres à scandaliser un lecteur non averti (‘’Le mauvais plaisant’’, "Mini mini mi"). Et la narration se transforme en réflexion, la réflexion devient narration. On sent la présence d'un esprit qui se révolte contre les conventions des moeurs, de la langue, de la narration et dont les valeurs se nomment la liberté, l'amour, la sensualité, l'imagination créatrice.

Sont mêlés aux nouvelles proprement dites des textes critiques au lyrisme exacerbé. Le texte intitulé ‘’Le mentir-vrai’’, qui donne son titre au recueil et qui se repercute dans ‘’Le contraire-dit’’, témoigne d'ailleurs de la valeur explicative de ce livre pour I'œuvre d’Aragon. comme dans le titre explicite d'’’Un roman commence sous vos veux’’. Dans une architeclure complexe, mais assurément calculée, le dernier texte (‘’La valse aux adieux’’) constitue une sorte de ténébreux codicille où la tonalité générale des différentes nouvelles se rejoue, pour en délivrer la leçon : «Je ne vous dis rien d'autre qu’il faut savoir regarder en face le malheur, et ne pas le déguiser en son contraire. […] Je vous le dis, mêlant le rêve et la vie, pour mieux apprendre à les séparer ensuite.» Cet emmêlement est peut-être la clé du mentir-vrai, qui traque la vérité pour le mensonge pour «Voir plus loin que soi».

_________________________________________________________________________________
‘’Les adieux’’

(1981)
Recueil de poèmes
Commentaire
À I'extrême fin de son œuvre et de sa vie, Aragon désigna par ce titre un triple adieu à Elsa Triolet, à la poésie et à ses lecteurs. S'ouvrant sous le signe de la douleur avec les brèves «échardes» («Plus le poème est court / Plus il entre en la chair»), le recueil débute vraiment avec la mise en avant de la proche disparition (‘’Ni fleurs ni couronnes’’, ‘’L'an deux mille n'aura pas lieu’’), sur laquelle il dresse une sorte d'inventaire de ce qui porta une vie : les poètes, I’amour vécu comme une absence, I'existence enfin toujours suspendue entre le vertige et le sentiment de son inutilité.

La part importante des «poèmes des années soixante» montre I'unité de la démarche poétique d'Aragon, qui dans sa dernière manière mit à sac ses anciennes tendances et ses plus profonds penchants. En effet, comme ‘’Les poètes’’, ‘’Les adieux’’ croisent des mètres hérissés et des vers réguliers dont l’usage est toujours délibérément dégradé. Semblant harassée de toutes ses réussites antérieures, la rime alors grince, les mots dérapent d'un sens à I'autre, et se découd ainsi une parole lacunaire, comme vidée de substance : «Rien sinon la neige de rien». Dans cette perspective, ‘’Les adieux’’ atteignent un point limite avec leurs derniers textes. Mais, si I'on peut penser que la virtuosité poétique d’Aragon travaillait désormais contre elle-même, il serait assurément faux d'attribuer le travail de désenchantement au simple épuisement de la parole, ou, plus pataudement encore, à l'âge du poète. Régulièrement, le charme de l'ancien alexandrin vient prouver dans un texte éclaté que le bris est décidé, et que la mélodie est moins tarie que refusée. Dans une musique de dissonances et de lambeaux règne une poésie du rebut, du déchet («Les choses n’ont pour adresse / Qu'où les met le chiffonnier»), qui renvoie violemment à la vision, sans complaisance, du cadavre à venir. Entre chant rompu et sarcasmes, une fausse légèreté amèrement mirlitonnante parvient à la plus terrible expression de la vanité. Moulinant I'ombre en attendant d’«en toucher le fond», le recueil ne pouvait se refermer que sur la mort réelle. Il s'achève donc (au sens propre) sur I'image torturante de son baiser de «boue».

Rendu inclassable par sa constante conscience d'être final, le livre ne peut sans doute s'entendre pleinement que sur la base de l'oeuvre qu'il ferme. Il constitue cependant une unité propre dans les dernières recherches poétiques d'Aragon, que la gloire de la poésie les précédant éclipse encore un peu trop.

Close avec ce recueil, l'oeuvre apparut ainsi comme un immense poème labyrinthique, dont la seule vraie énigme réside dans sa langue, saturée de trilles, à la fois factice et efficace, où un être parvint à vocaliser son essence.

_________________________________________________________________________________
Louis Aragon mourut à son domicile, à Paris, le 24 décembre 1982.
Figure énigmatique présentant plusieurs facettes, différents avatars entre Narcisse et Protée, être mobile, multiple, qui ne ressembla à personne, il se construisit par sutures successives. Il fut à la fois un érudit doué pour les langues étrangères de façon miraculeuse, et qui en parlait en linguiste (une facette que ses amis surréalistes ignoraient totalement), un écrivain, poète, romancier et journaliste, et un homme engagé en politique car, ayant une obsession de la réalité quotidienne, de son évolution, et de ses conséquences sociales, il parla toujours du «malheur humain» de la façon la plus directe qui soit. Il n'a pas eu des «sincérités successives», mais avait en lui quelque chose d'extrême qui lui faisait toujours remettre tout en question.

Cependant, le couple qu'il forma avec Elsa Triolet fut fascinant par sa longévité et par la grande liberté qu’ils se donnaient : ils montraient une extraordinaire disponibilité, et de l'un et de l'autre, indépendamment, à l'égard de leurs amis qui n'étaient pas forcément les mêmes.

Cependant, communiste, il resta stalinien jusqu'à sa mort, dans un aveuglement qui l'empêcha d'admettre que la médaille des malheurs du XXe siècle avait deux faces : Hitler et Staline.

Mais le communiste fut aussi un dandy plein d’affectations.

Chacun trouve donc en lui de quoi le satisfaire, et cela explique sans doute sa popularité, au sens le plus large du terme. Mais là aussi est la clé de beaucoup de problèmes et de nombre de reproches qui lui ont été adressés.

Son œuvre, immense et diverse, s'étendant sur plus de soixante ans d'un siècle où il fut de toutes les aventures littéraires et politiques, étant tour à tour surréaliste, réaliste et communiste, tenté par les recherches du Nouveau Roman et du structuralisme, car, habité d’une sorte de folie de la modernité, il tenta de dépasser toutes les formes existantes ou préexistantes à son art (ce qui a permis à Jean-François Revel de se moquer : «Aragon reprend toujours le rôle d’Aragon, avec cette inflexibilité dans l’opportunisme qui fait son charme principal.»), présente un écheveau d'apparentes contradictions qui ne peuvent se comprendre que dans leur chronologie.

Cette oeuvre fut hantée par toutes les questions qui survivent à leurs réponses :

- Où est le véritable amour, et comment faire face à l’infini du désir?

- À quelles fins l’art peut-il servir?

- Les histoires ou l’Histoire ne sont-elles que bruit et fureur?

- Quelle est cette chose insaisissable qu’on appelle «monde réel»?

- Quel est celui qu’on prend pour moi?

Placé, par les circonstances, plus que tout autre face à la question d'être soi, il aborda de front la déchirure du «Je» et du «Moi», vanta comme issue au dédoublement infini de la personne le libre déploiement de l'imaginaire, l’abandon à l’amour, I'action politique.

Quoi qu’il ait tenté, il eut toujours ce bonheur de I'expression qui lui permit de toucher au plus juste. Pour Philippe Soupault, «Sa prodigieuse virtuosité n'est comparable - toutes choses égales - qu'à celle de Hugo.» Un des grands inventeurs de la littérature française, il fut l'un des grands écrivains français du XXe siècle.

André Durand
Faites-moi part de vos impressions, de vos questions, de vos suggestions !
 Contactez-moi   




1   ...   4   5   6   7   8   9   10   11   12

similaire:

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres (poèmes et romans) iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres (poèmes et romans) iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres (poèmes et romans) iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres (poèmes et romans) iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres (poèmes et romans) iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres (poèmes et romans) iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres (poèmes et romans) iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres (poèmes et romans) iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres, qui sont commentées

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres (poèmes et romans) iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres
«deux sœurs pleines d’esprit et de grâces, qu’il appelait ses premières danseuses» : les demoiselles Le Douairin, Louise et Zoé

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres (poèmes et romans) iconAu fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres
Fille de paysans, elle avait été si bonne écolière que ses parents l'avaient laissée aller jusqu'au brevet supérieur






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com