Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres (poèmes et romans)





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Brocéliande”

(1942)
Long poème
À travers les mythes bretons réinventés ou revécus par le poète s'évoque la permanence de la nation, pour déboucher avec la partie finale sur la prophétie de la Libération en un mois d'août (qui allait être dans la réalité celui de 1944 et non celui de 1942 comme on I'avait alors espéré), les parties en vers réguliers (l-lll-V-VII) alternent avec les parties en vers libres (lI-lV-Vl).

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Aragon publia un roman qu’il avait écrit avant la guerre de 1939, qui était le troisième volume de la série du ‘’Monde réel’’ après ‘’Les cloches de Bâle’’ et ‘’Les beaux quartiers’’, où il s'autorisa un retour sur son enfance :

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Les voyageurs de l’impériale”

(1942)
Roman de 640 pages
Le roman nous mène, ou nous promène, de 1889 à 1914. Ancien élève de l'École normale, agrégé d'histoire et professeur, Pierre Mercadier a épousé Paulette d'Ambérieux, par attrait sensuel. sans que jamais des relations véritablement humaines naissent entre eux. Il y a bien les deux enfants, le garçon, Pascal, et la fille, Jeanne, mais ils ne suffisent pas à créer un lien pour ce couple déjà défait, peut-être défait avant de s'être fait. Paulette est la sœur de Blaise, peintre qui a rompu avec sa famille, qu’on retrouvera dans ‘’Aurélien’’ et incidemment dans ‘’Les communistes’’. Pierre Mercadier n'est pas seulement étranger à sa femme, il l'est aussi à tout ce qui se passe autour de lui, se refuse à s'intéresser aux événements, même quand il s'agit d'un événement qui bouleverse tout le pays, comme l'affaire Dreyfus. Il veut écrire un ouvrage sur John Law, mais il n’en rédige que quelques pages. Il éprouve une brève passion pour la femme d'un industriel lyonnais, rencontrée au cours de vacances chez un oncle de Paulette. Pourtant, quand elle veut le rejoindre quelques mois plus tard, il l'écarte de lui avec indifférence. Il est même indifférent à ses pertes en Bourse. Et puis, un beau jour, ayant vendu toutes ses actions, sans prévenir personne, il s'enfuit, juste vers la fin du XIXe siècle, voyage en Italie, en Égypte, à Monaco, tant qu'il lui reste de l'argent. Toujours disponible, il a des aventures éphémères. Une fois, il rencontre une femme qu'il croit aimer, Reine, que son charme attire, mais qui est déjà la maîtresse d'un diplomate allemand, qu'elle épouse. Plus tard, Pierre regagne Paris, trouve un moyen de subsister grâce à l'aide d'un de ses anciens collègues, Meyer. Mais la vie familiale des Meyer ne satisfait pas tellement les goûts aventureux de Pierre : c'est dans une maison close de banlieue, ‘’Les Hirondelles’’, qu'il noue une singulière amitié avec la tenancière, Mme Tavernier, dans les bras de laquelle il meurt à la veille de la guerre de 1914. Il n'a jamais revu ni sa femme, ni son fils, mais a réussi, avant de mourir, à voir quelquefois clandestinement son petit-fils, Jean.

Pascal Mercadier, après avoir fait divers métiers, a ouvert pour vivre une pension de famille dans le quartier de l’Étoile, une pension où des clients et clientes d'allure fort respectable se trouvent de manière inattendue liés aux services de renseignement allemands. Mais c'est ce qu’il ignore. Il est d'ailleurs devenu, plus encore après la mort de sa femme, une sorte de séducteur effréné. Un jour, il a ainsi pour maîtresse cette même Reine qui avait connu Pierre quinze ans plus tôt, et c'est elle qui lui révèle les cahiers de son père sur John Law. Mais, Française mariée à un diplomate allemand, elle se suicide quelques semaines avant la guerre.. Quand le livre s'achève, Pascal est mobilisé : nous sommes en 1914. El de «cet individualisme forcené qui résume à ses yeux ce père», il se dit : «Comme c'est une époque bien finie, vraiment, tout ça...» Et il pense qu'il fait cette guerre pour que son fils ne connaisse plus jamais la guerre.
Commentaire
Un fragment du manuscrit largement inachevé du personnage central, Pierre Mercadier, sur John Law livre le sens du titre et de l'œuvre. Il s'agit d'une comparaison de la vie avec les passagers d'un de ces omnibus d'antan qui comportaient, au-dessus du wagon lui-même, une sorte de terrasse à l'air libre, l'impériale. «Car il y a deux sortes d'hommes dans le monde, ceux qui pareils aux gens de l'impériale sont emportés sans rien savoir de la machine qu'ils habitent, et les autres qui connaissent le mécanisme du monstre, qui jouent à y tripoter [...] et jamais les premiers ne peuvent rien comprendre de ce que sont les seconds, parce que de l'impériale on ne peut que regarder les cafés, les réverbères et les étoiles.» De John Law, il est dit : «Il n'était pas, lui, un voyageur de l'impériale.» Mais les héros du roman, pour la plupart, sont des «voyageurs de l’impériale», surtout Pierre Mercadier qui, dans sa fuite, est une sorte de caricature de Rimbaud, mais un Rimbaud sans génie, sans œuvre, et pourvu d’une famille et d'une situation sociale ; dont le cas, plus loin, devient le sujet d'un roman, ‘’Mirador’’, comme par allusion au Lafcadio des ‘’Caves du Vatican’’ de Gide.

Le regard aigu du romancier perce les apparences, détecte les vrais mobiles des actions, pour dénoncer les hypocrisies et les faux-semblants. Mais la révolte est curieusement absente.

Il faut remarquer que, dans ce roman plus que dans aucun autre d’Aragon, l'enfance des personnages, de cinq à douze ans surtout, tient une place considérable : celles de Pascal, d'Yvonne, sa femme, du petit Jean notamment. C'est en quelque sorte le contrepoint poétique de cette œuvre amère comme peut l'être le souvenir de ce qui a été nommé «la belle époque» par antiphrase.

Le style, divers et magnifique, épouse, avec un charme presque stendhalien, les mouvements de chaque action, de chaque personnage : il donne une impression d'agilité et de richesse presque infinies.

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En novembre 1942, après l'occupation de la zone Sud, Aragon et Elsa Triolet, sous les noms de Lucien et d'Élisabeth Andrieux, se cachèrent à plusieurs reprises dans la région de Dieulefit dans le sud de la Drôme où se cachaient aussi de nombreux intellectuels opposants à la politique vichyssoise, dont Pierre Emmanuel, Georges Sadoul, Paul Éluard, Jean Cassou et Emmanuel Mounier. Ils séjournèrent à la ferme du Lauzas, qu'ils partageaient avec deux communistes allemands condamnés par les nazis, dans des conditions matérielles très difficiles, froid, neige, rats, isolement. Ils quittèrent cette «planque» le 31 décembre 1942 et se rendirent à Lyon chez René Tavernier.

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‘’En français dans le texte’’

(1943)
Recueil de poèmes
Aragon chante notamment le Paris perdu et en imagine la lutte (‘’Le paysan de Paris chante’’).

Les poèmes sont en vers réguliers. Il faut mettre à part le premier poème intitulé ‘’Art poétique’’ qui est en distiques et où s'affirme (comme vers la même époque dans certains poèmes d'Éluard, écrits à Paris) la volonté d'une poétique nouvelle ; le poète le destine «Pour mes amis morts en Mai / Et pour eux seuls désormais» (il s'agit de Politzer, Feldmann, Sémard, etc., qui avaient été fusillés par les nazis en mai 1942).

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Le 1er juillet 1943, Aragon et Elsa Triolet revinrent à Saint-Donat. Ils créèrent le comité national des écrivains (C.N.E.) pour la zone sud.

Après le débarquement des Alliés, en juillet 1944, ils fondèrent le journal ‘’La Drôme en armes’’, dont cinq numéros furent édités.

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Le musée Grévin”

(1943)
Poème
Commentaire
Il comprend huit parties et utilise essentiellement une sorte d’alternance alexandrins-octosyllabes. C’est un long cri de protestation contre la terreur nazie, contre la trahison des pétainistes, contre l’asservissement provisoire du pays, mais aussi un beau chant d'amour pour la France où Aragon manifesta une confiance sereine dans l'avenir et le destin de sa patrie car il s’achève sur I’horizon entrevu de la liberté.

Le titre s’explique parce que, dans la première partie, Aragon considère les Allemands et les collaborateurs comme déjà perdus et, tels de sinistres statues de cire, bons pour le Musée Grévin.

Il a lui-même rappelé, dans l'essai dont il a fait précéder la réédition de 1946 : ‘’Les poissons noirs ou De la réalité en poésie’’, ce qu'avait été, vers juin 1943, I'espoir d'un débarquement prochain des Alliés et de la Libération. C'est à cela que se réfèrent les premiers vers («Est-ce qu'on toucherait à la fin de l'éclipse…»). Aussitôt le poète évoque le «réveil noir des traîtres» et s'en prend aux traîtres et aux bourreaux, les «fantômes» de ce futur «Musée Grévin» que nomme et accuse toute la seconde partie : Laval («un éternel mégot au coin tors de sa bouche»), Hitler («Ô petit homme à la moustache»), Mussolini, Pétain («J'ai mené d'étranges campagnes / contre la France je I'avoue...»). Dans la dernière partie, abandonnant les «fantômes», il revient à ce «pays dévasté par la peste / qui semble un cauchemar attardé de Goya…») et où arrivent les nouvelles des camps de la mort : «Auschwitz Auschwitz ô syllabes sanglantes.» Il évoque les femmes patriotes déportées à Auschwitz : Maïe (Politzer), Danièle (Casanova), qui y moururent, Marie-Claude (Vaillant-Couturier), qui en revint, et c'est à elles que s'adresse le vers qui ouvre le finale du poème : «Je vous salue Maries de France aux cent visages.» Dans la septième et dernière partie du poème, il entrevoit l’horizon de la liberté et, donnant la parole à un des prisonniers, des déportés, des maquisards, qui revient au foyer, écrit un hymne à la patrie qu'il voyait déjà rendue à la liberté et à la vie pacifique au bout de plusieurs années de nuit et de souffrances :

«Je vous salue ma France, arrachée aux fantômes !

Ô rendue à la paix ! Vaisseau sauvé des eaux...

Pays qui chante : Orléans, Beaugency, Vendôme !

Cloches, cloches, sonnez l’angélus des oiseaux !



Je vous salue, ma France aux yeux de tourterelle,

Jamais trop mon tourment, mon amour jamais trop.

Ma France, mon ancienne et nouvelle querelle,

Sol semé de héros, ciel plein de passereaux...
Je vous salue, ma France, dont les vents se calmèrent !

Ma France de toujours, que la géographie

Ouvre comme une paume aux souffles de la mer

Pour que l'oiseau du large y vienne et se confie.
Je vous salue, ma France, où l’oiseau de passage,

De Lille à Ronceveaux, de Brest au Mont-Cenis,

Pour la première fois a fait l’apprentissage

De ce qu’il peut coûter d’abandonner un nid !
Patrie également à la colombe ou l'aigle,

De l'audace et du chant doublement habitée !

Je vous salue, ma France, où les blés et les seigles

Mûrissent au soleil de la diversité...
Je vous salue, ma France, où le peuple est habile

À ces travaux qui font les jours émerveillés

Et que l'on vient de loin saluer dans sa ville

Paris, mon coeur, trois ans vainement fusillé !


Heureuse et forte enfin qui portez pour écharpe

Cet arc-en-ciel témoin qu'il ne tonnera plus,

Liberté dont frémit la silence des harpes,

Ma France d'au-delà le déluge, salut !»
Analyse
Ces strophes sont, dans l'ensemble, conformes à la poésie régulière et traditionnelle, mais l'auteur se permit un certain nombre de libertés. Il rima pour l'oreille sans égard à la nature féminine ou masculine des rimes : par exemple, il fit rimer «calmèrent» avec «mer», «habitée» avec «diversité». Il n'observa pas la règle de l'alternance des rimes féminines et des rimes masculines : ainsi «passage» (rime féminine) suit «confie» (rime féminine) aux strophes 3 et 4 ; à la strophe 5, «aigle» est suivi par «habitée» (deux rimes féminines). Il ne tint pas compte de l'«e» muet à l'intérieur des vers : dans «Je vous salue ma France», «salue» devrait régulièrement être suivi d'une voyelle. Il s'agit là de licences qu'on réprouve de moins en moins à notre époque et qui n'enlèvent rien à la grande beauté de ce poème.

Cinq strophes sur sept ont pour premier hémistiche : «Je vous salue ma France». Ces mots (le possessif «ma France» est significatif) impliquent respect et tendresse.
Première strophe
- «Arrachée aux fantômes» : Le participe «arrachée» indique que la lutte fut violente et la victoire durement conquise. Le mot «fantôme» suggère une double idée d'irréalité et de mort : la guerre et l'Occupation, avec tous les drames qu'elles suscitent, paraissent avoir été une sorte de mauvais rêve, une succession d'images de mort. Voici maintenant la France «rendue à la paix», qui est sa vraie destination. «Vaisseau sauvé des eaux» présente une belle allitération et peut faire songer à «Moïse sauvé des eaux» et aussi au symbole du navire qui figure dans les armes de plusieurs villes, notamment dans celles de Paris où il s'accompagne de la devise : «Fluctuat nec mergitur».

- Vers 3 : La France chante pour plusieurs raisons, notamment à cause des noms harmonieux de ses villes et de ses villages. L'auteur en choisit trois qui désignent des cités situées dans les pays de la Loire, «le jardin de la France». Ces trois noms (thème, d'ailleurs, d'une chanson populaire du XVe siècle) sont comme chargés d'histoire : Orléans, c'est la ville qui fut délivrée par Jeanne d'Arc ; Beaugency, au carrefour de grandes voies stratégiques, siège de deux conciles célèbres, fut âprement disputé au XlVe et au XVe siècles ; Vendôme, centre féodal et monastique rattaché à la monarchie française au XlIe siècle, est lié au souvenir de Blanche de Castille et à celui de François Ier, et l'on sait que le Vendômois fut chanté par Ronsard.

- Les noms chantent, les cloches aussi chantent la délivrance de la patrie ; elles semblent sonner «l'angélus des oiseaux», c'est-à-dire les inviter à la prière, car les oiseaux (il en est question dans toutes les strophes, sauf les deux dernières) se réjouissent de voir libérée cette terre dont ils parcourent le ciel à tire-d'aile.
Deuxième strophe
C'est le début d'un cantique d'adoration. Il ne faut pas s'efforcer de rendre un compte exact de la comparaison «Ma France aux yeux de tourterelle». Par l'image et l'idée que suggère le mot «tourterelle», le poète veut donner avant tout une impression de douceur et de tendresse (plus loin, à la cinquième strophe, il dira que la France est une patrie pour la colombe). Le deuxième vers est animé d’une ardente sincérité, étant construit sur un chiasme par lequel les deux mots «mon tourment mon amour» sont enserrés dans «Jamais trop».

Au vers 3, il semble qu'il faille entendre le mot «querelle» non pas au sens actuel de «dispute», de «contestation», mais au sens ancien de «plainte» ; pour l'auteur, la France a été dans le passé, comme elle l’était encore au temps du poème, un sujet de plainte, de tourment. Ce vers peut être rapproché de celui de Du Bellay (dont le sens général n'est d'ailleurs pas le même) : «France, France, réponds à ma triste querelle».

Enfin, le poète institue un parallélisme entre les héros ensevelis dans la terre pour laquelle ils sont morts, et les oiseaux («passereaux») qui peuplent le ciel : la même quête d'idéal semble animer les uns et les autres.
Troisième strophe
Les mots «où les vents se calmèrent» sont une allusion à la fin de la tourmente, à la paix revenue.

Les mots «Ma France de toujours» expriment l'identité profonde du pays à travers les vicissitudes de l'Histoire ; il faut avouer pourtant que l'expression est très banale.

La comparaison de la carte de France avec la paume d'une main ouverte se justifie à peu près, et les mots «ouvre [...] aux souffles de la mer» sont justes aussi, si l'on songe que la France est baignée par la mer sur trois côtés de l'hexagone.
Quatrième strophe
Après l'oiseau du large, apparaît ici l'oiseau de passage, l'oiseau migrateur. Mais, ici, l'oiseau représente l'être humain, le peuple, que le désastre de 1940 et l'exode ont contraint d'abandonner son foyer. «Pour la première fois» est inexact : il y eut, au cours des siècles, d'autres invasions, d'autres exodes sur les routes, mais jamais peut-être un exode ne fut aussi nombreux et aussi tragique que celui-là.

«De Lille à Roncevaux, de Brest au Mont-Cenis», c'est-à-dire du nord au sud, d'ouest en est, ces noms propres parlant plus à notre esprit que les points cardinaux. Lille, c'est la Flandre nordique ; le Mont-Cenis sépare la France de l'Italie ; Brest, c'est la ville la plus occidentale de France et, comme disait Michelet, «la pointe, la proue de l'ancien monde» ; Roncevaux, col fameux des Pyrénées, est lié au souvenir, disons même à la légende, de Roland. Tous ces noms sont évocateurs, ils émeuvent notre imagination.
Cinquième strophe
La France est une patrie pour «la colombe» et pour «l'aigle», c'est-à-dire qu'elle est un pays à la fois pacifique et guerrier. La colombe est le symbole de la paix (voir le célèbre dessin de Picasso) ; c'est une colombe qui apporta à Noé dans son arche un brin d'olivier annonciateur de la fin du déluge (Bible, “Genèse”, chapitre VIII) ; ce symbole est ici particulièrement bien choisi, car la France va sortir de l'affreux «déluge» que furent la guerre et l'Occupation : comme le poète l'a dit au deuxième vers, elle est un «vaisseau sauvé des eaux», et son sort nous fait penser invinciblement à l'arche de Noé dont nous parle la Bible. Quant à «l'aigle», il fut l'emblème de l'empire français conquérant et glorieux.

Au vers 2, «l'audace» se rapporte à l'aigle et le «chant» à la colombe ; on remarque ensuite la richesse de la rime «aigle»-«seigle», mais surtout l'idée (rendue plus sensible par l'image) des deux derniers vers : la France est une, mais diverse ; la grande patrie est la synthèse de toutes les provinces qui la composent et qui lui apportent leur diversité bienfaisante et féconde.
Sixième strophe
Il est fait allusion ici aux créations si variées de l'artisanat populaire qui viennent toutes affluer dans la capitale. Cette capitale, Paris, un vers suffit au poète pour exprimer l'amour qu'il lui voue : «Paris, mon cœur, trois ans vainement fusillé». Le mot «fusillé» doit s'entendre au sens figuré de «tourmenté», «torturé». Mais on ne doit pas perdre de vue le sens propre, qui apparaîtra pour peu qu’on songe à tous les martyrs de la Résistance, fusillés dans Paris, ou autour de Paris, depuis ceux du Mont-Valérien, jusqu'aux derniers, ceux de la cascade du bois de Boulogne. On note la force et l'importance de l'adverbe «vainement» : toute cette affreuse répression n'a pas réussi à anéantir Paris ; au contraire, elle lui a infusé une vie nouvelle.

Septième strophe
Les deux adjectifs du début témoignent de la guérison, on pourrait presque dire de la résurrection, de la France. C'est l'image biblique de la fin du déluge qui domine encore. D'ailleurs, le mot «déluge» emplit véritablement le dernier vers, répondant au «vaisseau sauvé des eaux» du vers 2) et à l'image de «la colombe» (vers 17). Et «l’arc-en-ciel», qui apparaît après les grands orages, est le signal de la fin du déluge (dans la Bible, l'arc-en-ciel [«l'arc dans la nue»] est le signe de l'alliance entre l'Éternel et la Terre [“Genèse”, IX, 13-14]) ; de plus, il fait penser aux trois couleurs du drapeau français.

La France se retrouvera donc, une fois le déluge passé, heureuse et forte ; elle se retrouvera également libre ; elle aura secoué le joug de la servitude. Cette aspiration à la liberté est mise en relief par le troisième vers de la strophe finale, qui est inspiré par le souvenir de la fameuse captivité des juifs à Babylone. On connaît le chant mélancolique par lequel les juifs prisonniers exprimaient leur douleur et leur nostalgie. En voici le début :

«Assis au bord du fleuve de Babylone nous avons pleuré en nous souvenant de Sion.

Nous avons suspendu nos harpes aux saules de la rive.

Comment chanterions-nous le cantique du Seigneur sur une terre étrangère?»

Les harpes se taisent donc en signe de deuil et l'idée de la liberté, dans ce silence, hante l'esprit des captifs.
Destinée de l’oeuvre
Le poème, une des oeuvres les plus marquantes dans l’abondante floraison poétique qui fut une des armes morales essentielles de la Résistance, fut publié clandestinement sous l’occupation nazie à Lyon sous le pseudonyme de François-la-Colère. Il fut réimprimé en tract et en volume à Paris en septembre 1943 et à la libération de Paris par les Éditions de Minuit alors clandestines. L’édition définitive eut lieu en 1946.

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Il fit paraître un autre volet de la série romanesque du ‘’Monde réel’’ qu’il avait écrit en 1943-1944, au temps où il vivait dans la clandestinité :

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