Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres (poèmes et romans)





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Aurélien”

(1944)
Roman
L'action se passe pour I'essentiel au cours de I'hiver 1921-1922 à Paris, et la trame en est constituée par l'étrange avortement du brusque amour qu'éprouvent I'un pour I'autre une jeune provinciale éthérée, Bérénice Morel, venue passer quelques semaines à Paris chez son cousin Edmond Barbentane, et Aurélien Leurtillois, jeune ancien combattant, qui vit de ses fermages, ne fait rien et a de nombreuses liaisons. Finalement, Bérénice va vivre quelque temps avec un jeune poète, Paul Denis, puis revient auprès de son mari qui est handicapé, tandis qu'Aurélien, après quelques semaines de désespoir, accepte un poste de direction dans I'usine de son beau-frère, se range et devient un homme d'ordre. Ainsi Aurélien et Bérénice n’avaient rien en commun, même s’ils éprouvent une folle passion qui ne s’épanouit pas, bridée par Bérénice.

Ils se rencontrent pourtant encore une fois, en juin 1940, au milieu de la défaite qui amène le capitaine Leurtillois jusqu'à Ruffec. À ce moment-là, le réactionnaire qu'est devenu Aurélien n'a plus de langage commun avec une Bérénice à qui les événements ont ouvert d'autres horizons. Elle meurt, tuée par une balle perdue.

Le roman d'amour d'Aurélien et de Bérénice s'inscrit dans une fresque de la haute société de la première après-guerre, où s'entrecroisent de nombreuses intrigues, tout un monde qui entoure le couple inachevé et pèse sur son avenir. On trouve ici les milieux d'affaires autour d'Edmond Barbentane, homme à femmes auquel un de ses adjoints prend la sienne, Blanchette, et qui doit refaire sa fortune en épousant Carlotta, qui avait été la seconde femme du père de Blanchette, le riche Quesnel. On y trouve aussi des aspects de la vie littéraire ou théâtrale de ces années-là, les dadaïstes, chez qui déjà le surréalisme s'annonce, I'actrice Rose Melrosc, le peintre Zamora, dont beaucoup de traits paraissent avoir été empruntés à Picabia. Mais I'important, le fond même de ces situations diverses et disparates, le fond aussi du comportement d'Aurélien, c'est I'arrière-plan de la guerre qui vient de se terminer. Aussi bien son scepticisme et son indifférence sont-ils en lui le reflet, le reste de ces années terribles ; quelques-uns ont sans doute réagi à la manière de Barbusse, mais il n'en va pas ainsi pour beaucoup d'autres. C'est d'ailleurs dans les tranchées qu'Aurélien s'est lié avec

Edmond, autre sceptique, par qui il allait rencontrer Bérénice. L'agitation et I'instabilité sentimentale ou autre de la société qui les entoure sont, elles aussi, un reflet et une suite du grand désordre de la guerre. Bérénice, dont la vie s'est jusque-là déroulée un peu à l'écart de tout cela, qui appartient d'ailleurs à une génération plus récente (elle a ici à peu près vingt-deux ans), réagit différemment, ayant le goût d'une certaine forme de vie plus haute, le goût de I'absolu. Et c'est au sujet de Bérénice que surgissent au milieu du livre quelques pages qui en sont pour ainsi dire le sommet.

C'est sans doute ce goût, cette exigence, qui détermine son attitude, ce jour du 1er janvier 1922 où elle est venue chez Aurélien, I'a attendu jusqu'au matin, pour apprendre alors qu'il a passé la nuit avec une fille de Montmartre, et s'en aller.
Commentaire
Dans ce roman, Aragon s'autorisa un retour sur sa jeunesse. Mais, dans ses ‘’Entreliens avec Francis Crémieux’’ (1964), il donna des précisions sur le personnage d'Aurélien : «On a dit essentiellement que c'était moi, et c'est moi qui ai dit que c'était Drieu La Rochelle [...] ll y a un troisième facteur [...] C'était avant tout pour moi I'ancien combattant d'une génération déterminée au lendemain de I'armistice de 1918...» Sur le sens même du livre, il indiqua : «L'impossibilité du couple est le sujet même d'’’Aurélien’’... L'homme, ici, n'a pas mis en cause les idées qui étaient celles des siens, les idées reçues de son milieu... Le sujet du livre est I'impossibilité du couple précisément du fait que la femme, elle, a eu une certaine continuité de pensée malgré la guerre... et qu'elle est de ce fait même à un autre stade de pensée qu'Aurélien

Ce roman est animé d’une belle énergie vitale, et son tempo allègre emporte un tourbillon d’images et de personnages qui sont irremplaçables. Il est considéré comme un des plus beaux romans d’amour du XXe siècle, et est un peu “La chartreuse de Parme” d‘Aragon.
En 2003, il a été adapté pour la télévision par Éric-Emmanuel Schmitt avec Olivier Sitruk et Romane Bohringer.

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Le 15 juin 1944, le village de Saint-Donat fut victime d'une expédition punitive mais Aragon et Elsa Triolet purent s'échapper. Ils quittèrent Saint-Donat au début de septembre 1944.

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La diane française”

(1945)
Recueil de poèmes
Si le recueil fut publié en volume en 1945 après la Libération, les poèmes qui le composent avaient été pour la plupart publiés précédemment dans la clandestinité, certains sous forme de tracts.... Quand le volume fut publié en 1945 il fut complété par une préface, ‘’Ô mares sur la terre au soir de mon pays’’, qui est une sorte de poème en prose sur la France de I'Occupation et de la Résistance, devenu vite célèbre.

Les poèmes sont en vers rimés et comptés.
Commentaire
La diane est la sonnerie de clairon qui réveille les soldats le matin, et elle est française car Aragon, soldat lui-même, peut, en tant que communiste, enfin rejoindre le combat national après l’incertitude créée par le pacte soviético-allemand.

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"La rose et le réséda"
Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Tous deux adoraient la belle

Prisonnière des soldats

Lequel montait à l'échelle

Et lequel guettait en bas

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Qu'importe comment s'appelle

Cette clarté sur leur pas

Que l'un fut de la chapelle

Et l'autre s'y dérobât

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Tous les deux étaient fidèles

Des lèvres du coeur des bras

Et tous les deux disaient qu'elle

Vive et qui vivra verra

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Quand les blés sont sous la grêle

Fou qui fait le délicat

Fou qui songe à ses querelles

Au coeur du commun combat

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Du haut de la citadelle

La sentinelle tira

Par deux fois et l'un chancelle

L’autre tombe qui mourra

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Ils sont en prison Lequel

A le plus triste grabat

Lequel plus que l'autre gèle

Lequel préfère les rats

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Un rebelle est un rebelle

Nos sanglots font un seul glas

Et quand vient l'aube cruelle

Passent de vie à trépas

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Répétant le nom de celle

Qu'aucun des deux ne trompa

Et leur sang rouge ruisselle

Même couleur même éclat

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Il coule, il coule, il se mêle

À la terre qu'il aima

Pour qu'à la saison nouvelle

Mûrisse un raisin muscat

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

L'un court et l'autre a des ailes

De Bretagne ou du Jura

Et framboise ou mirabelle

Le grillon rechantera

Dites flûte ou violoncelle

Le double amour qui brûla

L'alouette et l'hirondelle

La rose et le réséda

 

  Analyse
Ce fut un poème de circonstance, car à cette époque le parti communiste, dont était membre Aragon, pratiquait la politique de la main tendue. Il est d’ailleurs précédé de cette dédicace : «À Gabriel Péri et d’Estienne d’Orves comme à Guy Môquet et Gilbert Dru». C’étaient quatre grands résistants de droite et de gauche, fusillés par les Allemands, quatre martyrs de la Résistance, de familles politiques et religieuses très différentes :

- les communistes Gabriel Péri (homme politique et journaliste, membre du parti communiste, fusillé en 1941) et Guy Môquet (lycéen de dix-sept ans, fils d’un député communiste, fusillé comme otage à Chateaubriant le 22 octobre 1941) ;

- les catholiques Honoré d’Estienne d’Orves (officier de marine, rallié au général de Gaulle en 1940, fusillé le 29 août 1941) et Gilbert Dru (dirigeant de la Jeunesse Étudiante Catholique en zone libre, fondateur du Mouvement Républicain Populaire, parti clandestin, fusillé à Lyon en 1944, à l'âge de vingt-quatre ans).

C'est donc en référence à des faits réels qu'Aragon a écrit ce texte, qui raconte avant tout un épisode type de la Résistance, qui traduit l'évolution des événements à partir de l'été 1941 : attentats contre l'occupant, exécutions sommaires. Il dut sans doute son succès à la force des sentiments qu'il exprime : la compassion pour les épreuves que subissait la France à cette époque, et la nécessité de l'union de tous dans la défense de la même cause, sa libération.

Le poème a l’allure d’une complainte populaire par sa structure et sa versification. Il se déroule en trois étapes très distinctes, le poète narrateur intervenant à chacune pour commenter l'action avec une visée argumentative destinée à embellir le geste. Il se compose de soixante-quatre heptasyllabes d’un seul tenant mais qu’on pourrait considérer comme formant dix sizains dont le distique initial revient comme un refrain auquel, à la fin, comme dans la tradition médiévale, un envoi (vers 56-64) vient se substituer. L’absence de distinction typographique des strophes ainsi que la suppression de la ponctuation concourent à donner au poème sa fluidité. La brièveté des vers de sept syllabes, l'alternance des même rimes claires (en «el») et graves (en «a»), les nombreuses répétitions (assonances, allitérations, reprise de termes) vont dans le même sens.
Dans la première étape (du vers 1 au vers 27) sont présentés, dans les vers de ce qui va se révéler être un refrain, avec la dominante de l’imparfait, deux personnages qui sont le chrétien et l'athée, opposés et unis par la même construction anaphorique et parallélique : «Celui qui croyait au ciel / Celui qui n'y croyait pas». «Tous deux» (vers 3) rassemble les contraires. C’est qu’alors que le conflit entre chrétiens et anticléricaux déchirait la France depuis le XIXe siècle, la Résistance contre les Allemands rapprocha des gens idéologiquement divisés. Cette différence entre l’idéologie de l’un et l’idéologie de l’autre («la clarté sur leurs pas», vers 10) réapparaît avec «Que l’un fût de la chapelle / Et l’autre s’y dérobât» (vers 11 et 12). La nécessité de la mise sous le boisseau de cette différence «au coeur du commun combat» (vers 24, l’allitération en «k» est significative) est rendue par «Fou qui fait le délicat / Fou qui songe à ses querelles» (vers 22 et 23), rappel d'une structure courante de la poésie ancienne : «Heureux qui…». Le narrateur intervient au présent de vérité générale pour commenter et approuver l'attitude des personnages : «Qu'importe comment s'appelle…» (vers 9).

La formule «Un rebelle est un rebelle» (vers 39) est un commentaire du narrateur qui, avec une sorte d’ironie, reprend une parole de l’ennemi pour qui peu importe la croyance de chacun des résistants.

Dans un registre quelque peu épique, l'image traditionnelle et médiévale d’une «belle / Prisonnière des soldats» enfermée dans une «citadelle» (vers 27), d'où ses deux amoureux, «fidèles / Des lèvres du coeur des bras» (vers 15-16), car «aucun des deux ne trompa» (vers 46), sortes d’amoureux courtois, de chevaliers du Moyen Âge, cherchent à la délivrer au péril de leur vie, est l’allégorie de la France sous la domination des Allemands (vers 6-7). Le pays ravagé, c’est aussi, plus loin, image empruntée à l'expérience séculaire des communautés rurales, «les blés sous la grêle» (vers 21) qu'il faut rentrer à la hâte en faisant taire toute inimitié, «la grêle» étant la métaphore des bombardements. Les résistants font preuve de détermination, le proverbe «Qui vivra verra» étant bien la marque de l’espoir sinon de la certitude de la délivrance.
Mais, dans la deuxième étape (du vers 28 au vers 50), la tentative de délivrance, véritable action de commando, entraîne :

- la réaction des gardiens, événement qui justifie le passage au passé simple : «la sentinelle tira» (vers 28) ;

- la détention : «Ils sont en prison» (vers 33) où les conditions de vie des deux combattants sont les mêmes ;

- l'exécution à «l'aube cruelle», au présent de narration : coulent leurs sangs qui ont «Même couleur, même éclat» (vers 48), qui ne sont plus qu’un sang ;

- la douleur des patriotes dont peu importent aussi les allégeances : leurs «sanglots font un seul glas» (vers 40, l’allitération rendant bien la douleur ressentie).
Mais, dans la troisième étape (du vers 51 à la fin), il est montré que n’est pas inutile le sacrifice de ces martyrs, héros qui ont acquis des pouvoirs magiques («L'un court et l'autre a des ailes», vers 57) : le sang, se mêlant à la terre, la féconde et lui permet de donner, à la «saison nouvelle» (après la guerre), du «raisin muscat» (vers 54), source de joie et même d’ivresse, qui vient donc remplacer «les blés sous la grêle». Et «le grillon» (vers 60), symbole populaire de la paix du foyer, «rechantera» : cette paix sera un jour restaurée.

Enfin, sur fond de ritournelle, presque de comptine, le poète, qui se manifeste par «Dîtes» (vers 61), qui, selon la tradition épique où le narrateur intervient pour commenter la bataille en la grandissant, se donne la mission de chanter les louanges des héros, élargit la perspective en peignant une France se redécouvrant, d'Ouest en Est («Bretagne», «Jura», vers 58), comme creuset unifiant des couples antithétiques : «framboise ou mirabelle» (vers 59), «flûte ou violoncelle» (vers 61), «l’alouette et l’hirondelle» (vers 63), «la rose et le réséda» (vers 64) qui, elle, qui est aussi le titre du poème, est nettement significative :

- la rose rouge et piquante est la fleur des socialismes, traditionnellement athées ;

- le réséda blanc symbolise la monarchie, et plus généralement le catholicisme qui lui est associé dans l'histoire de la France.

Mais les deux mots sont toutefois rapprochés par la paronomase.
Ce poème nous touche par son affirmation de la nécessité de l'unité nationale face au danger extérieur. Au-delà des circonstances précises de sa composition, il vaut par la beauté de l'idéal d'unité face à l'adversité qu'il illustre.

Le poète surréaliste qu’avait été Aragon, ne gardant de l’avant-garde que l’absence de ponctuation et des enjambements
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