Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres





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“Trilogie de Pan”. Mais, contrairement à la conception traditionnelle de la trilogie où les histoires doivent se suivre, les trois oeuvres n’offrent aucun lien narratif, aucun personnage récurrent. Le dieu Pan n’y apparaît jamais en tant que tel. C’était un dieu de la mythologie grecque et latine, à moitié homme, avec des pieds et des cornes de bouc, une chevelure inculte, ayant pour attributs la syrinx (flûte à sept roseaux, dite flûte de Pan dont la musique provoque la terreur panique des paysans mais possède aussi des pouvoirs guérisseurs), le bâton de berger, la couronne ou le rameau de pin. Ses ébats amoureux avec les nymphes, ses danses frénétiques égayaient la campagne. Les poètes et les philosophes ont transfiguré le joyeux compagnon du cortège de Dionysos en incarnation du Grand Tout et de la nature, en dieu mystique de la philosophie orphique des mystères de la terre. Il hante la trilogie, transparaissant aussi bien, dans “Colline”, à travers la montagne de Lure, la montagne de l’enfance de Giono, à travers le vent et le printemps dans “Regain”, que dans l’étrange musique d’Albin dans “Un de Baumugnes”. Cependant, au-delà de leurs différences apparentes et à une première lecture, les trois oeuvres ont en commun leur ancrage régional, leur thématique chtonienne, leur philosophie de la terre et leur langue paysanne sublimée en ce que Giono appelait la «poésie panique», «poésie vraiment sortie de la terre».

Une certaine connexité peut cependant être détectée dans la trilogie par la révélation progressive qui s’y fait des relations entre l’être humain et la terre : la terre sauvage dans “Colline”, la terre natale d’Albin dans “Un de Baumugnes”, la terre cultivée, domestiquée, sans cesse renaissante dans “Regain”. “Colline” met en scène la prise de conscience de la terreur panique : le roman est traversé par la peur des paysans découvrant la force et le mystère de la colline. “Un de Baumugnes”, à travers le personnage d’Albin, illustre l’autre visage du dieu Pan, celui du chanteur du cortège de Bacchus, du musicien qui ensorcelle les êtres humains et envoûte la nature avec sa musique, la «monica» étant une transposition de la syrinx. Enfin, dans “Regain”, Pan apparaît comme le dieu de la force vitale et régénératrrice qui éclate au printemps. Il hante l'espace sauvage, la terre inhabitée, où l'être humain éprouve le frisson panique face à la nature vouée à elle-même. Chaque roman met en scène une petite communauté isolée dans l'espace sauvage, dans un site précaire qui la rend fragile et menacée, car le monde naturel agresse sans cesse l'espace humain tout en le protégeant contre la civilisation urbaine, la ville étant placée sous un signe négatif, les rapports y étant corrompus par l'argent, l'être humain y perdant le contact avec ses origines terriennes. Les trois communautés vivent à l'écart du monde civilisé, les chemins qui y mènent sont rudes et escarpés (“Colline” [pages 15 et 16] ; “Un de Baumugnes” [page 46] ; “Regain” [page 24]). Elles vivent en équilibre fragile entre le contact avec la nature ambivalente et la civilisation pernicieuse. Leur fragilité, leurs luttes, leurs épreuves symbolisent la difficile intégration de l'être humain dans le règne panique. Le retour à la terre, chez Giono, se situe aux antipodes d'une vision bucolique, idyllique ou écologique. La nature est cruelle, dévoratrice, toujours prête à engloutir l'être humain s’il ne la respecte pas.

La “Trilogie de Pan” trace l'itinéraire, de “Colline” à “Regain”, de l’être humain qui apprend à connaître les dangers de la terre et à les apprivoiser, suit Pan dans ses diverses incarnations.

D’autre part, dans les trois romans, bien que sous des formes différentes, les protagonistes vivent une initiation qui les ouvre à une nouvelle vie. Les personnages initiateurs pénètrent, dès le départ, les mystères de la vie et de la terre. Ils ne sont pas sans analogie avec ce que Lévi-Strauss appelle dans la structure des mythes «les médiateurs», dont les caractéristiques majeures sont l'ambivalence et la fin tragique. La femme, métaphore de la terre, est une seconde terre où l'homme plante sa graine de vie.

Giono fit paraître, en marge du cycle de Pan, un court texte :

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Présentation de Pan”

(1930)
Essai
Le récitant exalte la sensation («Si l'on a ce don du ciel d'avoir de beaux sens, il n'y a qu'à se servir de ces instruments-là pour pénétrer le monde»), le printemps «qui ne choisit pas, mais qui pèse d'un poids égal sur l'amandier qui veut fleurir, sur la chienne qui court sa course, et sur l'homme». Il s'efforce de dévoiler les secrets de Pan qui est également un souffle poétique issu de la terre et des êtres humains qui vivent à son contact. Transporté par l'ivresse dionysiaque, il célèbre cette force «qui ne choisit pas mais qui pèse d'un poids égal sur l'amandier qui veut fleurir, sur la chienne qui court sa course, et sur l'homme».

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Naissance de l'Odyssée”

(1930)
Poème en prose
Ulysse est ici un beau parleur, lâche et coureur de jupons, qui a inventé “L’Odyssée” pour se disculper auprès de Pénélope qui l'attend depuis vingt ans. La réalité a été pitoyable, mais le menteur s'est pris à ses propres fables, et la vérité vint de ce que tous s'y laissèrent prendre et que le monde entier résonne depuis plus de vingt-cinq siècles du beau mensonge qui la dépasse infiniment.
Commentaire
Giono, qui était d’abord un conteur, c’est-à-dire un pipeur de dés, un manieur de mots, à son aise dans le mensonge, rendait un magnifique hommage à Homère, qu'il n'a cessé d'admirer, dans cette libre variation sur Ulysse, où le personnage connaît une dégradation en pratiquant le mentir-vrai qui est toutefois montré comme étant l’essence même d’une vie inauthentique.

Ce poème à la gloire d'Homère et du vieux monde méditerranéen tendait aussi à démontrer que le vieux texte était toujours actuel, que le monde grec vivait toujours sur les rives de la Méditerranée, dont le paysage s'accorde intimement avec les passions éternelles de l'être humain.

Ce fut, en fait, la première œuvre importante de Giono. Mais elle fut refusée par Grasset comme «jeu littéraire», alors qu’elle défendait déjà l’idée fondamentale très moderne de l'imposture qu'est l'œuvre littéraire, et ne parut qu'en 1930.

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En 1931, Giono fit un voyage à Berlin.

Il publia :

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Le grand troupeau”

(1931)
Roman de 240 pages

Le grand troupeau, c'est d'abord celui des moutons qu'on fait descendre précipitamment de la montagne dans l'été 1914, comme une eau épaisse lâchée hors de son lit, vague après vague, serrés frileusement derrière le bélier-maître, parce que la guerre a été déclenchée. Puis c'est le grand troupeau des hommes qui combattent et sont massacrés comme des bêtes, les grandes images de l'Apocalypse, en alternance avec les images du plateau déserté, éclairant ces scènes de guerre.
Commentaire
Dans ce roman alternent les scènes lyriques et «vitales» de transhumance et les visions horrifiées du troupeau des hommes mobilisés par la guerre dans un climat d’apocalypse. On trouve pourtant des touches d’un humour noir et cynique, comme à l’occasion d’une recette de lapin : «Que je te dise pour le lapin. Ne fais pas de civet, le sang cuit trop, ça n’a pas de goût. Voilà ce que tu fais : tu fais revenir la viande au poêlon avec des oignons et de la tomate, puis, quand c’est cuit, juste avant de servir, tu verses le sang frais là-dedans, juste avant de servir, juste avant. Le sang frais, ça t’a un goût !»

Ce livre pacifiste est un réquisitoire contre la guerre, écrit par un homme qui avait fait la Grande Guerre, qui devait être «la der des der», qui voyait du fond de ses collines venir la suivante, qui voulait convaincre que c'était une abominable folie d'aller s'entretuer.

Pourtant, pour Giono, «C'est un livre raté. C'est un livre qui est fait de morceaux d'anthologie, assez réussis les uns et les autres, mais qui ne donnent pas une unité au livre et dans lequel je n'ai pas donné ma véritable expérience de la guerre. […] J'ai été obligé de le réécrire quatre fois parce que le personnage du capitaine s'imposait, et que, malgré la guerre - j'avais à ma disposition toute l'artillerie de l'armée allemande pour le tuer - je ne réussissais pas à le tuer.» (“Entretiens” [pages 229 et 178]).

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Solitude de la pitié”

(1932)
Recueil de nouvelles

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Solitude de la pitié”
Nouvelle de 10 pages
Un gros et un maigre, le gros protégeant l'autre, prennent la patache et arrivent dans une petite ville où ils demandent du travail au curé. Il leur fait faire une dangereuse réparation dans le puits dont n'ose pas se charger le plombier, et va donner une leçon de musique. Le gros y descend, pieds nus et sans son pantalon qu'il laisse à l'autre, travaille encore alors que la nuit tombe. La réparation faite, le curé, indifférent, laisse sa servante les payer, et le gros découvre qu'il a reçu une pièce de dix sous.

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Prélude de Pan”
Nouvelle de 23 pages
Le 4 septembre, au-dessus de ce village de la vallée dont c'est la fête, des nuages se sont accumulés qui inquiètent ceux qui descendent de la montagne. Un étranger arrive qui attire et protège la colombe des bois dont un des bûcherons avait cassé l'aile. Comme il proteste, l'étranger le fait danser et, avec lui, les autres villageois et les animaux domestiques et les animaux sauvages, tous emportés dans une frénésie sexuelle qui laisse des fœtus monstrueux, l'étranger étant parti vers la Provence.

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Champs”
Nouvelle de 10 pages

Le narrateur a remarqué qu'un courtil sauvage a été reconquis sur la garrigue par un homme qui lui raconte qu'il vivait heureux dans la montagne avec sa femme et sa fille jusqu'à ce qu'ayant pris comme locataire un ouvrier italien il ait remarqué que sa femme était sensible à ses chansons. Aussi était-il parti sans rien dire et était venu s'établir là où la garrigue reprend possession du courtil sans qu'on sache si, après avoir attendu une réponse d'Italie, il était parti ou y était mort.

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Ivan Ivanovitch Kossakioff”

(1925)
Nouvelle de 19 pages
Giono, pendant la Grande Guerre, est envoyé dans une unité russe pour y assurer la signalisation optique, et il est couplé à Kossakioff dont il devient l’ami en dépit de la barrière des langues. Ils se montrent leurs photos de famille. Giono parvient à le faire renoncer à donner les indications qui auraient fait tuer des soldats qui fauchent des blés. Puis ils doivent se quitter, Giono faisant traduire par l'officier ce qu'il ressent pour cet homme dont il a appris qu'il avait été fusillé en 1917 à Châlons
Commentaire
Avec cette nouvelle autobiographique, c’était la première fois que, dan son oeuvre, Giono parlait de la guerre de 1914-1918.

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La main”
Nouvelle de 4 pages
Le narrateur entend venir Fidélin, l'aveugle qui sait l'heure qu'il est grâce à sa main qui est devenue très sensible depuis le jour de son enfance où, un jour de procession pour Saint-Pancrace, il a perdu la vue pour avoir porté la lourde châsse. Il raconte que, à l'âge de vingt ans, des jeunes filles le faisaient les caresser, et que l'une d'elles, Antonia, a même dit qu'elle l'aimait. Mais il termine en révélant «qu'il faut bien dire quelque chose pour rire».

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Annette ou Une affaire de famille”
Nouvelle de 3 pages
Justin raconte de sa femme va s'occuper d'«une affaire de famille». Il s'agit d'Annette, la fille de la fille de la sœur de sa femme. Sa mère étant morte, on l'a placée chez un parent puis à l'orphelinat et, comme elle en sort à l'âge de vingt-et-un ans, Justin et sa femme veulent s'assurer qu'ils ne seront pas tenus responsables d'elle.

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Au bord des routes”
Nouvelle de 4 pages
L'aubergiste a vécu autrefois au Mexique, d'où son surnom de « dit Gonzalès », et racontait régulièrement des souvenirs de là-bas ; en particulier, celui de l'extraordinaire rencontre d'une femme. Pourtant, il ne s'intéressait pas à celles qui tournaient autour de lui. Et, lui qui disait être «au bord des routes», s'est fait aubergiste au bord d'une route et s'est marié.

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Jofroi de la Maussan”
Nouvelle de 13 pages
Jofroi, qui est vieux, a vendu son verger de la Maussan à Fonse. Mais, quand celui-ci commence à en arracher les arbres, il le menace de son fusil car il les a lui-même plantés. Fonse est prêt à lui vendre la terre, mais Jofroi a placé son argent et le voilà qui veut se suicider, qui essaie plusieurs fois, de façons différentes : en se jetant d'un toit, en se pendant, en se faisant écraser par les autos, jusqu'à ce qu'il meure d'une attaque et que Fonse arrache les arbres, en en laissant toutefois quelques-uns pour Jofroi.


Commentaire
En 1933, Marcel Pagnol a, d'après la nouvelle, tourné “Jofroi “, avec Vincent Scotto, Annie Toinon, Henri Poupon.

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Philémon”
Nouvelle de 4 pages
«Autour de Noël, c'est le temps des tueries de cochons» où officie Philémon qui, à force, «sent le mort». Le narrateur et lui se rappellent ce qui s'est passé à Moulières-longues, une riche ferme où le père Sube mariait sa fille, qui avait étudié à Aix, avec un jeune homme délicat comme elle. Or, le père Sube ayant constaté, juste avant le départ à l'église, qu'un de ses cochons se mourait, il avait demandé à Philémon de le saigner et à sa fille de les aider et elle avait taché de sang sa robe blanche.

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Joselet”
Nouvelle de 5 pages
Alors que Joselet regarde le soleil qui se couche, le narrateur apprend de lui les pouvoirs dont il dispose : faire tomber la pluie, guérir des maladies ou des blessures, faire succomber une femme. De ce dernier pouvoir, il a profité autrefois, mais il a cessé de le faire car l'amour enlève la force. Il sait que le monde est une grande machine où de grandes roues en entraînent de petites, mais il sait aussi que chacun d'entre nous est la roue et que la force est celle que le soleil donne.

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