Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres





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Le hussard sur le toit”

(1951)
Roman de 390 pages
En Provence, par une suffocante journée de l'été 1832, Angelo Pardi, aristocrate piémontais qui a acheté son brevet de colonel de hussards, qui a dû temporairement quitter l'Italie et s'exiler en France, rentre dans son pays. Dans la vallée de la Durance, il se dirige vers le village de Banon quand il apprend qu'une épidémie de choléra vient de se déclarer dans la région, comme en témoigne l'agitation fébrile des autorités administratives et militaires. Il a d'abord une réaction de fuite et d'indifférence, puis poursuit seul sa route vers le château de Ser. Il découvre, du pas de Redortiers, le hameau des Omergues qui offre un spectacle d'apocalypse : une accumulation de cadavres monstrueux, affreusement dévorés par les bêtes. Il n'y a personne qui ait pu échapper au fléau. Apparaît un jeune médecin qui lutte contre l'épidémie, mais «le pauvre petit Français» idéaliste meurt dans les bras d'Angelo. Celui-ci ne pense pas à l’héroïsme : il est sur les chemins avec le choléra qui galope autour et lui vomit sur les bottes dès qu’il s’arrête. Il rencontre sur son chemin plusieurs sentinelles qui tentent d'éviter que des étrangers n'apportent dans leurs villages les germes de la contagion. Il remporte chaque fois, sur cette humanité peureuse, des triomphes faciles mais gratifiants pour son orgueil de jeune aristocrate. Risquant, à Sisteron, d'être mis en quarantaine, il prend la route avec d'autres fugitifs auprès desquels il est victime de sa naïveté, car son esprit romanesque le désigne comme une proie facile à duper. Mais ils sont tous, à leur tour, frappés par le choléra. Après voir été contraint de dérober sa monture à un cavalier, il parvient finalement à Manosque. À la suite d'un malentendu (on le prend pour un empoisonneur, mais, près d’être massacré, il «était heureux comme un roi»), il est d'abord incarcéré par un comité de vigilance, puis libéré. La population, que l'épidémie a complètement égarée, se livre à tous les actes possibles de barbarie. Face à cette panique collective, Angelo doit, s'il veut survivre, rester embusqué sur les toits de la ville d'où il assiste au spectacle d'une humanité misérable. Il rencontre cependant Pauline de Théus, une femme remarquable par son sang-froid et sa beauté, qui l'héberge une nuit. Puis, avec une vieille nonne qui disparaît bientôt, il passe quelque temps à transporter les cadavres que la population abandonne lâchement. Quittant la ville déserte pour la montagne, après de nouvelles errances, il retrouve Giuseppe, son frère de lait qui campe dans les collines environnantes. C'est un carbonaro comme lui, mais un révolutionnaire cynique, alors que, pour sa part, Angelo a noblement tué en duel le baron Swartz, suppôt du régime autrichien. Ils décident de se quitter pour rentrer séparément et se retrouver en Italie où ils travailleront pour le bonheur de l'humanité auquel, s'il le faut, ils sacrifieront leur vie. Angelo, errant à nouveau seul, est très fier d'avoir réussi à disperser une patrouille qui voulait l'arrêter. Il retrouve Pauline et ils font route ensemble. Bien qu'ils évitent les chemins fréquentés par les hommes que la peur rend capables des pires forfaits, ils sont fait prisonniers et mis en quarantaine au château de Vaumeilh occupé par une petite confrérie de Présentines. Mais, pour assurer leur salut, ils s'enfuient aussitôt. Attaqués par des voleurs, ils se défendent courageusement et mettent en fuite leurs assaillants. Ils passent une nuit dans une maison déserte, où ils s'abritent et se restaurent. L'ivresse délie leurs langues et ils se laissent aller l'un et l'autre à une longue confession qui dissimule mal l'aveu de leur amour, un amour chaste, fondé essentiellement sur l'admiration réciproque de leur courage qui les distingue du reste de l'humanité. Elle lui confie aimer son vieux mais valeureux époux. En route vers le château de Théus où Pauline doit le retrouver, ils rencontrent un médecin cynique et sceptique qui leur fait, à travers la description du choléra, un tableau désabusé de l'humanité : l'épidémie, derrière ses aspects monstrueux, à la limite du fantastique, apparaît bien comme l'allégorie du mal que l'être humain cultive en lui. Pauline est frappée par le choléra, au moment même où elle et son compagnon arrivent dans une région que le fléau n'a pas encore atteinte. Angelo lutte jusqu'à l'épuisement pour faire refluer le mal. Sortant de son délire, Pauline commence à le tutoyer. Elle guérit miraculeusement et symboliquement. Arrivés à Théus, ils se quittent. Angelo poursuit, à nouveau solitaire, sa route vers l'Italie. «L'Italie est là derrière», se disait-il. «Il était au comble du bonheur».
Commentaire
Ce choléra qui se propage à travers tout le Midi, qui «maintenant marchait comme un lion à travers villes et bois», le troisième cataclysme de l'oeuvre de Giono, après la guerre de 14 du “Grand troupeau” et l'inondation de “Batailles dans la montagne”, est une figure de la guerre, catastrophe contre laquelle sont impuissants ceux qui y sont entraînés. Ébranlant le sort de l’univers, c'est une figure du mal. Dans sa cocasserie insolite, le titre colore le livre d'une nuance d'ironie énigmatique, comme pour faire contrepoids à l'horreur accablante du choléra. Mais il dissimule ainsi, par pudeur, la vraie nature de ce brillant roman d'aventures : la dimension épique, la force de vie absolument extraordinaire de ce héros stendhalien : «Il était de ces hommes qui ont vingt-cinq ans pendant cinquante ans» (chapitre 6), habité par le sens du sublime et le goût du bonheur : «Il était atterré par la fourberie, cela lui paraissait plus inquiétant que la mort», faisant preuve d’une bravoure et d’une générosité naturelles. Il est obligé de s’isoler au-dessus d’une ville en proie au choléra et aux atrocités de tout genre que les habitants inventent de surcroît : «Il avait l’impression que, sous lui, la ville était toute pourriture

Toutes ses avanies ne l’empêchent jamais d’être «au comble du bonheur». La sagesse narquoise est un des points qui différencient le Giono du “Hussard” de celui d'avant la guerre : «La première vertu révolutionnaire, c’est l’art de foutre les autres au garde-à-vous» - «Prends donc l’habitude de considérer que les choses ordinaires arrivent aussi». L’écriture est pleine d’allégresse et d’ironie. Son tour de force étant de tenir tout son roman dans l'espace de la suggestion, Giono raconta une histoire d'amour où tout est à imaginer : il n'y a rien de torride, mais tout est possible. On trouve ainsi une gravité dans la légèreté, un humour et une tendresse, qui font cruellement défaut à la littérature française contemporaine. La langue française y est portée à son plus haut degré de virtuosité.

Après les années d'ostracisme et l'intense activité romanesque de l'après-guerre, Giono connut de nouveau pour ce roman l’accueil favorable de la critique qui y vit la confirmation de sa «nouvelle manière» déjà remarquée dans les “Chroniques romanesques”. Puis avec le succès populaire (quarante mille exemplaires vendus la première année, soixante-dix mille en 1955), il sortit enfin d'une situation matérielle précaire.

Le roman fut adapté à la radio par André Bourdil (1953), avec Jeanne Moreau et Gérard Philipe ; au cinéma par Jean-Paul Rappeneau (1994), avec Julie Binoche et Olivier Martinez.

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Le moulin de Pologne”

(1952)
Roman
Le moulin de Pologne est un domaine acheté, au début du XIXe siècle, par un certain Coste. Le roman est l'histoire de cinq générations de sa famille, qui est marquée par une tragique fatalité. L'achat du domaine par Coste, riche et pourvu de deux filles à marier, met en émoi la petite ville voisine. Les de M., ayant justement deux fils disponibles, dépêchent chez le sieur Coste une marieuse chevronnée. L'affaire est vite conclue, la seule prétention du maître du moulin étant que ses gendres appartiennent à une famille oubliée de Dieu. La main de la fatalité, en effet, s'est déjà lourdement abattue sur la sienne. Les de M. représentent exactement ce qu'il lui fallait : ils existent depuis huit cents ans et n'ont pas plus d'histoire que les premiers Capétiens. Pendant une décennie, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Soudain, un coup de tonnerre, le vieux Coste, blessé par un banal hameçon, meurt du tétanos. Une hécatombe commence. Même les fuyards sont touchés, et de la façon la plus spectaculaire puisque la fameuse catastrophe du Paris-Versailles engloutit en une seule bouchée quatre membres de la malheureuse famille. Cent ans plus tard ne reste qu'une de M., Julie. Quand elle était à l'école, ses condisciples s'étaient acharnées à la terroriser avec une ingéniosité impitoyable. Avec une pestiférée, comment ne pas être méchant? Comment ne pas lui en vouloir du danger que sa seule présence fait courir? Ajoutons que dans un modeste chef-lieu personne n'a la fortune que coûterait une passion généreuse. On emploie à posséder toute l'énergie dont on dispose. Donner y est inconcevable. Aimer aussi par conséquent. Mais la haine a pour elle d'être une volupté économique. Les petites filles de l'école finissent par avoir raison des nerfs de Julie. Elle est frappée de convulsions. Elle s'en remet, mais les traits déformés. Dorénavant, elle a l'air de la pestiférée qu'elle est. Tout va pour le mieux dans la meilleure des petites villes de province. Hélas, un certain M. Joseph y débarque. Il se conduit de maniére si provocante qu'on n'ose relever le défi. Ce n'est pas qu'il ait des vices ; on les lui pardonnerait aisément puisque alors on aurait barre sur lui. Non, ce serait plutôt un Robespierre. Il ne tient aucun compte de l'opinion publique. Il a du linge d'une extrême finesse et vit pauvrement chez un cordonnier. M. de K., une des « têtes» de la ville, trouve à cette étrange conduite une explication convaincante. Cet homme est un jésuite, si haut placé qu'on lui obéit en haut lieu. La plus élémentaire prudence commande de filer doux. À la consternation générale, le prétendu jésuite en profite pour épouser la pestiférée, après l'avoir enlevée dans des circonstances très romantiques. Il s'installe au moulin, qu'il restaure. Il arrondit le domaine. Il reçoit. Il étale son bonheur. Inutile de dire que tout le pays, oubliant l'humiliation subie, considère comme un honneur de défiler chez lui, et que les femmes envient Julie. Après la mort paisible de M. Joseph, le destin, une génération plus tard, rattrape le dernier descendant de la famille Coste. Le jeune et brillant Léonce, marié à une Louise exquise mais de santé fragile et bientôt paralysée, devient tout à coup la proie d'une gourgandine avec laquelle, sans prévenir personne, notamment sa mère, il quitte brusquement la ville. Au lieu de finir en apothéose sur un grand éclat dramatique, la famille disparaît ainsi dans une déchéance banale, mesquine et ridicule. Le narrateur de l’histoire tragique de la famille Coste révèle à la fin une difformité qui a pu lui faire porter sur elle un regard malveillant : il est bossu.
Commentaire
Le roman, qui fait partie de la série des ‘’Chroniques romanesques’’, et qui est le dernier à y être explicitement rattaché, est un livre curieux qui, par plusieurs aspects, diffère sensiblement des précédents. Des épigraphes figurent à chaque chapitre. Le récit est écrit et non parlé par le narrateur qui est le seul de ce type chez Giono, le seul qui dégage une impression de malaise : c’est un homme de loi prudent, feutré, retors. soupçonneux, égoïste, qui révèle en outre à la dernière page qu'il est bossu. Comme le récit est écrit il n’y a pas beaucoup de dialogues et il n'y a à peu près pas de paysage. La petite ville est Manosque, bien qu'elle ne soit pas nommée. L’action se déroule entièrement dans une bourgeoisie et une petite noblesse frileuses, que Giono ne ménage pas : le comique et le tragique étant liés étroitement dans cette histoire d’une fatalité qui accable une même famille à chaque génération. La démesure est ici celle du destin, non des êtres. Tout se passe comme s’il avait cherché à ajuster ensemble des éléments trop hétérogènes pour n'être pas incompatibles

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Giono diversifia ses centres d'intérêt. Ainsi il donna des articles à de nombreux journaux, “Le Dauphiné libéré”, “Sud-Ouest”, “Nice Matin”, et une série de textes sur la Provence à “Combat”. Il voyagea en Écosse et se rendit à plusieurs reprises en Italie, en rapportant :

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Le voyage en Italie”

(1953)
Récit de voyage
Commentaire
Le livre n’a rien d'un guide, ou alors c’est celui d’une tournée en Gionie et non en Italie. Il n’a rien d'un journal de voyage consciencieux. Giono n'évite pas les monuments, mais ne regarde que ceux qui lui parlent. En soixante pages sur Venise, il ne mentionne ni Titien ni Tintoret. Plus souvent, ses yeux vont vers les gens : physionomies, gestes, allures, habillement de chacun ou atmosphère de la foule, des boutiques, des cafés. Bref, vers la vie quotidienne que gouverne un art de vivre. Il s'invente des amis inexistants. Il joue à s'acheter des maisons. Il part en digression vers l'Écosse ou ailleurs. Il raconte au naturel, fuyant l'emphase et les idées. S'il joue une comédie, c'est celle d'une désinvolture qui n'est pas détachement mais plaisir d'une sagesse où le caprice a sa part, où l'on s'intéresse à la passion sans se laisser blesser par elle.

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En 1953, Giono reçut, pour l’ensemble de son oeuvre, le prix Prince Pierre de Monaco.

Il accepta de couvrir, pour l’hebdomadaire “Arts”, le procès de Gaston Dominici, qui allait s'ouvrir aux Assises de Digne, et publia :

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Notes sur l'affaire Dominici, suivies d'un Essai sur le caractère des personnages”

(1955)
Essais
Giono suivit la longue enquête sur le triple meurtre, en août 1952, dans la région de Manosque, de touristes anglais, les Drummond, non loin de la ferme des Dominici ; l’inculpation de Gustave Dominici, qui avait découvert le corps d’Elizabeth Drummond, pour non-assistance à personne en danger ; l’accusation par Gustave et Clovis Dominici de leur vieux père, Gaston, qui passa aux aveux le lendemain avant de se rétracter ; le procès qui aboutit à sa condamnation sans preuve matérielle par la cour d’assises de Digne : «Tout accusé disposant d’un vocabulaire de deux mille mots serait sorti à peu près indemne de ce procès. Si, en plus, il avait été doué du don de parole et d’un peu d’art de récit, il serait acquitté. Malgré les aveux.». Il interpréta cette affaire comme un règlements de comptes entre anciens résistants : «Je ne dis pas que Gaston Dominici n’est pas coupable, je dis qu’on ne m’a pas prouvé qu’il l’était».
Commentaire
Giono s'intéressait depuis longtemps à l'institution judiciaire. Il pensait qu'une des missions de l'écrivain est de traquer l'injustice. L'affaire Dominici, dans la trajectoire de Giono, se situe sur la ligne qui va d'”Un roi sans divertissement” à “Ennemonde” : celle d'un univers où la réalité est tout naturellement monstrueuse.

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En 1955, Giono fut élu à l'Académie Goncourt, où il succéda à Colette.

Dans ces années, il s’ouvrit largement au monde, multplia les entretiens radiophoniques (“Rencontres avec Jean Giono” en 1953, “Propos et récits de Jean Giono” en 1955)

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