Science sans conscience n’est que ruine de l'âme





télécharger 448.27 Kb.
titreScience sans conscience n’est que ruine de l'âme
page7/10
date de publication20.10.2016
taille448.27 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > loi > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   10
Ici, vous vous amuserez

 

                Mexico City : à peine arrivé dans la capitale, je suis décontenancé par la nervosité, la pollution et la surpopulation environnantes. Puisque j’ai commence à descendre vers le sud de l’Amérique, je me laisse gagner par l’idée d’aller au Brésil, avec en tête le nom de Bahia-de-tous-les

Saints, lieu qui peut être propice à ma quête. En même temps, je dois l’avouer, le Brésil est un pays qui m’a toujours fait rêver et que je n’aurais jamais espéré visiter avant ma mort.

                Depuis deux jours, je ne cesse de me regarder dans tout ce qui reflète mon jeune visage de trente ans. Je me trouve beau gosse. J’ai envie de danses, de carnaval et d’excès.

 

                Lorsque l’avion atterrit à Rio, il est huit heures du soir du dernier vendredi du mois d’août. Cela fait un mois que je suis un mort vivant. Je me donne deux jours pour rejoindre Bahia. Rio est une ville trop mythique pour ne pas s’y arrêter. Un bus me mène à Copacabana, où je trouve une chambre bon marché et discrète dans une petite rue cachée derrière les grands hôtels. Le tenancier se sent obligé de me parler de sa clientèle, comme s’il voulait me faire comprendre que je ne suis pas à ma place :

                Ça fait des années que ma maison est fréquentée par des gens de la région. Beaucoup de représentants, et pas mal de favelados venus du nord. C’est surtout en haute saison qu’ils viennent, entre octobre et mars. Ils ont réussi à trouver un peu d’argent je ne sais où pour passer un peu de temps à l’hôtel avant de retourner dans leur bidonville. Vous seriez arrivé en novembre, la maison aurait été pleine à craquer. Pendant plusieurs mois, ils ne retournent pas dans le nord, faute d’argent, parfois par fierté. Et pourtant, ils ne travaillent pas tous. Certains réussissent à se faire embaucher pour porter les bagages dans les hôtels, d’autres pour nettoyer les chambres, plutôt de bons boulots. Les autres vendent des beignets sur la plage. Certaines filles font le tapin dans les bars.

                L’aspect minable de la chambre correspond à son prix. Une seule lucarne éclaire quelques mètres carres équipés d’un petit lit en bois, d’une chaise sur laquelle est posé un téléphone, et d’une glace au cadre rouillé. Seul élément moderne, dans un coin trône une cabine de douche en plastique moisi. J’ai éprouvé du plaisir à prononcer mes premières syllabes chantantes en portugais du Brésil. Je me regarde dans la glace en articulant :

                Trinta anos, trinta anos...

 

                Il est onze heures du soir. Mon taxi rejoint le quartier de la gare et remonte l’avenue du Président-Vargas, puis prend vers le nord. Les quartiers deviennent ostensiblement pauvres, les habitations délabrées. Finalement, le chauffeur me dépose au milieu d’un carrefour lumineux et annonce, en me regardant dans le rétroviseur:

                Ici, vous vous amuserez.

                Ses yeux sont d’une clarté que je commence à connaître.

                Malgré l’heure tardive, le flux des passants est encore important. Surtout des hommes seuls à la mine sévère. Certains forment de petits groupes qui discutent entre eux. Plusieurs boutiques sont encore ouvertes, des sex-shops pour la plupart. J’entre dans l’une d’elles, le Paraiso do Sexo.

A l’intérieur d’une cabine de projection vidéo, parmi un choix pléthorique, j’opte sagement pour des scènes de lesbianisme. Aussitôt, les godemichés s’agitent sous mon regard. J’essaye de me concentrer sur l’écran et de ne pas me laisser envahir par la sensation d’être dans le cockpit d’un vaisseau spatial. Une blonde de type nordique, une Asiatique et une Noire, toutes trois aux seins dilatés comme d’immenses pastèques, entremêlent leurs corps. Je défais ma fermeture Eclair, sors mon sexe mou et commence à le masser, me transportant par l’imagination au milieu des trois femmes.

                L’image est nette et lumineuse. En fermant les yeux à moitié, je sens presque leurs seins entre mes mains. Puis ma tête s’enfouit dans ceux de l’Asiatique, pendant que la blonde et la Noire s’occupent entre mes jambes. Mais mon pénis reste insensible aux caresses. En regardant au-dessus de ma tête, je remarque qu’une glace est fixée au plafond. Je me trouve soudain ridicule et décide de quitter le sex-shop. Tandis que l’érotisme est une poésie du Tout, la pornographie ne vise que les parties. Et mes parties ne répondent plus qu’au pouvoir du spray.

                Je poursuis ma marche vers l’ouest de la ville. Je sens bien au regard patibulaire de certains passants que ce quartier de Rio doit être répertorié comme dangereux par les guides. Au bout d’une demi-heure, je me retrouve au pied d’un mont constitué d’un enchevêtrement géométrique de bois, de tôle et de brique. Voila donc à quoi ressemble de près une favela.

                Je décide d’explorer les lieux, malgré l’heure tardive. J’emprunte un chemin de terre à peine éclairé, ne distinguant que quelques ombres entre les habitations faites de planches clouées en hauteur avec une savante irrégularité. Soudain, un chien vient à moi en aboyant, suivi par une troupe d’enfants loqueteux qui finissent par m’encercler.

                L’un d’eux me demande, d’un air de défi :

                Tu viens d’où?

                D’Europe.

                Où ca?

                La France.

                Un autre gamin m’interrompt nerveusement :

                Tu nous racontes des salades, t’as l’accent de Sao Paulo. Et t’as pas l’air riche.

                Ça ne me gêne pas de ne pas avoir l’air riche.

                T’es un peu malade : les riches, ils ont l’argent, ils ont les voitures, et plein de femmes.

                Je pourrais bien sûr leur répondre que ces gens-là ne sont pas nécessairement heureux parce qu’ils ont de l’argent, mais cette remarque serait en l’occurrence un peu niaise. Naturellement, pour ces gamins, le bonheur, c’est d’avoir, puisqu’ils n’ont rien. De même que chez les riches on aspire vaguement au dépouillement, d’ailleurs de préférence spirituel. Je souris au jeune groupe:

                Un jour, vous descendrez dans les hôtels de Copacabana comme clients, surtout si vous allez à l’école.

                La troupe est hilare. C’était prévisible, l’un d’eux sort une arme de sa poche, un revolver au chrome lustré, et le pointe sur ma pomme :

                C’est comme ça qu’on descendra dans les hôtels.

                Les autres s’esclaffent. Un petit lance :

                Et si ce type était envoyé par les cognes pour nous faire la morale?

                Ouais, on va lui faire regretter de nous avoir nargués.

                Sans hésiter, je prends mes jambes à mon cou. Curieusement, je ne suis plus poursuivi une fois hors de la favela, peut-être à cause de la voiture de police qui stationne au pied de la colline. Mais plus probablement, les gamins ont juste voulu s’amuser en me faisant peur.

                Cinq cents mètres plus loin, encore essoufflé, j’avise une gargote ouverte ou je demande une canette de bière. L’employé, consciencieusement vétu d’une blouse blanchâtre, semble parvenir à faire son travail tout en somnolant. Derrière lui, une horloge crasseuse indique qu’il est presque deux heures du matin.

 

                Dans les rues endormies de Rio, mon esprit continue à errer. Je sais que beaucoup d’êtres humains rêveraient d’inhaler mon spray. Je repense à ces gamins des favelas, dont certains n’atteindront jamais l’âge de regretter leur jeunesse.

                J’aurais pu profiter différemment de mes rajeunissements, cambrioler des banques à visage découvert puis perdre dix ans pour brouiller les pistes. J’aurais pu devenir un homme célèbre en vendant mon histoire aux tabloïds. Oui, probab1ementl’homme le plus célèbre du monde après ce Christ qui trône les bras en croix au-dessus des hauteurs de la ville. Tout ce que je veux, maintenant, c’est rajeunir une dernière fois, histoire d’en profiter tout de même et d’avoir vingt ans, après quoi je me concentrerai sur mon âme à Bahia-de-tous-les-Saints. Si je dois être éternellement figé dans ma jeunesse, je veux que ce soit à l’âge de vingt ans.

                Je paie et quitte la gargote, à l’affût d’un taxi. Je me fais déposer quelques minutes plus tard devant la plage de Copacabana, à dix minutes à pied de mon hôtel.

                Je marche sur le sable au bord de l’eau, pieds nus, mes chaussures à la main. J’écoute le bruissement de l’écume, me demandant combien de vies il faudrait à un homme pour qu’il se libère de son destin. Cette pensée est avalée par une vague.

La maison du démon !

 

                Le lendemain est un samedi et en fin de matinée, après avoir acheté un maillot de bain et une serviette, je retrouve la plage de Copacabana noire de monde. Les jolies filles pullulent sur le sable, la poitrine généreusement offerte au soleil. Je remarque une jeune Noire, seule, en string carmin, couchée sur le ventre. Avant perdu de ma timidité en rajeunissant, je m’assois sur le sable à coté d’elle et lui adresse un bonjour franc. Elle se retourne. Je lui souris :

                Il y avait une chance sur cinq pour que vous soyez jolie de face, et une chance sur dix pour que vous soyez belle. Félicitations...

                Elle me scrute sans répondre, comme si j’étais un demeuré, puis se couche sur le dos, dévoilant une poitrine pleine de tenue. J’essaye d’être diplomate, mais c’est un monologue qui s’enchaîne, la jeune femme refusant de m’adresser le moindre sourire. Sans me laisser décourager, je me tourne vers la mer et soliloque, livrant mes impressions sur Rio, que je compare successivement aux autres villes que j’ai visitées, Athènes, Katmandou, New York, Los Angeles...

Finalement, après une quinzaine de minutes,  lassé du silence de la créature, je lance une question de but en blanc, cherchant un prétexte pour m’en aller voir ailleurs :

                Vous voulez déjeuner avec moi?

                Contre toute attente, elle répond d’une voix traînante :

                Peut-être.

                Ah?... Ou voulez-vous aller?

                J’ai pas dit que je venais.

                Je vous parlerais de l’Europe.

                T’as un accent plutôt de chez nous pour un étranger.

                J’avais oublié ma capacité à parler la langue du pays où je me trouve :

                Oui, heu, j’ai vécu ici quelques années, enfant.

                De toute façon, je déjeune pas seule avec toi.

                On mange en famille?

                J’attends une copine. On verra si elle est d’ accord. Tu t’appelles comment?

                René.

                Moi, c’est Isidora. Et ma copine Rosa.

                Quelques minutes plus tard arrive Rosa, une métisse aux cheveux teints en blond. Je l’accueille avec un sourire de bon aloi :

                J’étais abandonné, Isidora m’a recueilli, mais son amour dépend de vous.

                Elle regarde Isidora, visiblement partagée entre l’étonnement et l’éclat de rire.

                L’autre lance, pragmatique :

                René nous offre le déjeuner.

                Finalement, nous nous rhabillons après être passés à la douche publique, prenons un taxi et nous retrouvons au Vinicius, un petit restaurant à côté de la plage d’Ipanema.

                Isidora et Rosa apprennent en sirotant une caipirinha que rien ne m’amène spécialement dans ce pays, sinon que j’avais envie de visiter le Brésil depuis des décennies.

                Pour vous, en Europe, tout est plus facile ! rêve Rosa.

                Le vin aidant, une certaine familiarité s’installe entre nous. Je découvre qu’Isidora n’est pas de Rio : elle vient du Sud, ses parents travaillent dans une plantation de bananes. Ici, elle vit chez une tante qui l’héberge moyennant des travaux de couture. Rosa est originaire du Nordeste, où ses parents ont une petite ferme. Elle refuse de parler de son métier à Rio. Je raconte que j’étais comptable, mais que j’ai démissionné pour faire ce voyage. Apres le restaurant, nous retournons a la plage, bronzons, nous baignons, parlons peu. Le soir, rendez-vous est pris dans un night-club de Copacabana.

 

                La nuit venue, entre deux danses et après quelques verres, je me penche sur Isidora et l’embrasse. Plus tard, dans un coin sombre, au son d’un mambo rock, les deux filles se caressent devant moi. La surprise passée, je propose d’aller à mon hôtel.

                Non, plutôt chez ma tante, rétorque Isidora. Elle entendra rien, elle est quasiment sourde.

                Une demi-heure après, sur le coup d’une heure du matin, nous entrons, ivres, dans un immeuble délabré d’un quartier de la banlieue nord, montons au troisième étage en titubant et en étouffant quelques rires. A aucun moment je ne pense qu’il s’agit d’un traquenard pour me dépouiller ou me retirer des organes, peut-être a tort.

                Une fois dans la chambre, Isidora et Rosa me déshabillent en gloussant. Je suis hilare : j’ai inhalé le Via en arrivant et je sais que je me prépare à dire adieu à mes éphémères trente ans en fanfare.

                Le visage des jeunes femmes devient appliqué. Rosa agrippe mon pénis. En retour, je dégrafe son soutien-gorge. Les deux femmes frottent leur poitrine l’une contre l’autre pendant que j’embrasse alternativement leurs fesses. Puis elles s’allongent sur le ventre. Je m’assois sur le dos des cuisses d’Isidora et enfonce mon sexe dur entre ses fesses, dans la touffeur du vagin.  Je fais de même avec mon doigt en Rosa, cherchant consciencieusement le clitoris. Quelques va-et-vient, puis je pénètre Rosa dans la même position.

                Finalement, les jeunes filles décident de monter toutes les deux sur moi, la première s’empalant entre mes jambes, la seconde se positionnant au-dessus de ma bouche. Au moment où je m’apprête à jouir, un cri retentit près de la porte.

                C’est la voix de la tante d’Isidora, qui a beau être dure d’oreille mais n’en a pas moins du flair. La scène qu’elle découvre en entrant dans la chambre est trop forte. Elle hurle en appuyant à répétition sur l’interrupteur. La lumière s’éteint et se rallume apocalyptiquement. Les filles, paniquées, se précipitent sur leurs vêtements. Je ne sais trop que faire. Encore euphorique, je me demande un instant pourquoi on n’invite pas la tante dans la partie. Mais Isidora et Rosa sont déjà à moitie habillées. Pendant ce temps, la maîtresse des lieux braille :

                La maison du démon !

                Je comprends qu’il est préférable que je me rhabille, bien que j’aie du mal à saisir la gravité de la situation. Jusqu’à ce que la maitresse de maison vocifère un ton au-dessus :

                Au viol de mineures! La police!

                Je change d’expression en comprenant que les deux gamines n’ont pas dix-huit ans. Je me dégage, enfile mes vêtements, bouscule la tante qui tente de me retenir, lance un au revoir aux filles et sors de l’appartement en courant, heurtant quelques voisins qui se mettent à me poursuivre en criant:

                Au voleur!

                Une fois dans la rue, le groupe des poursuivants se grossit de quelques passants zélés. Certains tentent même de s’interposer devant moi. Mais la panique me donne des ailes et je parviens à héler un taxi. En voyant le billet que je lui tends, le chauffeur démarre sans poser de questions et me ramène sain et sauf à l’hôtel.

 

                Il est deux heures trente du matin. Je suis allongé sur mon lit, les yeux ouverts. La beauté de l’accouplement avec les adolescentes l’emporte sur le stress de la poursuite. Je me masturbe en retournant chez la tante par la pensée et je jouis rapidement. Je revois les visages mutins d’Isidora et de Rosa. Finalement, on a tous les trois menti sur notre âge.

                Le lendemain matin, dans la glace, j’ai devant moi le visage de mes vingt ans.

1   2   3   4   5   6   7   8   9   10

similaire:

Science sans conscience n’est que ruine de l\Prologue : Un drame La religion est le soupir de la créature opprimée,...

Science sans conscience n’est que ruine de l\Pierre Parlebas Docteur d’Etat ès Lettres et Sciences Humaines Président...
«Ce sont les passions qui utilisent la science pour soutenir leur cause. La science, écrit-il, ne conduit pas au racisme et à la...

Science sans conscience n’est que ruine de l\Commémoration de l’armistice de 1918
«Parce qu'un homme sans mémoire est un homme sans vie, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir.»

Science sans conscience n’est que ruine de l\Peut-on parler d’Europe et d’Européens sans faire d’anachronisme ?
«l’Europe laissera-t-elle faire ?». A cette époque enfin, l’Europe devient mondiale : les gens en prennent conscience

Science sans conscience n’est que ruine de l\Escherichia coli = ogm = Science mortelle
«parasites» au profit des cellules sans tuer les cellules porteuses de gènes introduits

Science sans conscience n’est que ruine de l\Chateaubriand
«vague des passions», plongées dans les abysses d’une âme en détrese, terreurs, rêveries solitaires, courses sur la lande en compagnie...

Science sans conscience n’est que ruine de l\Obcession du dessin, necessité de sa production ? Sans jamais pourvoir s’arreter
«non dévoilé» de l’Univers, tel que selon Novalis, IL est inscrit sans une écriture secrète. Le vide est au cœur de tout langage

Science sans conscience n’est que ruine de l\Le registre lyrique
«pathos» désigne l’émotion, l’agitation de l’âme. Au sens moderne, «pathétique» est synonyme de «touchant», «bouleversant»

Science sans conscience n’est que ruine de l\Paroles de guillaume de saint thierry
«L'art des arts est l'art de l'amour L'amour est suscité par le Créateur de la nature. L'amour est une force de l'âme, qui la conduit...

Science sans conscience n’est que ruine de l\Depuis le temps où Simon et Alain se voyaient interdire les novilladas...
«sans peur et sans reproche», tel un chevalier médiéval. En un mot, IL est noble, au sens de gentilhomme. Pour tous, IL doit être...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com