Programme rendez-vous chez bebert





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UN DINER EN VILLE…



Près de trois ans et demie s’étaient écoulés depuis le dernier spectacle parisien de Renaud. Il était temps, en effet, d’envisager un retour sur scène. Le dernier ZENITH avait accueilli 100.000 spectateurs qui avaient applaudi pendant trois semaines son spectacle forestier, avaient admiré, éblouis, les 300 mètres carrés de gazon semés sur cette scène où trônait un arbre gigantesque sur les branches duquel les musiciens, tels des barons perchés, s’étaient donnés corps et âme – c’est une image – pour accompagner l’énervant dans ses chansons pas moches. C’était plus qu’un artiste français n’en avait jamais rassemblé dans ce lieu magique mais c’était aussi 80.000 de moins qu’au ZENITH 86, spectacle maritime en diable, souvenez-vous, le bateau, le port, les grues et ceci cela, spectacle inoubliable qui hante encore la mémoire des calculettes de mon conseiller fiscal.
Renaud en avait déduit, un peu hâtivement peut-être, que si cette sensible érosion de son magnifique public devait se continuer dans des proportions similaires, c’est-à-dire passer de « phénoménal » à « colossal » pour arriver à « normal », une salle de spectacle aux dimensions plus sobres conviendrait mieux à sa modestie naturelle, modestie qui, par ailleurs, s’accommoderait à la limite fort bien d’une cour d’immeuble, pourvu que l’acoustique y fût bonne et les trois mêmes aux fenêtres enthousiastes ou, au moins, attentifs.
Il avait donc réfléchi quelques jours (environ 650), une épaisse fumée noire était sortie de sa tête, et puis, un matin, une ampoule s’était allumée au-dessus de son crâne, dans une petite bulle où un scénariste belge avait écrit « idée ! ».
« Je vais faire une petite salle ! » se disa-t-il. « Un vrai Music-hall, avec du velours rouge, une vraie concierge bien vieille, des vraies coulisses bien crades, un pompier moustache à la cour, un machino communiste au jardin, des vrais beaux sièges confortables – sauf le prix – pour les fesses quadragénaires de mon public vieillissant, des loges minuscules, surtout la mienne, dont les murs habités garderaient encore la mémoire des fantômes d’un Maurice Chevalier, d’une Edith Piaf ou d’un François Valéry, non, pas d’un François Valéry, je voulais dire d’un chanteur. Un vrai Music-hall avec un vrai entracte et une sonnerie quand faut retourner s’asseoir et qu’on n’a pas eu le temps de pisser parce qu’y avait la queue, pas eu le temps de finir son esquimau parce que ça se fait pas de manger pendant que José Arthur vous parle, pas eu le temps de brancher la gonzesse qu’on a repérée au bar parce qu’on n’a pas eu le temps de divorcer de la sienne, une sonnerie qui engendre dans le hall un brouhaha d’excitation fébrile, d’impatience, voire de bonheur, à la simple idée que « ça va commencer… »
Son raisonnement tenait debout. Il avait fait la rue, les cabarets, les cafés-théâtres, le Théâtre de la Ville, Bobino, l’Olympia puis trois Zénith consécutifs. Que restait-il ? Bercy ? Michel Sardou et Johnny Hallyday l’avaient loué chacun pour 6 mois jusqu’en 2020, ne laissant à leurs petits camarades que les lundis soirs où, d’ailleurs, la place était prise par toutes sortes de sportifs obscènes, gesticulant dans de ridicules combinaisons fluorescentes, au volant de voitures cabossées, au guidon de pétaradantes motocyclettes même pas françaises ou phallus de planches à voiles assez moches, dont la vélocité toute relative cachait mal l’incongruité de leur présence en ce lieu. (C’est vrai, quoi ! Pourquoi pas aussi la Traversée de l’Atlantique ou les 24 heures du Mans à Bercy ?)
Renaud était décidé. Ce serait un vrai Music-hall, je sais, je l’ai déjà dit, ce serait une salle dans laquelle il ne s’était jamais produit, elle serait de dimensions raisonnablement moyenne quitte à l’occuper longtemps mais pas trop quand même parce qu’en juillet il se casse à la pêche, et les murs des loges garderaient la mémoire de grands artistes très morts mais pas de François Valéry qui est vivant je m’excuse.
Il opta donc pour le BATACLAN.
Mais c’était un peu petit quand même. Alors, plus tard, je vous passe les détails, il se rabattit sur le CASINO DE PARIS. Il annonça la nouvelle à son agent, comme vous le vîtes au chapitre 1, ce qui lui valut un dîner sympa dans le quadruplex de Passy le samedi suivant. Il y avait là, outre le maître des lieux, sa délicieuse épouse, son enfant et ses chevaux, quelques amis de Bébert, une quinzaine, et même un ouvrier mais je crois qu’il n’était que de passage, juste pour un problème avec la piscine. Le dîner se passa fort bien, Julien Clerc reprit trois fois de la purée, David Mac Neil trois fois de l’eau (Renaud sentit bien que le cœur n’y était pas mais que Madame Mac Neil oui), Jacques Dutronc fuma un cigare énorme que Dominique Lavannant jugea (je la cite) « gros comme ma bite », Françoise Hardy parla de la Lune Rousse dans son Sagittaire, ce qui passionna Madame Renaud qui aime beaucoup l’astrologie mais qui est intelligente quand même, Michel Boujenah nous parla d’un prochain sketch qu’il venait de finir d’écrire et qui était « à mourir de rire » mais qu’il n’allait pas nous le faire mais nous le fit quand même, Emmanuelle Béart demanda à Renaud si les chansons qu’il devait lui écrire depuis bientôt deux ans avançaient et il répondit que « oui, oui… » puis il détourna la conversation en renversant son verre de Sauternes sur le chien de Virginie, la femme de Julien Clerc, qui se mit alors à aboyer, pas Julien, le chien. Comme les cris du bâtard rappelèrent à Bébert le début de la mélodie de « La Zoubida », on se mit à dire du mal mais pas Renaud mais les autres aussi un peu.
Il y avait aussi Catherine Deneuve qui est quand même très belle, même dans la vie, pas seulement que dans les photos, elle parla de son dernier film qui avait l’air très bien et qui donne envie d’aller lire le livre, un « ami » à elle qui a bien de la chance si mes soupçons sont fondés, qui parla de la chaîne cryptée qu’il dirige, et puis Daniel Auteuil qui demanda à Renaud aussi quelques chansons mais même des moches c’est pas grave.
Lorsque les hommes se mirent à parler football, les filles, comme d’habitude, évoquèrent les derniers livres qu’elles aient lus, ou très envie de lire, ou « comment ? tu l’as pas lu ? » et l’on entendit pour la millième fois depuis trois ans que le dernier Pennac était génial, que « Le parfum » elles l’avaient dévoré en une nuit, que finalement Djian était un peu chiant, qu’il avait tout piqué à Fante, qu’elles avaient été déçues par le dernier John Irving, que William Boyd j’adore et Alison Lurie aussi. Quand elles abordèrent l’incontournable « Conjuration des imbéciles », un chanteur célèbre crut qu’on parlait de lui et de ses récentes déconvenues aux « Victoires de la Musique », se brancha sur la conversation et fit l’éloge du dernier Pif-Gadget qu’il avait beaucoup aimé…
Entre la poire et le fromage, Patrick Zelnick nous déclara que, lui vivant, la Maison de Disques VIRGIN qu’il dirigeait ne serait jamais vendue et surtout pas à E.M.I. Puis il nous fit signer une pétition pour soutenir l’ouverture de ses magasins le dimanche. Renaud en profita pour sortir la sienne, la posa sur la table, la proposa à tout le monde, je parle bien évidemment de sa pétition…
Elle demandait l’arrêt de la torture le dimanche dans les commissariats espagnols et, accessoirement, la libération d’un pote à lui, Jean-Philippe Casabonne, emprisonné depuis plus de quatre ans dans le sinistre pénitencier de Herrera de la Mancha, de l’autre côté des Pyrénées, et ce pour avoir, en France, ouvert sa porte à des réfugiés basques menacés d’expulsion. Quelqu’un qui connaissait le dossier lui rétorqua que ces réfugiés étaient en l’occurrence, des membres de l’E.T.A. et que Casabonne le savait. Renaud répondit que non, il le savait pas, mais l’autre employa alors le même argument que les juges hidalgos, à savoir : A mon avis, il le savait, donc il est coupable !
Le chanteur énervant s’énerva, expliqua qu’au tribunal, Casabonne, dont l’avocat avait été « interdit de plaidoirie » avait cité un vieux proverbe basque qui dit : « Le foin dans le grenier, c’est pour celui qui passe… » que son nom signifiait « bonne maison » et que c’était pour vivre son nom qu’il avait ouvert sa porte à ces hommes traqués. Mais les tribunaux d’exception espagnols, s’embarrassent rarement de poésie. Surtout lorsqu’ils refusent d’assister l’accusé d’un interprète…
L’idole des jeunes ajouta que l’Eglise Catholique, qui avait planqué impunément un Paul Touvier pendant 40 ans, aurait pu déceler dans l’attitude de Casabonne un comportement proche de l’Idéal Chrétien, et que le gouvernement français qui avait accordé le droit d(‘asile à toutes sortes de tyranneaux exotiques et de criminels patentés, de Baby-Doc à Bokassa, d’Aoun aux époux Turenge, aurait pu aussi considérer que Casabonne, outre qu’il respectait la lois sur « l’assistance à personne en danger », était bel et bien un prisonnier d’opinion, même si l’opinion du Peuple basque importe peu à nos énarques en R.25, grands amis des Droits de l’Homme et de sa fiancée.
Une chanteuse connue en profita alors pour dire du mal de François Mitterrand, ce qui mit Renaud hors de lui. Il ne supportait les critiques à l’égard de son Président préféré que lorsqu’elles émanaient de Jean-Pierre Chevènement ou de Lolita.
On parla alors de la guerre de le Golfe, puis, au moment où Bébert amenait le champagne on aborda le problème Kurde qui est difficile à appréhender la bouche pleine de soufflé à l’Armagnac.
Renaud s’en alla vers minuit, non sans avoir réussi à faire signer sa pétition à un des 144 domestiques de Bébert, un certain Ramuntcho Etchegaray, et au chien de Julien Clerc.


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