Histoire des moines de Tamié et de quelques autres





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Histoire des moines de Tamié

Extrait de
Histoire des moines de Tamié
et de quelques autres

Par Bruno-Jean-Martin - 1982

Chapitre 9

DANS LA TOURMENTE

La Révolution à Tamié.

Le dernier abbé d’ancien régime, Dom Claude Gabet, était né à Chambéry en 1750, fils d’un notaire du Sénat. Après des études au collège des jésuites, il semble avoir hésité sur sa vocation. Une biographie anonyme, du début du XIXème siècle, nous apprend qu’il aurait eu l’intention d’entrer chez les dominicains, puis qu’il essaya le barreau, pour choisir enfin la carrière des armes et entrer, en 1768, dans la première compagnie des gardes du corps, à la cour de Turin.

A l’automne 1777, Claude Gabet accompagna son oncle, curé de Montmélian, lors d’une visite à Tamié.

« Dom Rogès proposa en badinant à notre jeune militaire de changer de milice et de mettre le froc à la place de l’uniforme. Celui-ci répondit sur le même ton et fit entendre à Dom Rogès que sa proposition pourrait bien se réaliser... »1.

...Ce qui effectivement eût lieu. Claude Gabet donna sa démission en 1778 et entra à Tamié.

«Le Roi Victor-Amédée III, qui en fut informé, lui conserva son rang et sa paye jusqu’à ce qu’il eût fait profession ».

Dom Rogès, puis Dom Desmaisons prirent le jeune profès comme secrétaire ; et le 3 août 1789 Dom Gabet leur succédait à la tête de l’abbaye.

La situation, à cette date, n’était guère favorable. La Révolution française n’était pas encore passée en Savoie ; mais les liens entre France et Savoie étaient si fréquents, si constants, et plus encore pour [86] un monastère dont le chef d’ordre, Cîteaux, était en territoire français, que les moines ne pouvaient avoir que l’oeil fixé sur la frontière... L’Assemblée nationale supprima les monastères de France le 13 février 1790, et Cîteaux par le fait même. Dom Gabet, ne sachant plus à qui en référer, hésitait à entreprendre, comme ses prédécesseurs la visite régulière des abbayes de Savoie.

« Je n’ai point fait de visite régulière depuis que je suis abbé, écrivait-il à l’intendant général de Savoie, parce que je n’ai pas de plus grand plaisir que de goûter avec mes frères les douceurs de la solitude et de la paix que procure la bonne union, et parce que je me suis instruit, en suivant mon prédécesseur, de l’inobservance des règlements de discipline que l’on y dressait, et dont le résultat le plus réel était les frais de voyage... »2.

Un peu de la personnalité de Dom Gabet apparaît dans ce dernier trait : homme tranquille jeté bien malgré lui dans la tourmente, plein de délicatesse, avec une pointe d’un solide humour... Le nouvel abbé, pour obéir au Roi Victor-Amédée III, visita tout de même Aulps en juin 17923.

La Révolution lui épargna la peine de visiter les autres abbayes. Le 22 septembre 1792 l’armée française envahissait la Savoie. Peu de temps avant, Mgr d’Aviau, archevêque de Vienne, fuyant pour ne pas se soumettre à la constitution civile du clergé, était passé par Tamié, portant avec lui les premières inquiétudes.

Le lendemain de l’invasion, 23 septembre, c’était le passage de Joseph de Maistre ; quelques jours plus tard, un fermier de l’abbaye, François Favre, escortait jusqu’à Cluses un fugitif de marque : le gouverneur de la Savoie, le comte Lazari4.

Les événements, pendant ce temps, se précipitaient : les députés nommés par les communes, réunis à Chambéry, formèrent un gouvernement provisoire et prirent le titre « d’assemblée nationale souveraine des Allobroges ». Le 26 octobre les biens du clergé furent déclarés biens nationaux, et le 31 des commissaires furent désignés pour en établir la liste. Les citoyens Thomas, Bouchet, Comte et le notaire Exertier reçurent mission pour procéder, avec le concours de la municipalité de Plancherine, à l’inventaire complet des biens meubles et immeubles de l’abbaye. Travail long et minutieux, qui dura des mois, et dont le compte-rendu fut détruit, en 1797, dans l’incendie du château de Chambéry.

Vers la mi-avril 1793, le général Kellermann, qui commandait en Savoie, eut avis d’un retour offensif des troupes sardes. Il donna ordre à un détachement de son armée de passer le col de Tamié, point stratégique important, et d’occuper l’abbaye. Dom Gabet pensa que l’heure de la fuite était venue, et usa pour cela d’un stratagème. François Favre, le fermier de Malapalud, y contribua pour sa part. Voici le naïf récit qu’il nous a laissé de l’aventure :

[87] «... La divine providence, qui ne manque jamais de secourir ses fidèles serviteurs, permit que les troupes eussent les yeux fermés sur une porte qui tendait du monastère à l’enclos du jardin, laquelle servit à mettre en liberté tous les religieux. Favre, après avoir trouvé cette porte en leur faveur se hâta d’en faire part au R.P. abbé en lui disant : il faut tout de suite vous dépêcher de mettre table ouverte pour tous ces soldats, et surtout ne point épargner le vin ; alors vous verrez que ce soir il vous sera facile de faire évacuer toute votre communauté. En même temps ledit Favre conseilla au R.P. abbé de prévenir secrètement tous ses religieux de se trouver le même soir à l’heure de minuit sur les murs du jardin, et que lui-même viendrait les recevoir avec une échelle, et qu’il préparerait pour la même heure des montures suffisantes pour tous les religieux. Enfin cela réussit très bien : toute la troupe prit du vin par excès, et tous furent assoupis par le sommeil. C’est ce qui fit le bonheur de tous ces religieux qui s’enfuirent par cette porte prédestinée... »5.

Les souvenirs de Favre.

Voilà donc les moines partis à l’aventure sur les routes. Laissons-les pour un temps, et intéressons-nous à ce qu’il advint du monastère. Nous le savons en partie par les souvenirs de ce même François Favre qui favorisa le départ de la communauté.

En 1783 Dom Gabet avait demandé au curé du Grand-Bornand « une famille de probité pour travailler dans une ferme du monastère, Malapalud ». On lui avait indiqué François Favre. Il resta à Malapalud jusqu’à sa mort, nonagénaire, en 1842 ; son fils Jean-François consigna par écrit, à cette date, ses propres souvenirs et ceux de son père6.

Favre a le style fleuri. Peut-être a-t-il, avec l’âge, un peu embelli ses souvenirs : on ne doit pas douter qu’il ait, dans tous les cas rendu les plus grands services à l’abbaye, favorisant la fuite des moines, sauvant, en leur absence, tout ce qu’il était possible de sauver. Nous l’avons vu guidant le vieux comte Lazari : il sauva, de même, bien des prêtres traqués, et en premier lieu le curé de Plancherine, Urbain Ract.

Quelques vieux frères et un infirme, Dom Pichon, étaient restés dans les bâtiments du monastère. On leur permit, pour un temps, d’y demeurer. Quant à un autre moine, Dom Gérard Truchet, la Révolution le surprit alors qu’il était aumônier des religieuses du Betton. Arrêté alors qu’il s’apprêtait à s’enfuir, il fut envoyé comme tant de prêtres aux pontons de la Rochelle, d’où il fut libéré en 17957.

Un commissaire de la République fut envoyé au monastère pour en assurer la garde et la gestion des biens. C’était l’orfèvre Debrit, [89] vénérable de la Loge des Sept Amis de Chambéry, un des chefs du parti révolutionnaire. On lui adjoignit le citoyen Emin, puis, le 24 juin, à la suite d’une dénonciation, le citoyen Desgeorges.

Le 30 janvier 1794, le conventionnel Albite, envoyé en mission dans les départements de l’Ain et du Mont-Blanc, et qui se signala par ses excès contre la religion, décréta la démolition des croix, des autels et des clochers.

À Tamié « les persécuteurs de la religion firent abattre les deux clochers dudit monastère, lesquels et surtout celui de la grande église était le plus beau monument qu’on pût voir en Savoie... Une dévastation complète fut exécutée dans ce monastère. François Favre a déclaré avoir vu de ses propres yeux entrer ces furieux tyrans de la Révolution dans le temple sacré du monastère... lesquels se sont permis avec audace de profaner tout ce qui y existait encore... Non contents d’avoir commis toutes ces profanations, ils continuèrent leur atrocité dans cette maison en ramassant une grande quantité de livres de piété, qu’ils transportèrent à deux pas du monastère au pied d’un cerisier, et tout devint la proie des flammes »8.

Pour ce qui est du clocher, on envoya chercher «les charpentiers Tilliez de Faverges qui avaient construit le couvert du clocher cinq ans auparavant. Cette construction composée de trois dômes l’un sur l’autre avait une élévation de soixante pieds au-dessus de la tour actuelle. On fit tomber ce beau monument tout d’une pièce, et cela se fit par le moyen d’un tour placé dans le bois au-dessus du couvent. Après la chute de ce grand ouvrage, qui fut tout brisé, les ouvriers Tilliez se trouvèrent dans la plus grande consternation, songeant de pouvoir conseiller à l’un des commissaires de faire recouvrir la tour du clocher ». Emin, en dépit des protestations de Debrit, fit recouvrir le clocher, pensant que l’abbaye « pourrait servir à l’utilité d’une caserne »9.

En fait, trois spéculateurs obtinrent l’adjudication des usines et des forges, à charge pour eux d’établir une manufacture d’armes à Annecy et de fournir à celle de Chambéry les fers nécessaires. Se bornant à disposer de la gueuse et du fer existant, ils gagnèrent 200 000 livres en numéraire, et transportèrent finalement, comme on l’a vu, l’usine à Cran.

Le 19 Nivôse de l’an VIII (9 janvier 1800) l’administration centrale du Mont-Blanc siégeant au château de Chambéry mit en adjudication « un immeuble national provenant de la ci-devant abbaye de Tamié, ledit immeuble estimé par rapport d’expert à la somme de 11 200 francs, consiste en pièces de prés, champs, broussailles, pâturages, terres, avec maison, grange, écurie, cour, jardin, le couvent et l’église de ladite abbaye, le tout joint ensemble à la contenance de 2.716 ares et 28 centiares ».

Six voisins se concertèrent et achetèrent le lot 27 000 francs, en [90] indivis, dans le dessein de le rendre aux moines, s’ils revenaient. C’étaient l’avocat Pierre-Antoine Rivet, de Tournon, François Garin et Charles-Louis Comte, de Faverges, Charles-Emmanuel Perret, de Verrens, Henri Vuillet, du Grand-Bornand, et... François Favre. Mais perdant bientôt tout espoir de revoir les moines, les acquéreurs cédèrent leur part à Me Rivet. Celui-ci vendit le mobilier ; la chaire du réfectoire fut acquise par l’église d’Ugine et la chaire de l’église par celle de Conflans ; la paroisse du Grand-Bornand acheta le maître autel et le comte de Villette celui de la sainte Vierge pour l’église de Gyez ; la cathédrale de Chambéry reçut les stalles du choeur et les boiseries de la sacristie10.

Un peu plus tard, le curé de Plancherine, Urbain Ract, considérant que Tamié menaçait ruine, résolut de faire transporter les ossements des religieux dans le tombeau de l’église de Plancherine. Ce transfert s’opéra, en grande cérémonie, le 14 novembre 181011.

Les moines loin de Tamié

Nous avons laissé les moines dans la nuit d’avril, après leur départ précipité. Les cols vers l’Italie étaient inaccessibles, les armées s’y affrontant mais la frontière suisse était moins surveillée. Ce fut donc par le Valais, le Grand-Saint-Bernard et Aoste que la communauté de Tamié gagna Turin, un itinéraire d’environ 275 km.

Les moines furent accueillis par les Pères camaldules et y restèrent deux ans. Voici comment Dom Gabet présentait la situation, dans une lettre adressée à un ancien fermier de l’abbaye à Tournon, Blanchin, qui était, pour l’heure, caporal aux chasseurs de Maurienne :

« Depuis que je t’ai quitté, nous sommes venus à Turin et nous avons été placés dans un couvent où nous payons notre pension. Juge, mon cher, si l’argent que nous avons pu sauver de la gueule du loup ne doit pas être bientôt tout loin ! l’été passé, excepté moi, tous nos religieux ont été bien malades et notre pauvre F. François est mort. Tous te remercient bien de ton bon souvenir. J’ai reçu vers les fêtes de Noël une lettre de Tamié. Le gros Favre est mort et on me marque que tous les autres fermiers se portent bien, ce qui doit te tranquilliser sur tes parents. On me marque aussi qu’on a vendu tous les effets de Tamié, même les bois de lit : nous serons à notre aise lorsque nous y retournerons, comme je l’espère, s’il plaît au Seigneur, qui ne permettra pas que les impies triomphent toujours. Je trouve le temps déjà bien long ; mais il faut vouloir ce que Dieu veut ; nous méritons bien cela et de plus encore par nos péchés. Je sais que vos fatigues sont bien grandes ; mais si tu fais attention que c’est pour Dieu et le meilleur des rois que tu travailles, cela doit te donner un courage toujours [91] nouveau. Je te réponds que si je n’étais pas religieux, j’aurais bientôt un fusil et que je regarderais comme un grand bonheur de donner ma vie pour une si belle et si noble cause...

Adieu, mon cher, et crois-moi pour toujours ton ami.

D. Gabet, abbé de Tamié »12.
Voyant diminuer les chances de retour à Tamié, la communauté quitta les camaldules et s’installa sur les terres de l’abbaye de Grassano près d’Asti. « Après avoir défriché beaucoup de terrain, ils commençaient à jouir de leurs travaux lorsqu’une grêle affreuse vint ravager la commune où ils habitaient, et détruisit jusqu’aux espérances d’une récolte future. Le petit troupeau, privé de toute ressource par ce malheur, fut forcé de se disperser »13.

Aux malheurs de la grêle devaient aussi se joindre les événements politiques : Bonaparte était maître du Piémont depuis avril 1796. A la mort du roi Victor-Amédée III, son fils Charles-Emmanuel IV, à peine assis sur le trône, se vit forcer d’abdiquer et de retourner en Sardaigne.

En octobre 1798, Dom Gabet demanda de l’aide à l’archevêque de Turin ; il était réfugié au diocèse de Casal, à N.D. des-Monts, avec « les débris de sa communauté ». Le dernier profès de Tamié, âgé de 26 ans, était venu le rejoindre « après une permission de deux ans chez ses parents ». Dom Gabet aurait voulu lui permettre de faire des études, mais ce n’était guère possible à N.D. des-Monts «vu le travail continuel des mains auquel la nécessité nous force »14. Quelque temps plus tard, il semblerait que Dom Gabet se fût retiré à st Jean de Maurienne, y faisant un peu de ministère dans une semi-clandestinité ; en 1801, il promit soumission à la constitution de l’an VIII15

Cette promesse attira peut-être l’attention des autorités sur Dom Gabet, à l’heure où le premier consul cherchait à rétablir l’hospice du Mont-Cenis.

10

DU MONT-CENIS À LA NOVALÈSE

Au Mont-Cenis

Les guerres d’Italie avaient persuadé le Premier Consul de l’importance stratégique du passage parle Mont-Cenis. Aussi fit-il établir une route et pensa-t-il rétablir l’hospice, fondé au IXème siècle et abandonné en 1794 par les deux derniers religieux. Le 2 ventôse de l’an IX un arrêté consulaire marquait « qu’il sera établi sur le Simplon et sur le Mont-Cenis un hospice pareil à celui qui existe sur le Grand Saint-Bernard. Cet hospice sera desservi par des religieux du même ordre que ceux du Grand-Saint-Bernard ; il ne pourra jamais y avoir moins de quinze personnes dans chaque hospice et les religieux seront soumis à la même discipline et tenus d’observer les mêmes devoirs envers les voyageurs que ceux du Grand-Saint-Bernard »16.

En dépit des avances du Premier Consul, le prévôt du Grand Saint-Bernard déclina l’offre. Le préfet du Mont-Blanc, M. Sauzey, eut alors l’idée de confier la direction de l’hospice à Dom Gabet, « homme exercé par état à la bienfaisance et à l’hospitalité, et recommandable par les vertus qui, en honorant l’humanité, rendent la religion plus respectable »17.

Dom Gabet prit possession de l’hospice le 12 octobre 1801. En attendant qu’il devînt habitable, Dom Gabet y demeura seul quelque temps, allant dormir, le soir, aux Tavernettes. Les ressources étaient fournies par les couvents piémontais spoliés, entre autres l’abbaye de la Selva, près de Verceil, et celle toute proche de La Novalèse, qui servit bientôt de « camp de base » dans la plaine. Le ministre des cultes, [94] Portalis, à la demande de Dom Gabet, obtint du cardinal Caprara, légat du Saint-Siège à Paris, un bref d’institution canonique : le Mont-Cenis hérita des prérogatives de la Selva, et Dom Gabet y récupéra son titre d’abbé.

Sitôt sa nomination connue, quelques anciens moines de Tamié répondirent à l’appel de leur ancien abbé. Ce furent Dom Truchet, l’aumônier du Betton, libéré en 1795 des pontons de la Rochelle ; en 1801, il avait 60 ans ; Dom Dubois, novice en 1785 ; Dom Chappuis, frère Antoine et frère Maur, qui avait 80 ans ; Dom Dupuis, ancien moine d’Hautecombe, se joignit aux moines de Tamié18.

Les conditions d’existence au Mont-Cenis ne permettaient pas de reprendre intégralement la vie cistercienne. Mais Dom Gabet souhaitait un minimum de régularité. Le conseiller d’État Portalis en transmit la demande à Bonaparte :

« Citoyen Premier Consul.

Le prêtre Gabet abbé et directeur du monastère du Mont-Cenis demande de donner à ce monastère toute la consistance dont un pareil établissement est susceptible.

La religion seule peut produire les vertus nécessaires à ceux qui se consacrent à un service pour lequel il faut des encouragements d’un autre ordre que ceux qui peuvent venir de la main des hommes. Des laïcs, des séculiers, ne pourraient, par des vues purement temporelles, se vouer à des fonctions qui n’appellent sur la terre que des tribulations et des dangers, et qui ne peuvent être soutenues que par l’espérance d’une récompense impérissable dans le ciel. D’après ces considérations le prêtre Gabet expose qu’il n’y a que les religieux qui puissent remplir les vues que l’on s’est proposé en fondant le monastère du Mont-Cenis, vues qui se rapportent autant au bien de la patrie qu’à celui de l’humanité.

Il désirerait d’être autorisé à faire observer la Règle de saint Benoît aux personnes qui s’uniront à lui pour aller au même but... »19.

Bonaparte qui n’aimait guère les moines et qui proclamait « le siècle des institutions monastiques est passé... », accepta. L’habileté de Dom Gabet à présenter la chose n’y était pas pour rien... Le nouvel abbé du Mont-Cenis s’employa alors à rédiger un règlement pour la petite communauté.

Déliés de l’obligation du silence, les religieux se levaient, d’avril à septembre, à 4 heures. « Pour ne pas être dérangés par quelque accident », l’un deux avait dit les matines la veille ; les autres se rendaient à la chapelle. Pendant la mauvaise saison, ils se réunissaient pour les matines entre 5 heures et 5 heures et demie, «dans un endroit décent où il y avait un poële ou une cheminée », et non à la chapelle. Trente minutes de méditation suivaient les premières prières. Toute l’année, on ne disait régulièrement les heures que si le travail le [96] permettait ; l’office était alors célébré « comme d’habitude », avec le bréviaire de Cîteaux.

Les religieux se relayaient dans les secours donnés aux voyageurs ; une lampe demeurait éclairée toute la nuit ; à tour de rôle, l’un d’eux se couchait tout habillé «pour être prêt à aller au secours, au premier signal ». Le jour, un moine, et quelquefois plus, suivant les circonstances, et un domestique de service recevaient les passants qui se présentaient. En hiver et par mauvais temps les religieux partaient à la rencontre des civils ou des soldats dont la venue leur avait été annoncée. Ils ouvraient le chemin, installaient les hommes affaiblis sur des traîneaux et les conduisaient à l’hospice.

Une quinzaine de domestiques, cuisiniers, bergers, muletiers, lingères complétaient la communauté. Plus jeunes, ils se montraient bien nécessaires aux religieux qui étaient, selon l’expression de Dom Gabet lui-même, «les uns engourdis par la vieillesse et les autres par le froid »20.

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