Témoins de l'Histoire. "Colonies et décolonisation" : Les colonies théâtre de la 2 e guerre mondiale. Les indépendances: Guinée, Maroc





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Témoignage N°1 : Contribution d'un Bourdillon anglais au ralliement de l'AEF à la France Libre



Sir Bernard Bourdillon né en Tasmanie en 1883, a fait ses études à Oxford. Une carrière coloniale exceptionnelle: 10 ans aux Indes (1908-1918),11 ans en Irak (1918-1929), 3 ans à Ceylan (1929-1932), 3 ans en Ouganda. En 1935 il est nommé gouverneur de la Nigeria, où dès 1940, il joue un rôle stratégique important, apportant son soutien efficace à l'effort de guerre des alliés et tout particulièrement à la France Libre.

Les événements qui vont suivre sont évoqués de façon complémentaire et totalement conver­gente par le Général de Gaulle dans ses "Mémoires de Guerre", par l'historien anglais R D Pearce auteur d'une biographie de sir Bernard Bourdillon et par P M de la Gorce dans son "de Gaulle". Après un bref séjour à Londres, Sir Bernard rejoint Lagos le 8 juillet 1940, c'est à dire quelques jours après l'annonce de l'armistice par Philippe Pétain (17 Juin), l'appel du général de Gaulle à poursuivre le combat (18 juin), la destruction dramatique et sanglante d'une partie de la flotte française par les An­glais à Mers-el-Kébir (4 juillet). D'abord tentés de rallier la France Libre, certains hauts fonctionnaires coloniaux français changent d'avis (en raison de ce drame et aussi des pressions de Vichy) : le géné­rai Noguès (Maroc), le gouverneur général Boisson (AEF puis AOF), le gouverneur Brunot (Came­roun) refusent de se rallier et prennent une attitude hostile à l'Angleterre. Sir Bernard a compris l'im­portance capitale de l'AEF pour le général de Gaulle qui a besoin d'un territoire en Afrique pour ser­vir de base à la France Libre. Mais il sait que la propagande nazie présente la France Libre comme un jouet entre les mains de l'Angleterre. Il sait aussi que les Etats-Unis qui entretiennent des relations cordiales avec Vichy n'ont pas reconnu la France Libre et il ne veut pas heurter leur susceptibilité. 1/ pense que le ralliement de l'AEF ne peut être que le fait des Français Libres eux-mêmes. Mais dans le même temps il pense que l'appui moral et logistique de la Nigeria peut être décisif. Il accepte de transmettre au général de Gaulle à Londres deux lettres du gouverneur du Tchad Félix Eboué, prêt à rejoindre la France Libre, par ailleurs, il renseigne le Général sur la situation au Cameroun où le direc­teur général des Chemins de Fer, M. Mauclère partisan du ralliement à la France Libre s'affronte avec le Gouverneur Brunot, inconditionnel de Vichy.
Le général, qui a reçu ces différents messages, envoie à Lagos cinq émissaires: Leclerc, Pleven, Boislambert, le commandant d'Ornano (venu du Tchad) et le colonel de Larminat (venu de Syrie). Ces émissaires seront reçus par Sir Bernard et Lady Violet avant de poursuivre leur mission. Leclerc et Boislambert, après avoir transité par Tiko et Victoria s'empareront sans coup férir de Doua­la, puis de Yaoundé, malgré l'opposition du gouverneur Brunot. Avec l'appui de Mauclère. Pleven se rendra à Fort-Lamy où l'attend le gouverneur Félix Eboué. Larminat se rendra à Brazzaville où il devra vaincre l'opposition du général Husson, successeur de Boisson et partisan de Vichy. Le Tchad et le Cameroun se sont ralliés le même jour: le 26 août 1940. Il aura fallu trois jours pour parvenir au ral­liement du Congo et de l'Oubangui-Chari: les trois glorieuses: 26, 27, et 28 août 1940. Le rallie­ment du Gabon n'a été effectif qu'en septembre en raison de la présence d'un sous-marin de Vichy venu tenter d'empêcher l'opération. Le Gouverneur Général Boisson et l'amiral Platon avaient fait sans succès le maximum possible pour s'opposer aux actions de la France Libre, soutenue discrè­tement efficacement et opiniâtrement par Sir Bernard. Le général de Gaulle a tenu à se rendre à Lagos dès octobre 1940 pour y rencontrer Sir Bernard. Cette entrevue fut très importante, d'une part pour l'amitié franco-britannique, et aussi pour les relations entre les 2 hommes: estime réciproque, confiance, unité de conceptions, amitié. Lady Violet, excellente maîtresse de maison sut donner à cette entrevue un caractère familial que de Gaulle apprécia.

Le général accepta plus tard d'être parrain d'une petite-fille de Sir Bernard : Sally, fille de son fils aîné Bernard-Godwin, victime de l'attentat de l'Irgoun, contre l'hôtel du Roi David. En 1960, le général de. Gaulle devenu Président de la République Française, fit un voyage officiel à Londres et n'oublia pas de convier à la réception qu'il offrit à cette occasion Lady Violet, Joy (veuve de Berhard­Godwin), et Sally (Sir Bernard était mort en 1948). La Nigeria apporta aux colonies françaises ralliées à la France Libre une aide économique substantielle. Une mission française s'installa à Lagos et resta ouverte jusqu'en septembre 1943 ..

Dès 1940, Brazzaville apparaît comme la 1 ere capitale de la France Libre. Félix Eboué, loin­tain descendant d'un esclave guyanais ancien gouverneur de la Guadeloupe et du Tchad va devenir Gouverneur général de l'Afrique Equatoriale Française

Alger va devenir à son tour cette capitale provisoire du 9 novembre 1943 au 6 juin 1944.

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