Témoins de l'Histoire. "Colonies et décolonisation" : Les colonies théâtre de la 2 e guerre mondiale. Les indépendances: Guinée, Maroc





télécharger 80.66 Kb.
titreTémoins de l'Histoire. "Colonies et décolonisation" : Les colonies théâtre de la 2 e guerre mondiale. Les indépendances: Guinée, Maroc
page4/5
date de publication28.10.2016
taille80.66 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > loi > Documentos
1   2   3   4   5

Témoignage N2 : la Guinée: un potentiel exceptionnel, une indépendance désastreuse



Je crois utile d'évoquer d'abord les gouverneurs sous l'autorité desquels j'ai servi pendant 7 ans (1951/1960) : Roland Pré, Sirieix, Parisot, Charles Henri Bonfils, et Jean Ramadier.

J'ai sympathisé avec les élites locales: je pense à Barry Diawandou, et Barry III (députés à l'Assemblée Nationale), à Framoï Berete (Président de l'Assemblée locale), à David Soumah (syndica­liste), à monseigneur Tchidimbo, à un élu municipal Bangoura Karim. J'ai connu Sékou Touré (du nom de son beau-père), qui croyait pouvoir se présenter comme un descendant de Samory Touré, jeune syndicaliste marxiste-léniniste formé à l'est, fervent lecteur de Rousseau et de Lénine, doué d'un très grand talent oratoire, j'ai assisté à son ascension politique de 1953 à 1958 par l'intimidation et la violence. J'ai aussi connu son demi frère Ismaël Touré ingénieur météo, puis ministre et Keita Fode­ba futur ministre de l'intérieur alors directeur d'une compagnie de ballets folkloriques.

Dans le secteur privé (commerce, industrie, agriculture, transports, logement) abondaient des personnalités compétentes et dynamiques. Pour être bref, je ne citerai que Jean-Yves Eichenber­ger, l'un des anciens présidents du Rayonnement Français aujourd'hui gravement malade

Un potentiel exceptionnel

La Guinée apparaissait alors comme un pays privilégié doté d'un potentiel très largement supérieur à celui des territoires voisins, non seulement par la qualité de ses élites mais aussi par l'im­portance de ses ressources. L'agriculture était prometteuse avec la banane (musa sinensis), l'ana­nas, les agrumes, le quinquina (Sérédou : cinchona /edgériana), la riziculture, le café. Les possibili­tés touristiques étaient considérables (beauté des Îles de Loos, climat exceptionnel de Dalaba). L'exploitation des richesses minières du pays était amorcée sous la conduite de Pierre Jochyms chef du service des mines: bauxite (Kassa, Boké, Fria) minerai de fer (presqu'île de Kaloum, Mont Nimba), or, diamant. Ce pays pouvait se prévaloir d'un potentiel hydroélectrique exceptionnel: deux grands barrages étaient à l'étude: Grandes Chutes et Souapiti (le super barrage du Konkouré).
Les infrastructures: pendant 10 ans, sous la direction de Robert Bonnal, puis de Pierre Du­mard, puis de Georges Rème, l'effort d'équipement de la Guinée coloniale a été considérable dans presque tous domaines: plans d'urbanisme (avec Lods et Lecaisne, Weill et Lagneau), vaste pro­gramme routier Conakry/Mamou/Faranah/Kissidoudou, Kankan/N'zérékoré, Labé/Sénégal, sans ou­blier les aéroports (dont Conakry), ainsi que d'importants programmes d'hydraulique urbaine et rurale.

L'aménagement de la façade maritime auquel j'ai contribué (Boké, Boffa, Conakry, Foréca­riah, Benty) mérite que l'on s'y arrête. Le Port de Conakry dont j'avais la charge venait d'être doté d'un statut voisin de celui des ports autonomes métropolitains, il a bénéficié par ailleurs d'importantes dotations du Fides pour financer les extensions indispensables à son développement : l'allongement d'une digue de protection, un important programme de dragages, la construction d'un hangar à bananes et de 3 postes à quai (2 miniers, 1 bananier). Un appontement destiné à l'exportation 700 000 tonnes de bauxite était en construction dans l'île de Kassa. Pour l'exportation des bananes du sud du pays, dans l'estuaire de la Mellacorée, le petit port de Benty allait bénéficier d'un appontement flottant. Pour réaliser cet ambitieux programme, je disposais d'un service relativement étoffé (3 subdi­visions: travaux neufs, outillage, capitainerie), j'ai eu en outre la chance d'avoir recours aux conseils éclairés du Directeur du Port de Rouen (Daniel Laval) et du Directeur des Services de la Chambre de Commerce de Marseille (Alfred Flinois) J'ai eu aussi l'appui de la Marine Nationale: à ma demande, l'aviso hydrographe "Beautemps-Beaupré" a accepté de procéder dans l'estuaire du Rio Nunez à des sondages préliminaires à l'installation du futur port de Kamsar Dougoufissa destiné à l'exportation de la bauxite de la région de Boké Sangarelli.
La MARG Le potentiel de ce territoire apparaissait alors tellement prometteur que la création d'une Mission d'Aménagement Régional de la Guinée fut décidée en hautlieu : présidée par le gouverneur Paul Masson, elle comprenait en outre un ingénieur des ponts Claude Gabriel, un admi­nistrateur de la Fom André Auclert, un ingénieur du génie rural Lambilly et un inspecteur du travail. A ma connaissance, aucun autre territoire d'AOF n'a bénéficié d'une telle sollicitude.

Une fausse indépendance: un vrai désastre pour les guinéens
La prise du pouvoir progressive de la Guinée par Sékou Touré s'est développée sur 5 ans: le futur dictateur s'appuyait sur le PDG (section guinéenne du RDA d'Houphouët Boigny). Par l'intimi­dation et la violence le PDG s'empare des positions initialement dominantes des deux partis alors au pouvoir le MSA de Barry III et le BAG de Barry Diawadou. Les manifestations et les émeutes avaient pour objectif de terroriser les guinéens qui n'adhèreraient pas au PDG. A plusieurs reprises, il a fallu faire venir de Dakar des effectifs de gendarmerie pour rétablir l'ordre. Sékou Touré est élu député avec Diallo Salifoulaye en janvier 1956, devient maire de Conakry en novembre 1956, triomphe aux élections territoriales mars 1957, et devient après le non au référendum (28 septembre 1958) et la proclamation d'indépendance (2 octobre 1958) le dictateur sanguinaire que l'on sait.
Il est légitime de poser une question embarrassante: l'administration coloniale a-t-elle eu rai­son de "laisser faire" ou aurait elle dû s'opposer à cette prise de pouvoir parfaitement antidémocrati­que. Quand on sait ce qui s'est passé par la suite, on est en droit de répondre oui. A l'arrivée du gou­verneur Jean Ramadier (successeur de Charles Henri Bonfils) on peut dire que Sékou Touré était déjà potentiellement maître du pays, grâce à la terreur que nous n'avions pas réprimée. On a reproché à Jean Ramadier de n'avoir pas été assez énergique et notamment d'avoir laissé démolir la chefferie, je pense qu'il a essayé de jouer le jeu avec un personnage dont on ne savait pas encore qu'il était sans foi ni loi, et l'on sait par sa correspondance qu'il a beaucoup souffert pendant les quelques mois de cohabitation avec Sékou Touré. Je pense surtout qu'il était trop tard. Ramadier quitte la Guinée en février 1958, il est remplacé par le gouverneur Mauberna.

Tout va basculer en quelques heures le 25 août 1958, à l'occasion de la visite du Général de Gaulle accompagné de Pierre Messmer et de Bernard Corn ut-Gentille. Ces événements ont été cent fois décrits et commentés. Sur la route du Niger, le cortège officieJ est accJamé par une foule nom­breuse et multicolore. Le discours de Sekou Touré nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l'esclavage entraîne une réponse du général de Gaulle: je dis ici plus haut encore qu'ailleurs que l'indépendance est à la disposition de la Guinée, elle peut la prendre (les deux textes font désormais partie de l'histoire de la Guinée). C'est après les discours que le général de Gaulle porte un jugement définitif sur Sékou Touré: eh bien messieurs, voilà un homme avec qui nous ne nous entendrons jamais, nous n'avons plus rien à faire ici. Jugement qui s'est avéré perspicace.

Quelques jours plus tard, le non au référendum entraîne l'indépendance immédiate, et le rap­pel des fonctionnaires français (réalisé en quelques jours par le gouverneur Risterucci).

Les groupes industriels s'organisent pour poursuivre leurs projets (Fria et Saké). Planteurs et commerçants quittent le pays. Les véritables victimes de ces événements ne seront pas les fran­çais expatriés mais la "quasi-totalité" de l'élite locale guinéenne qui va être physiquement éli­minée après un passage dans le sinistre camp Boiro organisé à l'image du goulag. Sekou Touré apparaît enfin sous son véritable jour: celui d'un tyran. Jean Lacouture qui avait cru pouvoir faire son éloge dans "Cinq hommes et la France" reconnaît dans "Une vie de rencontres" que "celui en qui il avait vu un héros de la libération s'était mué en un des dictateurs les plus sanguinaires du continent africain".Aujourd'hui, tous les amis guinéens dont j'ai cité les noms ont été exécutés sauf David Sou­mah (réfugié au Sénégal) et monseigneur Tchidimbo (désormais à Rome après des années de gou­lag). Aujourd'hui on continue d'extraire la bauxite, mais la construction du barrage du Konkouré est reportée aux calendes grecques, il n'y a plus de projet industriel, aucun bananier ne fréquente ni Conakry, ni Sent y, le hangar à bananes est inutilisé, l'exportation fruitière est voisine de zéro {les exportations de bananes avaient été de 83000 tonnes en 1954).
En guise de conclusion

Au début de son règne de quelques 26 ans, Sékou Touré a certes été salué par de nombreux adeptes pour avoir osé dire non au général de Gaulle, mais au fil du temps, selon les mots de Ka­ramo-Tabiki Kaka (cités dans son ouvrage par lansiné Kaba), il est devenu pour de nombreux afri­cains un homme aux mains rougies de sang ... il a désormais l'image d'un despote qui ne va lais­ser que ruine et désolation derrière lui

Je pense à Axel Kahn qui regrette d'avoir débouché le champagne en 1975 quand les Khmers rouges sont entrés dans Phnom Penh et d'avoir récidivé en 1979 à la chute du Shah (rapidement remplacé par des ayatollahs) : dans les deux cas le régime précédent (pourtant critiquable) était meil­leur que celui qui devait lui être substitué. Ceux qui se sont réjouis de l'indépendance de la Guinée en 1958 ont commis la même erreur: la prolongation temporaire du système colonial aurait certainement été préférable à cette indépendance là.

1   2   3   4   5

similaire:

Témoins de l\Histoire du Travail Social
«Colonies correctionnelles» maison de correction  nécessité de former les personnels  éducateurs

Témoins de l\Histoire des colonies de vacances : de 1880 à nos jours

Témoins de l\Accompagnement des sujets d'étude d'Histoire-Géographie en seconde professionnelle
«colonies» dans l’Encyclopédie est symptomatique : «Les compagnies de commerce dérogeraient à leurs institutions si elles devenaient...

Témoins de l\Cours histoire ts 2
«zone de solidarité prioritaire», définie depuis 1999, s’étend ainsi au-delà des anciennes colonies françaises. La France est, parmi...

Témoins de l\La vraie histoire de la ville Zeila et sa région ainsi que
«Dungarela» 149. En décembre, les affaires étrangères informent les colonies qu’elles ont demandé des explications à londrès 150...

Témoins de l\Sec 3 histoire chapitre 3 Le Changement d’empire
«grand dérangement» = les Acadiens sont mis sur des bateaux vers les colonies anglaises et la Louisiane. La moitié des Acadiens est...

Témoins de l\Agrégation 2014-15 «Citoyenneté, République, démocratie en France 1789-1899»
...

Témoins de l\Un acquis de l’histoire au temps des colonies qui dérange toujours...
«positif» ou «négatif» de colonisation. De même elle veut revenir sur l’enseignement, ou pas dans certains cas, de l’histoire coloniale...

Témoins de l\Résumé L’enrichissement monétaire est l’un des objectifs les plus...
«désir» de colonies la spécificité du discours économique lui-même, son histoire, avec ses débats et ses controverses, de resituer...

Témoins de l\Les pays qui composent l’Europe connaissent une histoire relativement...
«Barbares». Un modèle culturel et politique s’élabore : la tyrannie (pouvoir d’un homme), puis l’oligarchie (pouvoir de plusieurs...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com