Scénario d’avenir pour l’Eglise en France





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« Les africains sont prêts à chanter la gloire de Dieu pendant trois heures, ce qui n’est pas le cas des gens ici… »
Trouver le juste équilibre n’a rien d’une évidence. Responsable de la liturgie, pilier de la paroisse depuis ses débuts, Françoise Resse essaie de « varier les couleurs et les styles » pour donner une place à chacun.

« Il faut doser, éviter le folklore, respecter toutes les sensibilités, avertit cette enseignante à la retraite. Les Africains sont prêts à chanter la gloire de Dieu pendant trois heures, ce qui n’est pas le cas des gens ici… »

« Il faut prendre garde que la liturgie ne devienne pas le monopole d’un groupe ethnique », complète le P. Sébastien Jean, curé de 42 ans et vicaire épiscopal. Ces incompréhensions très humaines, ce prêtre à la pondération toute normande les accepte avec le sourire, sans les masquer ni dramatiser. Ainsi des différences d’organisation, entre des « Gaulois » à l’agenda maîtrisé, et des Africains qui annulent facilement au dernier moment un rendez-vous fixé de longue date.

« Cela nous demande de changer nos manières de travailler, d’être plus souples, plus disponibles, pour ne pas chercher à tout prix à les faire entrer dans nos schémas », avance le P. Jean. À ses yeux, le multiculturalisme demande des efforts de chaque côté. Ce que confirme Anastasie Miyakou, membre de l’équipe d’animation locale. Il y a trente ans, elle fut l’une des premières Congolaises de la paroisse : « À leur arrivée, les Africains veulent souvent retrouver ce qu’ils ont connu au pays. Cela leur demande, à eux aussi, de s’adapter. »
Ne pas juger, s’accueillir avec ses différences culturelles… Le principal écueil, au fond, tient aux préjugés tenaces avec lesquels chacun arrive. « C’est une question de niveau d’études, ces personnes n’ont pas intégré nos codes », glisse une paroissienne, tandis que d’autres, d’origine africaine, se plaignent des Français qui « savent toujours tout mieux que les autres et se sentent supérieurs ». Ces images un peu caricaturales, les prêtres en sont bien conscients et les prennent à bras-le-corps. « Le Noir a aussi des idées préconçues sur le Blanc. Nous payons le prix de la colonisation », constate le P. Alain Mabiala, prêtre coopérateur, « prêté » depuis seize ans par son diocèse congolais de Boma. « Cela nous demande de nous convertir, car nous avons été marqués, nous aussi, par cette histoire », appuie le P. Jean.

Ce difficile apprentissage de la différence n’empêche pas la paroisse d’être un exemple dans la ville. Ainsi, c’est à son initiative qu’a été créé le collectif Vivre ensemble, qui rassemblera encore une fois, autour d’un grand banquet, fin juin, toutes les associations culturelles et sociales, y compris cultuelles, de Val-de-Reuil.

Depuis deux ans, les religieuses congolaises de Marie-Réconciliatrice vont régulièrement prêter main-forte au centre de loisirs : elles ont intégré l’équipe des animateurs et ont très bien été reçues.

« Nous ne sommes pas là uniquement pour les migrants mais pour tout le monde », souligne Sœur Marguerite-Marie, 36 ans, qui vit elle-même en communauté avec une Congolaise, une Française et une Brésilienne.

Ce brassage est toutefois moins évident avec les sept autres clochers de la paroisse : Criquebeuf, Léry, Pont-de-l’Arche, Le Vaudreuil…, des villages plus anciens, tentés de rester entre soi. Pour inciter à la rencontre entre communautés, la messe est célébrée tous les dimanches à Val-de-Reuil. « Au début, se souvient Anne-Marie Madroux, coordinatrice de la catéchèse familiale, installée au Vaudreuil, la ville nouvelle de Val-de-Reuil a été très mal perçue par les villageois des environs, à cause des rivalités portant sur les terrains. Mais comme les différents clochers ont toujours été desservis par un seul et même prêtre, sa présence a permis de dépasser les hostilités. »
La création d’une chorale interclochers encourage aussi la rencontre. « Les Africains s’intègrent sans doute, mais nous aussi, d’une certaine manière, reconnaît Paulette, paroissienne de 80 ans, au Vaudreuil. Grâce à la chorale, je m’aperçois que ces gens-là ont une ferveur… »

16. L’INITIATIVE

« Ecouter les personnes homosexuelles »
Samuel Lieven
Un séminaire abrité par le Collège des Bernardins à Paris met l’accent sur l’écoute et le vécu pour mieux accompagner les homosexuels dans l’Église.
« Il faudra bien, un jour, que l’Église sorte d’une approche uniquement morale et anthropologique de l’homosexualité. Nous manquons cruellement d’un accompagnement spirituel et pastoral. » Cette réflexion, confiée par un évêque au P. Antoine Guggenheim, directeur du pôle de recherche au Collège de Bernardins (Paris), est à l’origine d’un travail de réflexion sur l’homosexualité, sans précédent dans l’Église.

Qui sont les personnes homosexuelles? Que vivent-elles ? Qu’est-ce qu’un couple? Ces interrogations sont au cœur du travail d’écoute associant théologiens, praticiens, journalistes et représentants d’associations homosexuelles chrétiennes, dans le cadre d’un séminaire trimestriel animé par le P. Guggenheim. L’objectif de ces rencontres discrètes, destinées avant tout à libérer la parole?

« Sortir d’une théologie du mépris pour aller vers l’accompagnement spirituel des personnes homosexuelles, quel que soit leur vécu, à la manière du Christ et comme y appelle le pape François », explique le théologien.

Cette « théologie de l’écoute » – comme antidote au jugement et au refus – ne va pas forcément de soi. « Le fait d’être catholique et homosexuel est très souvent vécu comme une double exclusion », rapporte le P. Guggenheim. Les tensions autour du vote de la loi Taubira, ouvrant le mariage aux personnes de même sexe, ont toutefois permis une certaine maturation des esprits à l’intérieur de l’Église. « Il ne s’agit pas forcément de changer son enseignement, mais de comprendre qu’être catholique et homosexuel peut conduire des personnes à vivre un amour très authentique, insiste le théologien. La demande de reconnaissance des couples homosexuels dans la société va bien au-delà de la liberté sexuelle: elle nous interroge comme êtres humains et comme chrétiens. »

17. ENTRETIEN Mgr Claude Dagens

Evêque d’Angoulême, membre de l’Académie française (1)
« Une chance renouvelée de faire entendre notre voix »
Pour Mgr Dagens, auteur de plusieurs rapports sur l’Église dans la société française, les catholiques doivent apprendre à être présents à l’intérieur d’une société qui n’est plus chrétienne.


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Dans l’avenir, quelle place l’Église pourrait-elle tenir dans le débat public ?
Mgr Claude Dagens : Il est toujours très difficile de prévoir les temps qui nous attendent. Cependant nous avons la responsabilité de faire des projets, du moins de désirer le meilleur qui se dessine déjà aujourd’hui. À Angoulême, j’ai confié une église à une fraternité trinitaire qui y assure une présence priante, aimante, un accueil et un accompagnement respectueux. L’avenir de l’Église se vivra sous ce signe-là, modeste, simple, qui ne fait pas de bruit mais qui manifeste une présence, intense et fidèle. Si nous nous situons ainsi sur le terrain de notre humanité commune, là où chacun se pose des questions de vie et de mort, du désir amoureux et de l’amour, nous avons une chance renouvelée de faire entendre notre voix. Nous n’avons pas assez conscience que nous sommes capables de tenir notre place à l’intérieur de cette société qui n’est plus chrétienne, qui est incertaine, pluraliste et inquiète, fragile et dure, mais dans laquelle germent beaucoup d’attentes spirituelles. C’est pourtant à cela que nous invite le pape François quand il dit qu’il voit l’Église « comme un hôpital de campagne après une bataille », où l’on doit « d’abord soigner les blessures » et « réchauffer les cœurs ».
Les catholiques ne doivent-ils pas faire davantage entendre leur différence ?

Mgr C.D. : Nous serons présents dans le débat public par notre capacité de penser notre situation. Aujourd’hui, la raison dominante est du côté de la raison calculatrice, quantitative. Nous avons, comme chrétiens, à faire valoir la raison morale, qui ne procède pas seulement par calcul, mais à partir de la réflexion et du discernement de ce qui est le plus important : la dignité de la personne humaine. Refusons tout ce qui déshumanise, résistons à la loi de l’argent roi, à la culture de l’exclusion et du déchet, à la main invisible des marchés. Faisons entendre notre différence en rejoignant patiemment ceux qui marchent en trébuchant parce qu’ils sont blessés ou anxieux, qu’ils ont peur de l’avenir. Et prenons le temps d’espérer que le moment vienne où nous pourrons peut-être ouvrir avec eux la Parole de Dieu et découvrir la miséricorde du Christ. Le chemin d’Emmaüs doit devenir notre clé de lecture du présent et de l’avenir de l’Église dans la société.
Certains catholiques, souvent identitaires et très actifs sur les réseaux sociaux, se veulent pourtant plus offensifs et plus visibles.
Mgr C.D. : Si la tentation d’un catholicisme « politique », qui irait à la reconquête de la société déchristianisée, existe, c’est parce qu’il y a un énorme vide de réflexion dans les partis politiques. Mais l’identité catholique ne peut pas se réduire à une stratégie offensive ou défensive qui se mesurerait en termes de résultats. Certains catholiques, très actifs sur les réseaux sociaux, fonctionnent comme des groupes de pression. Ils rassemblent souvent des personnes qui se cooptent, jugent et excluent les autres. Ils font du bruit. Mais les communautés chrétiennes ordinaires qui, plutôt que d’être obnubilées par leur propre survie, sauront être attentives aux personnes seules avec leur détresse, leur pauvreté muette, feront bien plus, en profondeur, pour que l’Évangile du Christ imprègne le tissu de la société. Parmi eux, un certain nombre sera appelé à s’engager en politique. Qu’ils prennent alors le temps et les moyens de penser notre condition humaine à la lumière de cette intelligence de la foi que nous devons cultiver !
Recueilli par Martine De Sauto
(1) Auteur par ailleurs de Catholiques en France, réveillons-nous! et Catholiques et présents dans la société française. Foi en Dieu et démocratie (Bayard, 2012).

Dernier livre paru : Amour de Dieu et réforme de l’Église selon saint François de Sales et le pape François (Salvator, 2014).

18. CONTREPOINT

Le dialogue islamo-chrétien au risque de l’identité
La rencontre entre musulmans et chrétiens repose sur un désir réciproque, dont il est difficile de prévoir l’avenir. Mais les initiatives pourraient surgir au plan local, dans le champ de la solidarité.
Après une phase de découverte et d’apprivoisement réciproques, marquée par de très nombreuses initiatives – souvent catholiques – dans la foulée du concile Vatican II, le dialogue islamo-chrétien est victime aujourd’hui de turbulences, qui lui sont pourtant largement extérieures. Tensions au Proche-Orient, et répercussions sur les chrétiens qui y vivent, replis identitaires de part et d’autre, sentiment que les « priorités » sont ailleurs…, le terreau semble moins favorable à la rencontre. Ce qui n’empêche pas, pourtant, de belles initiatives. « Ce vendredi, nous avons rempli un bus d’enfants pour moitié chrétiens et musulmans et nous les emmenons ensemble visiter la cathédrale puis la mosquée de Saint-Étienne  », rapporte Azzedine Gaci, recteur de la mosquée de Villeurbanne, dans la banlieue lyonnaise, et acteur engagé du dialogue. Qu’en sera-t-il dans dix ans ? « Tout dépend. Il faut une envie réciproque », dit-il.
« Côté catholique, cela dépendra de notre capacité à oser rencontrer l’autre sans se laisser prendre par les préjugés... »
L’avenir n’est guère aisé à dessiner. Mais le directeur du Service des relations avec l’islam de la Conférence des évêques, le P. Christophe Roucou, s’y risque.

« Côté catholiques, cela dépendra de notre capacité à oser rencontrer l’autre sans se laisser prendre par les préjugés, analyse-t-il. Mais tout dépendra aussi de la manière dont des musulmans vont prendre en compte la modernité, le pluralisme et donc la place de l’autre dans leur théologie. »

Aujourd’hui, reconnaît le P. Roucou, nombreux sont les fidèles musulmans à « affirmer leur identité dans la société française ». « Mais le risque est de mettre tellement l’accent sur l’identité que l’on croit ne pas avoir besoin de l’autre… », rappelle-t-il, soulignant le rôle déterminant de la formation des cadres religieux des deux côtés.

Plus que les autres, « les femmes et les jeunes » pourraient prendre la relève, à ses yeux : « Je rêve qu’ils prennent des initiatives locales, dans le champ de la solidarité par exemple, pour faire et vivre des choses ensemble. »
Anne-Bénédicte Hoffner

19. ENTRETIEN P. Timothy Radcliffe,

Dominicain anglais, ancien maître de l’ordre (1)
« L’Eglise doit accepter d’être dépouillée pour renaître »
Recueilli par Céline Hoyeau

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Crucifixion avec saint François d’Assise.

Une œuvre d’Ugolino di Nerio (actif vers 1317-1327),

XIVème siècle, Sienne, pinacoteca Nazionale.
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Quelle attitude spirituelle adopter face à une Église condamnée, semble-t-il, au déclin et à la pénurie de prêtres et de moyens ?

P. Timothy Radcliffe : L’histoire de l’Église de France est marquée par des bouleversements périodiques. Ce qui s’est passé durant la Révolution était bien plus dramatique que ce qu’elle vit aujourd’hui : des milliers de prêtres et de religieuses furent tués. Puis il y eut une renaissance totalement inattendue. Elle traversa de nouveau, il y a près d’un siècle, une autre période terrible, avec l’expulsion des religieux du territoire. La vie de l’Église est marquée par la traversée de crises dramatiques. Cela ne doit pas nous faire peur. Elles conduisent à une vie nouvelle. La crise actuelle est mineure ! L’Esprit Saint va apporter une renaissance, si nous le lui permettons.
Comment se situer, entre abandon à la Providence et décisions réalistes, face à l’avenir dans l’Église ?

P. T.R. : Nous inquiéter du lendemain peut nous paralyser. Nous devons réfléchir à ce que nous pouvons faire aujourd’hui, en ayant à l’esprit ce qui arrivera demain. Nous ne devons pas rester coincés face à ce qui nous arrive, mais nous assurer que nous gardons l’initiative. Comme maître de l’ordre, je disais aux provinces en déclin : « Ne vous demandez pas ce qu’il vous faut arrêter de faire, mais ce que vous avez envie de faire. » Alors, la puissance créative du Saint-Esprit nous renouvellera. Il serait hautement irréaliste de ne pas prendre en compte la créativité très réelle de Dieu.
Peut-on s’appuyer sur cette phrase souvent entendue : « Dieu pourvoira » ?

P. T.R.: Dieu pourvoira, oui, mais généralement à travers nous. Si je prie à une intention, il y a tout à parier que je doive être, moi-même, la réponse à ma prière. Prier et rester passif en remettant tout à Dieu peut parfois relever d’une foi très infantile, qui nous prive de notre responsabilité.
Certains évêques ferment des séminaires, regroupent les paroisses. D’autres en revanche estiment que c’est un « péché contre l’espérance » : qu’en pensez-vous ?
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