Littérature et arts plastiques





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La représentation des horreurs de la guerre


C’est difficile à accepter et à croire tellement la vérité est insoutenable.

 La chambre des officiers de Marc Dugain

Adrien Fournier, à peine mobilisé en 1914, se retrouve défiguré par un éclat d'obus. On le conduit dans la chambre des officiers de l'hôpital du Val-de-Grâce, où sont soignés les « gueules cassées ».

« Le matin suivant, je me lève pour la première fois. Ma démarche est hésitante. Je longe les fers de lits comme les premiers marins explorateurs longeaient les côtes. À chaque pas je crains de m'effondrer, mais la curiosité est plus forte que l'appréhension.
Lorsque enfin j'atteins mon but, je me penche sur l'un des deux nouveaux arrivants. Mon compagnon de chambre gît sur le dos, un petit crucifix dans la main droite, serré contre sa poitrine. Sa face est à l'air libre, sans aucun bandage. Un obus, certainement, lui a enlevé le menton. La mâchoire a cédé comme une digue sous l'effet d'un raz de marée. Sa pommette gauche est enfoncée et la cavité de son œil est comme un nid d'oiseau pillé. Il respire doucement. Je reprends mon chemin, faisant halte à chaque lit vide jusqu'au troisième occupant de la salle.
Sa peau mate et ses cheveux noirs contrastent avec la blancheur de son oreiller. Son profil est plat. Le projectile lui a soufflé le nez, lui laissant les sinus béants. L'absence de lèvre supérieure lui donne un rictus inquisiteur. Je comprends pourquoi notre salle se remplit si lentement, pourquoi nous sommes au dernier étage. Dans cette grande salle sans glaces, chacun d'entre nous devient le miroir des autres. »

Marc Dugain, La Chambre des officiers, 1998.

Marc Dugain, l’auteur du livre La Chambre des Officiers, l’a écrit en 1998, bien après la première Guerre Mondiale. Etant né en 1957 il n’a pas connu cette guerre et n’a jamais connu cette situation. Cependant la réalité décrite dans ce livre et plus particulièrement dans cet extrait est très proche de la réalité telle que nous l’apprenons parmi différentes sortes de témoignages et de photos. Le personnage principal, qui se nomme Adrien Fournier, n’est pas décrit mais ses voisins de chambre le sont. On devine aisément sa ressemblance avec les autres car « dans cette grande salle sans glaces, chacun d’entre nous devient le miroir des autres ». Il comprend lui aussi qu’il est défiguré. Les descriptions sont très précises : «Un obus certainement, lui a enlevé le menton », « sa mâchoire a cédé », « sa pommette gauche est enfoncée et la cavité de l’œil est comme un nid d’oiseau pillé », « son profil est plat »… Le réalisme des descriptions nous montre que l’auteur n’a pas voulu épargner son lecteur et qu’au contraire il a cherché à lui montrer la réalité des horreurs de la guerre. Nous pouvons aussi constater que la première Guerre Mondiale a été la première guerre causant autant de dégâts humains. La population n’est pas encore habituée et n’a même jamais vu de pareilles défigurations, c’est pourquoi cette salle se situe « au dernier étage », pour croiser le moins ce monde possible.

http://www.biusante.parisdescartes.fr/1418/images/moy/dentgelly-p5.jpg

Photographie de la délégation "Les Cinq" gueules cassées à Versailles, 
le 28 juin 1919, carte postale, (l’histoire en image).


Bande dessinée « Putain de Guerre ! »

Putain de guerre est une bande dessinée qui a pour sujet la première guerre mondiale. Elle a été publiée en 2008 pour la commémoration du 90ème anniversaire de l’armistice et pour la mort du dernier poilu. Un de ses auteurs, Jacques Tardi est un auteur et dessinateur français né en 1946. Il a passé son enfance en Allemagne car son père est militaire. Son sujet de prédilection est la première guerre mondiale car son grand père y ayant participé, lui a narré ce qu’il a vécu. Son deuxième auteur, Jean-Paul Verney est un historien spécialiste de la première guerre mondiale mais également un ami et conseiller de Tardi.

Cette bande dessinée est destinée essentiellement au public français et est unanimement saluée par la critique car elle est très proche de la réalité historique.

Ce récit fictionnel suit de manière chronologique la vie d’un poilu anonyme dans les tranchées. Il commente ses sentiments, ses réflexions, et ses peines quotidiennes en « voix off ». Il s’agit d’un soldat français mais le personnage principal pourrait tout aussi bien être un Allemand. En effet, l’auteur nous montre les deux côtés de la ligne avec le même réalisme.

La disposition des vignettes est horizontale tout comme la vision des soldats dans les tranchées. Il n’y a pas de bulles de dialogue, les images et les descriptions dans les cartouches se suffisent à elles-mêmes. Le langage utilisé est familier et tiré de l’argot pour mieux coller au personnage principal qui est un homme du peuple. Le ton est souvent ironique voire sarcastique. La crudité du texte et le cynisme du commentateur font la force de cet album.

La couleur rouge fait son apparition pour les scènes de carnage. L’auteur nous montre plus cruellement l’horreur des bombardements et des assauts : le sang, les corps désarticulés, les blessures béantes, la souffrance, les mutilations, les morts atroces… le rouge sang est quasi-omniprésent pour évoquer la mort. La colère est exprimée par le sacrifice inutile des poilus qui sont victimes de l’incompétence de leurs chefs. Les gradés et les politiques sont présentés comme des hommes lâches, méprisables, des « salauds » qui envoient les « petits gars » se faire massacrer.

http://www.notredamereims.com/arts/ecarton/ecartonhda/img/pl20.jpg

Vignettes de la bande dessinée « Putain de guerre !» (page 20), (notredamedereims.com, histoire des arts).

Si c’est un homme, Le chant d’Ulysse, Primo Levi

Le chant d'Ulysse est un chapitre assez bref de qui évoque une scène du mois de juin 1944. Dans ce passage, un homme surnommé Pikolo vient chercher Primo Levi qui doit l’aider à aller chercher la soupe. C’est l'occasion d'un moment d'humanité pour ces deux hommes. Lors de cette « promenade », à la demande de Pikolo, Primo Levi tente de lui enseigner brièvement la langue italienne. Pour ce faire, il essaie de se remémorer le chant XXVI de l'Enfer de Dante, mieux connu sous le nom de chant d'Ulysse. Ce retour de la mémoire a des conséquences inattendues car les souvenirs hésitants de Primo Levi le conduisent à ces vers célèbres du chant XXVI.

« …Le chant d’Ulysse. A savoir comment et pourquoi cela m’est venu à l’esprit : mais nous n’avons pas le temps de choisir, cette heure n’est déjà plus une heure. Si Jean est intelligent, il comprendre. Il comprendra : aujourd’hui j’en suis sûr.

…Qui est Dante ? Qu’est ce que La Divine Comédie ? Quelle étrange sensation de nouveauté on éprouve à tenter d’expliquer brièvement ce qu’est La Divine Comédie, la structure de l’enfer, le contrappasso. Virgile représente la Raison, Béatrice la Théologie.

Jean est toute ouïe, et je commence lentement, avec application:

“Lo maggior corno della fiama antica

Lo maggior corno della fiamma antica
Comincio a crollarsi mormorando,
Pur come quella cui vento affatica.
Indi, la cima in qua e in la menando
Come fosse la lingua che parlasse
Mise fuori la vocce, e disse : Quando...”

Là je m’arrête et essaie de traduire. Un désastre : pauvre Dante et pauvre français ! Tout de même l’expérience ne s’annonce pas trop mal : Jean admire la bizarre similitude de la langue et me suggère le terme approprié pour rendre « antica »…. »

La mémoire leur revient, la mémoire de leur vie passée d'hommes, de leurs vies d'homme libre, et la mémoire du savoir, de ce qui élève l’homme. Tout leur a été pris : leur famille, leur nom, leurs cheveux, leurs habits, leur dignité. Une seule chose subsiste, une source de bonheur, de réconfort mais aussi de souffrance : leur mémoire. L’art a, dans cette situation, un rôle fédérateur. En effet il réuni deux hommes dans l’enfer où ils vivent, grâce à quelques vers. Cette évocation est source d’une grande émotion. Elle est aussi pour le narrateur la preuve du pouvoir de la poésie : " L'espace d'un instant, j'ai oublié qui je suis et où je suis". Ce passage apparaît comme une parenthèse dans le récit horrible de la réalité des camps de concentration que Primo Levi nous fait.
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