AIntroduction François Dupont





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Le désir de savoir


Je ne reprendrai pas ici non plus en détail ce qu’expose si bien le bulletin N°21 du GT SPP intitulé « Le désir de savoir », thème de la Journée Annuelle 2009 sous la direction de Marc Babonneau et Bernard Bensidoun. La théorie de la connaissance freudienne repose sur la curiosité sexuelle d’une part comme facteur de croissance de la connaissance, le trauma d’autre part comme facteur inhibiteur.

Pour Freud, connaître c’est d’abord percevoir les stimuli sensoriels provenant du monde extérieurs. Ensuite, très tôt dans de développement de l’enfant, c’est aussi percevoir les stimuli internes (affects, représentations de choses) et, avec l’aide de l’environnement qui initie au langage, les catégorier et les mémoriser en les accollant aux représentations de mots.

« À l’origine, la fonction de l’attention n’est pas tournée vers le monde intérieur mais vers les stimuli affluant du monde extérieur et n’est informée, en ce qui concerne les processus endopsychiques, que des développements de plaisir et de déplaisir. C’est seulement à mesure qu’un langage de pensée abstrait s’est formé par la connexion des restes sensoriels des représentations de mots avec des processus internes que peu à peu ces derniers devinrent susceptibles d’être perçus14 »

Les « restes sensoriels des représentations de mots », de nos jours, correspondraient aux phonèmes. Devoir les connecter, sous la pression pédagogique, à des images de mots (des graphèmes) est appelé « conscience phonologique » par les orthophonistes. Cette opération est à la base des apprentissages scolaires, de l’accès aux symboles culturels. Nous reviendrons sur ce qu’en dit maintenant la théorie « connexioniste » des neurosciences, mettant l’accent sur la fluidité des données, théorie qui tend à remplacer la théorie « computationiste », plus statique.

Pour Freud, l’enfant pose, vers l'âge de trois ans, de nombreuses questions pour remplacer une seule qu’il n’ose pas poser : « D’où viennent les enfants ? ». L’enfant perçoit l’embarras des parents et sent un interdit peser sur la réponse. Il entre alors dans ce que Freud appelle la « période d’investigation sexuelle infantile » et va forger ses propres théories. Le désir de savoir passe obligatoirement par la question des origines. Ce n’est pas tant le caractère informatif des réponses parentales qui est important, que l’accordage de l’affect, le fait que les parents ne se dérobent pas aux questions de l’enfant. Ceci est fondamental pour les parents adoptants : c'est leur fantasme qu'ils transmettent dans la modalité de leur réponse à la question des origines. Ce qui est signifié par l’évitement parental de la question sexuelle posée par l’enfant, c’est un interdit de penser (Denkverbot). Ce qui est signifié par les réponses parentales adaptées, c’est la possibilité de sublimation de la pulsion d’emprise en désir de savoir.

Vers six ans, le mouvement de désexualisation de la latence va, nous l’avons dit, organiser durablement l’exploitation du mécanisme du refoulement comme organisateur de la machine cérébrale à savoir, développeur de la computation des nombreux logiciels désormais fonctionnels. Examinons le schéma que Freud nous a livré en 193215. Freud envisage trois possibilités évolutives selon l’intensité initiale de la pulsion d’investigation : inhibition, compulsion, sublimation. Dans le premier cas, toute la pulsion d’investigation se laisse entraîner dans l’inconscient par le mécanisme de refoulement de la sexualité, du fait d’un Denkverbot. C’est l’inhibition névrotique au désir de savoir. Dans le deuxième cas, toute la pulsion d’investigation résiste au refoulement ; il y a sexualisation de l’acte de penser. C’est la rumination mentale de la névrose obsessionnelle, du « nourrisson savant » de Ferenczi16, qui ressemble à tant d’enfants dits surdoués, futurs adolescents « normopathes » de Joyce Mc Dougall17. Dans le troisième cas, une pulsion partielle échappe au refoulement et vient renforcer la pulsion d’investigation (intérêt pour tel secteur d’investigation). C’est la sublimation, qui garde un caractère compulsif et tend à remplacer l’activité sexuelle. C’est le cas de Léonard décrit par Freud en 191018. C’est le désistement de l’objet, la satisfaction hallucinatoire, puis le fantasme qui sauvegarde un reste de sexualisation à l’origine du passage obligé par le réel, à l’école la consigne de l’institutrice. Ce détour par le réel, en ce qu’il est imposé par l’autre, est l’opération qui commande, pour Freud, l’opération de jugement, de la pensée et du langage, comme de l’inhibition motrice. La capacité d’attention, qui consiste à prélever périodiquement des données du monde extérieur pour que celles-ci soient connues, introjectée, mémorisées, est du ressort de la pulsion d’investigation. Pour Freud, cette opération nécessite un domptage des affects qui est à l’origine de l’inhibition de la décharge motrice et permet la conversion (Verwandlung) de la passion en désir de savoir. Il s’agit là de deux tendances en conflit permanent : bouger ou écouter. L’intuition freudienne du dispositif du divan tient de ce schéma.
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