AIntroduction François Dupont





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Le cas Basile27


Basile, 10 ans, CM2, consulte avec ses parents pour difficultés des apprentissages, après une proposition de maintien en CM2. Ses parents mettent l'accent sur la difficulté à l'écrit et en mémoire. Ils racontent également un épisode récent : Basile s'est coupé les cheveux à la suite de remarques de camarades qui le comparaient à une fille. Une rééducation orthophonique est en cours depuis le CE1. Du discours de Basile émerge une notion de souffrance psychique : dévalorisation, rejet du groupe, sentiment d'impuissance face à ses difficultés. Il dit de lui-même qu'il est "un garçon manqué".

Wisc III. Hétérogénéité des résultats avec écart-type de 24 points au profit du verbal (Cf. 2 écarts-types pour parler de pathologie, soit 30 points d'écart28). QI verbal normal fort. Deux épreuves échouées : Mémoires des chiffres (explore la mémoire auditivo-verbale, si importante pour les premiers apprentissages en lecture) et Code (met en évidence l’accès aux symboles, le transcodage de signes arbitraires). Basile excelle à l'épreuve de similitudes (compétences conceptuelles et raisonnementales), ce qui écarte un trouble de la représentation mentale.

L'adaptation à la réalité (Compréhension, Arrangement d'images) est de bonne qualité, de même que la pensée logique. Les connaissances générales et le vocabulaire sont riches, ce que confirment les résultats scolaires à l'oral.

À l'examen du résultat du Wisc, l'origine des difficultés scolaires de Basile restent obscures. L'épreuve de Code est la seule qui rappelle le scolaire : se soumettre à un modèle imposé, arbitraire. La dimension symbolique de cette épreuve est à prendre en compte, comme celle de toutes les autres épreuves d'ailleurs.

Ce sub-test Code implique l'origine de l'écriture (déroulement spatio-temporel imposé, gauche-droite, ordre, ...) et met en jeu les limites (de la feuille). Cet impératif de se soumettre au modèle rappelle l'implacable de la loi. Il est mal toléré par les enfants rêveurs. Il implique aussi la question de la temporalité (chronomètre) et du rythme, dimension qui restent en référence originelle avec les premières expériences sensori-motrices.

Le sub-test Mémoire des chiffres met en scène les mêmes enjeux, de sorte que si ce sont ces deux épreuves qui sont échouées, on peut penser qu'elles soint à relier avec les expériences précoces du développement liées à l'insécurité, à la temporalité, à l'absence. Dans ces deux épreuves, il s'agit de savoir perdre un instant de vue un signe antérieur (la ligne, le chiffre, l'image) pour accéder aux allers et retours comparatifs du traitement interne. Savoir abandonner un repère perceptif suppose de pouvoir négocier avec un mode de fonctionnement omnipotent. Le fait, par ailleurs, que ce soient les signifiants lettres et chiffres qui sont refusés, signifiants qui mettent en jeu les notions d'identique et de différent, sont probablement à relier avec une problématique identitaire.

Un autre test, la figure de Rey, va confirmer ce point de vue en révélant une fragilité particulière de l'image du corps (évitement de la médiane verticale centrale). Là encore, le va et vient entre le monde interne et la trace est engagé. Basile renonce à retrouver ces éléments disparus de sa mémoire. Salomon Resnik29 voit dans l'absence de cette ligne médiane une défaillance de l'activité de pont et de séparation typique de la fonction paternelle.

À ce stade du bilan, on peut dire que les difficultés de Basile se situent dans les domaines du rythme et de la mémoire.

L'épreuve de la Dame de Fay, avec une "faute d'orthographe" évocatrice ("la dame se proment"), montre par ailleurs un repli sur le monde interne, un refus de la réalité externe préoccupant. On apprendra plus tard le mensonge familial portant sur la filiation du père. Basile est censé ne pas savoir que l'homme qui l'a reconnu n'est pas son père. On apprendra aussi les difficultés d'endormissement de Basile, qui interroge le fantasme, l'irreprésentable, la peur de penser (le travail d'inscription en mémoire à long terme que réalise le rêve).

À propos d'inscription mnémonique, on se souvient de l'article de Freud30 (1925) sur la mémoire où il évoque le bloc magique comme métaphore de l'appareil mnésique. Freud insiste sur la fragilité de la surface externe, soumise au tracé en même temps qu'aux percepts, lorsqu'elle n'est pas soumise au contact de la couche de cire sous-jacente. Le travail de mémoire est ce passage du système préconscient-conscient vers l'inconscient, l'inscription définitive sur la couche du dessous. La qualité de l'investissement de la perception est ici essentielle. Si le système préconscient sert de filtre de façon permanente (stabilité de l'investissement du percept), le relai est pris par le travail de rêve et la discontinuité jour/nuit ne fait pas rupture mais, conclut Freud, va être àl'origine de la perception du temps.

Chez Basile, les difficultés d'endormissement, de sommeil, de vigilance interrogent sa vie fantasmatique.

A ce stade, Geneviève Djenati fait l'hypothèse que le trouble orthographique de Basile, enfant qui ne photographie pas les mots, est lié à une difficulté mnésique, plus précisément à un manque d'un objet référent de sa mémoire qui met en échec sa capacité de refoulement, au deuil difficile d'un objet non-advenu qui entrave sa capacité de symbolisation. Le trouble orthographique serait le résultat de cette problématique d'une symétrie parentale introuvable. S'il y a dysfonctionnement des circuits neuronaux de la lecture et de l'écriture, c'est que la fonction est advenue de façon incomplète par défaut de sollicitation d'une image-source (imago), de sa stimulation métaphorique (le Nom du Père ?).

Arrêtons-nous, pour conclure l'évocation du cas Basile, sur le commentaire des épreuves projectives qu'en fait Estelle Louët dans cette même revue. Estelle Louët fait un rappel qui est tout à fait dans notre propos : "Il ne s'agit pas ici d'offrir une interprétation exclusivement psychodynamique des troubles instrumentaux - ce qui reviendrait à nier la disparité et la spécificité des compétences cognitives de tout à chacun - mais bien de proposer une approche holistique des difficultés d'un sujet, nécessitant un aller-retour permanent entre ses compétences cognitives instrumentales et les modalités de son fonctionnement psychique et donc de ses avatars".

Estelle Louët note la rétention comme l'élément dominant dans les production de Basile, l'évitement du conflit interne : "Ça me fait rien penser". Elle y voit justement une tentative de contention des émergences fantasmatiques. Au Rorschach, l'accrochage défensif au percept domine dès la première planche, tandis qu'au TAT les émergences projectives font parfois irruption. Ainsi, à la planche 8BM (au premier plan, un jeune homme tenant un fusil, tourne le dos à une scène d'opération au second plan où deux hommes se penchent au-dessus d'un troisième. L'un des deux tient un scalpel), où le conflit d'ambivalence et le refoulement sont directement sollicités, Basile laisse libre court à sa pulsion homicide et au sadisme : "Quelqu'un veut assassiner un homme". Les autres planches mettront aussi en exergue un univers fantasmatique prégénital avec fixations anales prégnantes.

On voit que ce test, particulièrement, qui sollicite la capacité de symbolisation de l'enfant, est illustratif ici du trouble de la pensée de Basile, l'altération de la structuration du récit, la stabilité des repères spatiaux, la fragilité de ses positions identificatoires primaires, une stase narcissique et une souffrance identitaire sou-jacentes à une présentation œdipienne dont le déclin (renoncement à l'inceste) n'est pas assuré. Catherine Chabert31 a particulièrement développé l'intérêt de cette lecture analytique des épreuves projectives, mettant en jeu la part relationnelle, qualitative, de subjectivation raisonnée dans l'interprétation des résultats, tout en gardant l'attention portée à la part purement psychométrique, quantitative.

On voit ainsi la coincidence forte entre développement de la personnalité et maturité cérébrale, entre apprentissages scolaires avec l'exigence de "recyclage neuronal"32 qu'elle impose à l'enfant et traversée de l'œdipe avec l'exigence de renoncement et de symbolisation qu'elle suppose. Basile est une illustration pertinente des avatars de ce parcours à double contrainte, somatopsychique.

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