AIntroduction François Dupont





télécharger 136.99 Kb.
titreAIntroduction François Dupont
page8/10
date de publication29.10.2016
taille136.99 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > loi > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   10

Refoulement et cerveau


Nous voici à nouveau face à cette notion freudienne d’équilibre de forces contraires, ce « principe de constance »33. Chez le petit écolier deux instances psychiques sont en concurrence : le moi de l’enfant qui veut bouger et son surmoi qui lui dit d’écouter. Cette conflictualité psychique suppose une conflictualité neuronale, mise en concurrence de modules cérébraux. Pour Gérard Pommier34, c’est bien le conflit psychique qui façonne le développement du cerveau et non l’inverse. Pour lui, le chiasme entre les hémisphères droit et gauche incarne le refoulement. L’hémisphère droit gère la somatognosie, le schéma corporel, l’intelligence intuitive, digitalisée, les images, l’aperçu global des expériences perceptives. L’hémisphère gauche est plus précis dans l’organisation du percept, gère la parole, le raisonnement logique, la lecture, l’écriture, le calcul. Les modules cérébraux situés à gauche seraient porteurs d’applications neuronales plus récentes en terme évolutif (l'écriture est née il y a 5000 ans, soit un temps très court en terme d'Évolution). Cette spécialisation des hémisphères cérébraux amène Gérard Pommier à penser qu’il y a vectorisation du pulsionnel au langagier par les allées et retours du corps calleux. Les mots refoulent la force pulsionnelle des aires associatives de traitement visuel, plus primitives. On se souvient de la parole radicale de J. Lacan : « Le mot tue la chose »35. Inversement, pourrait-on dire à propos des addictions aux écrans, trop d’images inhibe les performances verbales, la mémoire auditivo-verbales, la constitution du lexique personnel, la capacité d’attention auditivo-verbale.

Cette entrée en scène du cerveau dans le discours analytique nous permet d’introduire ce qui va suivre maintenant dans notre exposé : le neuro-cognitivisme.

CLe neurocognitivisme




  1. Historique


L’univers des sciences cognitives est large. Il comprend la philosophie (qui en est l’origine), la psychologie, la linguistique, la cybernétique, l’intelligence artificielle, l’anthropologie et, dernièrement, les neurosciences. Les sciences cognitives sont nées dans les années 50, en même temps que l’informatique.

Il semble que ce soit d’une part les travaux d’Alan Turing de 1936 à 1954 qui jettent les bases mathématiques et conceptuelles d’un grand projet d’explication matérialiste et de simulation du fonctionnement mental. Il s’agissait de penser ensemble le cerveau, l’esprit et la machine (« Can a Machine Think ? », 1950). La « théorie de l’information » serait née des rencontres au MIT en 1956.

Les années soixantes sont décisives. En 1962, F. Rosenblatt publie son « Principles of Neurodynamics ». En 1967, Ulric Neisser, publie « Cognitive Psychology ». Herbert Simon et Allen Newell prennent l'ordinateur comme modèle de l'esprit humain. E. Lenneberg publie un ouvrage annonçant la neurolinguistique : « Biological Foundations of Language » et les développements constructivistes de Chomsky :

« Une capacité de langage génétiquement déterminée spécifie une certaine classe de grammaires humainement accessible …    Tout ce que nous connaissons du monde, ce n'est point un environnement siégeant "autour" de notre organisme, mais seulement l'activité relationnelle que les neurones de notre système nerveux entretiennent entre eux ». Chomsky 36

En 1968, R. Atkinson et R. Shiffrin présentent une théorie de la mémoire. Tous ces travaux annoncent un tournant décisif en psychologie, mais aussi en anthropologie, en linguistique, en intelligence artificielle. Il s’agit bien d’un « changement de paradigme », au sens du livre de Thomas Kuhn, paru à la même époque dans ce milieu intellectuel.

Parallèlement, l’évolution des moyens d’exploration en neurologie a permis de nouvelles connaissances sur le fonctionnement du cerveau. L’invention de l’IRM et de l’IRM fonctionnelle, a donné corps à cette approche connexioniste du cerveau considéré non plus sous son aspect topique (localisation d’aires cérébrales, Broca) mais dynamique et fonctionnel (« large scale network »). Le mot « scale » signifie hiérarchisation des réseaux et des fonctions cérébrales, une idée connue en neurologie depuis l’anglais John Hughlings Jackson, reprise par l’américain Mac Lean, vulgarisée en France par le film « Mon oncle d’Amérique », d’Alain Resnais en 1980.

Ces découvertes des neurosciences sont essentiellement la confirmation de ce cerveau à trois étages de Mac Lean, mais aussi, au niveau du néocortex, à trois autres entités spécialisées (les deux hémisphèrres, le lobe pré-frontal), la plasticité cérébrale et, surtout pour ce qui nous intéresse aujourd’hui, le cerveau modulaire : ce sont des populations de neurones disséminées en différents endroits éloignés du cortex qui agissent en réseau, de façon verticale (hiérarchisation), horizontale (plusieurs sous-modules d’un même niveau), et, surtout, globale (les parties sont toujours en lien au tout).

Dans cette période de l’après-guerre la psychologie était elle-même en mouvement. L’influence de la gelstat-théorie (Frits Perls, 1951), fait partie de ce courant, plaçant la perception « hic et nunc » au centre du fonctionnement mental, la mise en forme des émotions, l’ajustement en temps réel entre l’individu et son environnement. Il faut ici faire une place bien sûr aux travaux de Piaget et de l’école constructiviste. Piaget a eu le mérite d’établir des repères dans le développement de l’intelligence de l’enfant en tenant compte de l’Évolution (phylogenèse), du processus biologique (ontogenèse). On en connaît les grands stades : intelligence motrice, sensitive, opératoire, formelle. Piaget anticipe Morin pour qui l’émergence de l’intelligence chez homo sapiens est une étape de l’adaptation des espèces. Marty, on l'a dit, pensait que l’œdipe était la « pointe évolutive », tant de l’individu que de l’espèce. Morin reprendra les idées de "noosphère" de T. de Chardin.
1   2   3   4   5   6   7   8   9   10

similaire:

AIntroduction François Dupont iconMémoires de Grégoire, ancien évêque de Blois. Paris, Dupont, 1837....

AIntroduction François Dupont iconBibliographie Michel Feuillet Ouvrages d’initiation Bessière (Gérard)...
«Saint François et le franciscanisme dans l’art et la littérature des xiiie et xive siècles»

AIntroduction François Dupont iconChambord manifeste avec éclat l'aspiration de François Ier au pouvoir absolu
«fièvre de gagner et de jouir» (Claude de Seyssel), qui toucha les contemporains de Louis XII et de François Ier. Le goût de bâtir...

AIntroduction François Dupont iconPierre Bitoun et Yves Dupont
«Trente Glorieuses aux Quarante Honteuses». Puis ils expliquent comment le long travail d’«ensauvagement des paysans» a mené à la...

AIntroduction François Dupont iconFrançois Ier est née le 12 septembre 1494 au Château de Cognac. IL...
«François Ier de France»). Dans son règne, IL utilise la salamandre dans son armoiries et la devise «Nutrisco et extinguo» ou «Je...

AIntroduction François Dupont iconCoord génér. Y. Dupont (co-direction M. Dobré, A. Haesler, C. Herbert,...
«ordinaire», ce qui serait plus juste. Notre champ d’étude recouvre donc les régularités quotidiennes et les césures (pluri)hebdomadaires,...

AIntroduction François Dupont iconAssassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon/Réactions
«Le monde a perdu une militante de la liberté d'opinion. Cette voix nous donne les réalités de ce continent meurtri et surtout elle...

AIntroduction François Dupont iconFrançois 1er

AIntroduction François Dupont iconFrancois I et la guerre

AIntroduction François Dupont iconFrançois Viguier escuyer de






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com