AIntroduction François Dupont





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La neuropsychologie


La neuropsychologie cherche à relier comportement et fonctionnement cérébral. Elle est née de la rencontre de ces trois courants dont les applications concernent le vivant : la théorie de l’information, celle des automates (intelligence artificielle), celle du cerveau modulaire des neurosciences.

Les bilans tels qu’ils sont pratiqués par les neuropsychologues explorent un à un les quatre modules de la cognition que nous avons cités (agir, parler, se souvenir, comprendre) au moyen de tests étalonnés. Le raisonnement est donc ici d’une part statistique (calcul d’un écart-type, d’une déviation-standart par rapport à une norme statistique), d’autre part issu de la théorie de l’information : entrer une donnée (input) dans le cerveau-machine dont l’enfant est équipé, la récupérer à la sortie (output) et en déduire la capacité fonctionnelle du module exploré. C’est bien le cerveau-organe-machine, celui de Cabanis37, qui est exploré, le fonctionnement mental et non le fonctionnement psychique.

Cette spécialisation nouvelle qu’est la neuropsychologie vise donc à établir des profils cognitifs des enfants, à détecter leurs difficultés, leurs potentialités et à mettre en place des rééducations adaptées. Scientifiquement parlant, relevant de la médecine (physiologie du cerveau, neurologie), elle n’entre pas en concurrence avec les méthodes psychothérapiques telles qu’elles ont été définies, par exemple en France depuis l’amendement Acoyer entré en vigueur au décours de la dernière loi du 4 avril 2010 (« Hôpital, patients, santé et territoires »). Leurs objets d’étude sont radicalement différents (le psychique, le mental). Culturellement et historiquement, par contre, la neuropsychologie, écartelée comme son nom l’indique entre neurologie et psychologie, peut être utilisée comme résistance dans l’acceptation de deux principes de la psychanalyse si difficiles à vivre : la présence d’un enfant sexuel en nous, la gestion du refoulement. Nous le verrons avec la polémique sur les « troubles dys » : la faute au cerveau ou la faute aux parents ? Étiologie développementale ou environnementale ? Il est probable que les psychanalystes de formation psychosomatique ont plus d’outils conceptuels à leur disposition pour aborder cette complexité nouvelle ambiante.

Nous allons voir avec Edgar Morin que lorsque deux spécialités ne parviennent plus à dialoguer alors qu’elles se trouvent en nécessité de le faire, il faut que parmi leurs rangs, des spécialistes se déspécialisent.

DLa pensée complexe



« La pensée d’Edgar Morin est le produit d’une absence de culture spécialisée »38.
Sociologue et philosophe contemporain, auteur prolixe, il écrivit La Méthode, son œuvre majeure (1977-2004, six tomes) qui exprime la mission qu’il s’est donnée : faire communiquer des sciences qui ont été disjointes et ne communiquent plus. Son ambition est grande : articuler les quatre éléments du savoir de la pensée occidentale : La Nature (physis), La Vie (bios), les idées (épistémé), l’humanité (anthropos). De la synthèse des connaissances actuelles dans ces différents domaines de connaissance, Il s’agit de faire émerger un nouveau type de savoir qui échappe aux cloisonnements disciplinaires. Le résultat en sera un nouveau paradigme dit « de complexité » (principe de conjonction et de distinction).

Au fil de sa carrière, Edgar Morin s’est intéressé au rapport de l’homme à la mort, au cinéma (l’illusion dont nous avons parlé à la Journée d’Albi en novembre), aux crises de société (1968), à la physique, la biologie, la cybernétique, l’éthologie, l’écologie, l’anthropologie, la primatologie, la morale … Il fallait un véritable savoir encyclopédique pour prétendre à la synthèse. L’idée de complexité s’imposait d’elle-même.

Dans « La rumeur d’Orléans »39 (1969), il écrivait par exemple :

« Dans toutes ces affaires, c’est le grouillement des fantasmes, d’angoisses, de fascinations et de désirs … »

Partant des sciences de la nature (physique), la succession des six tomes de La Méthode se rapproche du phénomène humain, puis du phénomène social (morale).

Le tome 1 de La Méthode parle de la théorie des systèmes (« unité globale organisée d’interactions entre éléments, actions, ou individus », M. 1, p. 102), de l’intelligence artificielle et des machines (« être physique praxique, c’est-à-dire effectuant ses transformations, productions ou performances en vertu d’une compétence organisationnelle », M.1, p. 157), de la théorie de l’information (« L’information est un concept physique nouveau qui surgit dans un champ technologique. À la suite des travaux de Hartley40 (1928). Shanon détermine l’information comme grandeur observable et mesurable (1948), et celle-ci devient la poutre maîtresse de la théorie de la communication qu’il élabore avec Weaver (Shanon et Weaver, 1949) », M. 1, p. 301).

Le tome 2 est le plus important en volume, mais aussi pour nous aujourd’hui. Il propose une série de concepts intéressants à visiter. Vient d’abord le concept « d’éco-système » (« Ce terme veut dire que l’ensemble des interactions au sein d’une unité géo-physique déterminable contenant diverses populations vivantes constitue une Unité complexe de caractère organisateur ou système », M.2, p. 20). Vient ensuite la « pluri-boucle » (« turnover de naissances, vies, morts s’entre-détruisant et s’entre-engendrant les unes les autres. Et, ce tourbillon, c’est l’être même de l’éco-organisation » M.2, p. 30), puis le « macro-concept d’autos » (« Toutes ces notions (auto-organisation, auto-réorganisation, auto-production, auto-reproduction, auto-référence, …) s’appellent et s’impliquent l’une l’autre, et demandent à être associées en constellation macro-conceptuelles. Cette constellation est en effet constitutive du macro-concept d’autos », M.2, p. 154), celui d’individualité (« L’individualité de l’individu, ce n’est pas seulement discontinuité, événementialité, aléa, actualité ; ce n’est pas seulement singularité, originalité, différence par rapport aux autres, y compris congénères et semblables ; ce n’est pas seulement l’individualité de l’organisme et du comportement. L’individualité de l’individu est aussi l’être et l’existence de soi-même », M.2, p. 154), celui de « qualité de sujet » (« La nature égo-auto-centrique et égo-auto-référente de l’être se manifeste en permanence de façon à la fois organisatrice, cognitive, active. C’est cette qualité de nature que nous pouvons nommer qualité de sujet. Autrement dit, la qualité de sujet est propre à tout être computant-agissant de façon égo-auto-centrique et auto-égo-référente » (M.2, p. 162) et enfin et surtout, celui de « grand paradigme du vivant » (« Dire paradigme, c’est dire que toute vie, le tout de la vie, depuis la reproduction jusqu’à l’existence des individus-sujets, toute la vie, depuis la dimension cellulaire jusqu’à la dimension anthropo-sociale, relève de l’auto-(géno-phéno-égo)-éco-re-organisation (computationnelle-informationnelle-communicationnelle) », M.2, p. 263-351).

« Cela signifie du coup que la moindre parcelle d’existence suppose la mobilisation d’une formidable complexité organisationnelle » (M.2, p. 351).
Le tome 3 explore une « bioanthropologie de la connaissance » et s’intéresse au cerveau-machine à l’échelon cellulaire : « Qu’il vive isolément ou au sein d’organismes polycellulaires, l’être cellulaire peut et doit être considéré comme un être machine computant. En effet, il comporte en lui les instances mémorielles, symboliques, informationnelles, et il effectue ses opérations d’associations/séparation en vertu de principes/règles spécifiques, assimilables à ceux d’un logiciel » (p. 40). Il passe en revue le développement phylogénétique du système nerveux, l’apprentissage, « l’intelligence animale » :

« L’humanité de la connaissance a dépassé de beaucoup l’animalité de la connaissance, mais elle ne l’a pas supprimée : notre connaissance est cérébrale … La différence est dans la quantité de neurones, et dans la réorganisation du cerveau. C’est à partir de cette différence d’organisation qu’ont émergé les qualités humaines irréductibles que nous nommons pensée et conscience » (M.2, p. 66)

Morin parle na « nature imageante » de la perception, de la « synthèse recomputante globale » qu’opère « l’esprit-cerveau » (M.2, p. 80), de « l’hypercomplexité cérébrale ».

Le tome 3 s’achève sur une note pessimiste :

« L’Esprit, émergence ultime du développement cérébral, n’en est encore qu’au début de son développement propre … L’intelligence, la pensée, la conscience qui nous font défaut adviendront-elles avant que sombre le millénaire ? » (M2, p. 202).

Le tome 4 se veut une « sociologie de la connaissance » et exploite l’idée de complexité en rappellant la nécesité « d’écologiser les idées », de les inscrire dans leur milieu, leur histoire, leur culture pour permettre le dialogue entre spécialités. Morin rappelle que Popper avait divisé l’univers humain en trois mondes : celui des choses matérielles extérieures, celui des expériences vécues, celui des choses de l’esprit, produits culturels, langagiers, notions, théories, y compris les connaissances objectives. Ce dernier monde, pour Morin, est celui de la noosphère41, selon le terme que Teilhard de Chardin avait forgé dans les années 20.

Le tome 5 réalise le grand rêve de Morin : une synthèse anthropologique complexe révélant l’homme dans sa triple identité subjective, biologique, sociale. Il y rappelle, notion essentielle en psychanalyse, que l’aptitude à se dédoubler, c’est-à-dire l’aptitude même à objectiver la relation à soi-même, est la condition obligatoire de la connaissance de l’humain. Freud a pu dire que la spécificité du travail du psychanalyste tenait de ce paraxose : prendre comme objet de connaissance l’outil même de la connaissance, le fonctionnement psychique. C’est-à-dire commercer avec la chimère transféro-contre-transférentielle.

Morin rappelle cette antinomie :

« Paradoxe : l’objectivité ne peut venir que d’un sujet. Idée incroyable pour ceux qui ont subjectivement dénié toute existence au sujet » (M.5, p. 71)

« Pour comprendre l’être humain, il faut certes le comprendre objectivement, mais il faut aussi le comprendre subjectivement » (M.5, p. 71)

Le tome 6 jette les bases d’une « anthropo-éthique », estimant que le niveau des connaissances humaines est sufisant aujourd’hui pour qu’émerge une communauté de conscience et de destin universelle.
Reprenons pour conclure le grand paradigme du vivant tel qu’il est formulé en fin du tome 2 :

« Dire paradigme, c’est dire que toute vie, le tout de la vie, depuis la reproduction jusqu’à l’existence des individus-sujets, toute la vie, depuis la dimension cellulaire jusqu’à la dimension anthropo-sociale, relève de l’auto-(géno-phéno-égo)-éco-re-organisation (computationnelle-informationnelle-communicationnelle) », M.2, p. 263).
Condensons le message : « auto-(géno-phéno-égo)-éco-re-organisation (computationnelle-informationnelle-communicationnelle ». Ce mot complexe, car c’est un seul mot, est volontairement forgé par Edgar Morin et signifie, entre autres destinataires, pour nous qui recevons des enfants en difficulté, que pour tirer des conclusions scientifiquement valables de l’évaluation du fonctionnement psychique d’un enfant, il convient de prendre en considération le fait que cette unité psychosomatique qui se présente à nous relève d’une organisation qui est une réorganisation phénotypique individuelle en fonction de son génome, de son environnement familial, que cette réorganisation permanente vise à s’adapter de façon itérative à un environnement changeant dont il tire une masse considérable d’informations à traiter en interne et à renvoyer en externe de façon à rester en communication avec le réseau universel dont il dépend pour sa survie.

Effectivement, c’est une pensée complexe qui nécessite que, face à l’enfant, on l’oublie et s’en réfère à la formule que Bion aurait empruntée à Beckett : l’aborder « sans mémoire et sans désir ».

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