L’offensive de Lorraine Août 1914 Les Dardanelles





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SEPTEMBRE 1914




La bataille de la Marne débute le 6 septembre, le 10 septembre Moltke décide la retraite sur l’Aisne et la Vesle et le 13 le gros de l’armée française reprend contacte avec les avant-postes allemands. Il est probable qu’Auguste Galland n’a pas participé à cette bataille. Le 14è Corps d’Armée auquel il appartient sera transféré à l’ouest. Nous le retrouvons le 25 septembre à Herleville près d’Amiens.

Vendredi 25 septembre 1914:

Après deux heures de repos (l'ordinaire étant arrivé vers minuit et je m'étais couché à deux heures) nous nous levons. Que sera la journée? Chacun regrette le capitaine tombé hier soir mais on a déjà tant vu tomber de ceux que l'on regrette que bientôt on n'en parle plus. L'adjudant Rossi (sergent il y a 15 jours) devient commandant de la compagnie. Nous sommes en réserve pour l'instant et nous restons dans le village derrière les faisceaux, prêts à partir. Le 54e d'artillerie part puis revient. Bientôt les blessés commencent à arriver: c'est le 99e qui a reçu une tuile. Il en défile une quantité, c'est lamentable.

Bientôt l'artillerie part et, à la suite de la 11e compagnie, nous nous dirigeons vers l'est à la lisière près du village. La fusillade de tous côtés fait rage, l'artillerie semble avoir déchaîné tous ses canons. Par bonds nous nous portons d'abri en abri vers le village de Herleville d'où part le plus intense crépitement. Les obus tombent drus sur nos têtes mais je ne crois pas qu'il y ait encore de blessés à la compagnie. Ma demi-section (je suis depuis quelques jours chef de demi-section) n'est pas encore entamée.

Les 10e et 11e compagnies sont déployées en avant, nous nous déployons à notre tour à droite de la route, le village à enlever est à trois kilomètres et, pour y arriver, c'est une grande plaine rarement coupée par de légers replis. L'artillerie nous bombarde avec fureur, nous sommes très mal protégés aussi il y a bientôt des morts et des blessés. Un obus de mélinite tombe à quelques pas, je suis couvert de terre et de cailloux mais pas de mal. Les obus à shrapnells éclatent juste au-dessus de nos têtes. Les éclats sifflent et tombent tout autour de nous. On se terre pour le mieux. L'ordre de se porter en avant est donné. Nous y allons par bonds en utilisant les petits trous de mitrailleurs que nous laissent ceux qui nous précèdent. Nos bonds sont de plus en plus précipités, nous voici sur la première ligne après en avoir laissé quelques-uns tout au long de la plaine. Nous savons que nous sommes là pour une charge à la baïonnette car les principes du service en campagne précédant la charge ont été suivis: nous sommes des troupes d'assaut.

Les Boches tirent toujours. Le 3e bataillon met baïonnette au canon et, bien qu'en plein découvert, (nous sommes encore à 600 mètres), la charge commence. Les quelques clairons échelonnés sonnent, les cris de « En avant » retentissent et cette vague formée de un millier de baïonnettes et de poitrines hurlant « En avant! » s'avance au pas de course. Pendant ce temps notre artillerie ouvre un feu terrible sur le village qui, en moins de cinq minutes, est complètement en feu. L'assaut me paraît bien préparé mais nous sommes trop loin. Les premiers bonds (car nous avançons toujours par bonds) ne sont pas très meurtriers pour nous mais soudain arrive une grêle de balles. Je me trouve en arrière d'un petit chemin en déblai perpendiculaire à notre ligne de marche, je m'y porte avec ma demi-section à laquelle sont mêlés quelques hommes d'autres unités. De cet abri nous ouvrons le feu sur la lisière du village et sur une hauteur plus en arrière et à droite qui me paraît devoir être fortement occupée. Les balles sifflent sur nos têtes mais grâce à notre position nous n'avons pas de blessés. Tout le bataillon est sur la même ligne et la droite opère une conversion à gauche qui nous permettra d'aborder le village en l'encerclant un peu. Tous ces préparatifs sont faits avec un grand sang froid, sans affolement de la part des chefs, avec furie de la part des soldats.

Encore une fois le bataillon tout entier part en avant. C'est une immense clameur, on n'entend plus les clairons. Chacun vole, la baïonnette haute en hurlant. C'est de la fièvre, du délire mais les balles sifflent et il en tombe! Trois bonds sont encore exécutés, nous sommes à 180 mètres, 200 mètres du village. Les Boches qui ont dû se retrancher nous canardent salement. Nous ouvrons également le feu. Comme la crête, à droite, me paraît la plus dangereuse, je l'indique comme objectif. Il fait presque nuit, le village, complètement en feu, éclaire sinistrement le champ de bataille. Nous tirons toujours mais moins, nos munitions commençant à baisser.

A l'aide d'une pelle-pioche que j'ai eu l'heureuse idée de ramasser en route, je me fais un petit butoir sur lequel je place encore mon outil, fort heureusement car une balle presque aussitôt vient y frapper et ricoche sur cet abri improvisé, je l'aurais reçue en pleine tête. Un camarade, à droite, est blessé et gémit. Comme mes cartouches devenaient rares je lui demande les siennes, il m'en jette alors deux paquets puis m'en tend une poignée. Comme je me penche pour les prendre: pin! Je sens une brûlure dans le pied droit, je suis touché!

En deux secondes une vive douleur m'arrache un "aouh!" On me demande à gauche: « Blessé caporal? » Puis, insensiblement, la douleur diminue et je me demande si, réellement, je suis blessé ou si, comme l'autre fois, je n'ai été qu'effleuré. Je porte la main sous le pied et la retire ensanglantée. Je ne sais alors sous l'empire de quelle idée j'ai agi mais je saisis mon fusil et décharge avec rapidité une dizaine de cartouches. De nouveau la douleur m'arrête, mon pied brûle mais les balles pleuvent. Je ne peux me faire un pansement alors, ne voulant pas que mes cartouches restent, je continue à tirer avec une sorte de rage.

La direction du tir ennemi me semble s'être modifiée et venir de la bordure des maisons. Toutes les balles passent trop haut, la bordure du village est dans un léger repli de terrain et forme un angle mort. Je fais tirer sur le pied des maisons en recommandant de viser très bas. Presque aussitôt l'intensité du tir ennemi disparaît. Mon idée était juste. Notre artillerie s'arrête, les Boches recommencent à balayer le terrain mais plus en arrière de nous. A notre aile droite on tire furieusement, la gauche n'a pas d'objectif sûr et tire peu. Notre artillerie leur envoie une nouvelle et terrible rafale tandis que, chez nous, nous crions de tous côté: « Cessez le feu! En avant! » Je crie de toutes mes forces mais ne peux bouger. Le colonel est là, excitant les hommes, le bataillon tout entier fait un bond sous une pluie de balles mais, de nouveau, il doit se terrer. Il fait nuit, on distingue à peine les abords du village mais ce dernier ne forme lui-même qu'un énorme brasier. J'attends impatiemment l'obscurité qui doit un peu diminuer l'intensité du feu. Le pied de nouveau me fait souffrir. Je me déchausse et me fais un pansement sommaire. A droite, mes deux hommes, les plus près, sont également blessés. Je veux les panser, trois ou quatre fois de suite une rafale nous oblige à baisser la tête. Le bataillon est immobilisé, il est trop loin et la pluie de balles trop intense pour se lancer d'un seul bond aux positions ennemies. Il est trop près pour ne pas conserver cette avance si audacieusement et si chèrement acquise. Il va donc passer la nuit sur ses positions et ce n'est que le lendemain matin qu'il enlèvera définitivement la position ennemie. Enfin il fait nuit mais comment se sortir d'ici? Je ne puis marcher et le poste de secours est à plus de trois kilomètres. Deux camarades sont tombés à mes côtés. L'un d’eux ne peut pas se traîner, je cherche à l'aider mais c'est impossible. Je dois donc le laisser en lui promettant de lui envoyer des brancardiers. Avec une peine infinie je me traîne lentement à travers champ en me servant de mon fusil. Je marche sur les genoux et, tout au long du trajet, je trouve d'autres blessés, je heurte un mort. Un peu au hasard, je vais lentement, j'appelle et on me répond. Chevillard, légèrement touché vient m'aider mais c'est encore plus pénible que de marcher seul. J'arrive enfin vers le chemin où, tout à l'heure, nous nous étions arrêtés et là, je trouve une vingtaine de blessés. Après un moment de repos nous nous mettons en route. Nous sommes cinq ou six, nous avançons un peu au hasard. Heureusement le temps est clair et je me guide sur l'étoile polaire. Les obus n'ont cessé de tomber et rendent très dangereuse notre route mais néanmoins nous allons très lentement. Le sergent de la deuxième compagnie ne veut pas aller plus loin, il prend mal au cœur. Bientôt je perds les camarades, mon pied me fait mal, j'arrête tous les vingt mètres. Je marche tantôt à quatre pattes en me servant des genoux, tantôt à cloche-pied avec mon fusil que je n'ai pas voulu quitter comme appui. J'arrive même à m'appuyer un peu sur le talon du pied blessé. De tous côtés on entend des plaintes, des appels, on ne voit pas de brancardiers. Les obus tombent toujours. Je suis sur la grande route. Il me semble avoir fait déjà vingt kilomètres. Combien ai-je mis de temps pour arriver au poste de secours? Je ne sais mais il m'a semblé que la moitié de la nuit y avait passé.

En y arrivant, je trouve une voiture pleine de blessés qui allait partir. Je m'y traîne et, comme il y avait une place, on me grimpe dedans. Nous allons à Harbonnières, à quelques kilomètres et je passe le reste de la nuit dans une école. Le lendemain on me porte dans l'église remplie également de blessés. Là, je trouve Bertin qui, porteur du courrier de la 9e compagnie, distribuait les lettres. Il y avait pas mal de camarades de la compagnie. Je l'appelle et il accourt en me disant qu'il y avait deux lettres pour moi. Je me félicitais de m'être fait transporter ici avant mon tour car après cela aurait été trop tard pour le courrier. J'entends le bruit des autos qui arrivent et doivent nous transporter. Ils ne pourront pas tout emmener d'un coup. Je cherche à partir avec les premiers. J'appelle un civil qui me prend sur son dos et me porte à la voiture où l'on est plutôt mal. C'est un camion et les secousses ne sont pas très douces.

FIN
Auguste Galland, après un séjour à Rennes aura la chance d’être soigné à l’hôpital militaire 124 bis créé à Saint Chef tout près de Vignieu où résident ses parents et non loin de Ruy où sa femme est revenue vivre dans la maison paternelle et où est née sa fille qui n’est encore qu’un nourrisson. Avant d’être réintégré dans l’armée il passera quelques semaines à Grignan dans la Drôme. Une tante, résidant à Saint Chef, et dont le mari est gestionnaire de l’hôpital lui écrit une longue lettre datée du 23 février 1915 et dont voici de courts extraits.

« Vous devez sans doute vous préparer à repartir au front, ou plutôt à la guerre, la vraie, qui va bientôt commencer, car jusqu’ici ce n’était que l’avant-guerre. La vraie campagne va s’ouvrir. Elle sera formidable, on le sait mais courte sans doute. La confiance est partout dans l’air. Tous les cœurs français se tournent vers ce printemps avec une foi profonde. Au seuil de la saison nouvelle, la reprise de la vie est telle qu’il semble déjà que l’impérieux éveil des grandes forces s’impose victorieusement. »

« Bon courage et bon espoir pour le cas où vous partiriez bientôt via Allemagne. Et du tac au tac, hein!  Si vous avez le bonheur d’en être, œil pour œil, dent pour dent. Ne vous laissez pas attendrir par les beaux yeux bleus des Gretchen. Pour moi j’ai l’âme peu tendre et je ferais un mauvais général. »

1915 LES DARDANELLES

Historique

La Turquie entre en guerre au côté de l’Allemagne le 31 octobre 1914.

Ce sont les Anglais sous l’impulsion de Winston Churchill, Premier Lord de l’Amirauté, qui ont eu l’idée d’entreprendre aux Dardanelles une diversion de grande envergure pour abattre l’Empire ottoman, rétablir la liaison avec les Russes et assurer la sécurité de Suez. Les Français s’y rallient et les Russes demandent à leurs alliés d’agir contre la Turquie. La Grèce met, de fait, à la disposition des alliés, l’île de Lemnos toute proche des Dardanelles.

En février 1915, les Turcs échouent dans une offensive ayant pour objectif le canal de Suez.

A partir de février 1915 autour de la rade de Moudros dans l’île de Lemnos une puissante escadre se rassemble comprenant le Queen Elisabeth, un croiseur de bataille, 16 autres cuirassés, 4 vieux cuirassés français, 5 croiseurs légers, 22 torpilleurs (dont 6 français), 9 sous-marins (dont 4 français) et un croiseur russe. Elle effectue des bombardements sur les ouvrages de Kumkale et de Seddulbahr sans grands résultats. Son but est de remonter jusqu’à Constantinople. Une attaque de grande envergure a lieu le 18 mars 1915 mais la flotte ne peut forcer le passage au niveau de Canakkale sous le feu des canons turcs.

Le corps expéditionnaire, au début, comprend 80 000 hommes sous les ordres du général Hamilton. Il est formé de 4 divisions anglaises et de la division française du général d’Amade. La Grèce, le 1 er mars, offre une division mais Saint Pétersbourg n’en veut pas craignant de voir les Grecs dans Constantinople.

L’offensive terrestre aurait dû intervenir juste après l’attaque navale du 18 mars mais on s’aperçoit que les unités qui arrivent à Lemnos ne peuvent être engagées faute d’être en possession de leur matériel réparti à tort et à travers sur les bâtiments de transport. On se replie sur Alexandrie où ces derniers sont rechargés dans un ordre plus rationnel tandis que l’escadre est renforcée de 5 cuirassés anglais et de 2 français dont le Henri IV.

Un mois a été gaspillé ce qui permet au général allemand Liman von Sanders qui organise la défense des Dardanelles de prendre ses dispositions pour accueillir l’assaillant. Le 25 avril tout est prêt. Le débarquement principal a lieu au cap Hellés près de Seddulbahr pour prendre Krityia. (Auguste Galland sera sur ce front). Le corps Anzac (formé de soldats d’Australie et de Nouvelle Zélande) prendra pied près de Gapa Tepe pour traverser la presque île en direction de la côte est. Une diversion, confiée à des Français, a lieu à Kumkale, en voici le détail. La traversée dure quatre heures. Partis sur des canots, sous le feu des canons tucs heureusement contre battus par ceux de la division navale, les Français atteignent la rive asiatique. Kumkale est prise. Le 26, à midi, le général d’Amade donne l’ordre de la retraite. Les Français ont 20 officiers et 758 hommes hors de combat, ils ramènent 500 prisonniers. La diversion réussit puisque les Turcs immobiliseront deux divisions dans cette région jusqu’au 29 avril.

Les alliés espèrent que les opérations progresseront vite. Ils pensent que les défenses turques une fois maîtrisées la flotte remontera jusqu’à Constantinople mais de partout la résistance est grande, des tranchées sont creusées et, comme sur le front de France, les lignes s’immobilisent. Un débarquement (65 000 Britanniques) sur les arrières turcs à Souvla commence le 6 août 1915 mais l’offensive est vite bloquée. C’est Mustapha Kemal (celui qui se nommera plus tard Atatürk, le père des Turcs) qui dirige les contre-attaques. Là encore on creuse des tranchées et le front s’immobilise.

Dès la fin de l’été 1915 la campagne des Dardanelles se révèle stérile alors que de nouveaux dangers se lèvent sur le Danube. Face aux 17 divisions turques il y avait alors 150 000 alliés dont 30 000 Français. Le 25 septembre 1915 une division française quitte Seddulbahr pour Salonique où va se constituer une nouvelle armée d’Orient. Grâce à la base de Moudros le corps expéditionnaire sera évacué et cette opération qui sera un succès sera terminée le 10 janvier 1916.
Mercredi 24 février 1915

Le bruit d'un départ. Rien de précis. C'est un convoi de gradés, nous le suivons. A 11 heures 30 tous les caporaux partent. Départ cinq heures pour Chomarret et Bourgoin par Lyon.
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