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Mesdames et Messieurs,
Monsieur le Maire, je veux tout d’abord vous remercier très chaleureusement car vous avez accepté de rendre un hommage particulier, aujourd’hui, au Colonel Jean DEMOZAY, Compagnon de la Libération et aviateur au sein des FAFL.

Il est important de parler de cet homme courageux, de son parcours et, à travers lui, de ses 54000 camarades Français Libres. Vous avez voulu que cette journée exceptionnelle soit une réussite. Je remercie également Madame DOMINGUEZ, votre chef de cabinet et les membres du service des affaires culturelles de votre commune, qui se sont investis dans l’organisation de cette journée d’hommage.

Mesdames et Messieurs, votre présence nombreuse nous va droit au cœur.

Le colonel DEMOZAY a été honoré à plusieurs reprises dans le passé, à Beaugency et dans le Loiret.

Le 13 avril 1947, en présence du ministre de l’air et de nombreuses personnalités, l’aéro-club Colonel MORLAIX-DEMOZAY prend réellement naissance lors de l’inauguration de son terrain. Le même jour, le conseil municipal de Beaugency donne le nom du « Colonel MORLAIX-DEMOZAY» à une avenue de la ville. Le 19 décembre 1995, une stèle est inaugurée en présence de nombreux Compagnons de la Libération, pour commémorer les 50 ans de la disparition du Colonel DEMOZAY. Vous avez pu admirer tout à l’heure, au cours de la cérémonie devant cette stèle, au cimetière de Beaugency, le passage d’une patrouille de trois avions de l’aéro-club d’Orléans et du Loiret « Colonel MORLAIX-DEMOZAY», projecteurs allumés. Le Président d’honneur de cet aéro-club, le Colonel CHAMBON (ER), ancien pilote de chasse, en a été l’instigateur et je le remercie très vivement ainsi que les trois pilotes.

Le 22 octobre 2005, le Conseil Général du Loiret baptise 4 des 5 hangars de son aérodrome de Saint-Denis de l’Hôtel des noms de quatre pilotes des FAFL : Jean DEMOZAY, Pierre MARCHAL (né à Orléans), André POTTEL (né à Beaugency) et Arnaud de SAXCE (né à Saint-Jean de Braye), tous les quatre « morts pour la France. Cette magnifique cérémonie, qui se situait au cours d’un week-end de démonstrations aériennes qui a reçu 10 000 visiteurs, était organisée par le directeur de l’aérodrome, Monsieur Jean-François VASSAL, présent parmi nous et que je salue très amicalement.

De son côté, par ces cérémonies d’hommage, la Fondation de la France Libre veut faire connaître les unités combattantes Françaises Libres au sein desquelles ces hommes ont combattu au cours de la 2ème guerre mondiale et particulièrement aujourd’hui les Forces Aériennes Françaises Libres.

Nous voulons également faire connaître l’Ordre de la libération.

Le Général de GAULLE a signé le 16 novembre 1940 à Brazzaville, capitale de la France Libre naissante, l'Ordonnance n° 7, créant l'Ordre de la Libération.

L'admission dans l'Ordre était destinée " à récompenser les personnes ou les collectivités militaires et civiles qui se seront signalées dans l'œuvre de libération de la France et de son Empire ".

Au dos, cette " Croix de la Libération " qui ne comporte qu’un seul grade, porte la devise latine " PATRIAM SERVANDO VICTORIAM TULIT "  " En servant la Patrie, il a remporté la Victoire "  

Le ruban de la décoration, allie le noir du deuil au vert de l'espérance, qui symbolisaient l'état de la France en 1940.

Le général de GAULLE ou un membre du conseil de l’ordre, lors de la remise de cette décoration prononçait la phrase suivante : « Nous vous reconnaissons comme notre Compagnon pour la libération de la France dans l'honneur et par la Victoire ».

Le général de GAULLE a été le seul grand maître de cet ordre. Le professeur François JACOB, prix Nobel de médecine en 1965 et ancien de la 2ème D.B. en est actuellement le 7ème chancelier.

  1. unités combattantes.

  1. villes (Paris, Grenoble, l’Île de Sein, Nantes et Vassieux en Vercors).

  2. femmes et 1032 hommes ont reçu cette prestigieuse décoration dont 10 % n’avaient pas 20 ans en 1940. 70 sont étrangers et originaires de 25 pays dont des pays alliés : 5 anglais et 4 américains, ou de pays ennemis : 2 allemands et 4 italiens luttant contre l’hitlérisme et le fascisme.

271 ont été nommés à titre posthume. 43 ont été déportés. Le dernier a été, en 1960 et à titre posthume, le roi d’Angleterre, George VI, père de la reine actuelle, Elisabeth II.

Aujourd’hui, 39 d’entre eux sont encore en vie.

Vous allez pouvoir découvrir dans cette salle du complexe culturel du Puits-Manu, des panneaux présentant l’Ordre de la Libération » et les 13 Compagnons de la Libération nés ou bien inhumés dans 11 communes du Loiret. Vous pourrez voir également une exposition sur les Forces Aériennes Françaises Libres qui nous est prêtée par l’ONAC-VG du Loiret. Je remercie vivement son directeur, Monsieur VINCENT, également présent parmi nous. Plusieurs films vous seront présentés qui parlent de la France Libre et de l’histoire de l’Ordre de la Libération et de ces « 1061 Compagnons ».

Chacun des 13 Compagnons nés ou inhumés dans le Loiret a été, est ou sera honoré cette année, dans chaque ville ou village concerné.

2 ont servi au sein des FAFL, le Colonel DEMOZAY et le Général de RANCOURT de MIMERAND né et enterré à Cernoy en Berry, village où il sera honoré samedi prochain, 2 octobre par le dévoilement d’une stèle. Six autres ont appartenu à la 1ère DFL, trois à la 2ème DB, un aux FNFL et un à la Résistance Intérieure.

Je tiens à remercier le neveu du Général Henry de RANCOURT de MIMERAND, le Colonel Luc de RANCOURT de MIMERAND, Délégué Militaire Départemental qui commande la « BA 123 Charles PAOLI », d’avoir accepté ma demande. Un détachement militaire est et sera ainsi présent à chacune de ces onze cérémonies. Je remercie les personnels de l’armée de l’air venus aujourd’hui rendre hommage à leur grand ancien.

Monsieur DOLIGE, Président du Conseil Général, a également accepté une autre demande de notre Fondation. Une plaque sera ainsi inaugurée, au Musée Départemental de la Résistance et de la Déportation de Lorris, à une date qui n’est pas encore définitivement arrêtée. Elle comprendra les noms de ces 13 Compagnons, leur unité d’appartenance au sein de la France Libre et le nom de la ville ou du village où chacun d’eux est né ou inhumé.
Notre pays a commémoré, le 18 juin dernier, le 70ème anniversaire de l’Appel lancé depuis Londres à la BBC, par le Général de GAULLE.

Cet Appel était destiné à tous ceux qui voulaient continuer la lutte. Il était également une réponse au discours d’abandon, prononcé la veille, le 17 juin 1940, à la radio française par le Maréchal Pétain.

Il est absolument indispensable, pour comprendre cet Appel du 18 juin et l’engagement des Français Libres, de revenir quelques instants sur ce que l’on appelle la « Campagne de France ».

Le 10 mai 1940, l’Allemagne nazie attaque la Hollande, la Belgique et la France. Les dirigeants de la 3ème république et les stratèges militaires français, horrifiés par les pertes subies au cours de la 1ère guerre mondiale, ont voulu établir, afin de mettre les hommes à l’abri, un mur entre la France et l’Allemagne qui portera le nom de son initiateur, le député André MAGINOT. Cet ensemble d’ouvrages ne couvre pas la frontière Franco-Belge. Les troupes d’hiltler envahissent sans scrupule la Belgique neutre puis entrent en France dans la région de Sedan, zone sans ligne Maginot.

S’ensuivent alors 44 jours de combats acharnés.

Dans son discours d’abandon radiodiffusé, Pétain s’adressant particulièrement aux combattants leur dit :

« Cest le coeur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat ».

Cette phrase malheureuse, prononcée cinq jours avant la signature de l’armistice, le 22 juin 1940, dans la clairière de Rethondes, dans le wagon où avait été signée la capitulation allemande de la 1ère guerre mondiale, le 11 novembre 1918, a immédiatement des conséquences dramatiques car beaucoup de combattants se sont dit «  c’est fini » ! Ils ont cessé le combat et des centaines de milliers d’entre eux ont été, au cours de ces cinq jours, faits prisonniers.

Il a été souvent dit et écrit que cette armée s’est mal battue. Que l’on se souvienne de la tactique utilisée par les allemands : « BLITZKRIEG » ou « guerre éclair » associant blindés et avions pour percer le front. Le peu d’unités spécifiquement blindées créées en France ont pourtant démontré alors leur capacité. Nous ne devons pas oublier les batailles de STONNE ou de MONTCORNET au cours desquelles les chars français ont été, un temps, victorieux. Mais pour le reste de l’armée, confrontée aux moyens modernes de combat et à la tactique des Allemands, ce fut une épreuve terrible. Cette tactique, prônée inlassablement en France au cours des années d’avant guerre par le Colonel De GAULLE, avait pourtant fait ses preuves en Pologne, huit mois plus tôt, mais sans faire jaillir le moindre doute dans l’esprit des grands chefs militaires français. Certains des trop nombreux gouvernements de la 3ème république, 44 en 19 années, qui ont dirigé notre pays entre les deux guerres mondiales et ces chefs complètement dépassés, le maréchal Pétain en tête, portent principalement la lourde responsabilité de cette défaite.

Les conséquences immédiates ont été dramatiques pour ces « glorieux combattants de 40 ».

En 44 jours, la France, qui ne comptait alors que 40 millions d’habitants a eu à déplorer 100 000 tués, 250 000 blessés et 21000 morts civils.

1 800 000 officiers, sous-officiers et soldats français, prisonniers de guerre, sont conduits en Allemagne dans 75 prisons que sont les Oflag, camps d’officiers et les Stalag, camps de sous-

officiers et soldats. 39 000 d’entre eux y sont morts au cours de cette captivité de cinq ans, loin de leur Patrie et de leurs familles et 5200 ont été portés disparus.

La propagande nazie a essayé de faire croire que la « Campagne de France » fut alors une vraie partie de plaisir pour ses troupes. Elles ont en fait perdu 54 700 morts, et ont eu 111 000 blessés et 18 400 disparus. Ces chiffres, terribles aussi du côté allemand, démontrent à eux seuls que les combattants français, quand ils l’ont pu, se sont magnifiquement battus.

Le 9 juillet 1940, la Croix de Lorraine devient le signe de ralliement des Forces Françaises Libres.

Le général de Gaulle s’adressant aux premiers Français Libres qui l’ont rallié leur a dit :

« Pour le service de la France, je vous demanderai votre sang ou votre vie, mais, en retour, ne me demandez rien, car je ne vous donnerai rien. »

A l’issue de la bataille d’Angleterre, Sir Winston CHURCHILL, Premier Ministre Britannique, a déclaré à propos des pilotes qui y ont participé, avec parmi eux 14 français dont Jean DEMOZAY :

« Jamais dans l'histoire des guerres un si grand nombre d'hommes ont dû autant à un si petit nombre ».

Des territoires français à travers le monde rallient bientôt le général de Gaulle qui déclare alors :

« Dans cette guerre mondiale et totale, dans cette guerre où tout compte, l'Empire français est un faisceau de forces capital ».

Le 28 juin 1940, Winston CHURCHILL, qui sera décoré de la Croix de la Libération le 18 juin 1958, reconnaît le général de Gaulle en tant que « chef de tous les Français libres, où qu’ils se trouvent, qui se rallient à lui pour la défense de la cause alliée ».

Le 2 août 1940, le général De Gaulle est condamné à mort par le tribunal militaire permanent de Clermont-Ferrand pour « atteinte à la sûreté extérieure de l'Etat et désertion à l'étranger en temps de guerre ». Beaucoup d’autres Français Libres seront, eux aussi, condamnés à mort par le gouvernement de Vichy.

Déserteur ! Charles De GAULLE, lui qui, le premier, a continué la lutte et a permis par le combat des français Libres et des résistants de l’intérieur de conduire la France à la victoire. Notre pays avait la 4ème armée du monde en 1945 avec 500 000 hommes sous les drapeaux. La France obtiendra ainsi, à l’ONU, créée le 25 juin 1945, un des cinq sièges permanents au Conseil de Sécurité qu’elle occupe toujours aujourd’hui et une zone d’occupation en Allemagne jusqu’au début des années 90.

Cette puissance retrouvée permettra également à la France d’être représentée :

- par le général Jean de LATTRE de TASSIGNY, à Berlin, le 8 mai 1945, lors de la signature de la capitulation allemande à la stupéfaction du maréchal nazi Keitel qui déclara alors : « comment, même les Français sont là » ?

- et par le général Philippe LECLERC de HAUTECLOQUE, à Tokyo, le 2 septembre 1945, lors de la signature de la capitulation japonaise à bord du cuirassé américain USS MISSOURI.

Ces deux chefs militaires français sont Compagnons de la Libération.

Le Général de GAULLE, dans un discours prononcé à Londres le 15 novembre 1941 devant les Français de Grande Bretagne, décrivait ainsi les Français Libres qui, les premiers, l’avaient rejoint :

« Nous sommes des Français de toutes origines, de toutes conditions, de toutes opinions, qui avons décidé de nous unir dans la lutte pour notre pays. Tous l’ont fait volontairement, purement, simplement. Car c’est à l’appel de la France que nous avons obéi. Au moment où tout paraissait crouler dans le désastre et dans le désespoir, il s’agissait de savoir si ce grand et noble pays livré à l’ennemi par la plus atroce trahison de l’histoire, trouverait parmi ses enfants des hommes assez résolus pour ramasser son drapeau. Il s’agissait de savoir enfin si, dans la nuit de la servitude, la nation ne verrait plus briller aucune lumière d’espérance française pour soutenir son esprit de résistance et faire la preuve qu’elle restait solidaire du parti de la liberté. »

Avant de terminer, je veux m’adresser particulièrement aux jeunes présents aujourd’hui.

Si vous racontez cette journée autour de vous, certains vous diront que ces cérémonies évoquent des sujets appartenant au passé, par conséquent inintéressants.

Vous pourrez leur répondre ce que disait Anatole FRANCE :

« Ne perdons rien du passé. Ce n'est qu'avec le passé qu'on fait l'avenir. »

N’oubliez jamais toutes ces femmes et tous ces hommes qui par leur combat ont permis à la France de retrouver son honneur :

Le colonel Jean DEMOZAY, Compagnon de la libération et héros de notre aviation.

Les 1037 autres Compagnons de la Libération.

Les 54000 Français Libres dont parmi eux les pilotes des FAFL, pour la plupart très jeunes, car ils sont, comme les combattants de 40, comme ceux venus des colonies et à qui nous devons tant, les glorieux oubliés de notre histoire. Leur combat était pourtant un message pour l’avenir car ils portaient tous des valeurs humaines qui sont parmi les plus belles : le courage, l’abnégation, le dépassement de soi, l’intérêt général, puis après la guerre la discrétion quant à leurs exploits. Ces valeurs ont conduit beaucoup d’entre eux jusqu’au sacrifice. 338 Compagnons de la libération sur les 1038 sont morts au cours de cette guerre.

N’oubliez jamais non plus ce que tous ces combattants de la 2ème guerre mondiale nous ont légué de plus précieux : le fait de vivre dans un pays libre au sein d’une Europe enfin en paix.
Monsieur Jean DEMOZAY, combien vous avez raison d’être si fier de cet oncle dont vous portez le prénom et le nom.

J’espère qu’un auteur talentueux va s’intéresser au parcours extraordinaire et exceptionnel du Colonel DEMOZAY et écrira sa biographie.

En attendant, je vous remets, Monsieur le Maire, au nom de la Fondation de la France Libre, afin de vous exprimer notre reconnaissance pour l’organisation de cette journée, un exemplaire du livre de Patrick COLLET qui est la biographie d’un autre pilote célèbre des FAFL, lui aussi Compagnon de la Libération, Jacques-Henri SCHLOESING, commandant le groupe de chasse « ALSACE » tué au cours d’un combat aérien au-dessus de la Normandie, le 26 août 1944.

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