Atelier de philosophie animé par alexandre schild saison 1 (2015-2016) «la fin de la philosophie» (1 Ère partie)





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Spécialement dans les diphtongues. Ainsi, par exemple, dans ἀληθεύειν, qu’il est en effet préférable de transcrirepar « alètheuein » plutôt que « alèthéuéin ».

** Si surmonté par un « esprit [souffle] rude » : [transcrit par un “h” dit « aspiré »]. Comme dans « ῶ », précisément, ou dans « ητορική [rhètorikè] », par exemple.

*** Ainsi, en caractères romains, φύσις et ψυχή peuvent être transcrits, respectivement, par « phusis » ou, comme on le fait le plus souvent, par « physis », et par « psuchè » ou « psychè [mais là non sans risque de confusion avec ce qu’en français, entre autres, on entend par « psychè »] ».

B) LES PRINCIPAUX “OBJETS” DE LA LOGIQUE


SUR LE VERSANT DE LA PENSÉE

(νοῦς, intellectus etc.)

SUR LE VERSANT DE LA PAROLE

(λόγος)

EXEMPLES


notion (concept)

nom

« arbre », « soldat », « rouge », « trian-gle », « sergent »…

« arbre généalogique », « soldat de plomb », « rouge ponceau », « triangle rectangle », « sergent-major » …

« plume sergent-major », « sot-l’y-lais-se »…

JUGEMENT

liaison de notions (concepts)

ÉNONCÉ PRÉDICATIF

qua PROPOSITION

S(ujet) est (qua copule) P(rédicat)

(λόγος aussi)

« La porte est fermée. » « Cette feuille est verte. » « L’homme est un animal rationnel. » « Je suis un ignorant. » « Nous sommes tous des crétins. »

RAISONNEMENT

liaison de jugements

DISCOURS

(λόγος encore)

La présence de chlorophylle en eux est la cause du vert des végétaux.

Or, cette feuille est verte.

Elle contient donc de la chlorophylle.



C) LA CARACTÉRISATION TRADITIONNELLE DE LA MÉTAPHYSIQUE
1) Simplicios ou Simplicius de Cilicie (actuelle Turquie) est un philosophe néoplatonicien du VIe siècle appartenant à l’école néoplatonicienne d’Athènes. Athènes est romaine de 86 av. J.-C. à 529 ap. J.-C., et Alexandrie de 47 av. J.-C. à 616 ap. J.-C., ce qui explique que son nom nous soit plus connu sous sa forme latine. Simplicius adopte « le système théologique de Proclos et de Damascios » (Pierre Hadot). Dans ce contexte, il interprète comme cité ci-dessous, en “platonicien-platonisant” qui parle cependant un langage techniquement “aristotélisant”, ce qui, à l’origine, n’est qu’un nom, « Métaphysique », dont la vocation est strictement “bibliothéconomique” – à savoir : signaler ces écrits, traités (?), portant sur la philosophie elle-même et son “objet” propre, « l’étant en tant qu’étant », et donc « l’être » de cet étant, et les « causes » et « principes » de cet être, au premier rang desquels « le dieu [ὁ θεὸς] » du Livre Λ, i. e. XII), etc. etc, de façon à pouvoir les ranger « μετὰ τὰ φυσικὰ [après “les choses (écrits, traités etc.) concernant la φύσις (la “nature”)”] », – et qu’Andronicos de Rhodes, a-t-on dit, ou un certain Nicolas de Damas, etc., a donné à ces écrits d’Aristote depuis lors numérotés de Α [alpha] à Ν [nu] (I à XIV). Soit :

La discipline qui considère les réalités entièrement séparées de la matière et la pure activité de l’intellect en acte et de l’intellect en puissance, celle [la pure activité de l’intellect en puissance] qui est élevée à lui [l’intellect en acte] du fait de l’activité [de l’intellect en acte], tout cela ils l’appellent théologie, philosophie première et métaphysique, puisque cela se situe au-delà des réalités physiques.2

2) Immanuel Kant, “ […] Welches sind die wirklichen Fortschritte, die die Metaphysik seit Leibnitzens und Wolffs Zeiten in Deutschland gemacht hat ? ” (Beilagen, No. I. Der Anfang dieser Schrift nach Maßgabe der dritten Handschrift, Einleitung), A 158-159, in : Werkausgabe, herausgegeben von Wilhelm Weischedel, Frankfurt am Main Suhrkamp, Band VI, 3. Aufl., 1981, p. 656 / Emmanuel Kant, “ […] Quels sont les progrès réels de la métaphysique en Allemagne depuis le temps de Leibniz et de Wolff ? ” (Troisième manuscrit, Introduction), in : Œuvres philosophiques, Paris : Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), III, 1986, p. 1264 :

L’ancien nom de cette science [Wissenschaft] μετὰ τὰ φυσικὰ donne déjà une indication sur le genre de connaissance en direction de quoi celle-ci était dirigée. On veut par son truchement s’élever par-dessus tous les objets d’une possible expérience (trans physicam) afin de si possible connaître ce qui ne saurait en aucun cas être un objet de celle-ci, et suivant la visée qui recèle la raison de l’aspiration à une telle science [den Grund der Bewerbung um eine dergleichen Wissenschaft enthält3], la définition de la métaphysique devrait donc être : elle est une science qui fait progresser de la connaissance du sensible à celle du suprasensible. (Où, par le sensible, je n’entends nommément rien de plus que ce qui peut être objet de l’expérience [Gegenstand der Erfahrung].)4

II) RÉPERTOIRE DES PRINCIPALES CITATIONS (À SUIVRE…)5

1) HEIDEGGER

Qu’il soit […] permis de dire un mot à partir du domaine [Bereich] auquel appartient la philosophie. Un mot qui, pour correspondre à sa provenance [seiner Herkunft entsprechend], aura la forme native de la question.6 Nous questionnons donc : qu’est et comment se détermine, dans le présent âge du monde [im gegewärtigen Zeitalter], l’affaire de la pensée [die Sache des Denkens] ? L’affaire – ceci veut dire : cela par quoi la pensée est requise [in Anspruch genommen] et alors seulement, par là, elle-même déterminée [bestimmt]. […]

Que la question en quête de la détermination de l’affaire de la pensée soit posée, voilà qui décide, à ce qu’il me semble, du destin de la pensée. La décision [Entscheidung] qui survient ici n’est pas de notre fait. Nous y avons seulement, mais alors nécessairement [notwendig], part.

Qui parle de cette décision présuppose qu’à l’égard de la détermination de son affaire, la pensée se trouve dans un état d’indécision. En quoi consiste cette indécision ? Probablement en ceci que la pensée, dans sa configuration traditionnelle, qui lui vient de loin, a atteint sa fin [sein Ende erreicht hat]. Si tel doit être le cas, alors c’est à vrai dire le destin [Geschick] de la philosophie qui, avec sa fin, s’est décidé, mais non pas le destin de la pensée. Car il demeure possible que dans la fin [im Ende] de la philosophie, un autre commencement de la pensée se tienne à couvert [sich verbirgt]. L’on peut tenir ce qui vient d’être dit pour une suite d’affirmations non démontrées. Seulement, ce sont des questions.

À ces questions appartient [d’ailleurs] aussi celle qui demande si l’impérieuse exigence [Forderung] de preuves [Beweise] telle que la science la connaît, a sa place dans le domaine de la pensée. Ce qui ne se laisse pas prouver peut pourtant être fondé.7 Mais même fonder tombe dans le vide si l’affaire de la pensée n’a plus le caractère du fondement et pour cela ne peut plus être l’affaire de la philosophie.

C’est pourquoi il importe avant tout d’éprouver [erfahren] jusqu’à quel point [inwiefern] la philosophie est entrée dans sa fin [in ihr Ende eingegangen].8
2) HEIDEGGER

Jusqu’à quel point, dans le présent âge du monde, la philosophie est-elle entrée dans sa fin ?

Philosophie… [points de suspension provisoires ?] métaphysique [Philosophie ist Metaphysik]. Celle-ci pense l’étant dans son entier [das Seiende im Ganzen] – le monde, l’homme, Dieu, – eu égard à l’être, eu égard au rangement de l’ensemble de l’étant dans l’être [Zusammengehörigkeit des Seienden im Sein]. La métaphysique pense l’étant en tant que l’étant [das Seiende als das Seiende] sur le mode de la représentation qui lui confère un fondement [in der Weise des begründenden Vorstellens]. Car l’être de l’étant [das Sein des Seienden], depuis le début [Beginn] de la philosophie et avec lui, s’est signalé [gezeigt] comme le fondement (ἀρχή, αἴτιον, principe). Le fondement [Grund] est ce d’où [il provient que] l’étant, tel qu’en son devenir, passage et repos en tant qu’il peut être connu, pris en main, élaboré [als Erkennbares, Behandeltes, Bearbeitetes], est en tant qu’un tel étant ce qu’il est et comme il est. C’est en tant que le fondement que l’être amène l’étant à son séjour à lui dans la présence [sein jeweiliges Anwesen]. Le fondement se signale [zeigt sich] comme la présence-même [Anwesenheit]. Le présent [Gegenwart] qui est le sien consiste en ceci que ce qui est à chaque fois et à sa manière présent [das jeweils nach seiner Art Anwesende], elle le fait ressortir [hervorbringt (produit)] dans la [in die] présence-même. Le fondement, suivant qu’il est marqué par tel ou tel type de la présence-même, a son caractère de fondation [den Charakter des Gründens] dans la causation ontique de l’effectivement réel [ontische Verursachung des Wirklichen], dans la possibilisation transcendantale de l’objectivité des objets [transzendentale Ermöglichung der Gegenständlichkeit der Gegenstände], dans la médiation dialectique du mouvement de l’esprit absolu [dialektische Vermittlung der Bewegung des absoluten Geistes], [dans la médiation dialectique] du processus historique de la production [des historischen Produktionsprozesses], dans la volonté de puissance instituant des valeurs [der wertesetzende Wille zur Macht].

Ce qui distingue [das Auszeichnende] la pensée métaphysique, qui du fond de l’étant établit son fondement [das dem Seienden den Grund ergründet], repose en ceci que, partant de l’étant-présent [das Anwesende], elle le représente en sa présence et ainsi l’expose, à partir de son fondement, comme fondé.

Quel sens y a-t-il à parler de la fin de la philosophie ? Nous comprenons trop facilement la fin de quelque chose au sens négatif de la simple cessation, de la non advenue d’un progrès, sinon même comme ruine et impuissance. Contrairement à quoi parler de la fin de la philosophie veut dire l’extrême pointe [Vollendung] de la métaphysique. Cependant, pointe extrême ne veut pas dire plein accomplissement [Vollkommenheit], en conséquence de quoi il eût fallu qu’avec sa fin, la philosophie eût atteint la perfection suprême [die höchste Vollkommenheit erreicht]. Ce n’est pas seulement que nous manque l’étalon de mesure qui permettrait d’apprécier la perfection d’une époque de la métaphysique par opposition [entgegen] à une autre [époque]. Nous n’avons absolument aucun droit [Es besteht übehaupt kein Recht] d’apprécier [les choses] de cette manière. La pensée de Platon n’est pas plus parfaite que celle de Parménide. La philosophie de Hegel n’est pas plus parfaite que celle-là même de Kant. Chaque époque9 de la philosophie a sa propre nécessité. Qu’une philosophie est comme elle est, il nous faut simplement le reconnaître. Il ne nous revient pourtant pas d’en préférer une contre les autres, comme cela est possible s’agissant des différentes conceptions du monde [Weltanschauungen].

L’ancienne signification de notre mot « Ende » signifie la même chose que Ort [lieu, mais aussi bout10] : « von einem Ende zum anderen » veut dire : d’un bout à l’autre. La fin de la philosophie est le bout [der Ort], cette fin [dasjenige (… Ende)] où le tout de son histoire [« histoire-destinée » (Geschichte)] va se rassembler dans sa plus extrême possibilité [in seine äußerste Möglichkeit]. Fin, comme pointe extrême [Vollendung], signifie ce rassemblement [Versammlung].

De part en part de toute l’histoire-destinée de la philosophie, la pensée de Platon demeure ce qui, dans les mutations de ses configurations [in abgewandelten Gestalten], donne la mesure. La métaphysique est platonisme. Nietzsche caractérise sa philosophie comme platonisme retourné [umgekehrter Platonismus]. Avec le retournement [Umkehrung] de la métaphysique, qui sera déjà accompli via Karl Marx [bereits durch Karl Marx vollzogen wird], la possibilité la plus extrême de la philosophie est atteinte. Celle-ci est entrée dans sa fin. Tant qu’on s’essaiera encore à penser philosophiquement, on ne parviendra jamais qu’à d’épigonales renaissances et au jeu de leurs nuances.11
3) NIETZSCHE – HEIGEGGER : note préparatoire de fin 1870 - début 1871 à La Naissance de la tragédie que dans son cours de 1936 sur La Volonté de puissance comme art, que Heidegger cite et commente comme suit :

« Ma philosophie, platonisme inversé [umgedreht] : plus c’est loin du véritablement étant, plus pur, plus beau, meilleur c’est. La vie dans l’apparence comme but. » […] Voilà une étonnante prévision du penseur en direction de l’ensemble de sa position philosophique fondamentale ultérieure, car, en effet, tout l’effort de ses dernières années de travail ne fut voué à rien d’autre qu’à cette inversion [Umdrehung] du platonisme.12
4) MARX

Ma méthode dialectique est, de par sa base, non seulement différente de la méthode dialectique hégélienne, mais son contraire direct. Pour Hegel, le processus de pensée, qu’il va jusqu’à transformer sous le nom d’idée en un sujet autonome, est le démiurge du réel, lequel ne représente que sa manifestation extérieure. Chez moi, l’idéel n’est à l’inverse rien d’autre que le matériel transporté et transposé [übersetzt, “traduit”] dans la tête de l’homme.

J’ai critiqué le côté mystifiant [mystizierend] de la dialectique hégélienne il y a près de 30 ans, à une époque où elle était encore à la mode. Mais < alors même que j’élaborais le premier volume du “ Capital ”, l’épigonalité [Epigonentum] hargneuse, prétentieuse et médiocre qui tient maintenant le crachoir dans l’Allemagne cultivée, a trouvé plaisir à traiter Hegel comme le brave Moses Mendelsohn a, du temps de Lessing, traité Spinoza, soit nommément de « chien crevé ». Aussi me suis-je ouvertement [offen (publiquement ?)] fait connaître comme disciple de ce grand penseur, et j’ai même flirté [kokettiert] ici ou là, dans le chapitre sur la théorie de la valeur, avec sa singulière manière de s’exprimer >13 [Mais] la mystification dont la dialectique souffre dans les mains de Hegel n’empêche nullement que c’est lui qui, le premier, a exposé dans son ensemble et consciemment les formes générales de son mouvement. Elle se tient chez lui sur la tête. On doit la retourner [umstülpen] afin d’en découvrir [entdecken] le noyau rationnel [rationneller Kern] sous l’enveloppe [Hülle] mystique.14
5) MARX

L’humanité de la nature, et de la nature engendrée [fabriquée] par l’histoire [der von der Geschichte erzeugten Natur], [soit] des produits de l’homme, apparaît en ceci [dans la Phénoménologie de l’esprit de Hegel] qu’ils sont des produits de l’esprit abstrait et donc dans cette mesure des moments spirituels, des êtres de pensée. C’est pourquoi la “Phénoménologie” est […] la critique cachée, encore non claire à elle-même et mystifiante [mystizierend] ; mais dans la mesure où elle constate l’aliénation de l’homme – même si l’homme n’[y] apparaît que sous la figure de l’esprit – tous les éléments de la critique y gisent cachés et souvent déjà préparés et élaborés d’une manière qui dépasse, et de loin, le point de vue hégélien.15
6) MARX

[Chez Hegel] l’aliénation [Entfremdung] est l’opposition de en soi et pour soi, de conscience et conscience de soi, de objet et sujet, c.-à-d. l’opposition de la pensée abstraite et de la réalité effective sensible [der sinnlichen Wirklichkeit], ou de la sensibilité effectivement réelle [der wirklichen Sinnlichkeit], à l’intérieur de la pensée elle-même. Toutes les autres oppositions et les mouvements de ces oppositions ne sont que l’apparence, l’enveloppe [Hülle], la figure exotérique de ces seules oppositions dignes d’intérêt qui constituent le sens [den Sinn] de ces autres oppositions, elles profanes.16
7) ARISTOTE

Ἔστι ἐπιστήμη τις ἣ θεωρεῖ τὸ ὂν ὂν καὶ τὰ τούτῳ ὑπάρχοντα καθ᾽ αὐτό. αὕτη δ᾽ἐστιν οὐδεμιᾳ τῶν ἐν μέρει λεγομένων αὐτή· οὐδεμια γὰρ τῶν ἄλλων ἐπισκοπεῖ καθόλου περὶ τοῦ ὄντος ὂν, ἀλλὰ μέρος τι ἀποτεμόμεναι περὶ τοῦτο θεωροῦσι τὸ συμβεβηκός, οἷον αἰ μαθηματικαὶ τῶν ἐπιστημῶν.17

Traduction de Jules Tricot pour l’édition Vrin de 1964 (11933, 21953) :

Il y a une science qui étudie l’Être en tant qu’être et les attributs qui lui appartiennent essentiellement. Elle ne se confond avec aucune des sciences dites particulières, car aucune de ces autres sciences ne considère en général l’Être en tant qu’être, mais, découpant une certaine partie de l’Être, c’est seulement de cette partie qu’elles étudient l’attribut: tel est le cas des sciences mathématiques.

Traduction de Bernard Sichère pour l’édition Pocket (Agora) de 2007 :

Il existe une discipline qui prend en vue l’étant en tant qu’il est et ce qui lui est inhérent en vertu de lui-même. Cette discipline n’est pas la même qu’aucune de celles qui sont dites particulières : aucune de ces disciplines en effet n’examine dans sa généralité l’étant en tant qu’il est, mais elles en découpent une certaine partie pour envisager ce qui arrive par accompagnement à cette partie.

Traduction de Marie-Paule Duminil et Annick Jaulin pour l’édition des Œuvres complètes chez Flammarion (2014) :

Il y a une science qui étudie l’être, en tant qu’être, et les propriétés qui appartiennent à cet être par soi. Cette science n’est identique à aucune de celles qu’on appellent partielles, car aucune des autres n’examine en totalité l’être, en tant qu’être, mais elles en découpent une partie et étudient à son sujet le coïncident par soi, comme font les sciences mathématiques.

Proposition de ma part :

Il est une [certaine] science qui envisage l’étant en tant qu’étant et “les choses” qui font principiellement fond en ce qu’il est de par lui-même. Elle n’est telle qu’aucune de celles qui sont dites [être (versées)] dans une partie [de l’étant] : aucune des autres [sciences] n’examine l’entier de [dans son tout, ou son entier, ou alors selon l’entier, le tout entier]18 l’étant en tant qu’étant, mais découpant une partie [de l’étant], elles envisagent, dans toute cette partie, ce qui [y] survient [à l’étant (sous-entendu : en plus d’être)]19, comme [le font] celles des sciences qui sont mathématiques.
8) PIAGET – insigne exemple d’une mécompréhension par ailleurs répandue de la définition ci-dessus de la philosophie :

Je ne vois […], en définitive, qu’un critère distinctif entre les sciences et la philosophie ; celles-là s’occuperaient des questions particulières, tandis que celle-ci tendrait à la connaissance totale. Mais alors surgit aussitôt la question centrale des rapports entre les sciences et la philosophie : existe-t-il une technique objective, c’est-à-dire valable pour tous, de la connaissance totale ? [À quoi Piaget ajoute, en note de bas de page (allusion évidente à ladite définition) : « En langage ontologique, on ira jusqu’à dire que la philosophie tend à connaître l’être en tant qu’être et la science les êtres particuliers. La question se pose alors a fortiori de savoir quel est l’accord actuellement réalisable entre les esprits quant à leurs connaissances de l’être en général. »] Or, il est évident qu’il n’en existe aucune qui rallie tous les esprits : la connaissance totale est actuellement, et peut-être pour toujours, affaire de synthèse provisoire et de synthèse en partie subjective, parce que dominée en fait par les jugements de valeur non universalisables, mais spéciaux à certaines collectivités ou même à certains individus.20

D’où, entre autres sottises :

[...] il n’existe aucune différence de nature entre les problèmes cognitifs philosophiques et scientifiques, mais seulement une différence dans leur délimitation ou spécialisation et surtout dans les méthodes, soit simplement réflexives, soit fondées sur une observation systématique ou expérimentale pour les faits et sur des algorithmes rigoureux pour la déduction.21

Et déjà :

[...] la philosophie, conformément au grand nom qu’elle a reçu, constitue une « sagesse », indispensable aux êtres rationnels pour coordonner les diverses activités de l’homme, mais [...] elle n’atteint pas un savoir proprement dit, pourvu des garanties et des modes de contrôle caractérisant ce qu’on appelle la « connaissance ».22
9) ARISTOTE

Au sujet de l’ἐμπειρία, Aristote écrit :

Chez les hommes, l’expérience [ἐμπειρία] provient de la mémoire [μνήμη] ; car les nombreux souvenirs [αἱ πολλαὶ μνῆμαι] de la même chose [τοῦ αὐτοῦ πράγματος] aboutissent finalement à la possibilité [rendent finalement capables (les hommes)]23 d’une seule expérience [μιᾶς ἐμπειρίας δύναμιν ἀποτελοῦσιν].

Avant de commencer à en distinguer la τέχνη dans les termes suivants :

L’art [τέχνη] survient quand, à partir de multiples connaissances “noématiques” [provenant] de l’expérience [ἐκ πολλῶν τῆς ἐμπειρίας ἐννοημάτων], naît une seule compréhension [un seul jugement] concernant dans leur entier les choses semblables [μία καθόλου περὶ τῶν ὁμοίων ὑπόληψις].

Et de préciser alors leur différence par cet exemple :

[…] avoir compris [τὸ ἔχειν ὑπόληψιν] que pour Callias souffrant de cette maladie-ci, ceci a été soulageant, et pour Socrate, et pour beaucoup selon chacun d’eux [καθ᾽ ἕκαστον oὕτω πολλοῖς], c’est [le fait] de l’expérience ; avoir compris que ça a été soulageant pour tous ceux qui se distinguent sous un aspect [κατ᾽ εἶδος ἓν], qui souffrent de cette maladie-ci, << comme les phlégmatiques, ou les bilieux, [ou] les fiévreux, >> c’est [le fait] de l’art.

Pour finalement poser :

L’expérience est une connaissance [γνῶσις] des choses selon chacune [τῶν καθ᾽ ἕκαστον], l’art, lui, des choses selon le tout entier [τῶν καθόλου].24
10) ARISTOTE

Éthique à Nicomaque, VI, 6, 1040b31 :

[…] ἡ ἐπιστήμη περὶ τῶν [ὄντων] καθόλου ἐστὶν ὑπόληψις […].

[…] la science est supposition concernant les étants selon le tout entier.

Seconds Analytiques, I, 31, 87b34-38 :

[…] αἰσθάνεσθαι […] ἀνάγκη καθ᾽ἕκαστον, ἡ δ᾽ἐπιστήμη τὸ τὸ καθόλου γνωρίζειν ἐστὶν.

[…] sentir [les choses] se fait nécessairement selon chacune, [tandis que] la science, c’est faire connaître ce qui est selon le tout entier.

Métaphysique, III, 6, 1003a14-15 (quelques lignes avant la définition de la σοφία du début du Livre IV) :

[…] καθόλου γὰρ ἡ ἐπιστήμη πάντων.

[…] c’est en effet selon le tout entier qu’il y a connaissance de toutes choses.
10) PLATON

Τὸ ὀρθὰ δοξάζειν καὶ ἄνευ τοῦ ἔχειν λόγον δοῦναι, οὐκ οἶσθ᾽, ἔφη, ὅτι οὔτε ἐπίστασθαι (ἄλογον γὰρ πρᾶγμα πῶς ἂν εἴη ἐπιστήμη), οὔτε ἀμαθία (τὸ γὰρ τοῦ ὄντος τυγχάνον πῶς ἂν ἀμαθία) ; ἔστι δὲ δήπου τοιοῦτον ἡ ὀρθὴ δόξα, μεταξὺ φρονήσεως καὶ ἀμαθίας.25

Traduction de Léon Robin pour l’édition aux Belles-Lettres (1929) :

Porter des jugements droits et sans être à même d’en donner justification, ne sais-tu pas que cela n’est, ni savoir (car comment une chose qui ne se justifie pas pourrait-elle être science ?), ni ignorance (car ce qui par chance atteint le réel, comme serait-ce une ignorance ?). Or c’est bien, je suppose, quelque chose de ce genre que le jugement droit : un intermédiaire entre l’intellection et l’ignorance.

Nouvelle traduction de Robin pour l’édition des Œuvres complètes dans la Pléiade (1950) :

Juger droit et sans être en état de rendre raison, ne sais-tu pas, dit-elle, que cela n’est, ni posséder le savoir, car comment une chose dont on ne rend pas raison pourrait-elle constituer un savoir ? ni ignorance, car comment ce à quoi il arrive de rencontrer la réalité constituerait-il une ignorance ? C’est en quelque chose de tel que consiste l’opinion droite : un intermédiaire entre sagesse et ignorance.

Traduction de Paul Vicaire, avec le Concours de Jean Laborderie, pour l’édition, chez Bréal, dans La Petite Bibliothèque Philosophique De Joann Sfar (1992) :

Avoir une opinion droite sans être à même de rendre raison. Ne sais-tu pas, dit-elle, que ce n’est ni savoir (comment une chose dont on n’est pas à même de rendre raison, pourrait-elle être une science ?), ni ignorance (car ce qui atteint par hasard le réel peut-il être une ignorance ?). L’opinion droite est bien, je suppose, semblable à ce que je dis : un milieu entre la pensée juste et l’ignorance.

Traduction par Luc Brisson dans l’édition des Œuvres complètes, par lui-même dirigée, chez Flammarion (2011, 12008) :

Avoir une opinion droite, sans être à même d’en rendre raison. Ne sais-tu pas, poursuivit-elle, que ce n’est là ni savoir – car comment une activité, dont on n’arrive pas à rendre raison, saurait-elle être une connaissance sûre ? – ni ignorance – car ce qui atteint la réalité ne saurait être ignorance. L’opinion droite est bien quelque chose de ce genre, quelque chose d’intermédiaire entre le savoir et l’ignorance.

Et pour ma part, je me permets de proposer, en signalant, moyennant crochets carrés, parenthèses et guillemets, ce que le grec du temps de Platon, et celui de Platon lui-même, ont encore de très elliptique, et d’insouciant au regard de cette invention bien ultérieure (hellénistique) qu’est la syntaxe, ne fait guère plus que laisser26 – permettre comme possibilité(s) d’… – entendre :

Juger à partir de l’apparence [juger sur le mode de la δόξα, soit à partir de ce qui « paraît [δοκεῖ] (être) »] [en produisant, articulant27] “des choses [des jugements, et donc des propositions] correctes [ὀρθὰ28]”, mais sans avoir [(posséder) de quoi] rendre raison, ne sais-tu pas, dit-elle, que ce n’est ni savoir fermement [ἐπίστασθαι] (car sans raison [ἄλογον], comment une des choses dont il s’agit là [πρᾶγμα (en l’occurrence un jugement, une proposition] pourrait-elle être [un] savoir ferme [ἐπιστήμη] ?), ni ne rien savoir [ἀμαθία] (car comment ce qui se trouve [par hasard (ce que dit τύχη qu’on entend dans τὸ τυγχάνον)] atteindre ce qui est pourrait-il être [de l’]ignorance ?) ; c’est bien là ce qu’il est, l’avis correct : intermédiaire entre [μεταξὺ] savoir médité [φρόνησις] et non-savoir.

Soit, moins inélégamment :

Juger correctement à partir de ce qui paraît être [sous-entendu : et ainsi articuler un « avis correct »], mais sans posséder de quoi en rendre raison, ne sais-tu pas, dit-elle, que ce n’est ni savoir fermement (car comment, sans raison, ce dont il s’agit là pourrait-il constituer un savoir ferme ?), ni ne rien savoir (car comment ce qui, fortuitement, atteint ce qui est pourrait-il n’être qu’absence de savoir ?) ; c’est bien là ce qu’il est, l’avis correct : intermédiaire entre savoir médité et ne pas savoir.
11) ARISTOTE

[…] τότε ἐπισθάμεθα ὅταν τὴν αἰτίαν εἰδῶμεν.29

[…] nous avons la science [connaissons sur le mode de l’ἐπιστήμη] dès le moment où nous avons vu [connu] la cause.

12) ARISTOTE

καὶ δὴ καὶ τὸ πάλαι τε καὶ νῦν καὶ ἀεὶ ζητούμενον καὶ αεὶ ἀπορούμενον, τί τὸ ὄν; 30

Ce qui et jadis, et maintenant, et toujours, est recherché, et toujours sans issue [aporétique], qu’est l’étant [sous-entendu : qu’est(-)
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«l’art» (dans le fascicule «Philosophie de la culture» rédigé par Yves Baudrin, pages 34 à 58)

Atelier de philosophie animé par alexandre schild saison 1 (2015-2016) «la fin de la philosophie» (1 Ère partie) icon1952 Histoire de la philosophie

Atelier de philosophie animé par alexandre schild saison 1 (2015-2016) «la fin de la philosophie» (1 Ère partie) iconManuel Philosophie Politique

Atelier de philosophie animé par alexandre schild saison 1 (2015-2016) «la fin de la philosophie» (1 Ère partie) icon2012, p. 41-54 Philosophie de l'art (P. Muckensturm)

Atelier de philosophie animé par alexandre schild saison 1 (2015-2016) «la fin de la philosophie» (1 Ère partie) iconJean Nayrolles. L’enfance de l’art vue par Alexandre Dumas et quelques...
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