Atelier de philosophie animé par alexandre schild saison 1 (2015-2016) «la fin de la philosophie» (1 Ère partie)





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ce qui est proprement étant… (en tant que proprement étant31] ?
13) ARISTOTE : τὸ συμβεβηκός, « l’accident »

[…] puisque l’étant se dit en de multiples sens [ἐπεὶ δὴ πολλαχῶς λέγεται τὸ ὄν], il faut commencer par dire, concernant celui [qui est] par accident [περὶ τοῦ é], qu’il n’y pas lieu, le concernant, de le prendre en vue théorétiquement [οὐδεμιά ἐστι περὶ αὐτὸ θεωρία]. Il est significatif qu’aucune science ne se soucie de cela, ni pratique, ni poïétique, ni théorétique.32

Συμβεβηκός se dit de ce qui fait principiellement fond [ὑπάρχει] dans quelque [étant] et peut en être affirmé avec vérité, mais assurément ni par nécessité [ἐξ ἀνάγκης], ni comme [ce qui est] le plus fréquent [ὡς ἐπὶ τὸ πολὺ].33

Συμβεβηκός se dit aussi autrement : ainsi de ces “ choses ” [ὅσα] qui font principiellement fond dans chacun [des étants] de par lui-même [καθ᾽αὑτὸ], mais sans être dans l’οὐσία [μὴ έν τῇ ούσια] ; par exemple, pour un triangle, avoir deux droits [pour somme de ses angles] ; et ceux-ci [ces συμβεβηκότα-là] peuvent être permanents [ἀΐδια], tandis que les autres non.34
14) TRICOT à propos de l’οὐσία

Le terme οὐσία signifie proprement substance. D’une manière générale, c’est ce qui fait qu’un être [un étant] est ce qu’il est, ce qui forme le fond de son être, par opposition aux accidents qui ne le modifient que superficiellement. Mais ce terme est assez mal défini [sic !] chez Ar. Il peut vouloir dire (cf. Δ [V], 8, 1017 b 23-26 ; Ζ [VII], 3, init. ; de An., II, 1, 412 a 7-9) soit la substance matérielle (οὐσία ὑλική, ὡς ὕλη, κατά τὴν ὕλην) ; soit […] la substance formelle (οὐσία εἰδική, κατὰ τὸ εἶδος, κατὰ τὸν λόγον), et il est alors synonyme de forme (εἶδος), d’essence (τό τί ἐστιν) ou de quiddité (τὸ τί ἦν εἶναι) ; soit enfin le composé concret de forme et de matière (σύνολον, σύνολος οὐσία). Ces différents sens de οὐσία ne sont cependant que les aspects divers d’une même réalité concrète : la matière prochaine de l’individu est οὐσία en ce qu’elle se confond avec la forme, sauf qu’elle est en puissance tandis que la forme est en acte ; la forme, à son tour, qui constitue toute la réalité de l’individu, est plus immédiatement substance que l’individu lui-même, composé de forme et de matière, et, à ce titre, peut prétendre à la dignité d’οὐσία ; enfin, le σύνολον est, en tant qu’individu, la substance par excellence, la substance première (πρώτη οὐσία), le τόδε τι [le ceci que voici], le χωριστόν [le séparé], par opposition à la substance seconde (δεύτερα οὐσία), qui est l’espèce et le genre.35

à venir, entre autres, des citations concernant le sens de “être” selon Heidegger (Anwesen, Anwesenheit), la constitution de fond en comble métaphysique de la philosophie, la philosophie comme “platonisme”, les “symptômes” de « la fin de la philosophie » – au-delà de quoi : la pensée de Karl Marx dans la fin de la philosophie…

15) (cité et autant que possible lu, plutôt que prévu, lors de la séance du 17.11.2015) HEIDEGGER : pour une première approche, “concrète”, de ce en quoi consiste la fin de la philosophie : les « indices », “symptômes”, de celle-ci :

Dans la fin de la philosophie est remplie la mission [erfüllt sich die Weisung (moins la consigne que l’indication, « la montrée » selon Guest)] que la pensée philosophique poursuit depuis son début. À la fin de la philosophie, c’est de l’ultime mode possibilité du mode de penser qui est le sien [die letzte Möglichkeit ihres Denkens] qu’il commence à s’agir sérieusement. Nous pouvons en faire l’expérience à même un processus qui se laisse caractériser en peu de phrases.

La philosophie se disperse [löst sich auf (défait, décompose, dissout)] en sciences indépendantes : logique mathématique [Logistik], sémantique, psychologie, sociologie, anthropologie culturelle, politologie, poétologie, technologie. La philosophie qui se disperse ainsi est relayée [abgelöst (congédiée)] par un nouveau mode d’unification de ces nouvelles sciences et de toutes celles qui existent déjà. Leur unité s’annonce en ceci que les divers districts thématiques des sciences sont constamment projetés dans la perspective d’une singulière conjoncture [ein einzigartiges Geschehen (une singulière tournure des choses, de ce qui arrive etc.)]. Les sciences sont provoquées à présenter cette conjoncture comme étant de l’ordre du pilotage [Steuerung] et de l’information. La nouvelle science unifiant toutes les sciences s’appelle la cybernétique36. En ce qui concerne la clarification de ses représentations directrices et l’introduction de celles-ci dans tous les domaines du savoir, elle en est encore aux commencements. Reste que sa domination est assurée, parce qu’elle est elle-même déjà guidée [gesteuert (pilotée)] par une puissance qui imprime non seulement aux sciences, mais à toute activité [Handeln] humaine, le caractère de la planification et du pilotage.

Une chose au moins est aujourd’hui déjà claire : par le truchement des représentations directrices de la cybernétique – information, pilotage, rétroaction –, des concepts-clefs jusqu’ici canoniques dans les sciences, tels que fondement et conséquence, cause et effet, sont transformés d’une manière que nous pourrions presque qualifier [fast wäre es zu sagen] d’extravagante [unheimlich (déroutante, étrange, “dépaysante”)]. C’est pourquoi la cybernétique ne se laisse plus caractériser comme science fondamentale. L’unité des disctricts du savoir n’est plus l’unité du fondement. C’est une unité technique au sens strict. La cybernétique est en permanence focalisée [eingestellt] sur ce point : partout préparer et produire [bereit- und herstellen] la perspective qui fait voir des processus intégralement pilotables. La puissance sans borne qu’exige la possibilité d’une telle production détermine ce qui fait le propre [et donc la singularité] de la technique moderne [das Eigentümliche der modernen Technik], mais se soustrait pourtant à toute tentative de la représenter elle-même d’une façon qui serait encore technique. Le caractère technique toujours plus marquant des sciences est aisément reconnaissable à la manière dont elles comprennent les catégories qui délimitent et articulent le domaine de chacune : instrumentalement. Les catégories sont considérées comme des représentations opératoires dans des modèles [operative Modellvorstellungen]. Représentations dont la vérité se mesure à l’effet que produit [bewirkt] leur utilisation dans l’avancement [Fortgang (progrès, progression)] de la recherche.

La vérité scientifique est posée comme identique à l’efficience de ces effets. Les sciences se chargent elles-mêmes du façonnement des concepts à chaque fois que les modèles le nécessitent [die jeweils nötige Ausformung der Modellbegriffe]. À ces concepts n’est concédée qu’une fonction cybernétique strictement technique ; toute consistance ontologique leur est par contre déniée. La philosophie devient superflue. Le jugement qui est encore parfois avancé, comme quoi la philosophie irait cahin-caha à la traîne des sciences – des sciences de la nature, s’entend –, a perdu son sens.

De plus, le concept-directeur de la cybernétique, l’information, est assez englobant pour un jour soumettre jusqu’aux sciences humaines [die historischen Geisteswissenschaften (les sciences historiennes de l’esprit)] à l’exigence cybernétique. Ce qui est en passe de réussir d’autant plus facilement que le rapport de l’homme d’aujourd’hui à la tradition historique [geschichtliche Überlieferung] se transforme à vue d’œil en un simple besoin d’information. Mais tant que l’homme se comprendra encore lui-même comme un être historique libre [ein freies geschichtliches Wesen], il se refusera, il est vrai, à abandonner la détermination de l’homme [die Bestimmung des Menschen] au mode de penser cybernétique. De prime abord, la cybernétique elle-même concède qu’elle tombe là sur des questions difficiles. Mais elle tient ces question pour fondamentalement résolubles et considère l’homme comme constituant encore, mais provisoirement, un « facteur de perturbation » dans le calcul cybernétique. En attendant, elle peut être déjà sûre de son affaire, à savoir : tout ce qui est, le prendre en compte dans son calcul en tant que processus piloté ; parce que l’idée perce de déterminer la liberté de l’homme comme une liberté planifiée, c.-à-d. pilotable. Car seule cette dernière semble encore, pour la société industrielle, garantir la possibilité d’habiter humainement dans un monde technique qui se fait, de façon toujours plus décidée, toujours plus pressant.

La fin de la philosophie est caractérisée par la dispersion de ses disciplines dans des sciences indépendantes dont l’unification d’un genre nouveau se fraye une voie dans la cybernétique. Voudrait-on toutefois attribuer à la dispersion de la philosophie en sciences et à son relai par la cybernétique une valeur de symptôme d’une simple déchéance [Verfall], que serait par là-même manqué[e la possibilité de porter] le regard au cœur de l’affaire [die sachliche Einsicht in das, was Ende der Philosophie meint] : ce que veut dire fin de la philosophie.

Et ce jugement serait aussi précipité, car jusqu’à présent, nous avons seulement signalés [genannt] des indices de la fin de la philosophie, mais n’avons pas encore pensé de près [bedacht] ce qui fait le propre de la fin.

Ce qui ne pourra réussir que si – au moins l’éclair d’un regard – nous nous laissons engager dans la question : qu’est-ce que l’affaire propre de la philosophie, à laquelle celle-ci demeure vouée [gewiesen] depuis son début ?

À son début, la pensée qui s’appellera plus tard philosophie, se trouve vouée à d’abord, pour une fois, appréhender et dire l’étonnant : que l’étant est et comment il est. Ce que nous nommons, nous, de façon équivoque et passablement confuse, l’étant, les philosophes grecs l’ont éprouvé comme l’étant-présent, parce que l’être venait leur parler comme la présence-même. Et dans celle-ci a du même coup été pensé le passage de la présence à la présence, advenir et disparaître, naître et passer, ce qui s’appelle le mouvement.

Au cours de l’histoire-destinée de la philosophie, l’expérience et l’interprétation de la présence-même de l’étant-présent se modifient. La fin de la philosophie est atteinte lorsque cette modification [Wandlung] parvient à son comble dans son ultime possibilité [erfüllt sich in ihrer letzten Möglichkeit].37

16) (cité au passage lors de la séance du 13.10.2015, et rappelé lors de celle du17.11.2015) Aristote, Métaphysique, IV, 1006a3-8 :

Nous venons justement d’admettre qu’à un étant, il est impossible d’à la fois être et ne pas être, et avons ce faisant indiqué que tel est le plus ferme de tous les principes [τῶν ἀρχῶν πασῶν]. Certains jugent que cela même demande à être démontré [ἀποδεικνύναι], mais c’est par manque d’éducation dans le savoir [ἀπαιδευσία]. C’est effet manquer d’une telle éducation que de ne pas reconnaître de quelles choses il est demandé [δεῖ] de chercher une démonstration [ἀπόδειξις] et desquelles cela n’est pas demandé […]. »

Passage dont Heidegger cite d’ailleurs les deux dernières lignes dans EPAD, p. 89 / FPTP, p. 305, en traduisant, lui : « Es ist nämlich Unerzogenheit, keinen Blick zu haben dafür, mit Bezug worauf es nötig ist, einen Beweis zu suchen, in bezug worauf dies nicht nötig ist » – selon Beaufret et Fédier : « C’est en effet absence d’éducation que de ne pas savoir ouvrir l’œil sur ce point : pour quoi est de saison la recherche d’une preuve, et pour quoi, non. » –
17) (cité au cours de la séance du 17.11.2015) Jean Piaget, Sagesse et illusions de la philosophie, Paris : PUF (À la pensée), 31972, p. I :

[...] la philosophie, conformément au grand nom qu’elle a reçu, constitue une « sagesse », indispensable aux êtres rationnels pour coordonner les diverses activités de l’homme, mais [...] elle n’atteint pas un savoir proprement dit, pourvu des garanties et des modes de contrôle caractérisant ce qu’on appelle la « connaissance ».
SEMESTRE PRINTEMPS-ÉTÉ 2016
NB : après les citations 15 à 17 requises par la tournure des échanges au fil des séances précédentes, retour sur la question de l’οὐσία (cf. citation 14), puis, à partir de 20, citations convoquées en vue d’approfondir notre compréhension des cinq premiers alinéas de la première partie de La Fin de la philosophie et la tâche de la pensée. Au-delà… ce sera “du Marx”, et donc aussi “du Hegel” !
18) PLATON à propos d’οὐσία (extrait du passage dit de « l’analogie du soleil ») :

[…] le soleil accorde [παρέχει] aux choses visibles non seulement la possibilité d’être vues [δύναμις ὁρᾶσθαι (leur visibilité)], mais et la génération, et l’accroissement et la nourriture [ἀλλα καὶ τὴν γένεσιν καὶ αὔξεν καὶ τροφήν], sans toutefois être lui-même génération. [De même,] sous le bien [ὑπὸ τοῦ άγαθοῦ], non seulement l’être connu [τὸ γιγνώσκεσθαι] advient [παρεῖναι] aux choses connues, mais aussi viennent se joindre à [être auprès de… à même] celles-ci [αὐτοῖς προσεῖναι] et l’εἶναι et l’οὐσία, le bien [τὸ ἀγαθόν] n’étant toutefois pas οὐσία, mais la surpassant, se tenant encore au-delà de l’οὐσία [ἔτι ἐπέκεινα τῆς οὐσίας ὑπερέχον] par [son] antériorité et [sa] puissance [ἔτι ἐπέκεινα τῆς οὐσιας πρεσβείᾳ καὶ δυνάμει].38
19) ARISTOTE à propos d’οὐσία :

Ce qui et jadis, et maintenant, et toujours, est recherché, et toujours sans issue [aporétique], qu’est l’étant [sous-entendu : qu’est(-)ce qui est proprement étant… (en tant que proprement étant)] ?

À quoi Aristote d’ajouter :

[…] cela c’est : qu’est l’οὐσία ? (ce que certains disent être un, d’autres plutôt plusieurs choses, et certains limitées, d’autres illimitées en nombre) ? Conformément à quoi ce qu’il y a, pour nous aussi, à envisager d’un tel étant [l’étant qu’est l’οὐσία], c’est surtout, avant tout et pour ainsi dire uniquement, ce que c’est.

Cela même revenant, à ses yeux, à se poser les questions suivantes :

Quelles sont les οὐσίαι ? […] y en a-t-il ou n’y en a-t-il pas certaines en dehors des sensibles ? Et comment celles-ci [les οὐσίαι sensibles] sont-elles ? […] y a-t-il, en dehors des sensibles, une οὐσία séparée, et si oui grâce à quoi ? et comment ? ou n’y en a-t-il aucune ?39

Questions dont Aristote aura dans l’intervalle esquissé comme suit les réponses qui leur étaient alors apportées :

L’on est d’avis que c’est aux corps que l’οὐσία appartient le plus manifestement. […] Et il apparaît à certains que les limites du corps, telles la surface, la ligne, le point et l’unité, sont des οὐσίαι, et même plus que le corps et le solide. En outre, il y a ceux qui pensent qu’en dehors des choses sensibles, il n’est rien de tel, et ceux qui pensent qu’il est des choses permanentes qui sont en plus grand nombre [que les choses sensibles] et qui ont plus d’être [sont plus étantes (μᾶλλον ὄντα)]. Ainsi Platon, pour qui les idées et les choses mathématiques sont deux espèces d’οὐσίαι, une troisième étant l’οὐσία des corps sensibles. [Etc.]40
20) HEIDEGGER, philosophie-métaphysique-platonisme :

C’est Platon qui, avec son interprétation [Auslegung] de l’être comme ἰδέα, a pour la première fois distingué l’être [de l’étant] par le caractère de l’à priori41. L’être est le πρότερον τῇ φῦσει [le prius, das Vorherige, l’antérieur (premier, “prioritaire”) selon la φύσις, la venue dans la présence] ; et dans cette mesure, τὰ φύσει ὄντα [les étants par φύσις, par venue dans la présence], c.-à-d. l’étant: le postérieur [das Nachherige]. Vu à partir de l’étant, l’être non seulement vient à l’étant en tant que l’antérieur, mais il règne sur lui, et il se montre comme ce qui s’étend au-dessus et au-delà de l’étant, des φύσει ὄντα. L’étant, en tant que cet étant qui est déterminé par l’être au sens de la φύσις, ne peut être saisi que par un savoir, un connaître, qui pense ce caractère de φύσις [des étants]. La connaissance de l’étant, des φύσει ὄντα, est l’ἐπιστήμη φυσική. Ce qui devient le thème de ce savoir de l’étant s’appelle par suite τὰ φυσικά. τὰ φυσικά devient ainsi le nom de l’étant. L’être, de par son apriorité42 [Apriorität], s’étend pourtant au-dessus et au-delà de l’étant. « Au-delà sur » et « par-delà pour » se dit en grec μετά. Pour connaître et savoir l’être, qui en son être [wesenhaft] est à priori – ce qui par avance vient à partir de soi sur [das Vor-herige]43 – (πρότερον τῇ φῦσει), il faut par suite, du point de vue de l’étant, des φυσικά, en sortir, il faut que connaître l’être soit μετὰ τὰ φυσικά, qu’il soit métaphysique.

D’après la signification de ce dont il s’agit, ce titre ne nomme rien d’autre que le savoir de l’être de l’étant, lequel être se distingue par l’apriorité et a été conçu par Platon comme ἰδέα. C’est donc avec l’interprétation par Platon de l’être comme ἰδέα que commence [beginnt] la méta-physique. Elle marque de son empreinte, pour la suite des temps, l’être [Wesen] de la philosophie occidentale. Dont l’histoire-destinée est, depuis Platon jusqu’à Nietzsche, l’histoire-destinée de la métaphysique. Et parce que la métaphysique commence avec l’interprétation de l’être comme « idée », et que cette interprétation demeure ce qui donne la mesure, toute philosophie depuis Platon est « idéalisme » au sens où ce mot dit clairement [in dem eindeutigen Sinne des Wortes] que dans l’idée, dans ce qui ressortit à l’idée et dans l’idéal, c’est l’être qui est recherché. Vu à partir du fondateur de la métaphysique, l’on peut donc aussi dire : toute philosophie occidentale est platonisme. Métaphysique, idéalisme, platonisme signifient au fond [im Wesen] la même chose. Ils restent ce qui donne la mesure même là où se font valoir des mouvements d’opposition [Gegenbewegungen (« contre-courants » propose Klossowski)] et des retournements [Umkehrungen].44
21) HEIDEGGER : l’être comme à priori dans l’interprétation platonicienne de l’être comme ἰδέα

Le πρότερον a un double sens :

1. πρὸς ἡμᾶς – selon l’ordre de la succession temporelle où nous saisissons proprement l’étant et l’être.

2. τῇ φῦσει – selon l’ordre dans lequel l’être este et l’étant « est » [in der das Sein west und das Seiende »ist«].45

Comment devons-nous comprendre cela ? […] Afin d’y voir clair, il nous faut seulement ne pas se relâcher dans l’effort de penser tous les énoncés grecs sur l’étant et l’être de manière vraiment grecque. Pour les Grecs (Platon, Aristote), être signifie οὐσία : présence-même de ce qui vient se maintenir dans ce qui est à découvert [Anwesenheit des Beständigen in das Unverborgene46] ; οὐσία est une interprétation dans laquelle a muté de ce qui, au commencement, s’appelle φύσις [dessen, was anfänglich φύσις heißt]. [Ce qui est] τῇ φῦσει, vu à partir de l’être lui-même, et c’est dire, maintenant, vu à partir de la présence-même de ce qui vient se tenir dans ce qui est à découvert, c’est par exemple l’être égal, l’égalité, πρότερον, par avance, par opposition aux choses égales sur le plan de l’étant [vor-herig gegenüber den seienden gleichen Dingen]. Être égal se présente [west an] déjà dans ce qui est à découvert, l’égalité « est », avant qu’en percevant des choses égales, nous les saisissions du regard, et les considérions, voire les pensions, proprement, comme égales. Être égal, dans notre comportement envers des choses égales, est par avance déjà entré dans le champ de vision [ist zuvor schon in die Sicht getreten]. Et de telle façon qu’à vrai dire, ce n’est qu’alors seulement qu’il apporte avec lui et tient ouverts « une vue » et « de l’ouvert » [daß es »Sicht« und »Offenes« erst mit sich bringt und offenhält], et accorde la visibilité d’un étant égal. À partir de quoi Platon dit qu’en tant que la présence-même dans le découvert, l’être est ἰδέα, visibilité. Parce que l’être est présence-même de ce qui vient se maintenir dans le découvert, Platon peut donc interpréter l’être, l’οὐσία (étantité), comme ἰδέα. […] Les « idées » sont πρότερον τῇ φῦσει, ce qui par avance vient à partir de soi [das Vor-herige] en tant présence.

[…] ἰδέα, d’une certaine manière, dit la même chose que εἶδος, nom que Platon emploie aussi souvent au lieu de ἰδέα. εἶδος signifie l’« aspect [das »Aussehen«] ». […] Pensé de façon grecque, l’« aspect » d’un étant […] est ce dans quoi cet étant vient se montrer [zum Vorschein], c.-à-d. dans la présence-même, c.-à-d. dans l’être. L’« aspect » est […] ce dans quoi l’étant […] a son maintien47 et d’où il vient se mettre là-devant [woraus es hervorkommt = apparaître, se montrer], parce que c’est dans cela qu’il se tient avec constance, c.-à-d. est. Vu à partir des étants singuliers […], l’ἰδέα est alors le « général [das Allgemeine] » pour le particulier, et c’est pourquoi l’ἰδέα reçoit aussitôt le caractère distinctif du κοινόν, de ce qui est commun [gemeinsam] à beaucoup de singuliers48.

Parce chaque singulier et chaque particulier a chaque fois dans son ἰδέα sa présence-même et son maintien, donc son être, l’ἰδέα, par conséquent, en tant que ce qui confère « être », est de son côté le proprement étant, ὄντως ὂν. À l’opposé, [l’étant] singulier et ainsi tout étant particulier ne laisse à chaque fois apparaître l’ἰδέα que de telle ou telle façon, donc limitée et entravée. C’est pourquoi Platon appelle les étants singuliers que sont les choses le μὴ ὄν ; ce qui n’est pas simplement rien, bien plutôt un ὂν, mais comme il devrait proprement ne pas être, quelque chose à quoi, justement, il faut au fond refuser la pleine distinction d’ὂν, le μὴ ὄν. C’est toujours l’ἰδέα, et elle seulement, qui distingue l’étant en tant qu’un étant. C’est pourquoi dans tout étant-présent, c’est d’abord et par avance l’ἰδέα qui vient se montrer. L’être, de par son propre être [Wesen], est le πρότερον, l’à priori, le précédent [das Frühere], même si ce n’est pas dans l’ordre de sa saisie par nous, mais bien plutôt eu égard à ce qui de soi-même vient d’en haut se montrer à nous, ce qui à partir de soi vient en premier dans l’ouvert pour nous.49

22) BEAUFRET racontant la façon dont Heidegger lui a confié avoir découvert « le sens de être » comme présence :

C’est ainsi qu’il s’avisa “un jour” – ainsi parlait-il parfois – qu’au nom platonicien et aristotélicien de l’être, ousia, qui dit aussi, dans la langue courante [grecque], le bien d’un paysan, répond directement de ce point de vue l’allemand Anwesen, mais que, d’autre part, rien n’est plus proche du neutre Anwesen que le féminin Anwesenheit, où la désinence -heit porte au langage, en le faisant pour ainsi dire briller, ce qui, dans Anwesen, reste encore opaque. Anwesenheit dit ainsi : la pure brillance de l’Anwesen. Mais d’autre part Anwesenheit est synonyme de Gegenwart, et par là dit que ce qui brille quand retentit le nom grec de l’être (ousia comme aphérèse de parousia), est essentiellement du présent.50

23) HEIDEGGER : étymologie du verbe “être”

1. La racine la plus ancienne, la racine à proprement parler [de “être”], est *es, sanskrit asus, la vie, le vivant, ce qui de par lui-même [von ihm selbst her] se tient à l’intérieur de lui, et se meut, et se repose : ce qui a pour propre de se tenir [das Eigenständige]. C’est à cela que ressortissent, en sanscrit, les formations verbales esmi, esi, esti, asmi. À quoi correspondent, en grec, εἰμί et εἶναι, en latin esum et esse. Sunt, sind et sein sont de la même famille. Et il est encore à remarquer que dans toutes les langues indo-européennes, le « est » [»ist«] (estin, est…) se maintient dès le début.

2. L’autre racine indo-européenne est *bhû, *bheu. S’y rattache le grec φύω [1ère pers. du sing. de l’ind. prés. du verbe φύειν], éclore [aufgehen], étendre son règne [walten], à partir de cela même [de ce Walten] en venir à se tenir et maintenir [von ihm selbst her zu Stand kommen und im Stand bleiben]. Ce *bhû, conformément à la conception usuelle et superficielle de φύσις et de φύειν, a été interprété jusqu’à présent comme nature et comme « croissance ». À partir d’une interprétation plus proche de sa source [ursprünglichere Auslegung], qui s’enracine dans l’explication de fond avec le commencement de la philosophie grecque, « croître » s’avère consister en une éclosion [aufgehen] elle-même déterminée dans la tonalité de la présence [Anwesen] et de l’apparaître [Erscheinen]. Depuis peu l’on rapproche la racine φυ de φα, φαίνεσθαι. La φύσις serait ainsi ce qui éclôt à la lumière [ins (accusatif de direction) Licht], et φύειν briller, paraître et en cela apparaître [scheinen und deshalb erscheinen] (cf. Zeitschrift für vergl[eichende] Sprachwissenschaft [Revue de linguistique comparative (aujourd’hui Historische Sprachforschung)], t. 59).

De même racine est le parfait latin fui, fuo, tout comme l’allemand bin, bist, wir birn, ihr birt [suis, es, nous sommes, vous êtes] – ces deux dernières formes ayant disparu au XIVe siècle. L’impératif bis [sois] s’est maintenu plus longtemps à côté des formes bin et bist („bis mein Weib” [sois ma femme])

3. La troisième racine n’apparaît que dans le registre des flexions du verbe germanique sein : *ues ; ancien indo-européen vasami, germanique wesan, habiter, demeurer, séjourner ; à *ues se rattachent westia, wastu, Vesta, vestibulum. C’est à partir de là que se forment, en allemand, gewesen ; puis was [en anglais], war, es west, wesen. Le participe wesend se maintient encore dans anwesend, abwesend. Le substantif Wesen, à l’origine, ne signifie pas [l’essence, i. e.] le ce-que-c’est [das Wassein], la quidditas, mais la demeurance [das Währen] comme présent [Gegenwart], pré- et ab-sence. Le sens du latin præsens et absens s’est perdu. Dii consentes, est-ce que cela signifie : tous les dieux faisant ensemble acte de présence ?51
24) HEIDEGGER : « la métaphysique est la « Physique » proprement dite »

Il est vrai que la métaphysique semble […] surmonter toute φύσις et tomber hors de son domaine de souveraineté. Mais ce surmontement « par-dessus » [Überstieg »über«] les φύσει ὄντα prend avant toute autre chose ceux-ci – les étants déterminés par la φύσις – pour point d’appel du saut et indication du chemin à suivre, et le surpassement reste alors justement en rapport, si tant est que ce soit avec quelque chose, avec la φύσις. Mais ce n’est par suite à rien d’autre qu’à l’ἀρχή des φύσει ὄντα que s’élève le surmontement ; la métaphysique ne cherche rien d’autre que la φύσις ; et finalement elle la pense (en tant qu’οὐσία) uniquement pour rendre raison [rechtfertigen] des φύσει ὄντα et [s’]assurer [de] ceux-ci en tant que le séjour au sens de l’étant dans son entier découvert [entdeckt52] et expliqué. La méta-physique articule et ajointe l’être à découvert [Unverborgenheit] de l’étant, et l’ajointement [Fügung] (fugue [Fuge]) consiste en ceci : [faire en sorte] que de l’étant-présent pouvant être proprement éprouvé comme un tel étant-présent à partir de la venue dans la présence du « premier » (ἀρχή) et de l’εἶδος, soit posé à différents endroits en tant que consistant en soi [in sich beständig], et [se tenant] à distance [abständig53], et à chaque fois dans un état le distinguant – séparant – de chacun des autres [je jeglichem zuständig unterschieden – geschieden], et qu’ainsi un espace [Raum] soit arrangé [eingeraümt] à l’« étant » dans l’arrondissement [Bezirk] de l’être. La métaphysique est et accomplit cet arrangement [Einraümung] de l’étant dans l’être sans expérimenter l’« espace » lui-même ni le maîtriser en son être.

La métaphysique est l’ajointement fugué [Fuge] de la mise à découvert [Entbergung] de l’étant en faveur d’un tel étant [zu einem solchen], c.-à-d. dans ce qui est à découvert, dont l’être à découvert se détermine comme étantité [qua étance-même] au sens de la stabilisation [dans la constance] de la venue dans la présence [Beständigung der Anwesung] sans questionnement ni savoir du caractère spatio-temporel [Zeit-Raum-charakter] de l’être et de sa vérité.

Quand nous disons que la métaphysique, et elle seulement, confirme la φύσις et fait en fin de compte muter sa prépotence [Vormacht] en la rendant méconnaissable dans l’empire du se faire de par soi-même [ins Unkenntliche der Machenschaft], quand nous disons, en bref, que la métaphysique est la « Physique » proprement dite en tant que savoir de la φύσις au sens de l’être de l’étant, et quand nous comprenons la φύσις comme le contre-fond qui confère sa consistance [als den Gegengrund zum Bestand] à la τέχνη et à la transformation de celle-ci en « technique », nous pensons alors φύσις non pas au sens ultérieur de « nature », voire du « sensible [Sinnlichkeit54] », mais au sens qui est le sien au commencement, celui du règne de l’éclosion [im anfänglichen Sinne des aufgehenden Waltens], ce qui a aussi peu de choses en commun avec [la] « nature » et [le] sensible qu’avec [la] « surnature » et [l’]« esprit » et [le] « suprasensible ».55
25) ARISTOTE : origine du « principe de raison [Satz vom Grund] »

οὐδεν γὰρ ἔτυχε κινεῖται, ἀλλὰ δεῖ τι ἀεὶ ὑπάρχειν

Rien, en effet, n’est mû par hasard, mais il faut toujours que quelque chose de déterminé [y] fasse fond en tant que principe [ἀρχή].56

26) MARX et la philosophie 1

[…] avec cette manière de voir les choses telles qu’effectivement elles sont et se sont produites [en clair : le « matérialisme historique »], […] chaque problème philosophique profond se dissout tout simplement en un fait empirique.57
27) MARX : “la tâche de la pensée”

[…] nous n’anticipons pas le monde dogmatiquement, […] ce n’est qu’à partir de la critique de l’ancien monde que nous voulons trouver le nouveau. […] La construction de l’avenir et en finir pour tous les temps n’étant pas notre affaire, ce que nous avons à accomplir présentement n’en est que plus certain, et j’entends : la critique sans retenue de tout ce qui est établi [die rücksichtslose Kritik alles Bestehenden], sans retenue également au sens où la critique ne craint pas ses résultats et tout aussi peu le conflit avec les forces en présence.58
28) MARX : la méthode dans l’accomplissement de la susdite “tâche de la pensée”

[…] mes résultats ont été obtenus par une analyse complètement empirique fondée sur une étude critique de l’économie politique.59

[…] la façon de procéder dans l’exposition [Darstellungsweise] doit se distinguer formellement de la façon de procéder dans l’investigation [Forschungsweise]. L’investigation a à s’approprier la matière dans le détail [sich den Stoff im Detail aneignen], à analyser ses différentes formes de développement et à détecter leur lien interne. Ce n’est qu’une fois ce travail accompli que le mouvement effectivement réel peut être exposé d’une manière qui lui corresponde [entsprechend dargestellt]. Cela dût-il réussir, et la vie de la matière dût-elle alors trouver
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