Atelier de philosophie animé par alexandre schild saison 1 (2015-2016) «la fin de la philosophie» (1 Ère partie)





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la conscience peut effectivement s’imaginer qu’elle est quelque chose d’autre que la conscience de la pratique existante, qu’elle [se ]représente de façon effectivement réelle quelque chose sans [se ]représenter quelque chose d’effectivement réel [je souligne] – à partir de cet instant, la conscience est en état de s’émanciper et de verser dans la formation de la théorie “pure”, théologie, philosophie, morale etc. Mais même quand cette théorie, cette théologie, cette philosophie, cette morale etc., entrent en contradiction avec les circonstances existant en l’état [mit den bestehenden Verhältnissen], cela ne peut arriver que du fait que les relations existant en l’état sur le plan social sont entrées en contradiction avec la force productive existant en l’état […].105

44) PLATON, à propos de « la nécessité d’entrer en relation [in Verbindung zu treten, autrement dit de “se lier (étroitement)”, de “s’allier”] » et ainsi vivre « en société » selon Marx :

[Socrate :] La Cité [πόλις] advient [γίγνηται] ensuite de ceci qu’il se trouve [ἐπειδὴ τυγχάνει] que chacun de nous n’est pas autarcique [αὐτάρχης], mais en manque [ἐνδεής] de beaucoup de choses. Ou bien vois-tu [Adimante] un autre principe présider à l’aménagement [οἰκίζειν] de toute Cité ? – Aucun, dit-il [Adimante]. – Ainsi donc, un autre s’adjoignant [prenant à ses côtés, “s’asssociant” à] un autre pour quelque chose d’autre [παραλαμβάνων ἄλλος ἄλλον ἐπ᾽ἄλλου], puis [s’adjoignant] untel pour les choses nécessaires à [ce ?] quelque chose d’autre [τὸν δ᾽ ἐπ᾽ἄλλου χρείᾳ], beaucoup, manquant [ainsi] de beaucoup de choses [πολλῶν δεόμενοι (de beaucoup des choses et/ou d’autres hommes ?)], se retrouvent dans une seule et même habitation à se demander et se rendre service en commun [εἰς μίαν οἴκησιν ἀγείραντες κοινωνούς τε καὶ βοηθούς] ; c’est à cette maison commune [ξυνοικία] que nous avons donné le nom de Cité.106

45) MARX et la philosophie 7, selon son Introduction de 1843/44 à ce qu’il projetait alors encore d’une Critique de la philosophie hégélienne du droit :

L’arme de la critique, en tout état de cause, ne peut pas remplacer la critique des [genitivum subjetivum = par les] armes. Il faut que la force matérielle soit abattue par la force matérielle. Mais même la théorie devient une force matérielle aussitôt qu’elle capte les masses. La théorie est capable de capter les masses aussitôt qu’elle argumente [demonstriert] ad hominem, et elle argumente ad hominem aussitôt qu’elle devient radicale. Être radical, c’est prendre la chose [die Sache107] à la racine. Mais la racine, pour l’homme, c’est l’homme lui-même. La preuve évidente du radicalisme de la théorie allemande [dans la configuration de la philosophie de Feuerbach, s’entend], donc de son énergie pratique, est qu’elle part de la supression décidément positive de la religion [ihr Ausgang von der entschiedenen positiven Aufhebung der Religion]. La critique de la religion prend fin avec la leçon que l’homme est l’être suprême [das höchste Wesen] pour l’homme, donc avec l’impératif catégorique d’abattre tous les rapports [sous-entendu : politiques, certes, mais avant tout sociaux, qui ont cours dans « la société civile »] où l’homme est un être rabaissé, asservi, abandonné, méprisé.108

D’où ces lignes conclusives :

L’Allemagne, qui est gründlich [“portée sur le fond des choses”], ne peut pas faire la révolution [revolutieren] sans faire la révolution à partir d’un fondement [von Grund aus]. L’émacipation de l’Allemand est l’émancipation de l’homme. La tête de cette émancipation est la philosophie, son cœur le prolétariat. La philosophie ne peut se réaliser effectivement sans la supression [Aufhebung] du prolétariat, le prolétariat ne peut se supprimer sans la réalisation effective [Verwirklichung] de la philosophie.

Quand toutes les conditions internes [à l’Allemagne] seront remplies, le jour de la résurrection à l’allemande sera annoncé par le chant du coq gaulois.109

47) RUBEL au sujet de la “négation-Aufhebung” de la philosophie comme condition de sa « réalisation effective [Verwirklichung] » selon la susdite Introduction :

Devançant une objection attendue, Marx emprunte au maître de la dialectique les concepts de « négation » et de Aufhebung, dont la synonymie apparente dissimule une ambuïté voulue : « nier la philosophie », c’est encore « philosopher » ; « réaliser la philosophie », c’est démontrer son inanité comme spécialité professionnelle, mais pour en faire la substance spirituelle commune nourrissant le vie de tous les êtres et la changer en raison et sagesse des relations humaines quotidiennes, c’est comme si la philosophie était désormais aufgehoben – supprimée et conservée — dans une éthique informulée, parce que vécue.110

48) Le sens de l’Aufhebung dans la dialectique hégélienne selon Hegel lui-même (voir suppl. xi) :

Aufheben a dans la langue [allemande] le double sens qui lui fait signifier conserver [aufbewahren], maintenir [erhalten], et en même temps faire cesser [aufhören lassen], mettre un terme [ein Ende machen]. La conservation elle-même inclut déjà en soi [in sich] le négatif qui est qu’à quelque chose est retirée son immédiateté et par là une existence [Dasein] ouverte aux actions exercées en elle de l’extérieur [äußerlichen Einwirkungen], et ce pour le maintenir. – Ainsi quelque chose d’aufgehoben est-il en même temps quelque chose de conservé, qui n’a perdu que son immédiateté, mais n’a pas pour autant [darum] été anéanti [vernichtet]. – Lexicalement, les deux déterminations [Bestimmungen] qui viennent d’être apportées peuvent être présentées comme deux significations [Bedeutungen] de ce mot. Mais on devrait là être frappé qu’une langue soit parvenue à faire usage d’un seul et même mot pour deux déterminations opposées. Pour la pensée spéculative, il est réjouissant de trouver dans la langue des mots qui ont en eux-mêmes une signification spéculative. Le double sens du latin tollere (qui a été rendu célèbre par la plaisanterie de Cicéron « tollendum esse Octavium ») ne va pas si loin, la détermination affirmative ne va que jusqu’à l’élévation [Emporheben]111. Quelque chose n’est aufgehoben [élevé] que dans la mesure où il est entré dans l’unité avec son opposé.112

III) SUPPLÉMENTS DE TOUTES SORTES (À SUIVRE…)113

1) ÉLÉMENTS TECHNIQUES POUR FACILITER L’ENTENTE DE LA DÉFINITION DE LA σοφία SELON ARISTOTE, Métaphysique, IV, 1003a21-26 (en vue des séances des 1er et 15 décembre prochains )
i) Conformément à ce qu’Aristote en dit lui-même, avant tout dans Métaphysique VII, les Seconds Analytiques II et Topiques I, la définition, ὁρισμός (soit, pour ainsi dire, l’horizon, et précisément la definitio au sens littéral, qui lui vient de finis, la limite, de la dé-limitation d’une chose – car c’est bien d’une telle « définition de [quelque] chose [definitio quid rei] », et non pas d’une « définition de [quelque] mot [definitio quid nominis] », qu’il s’agit dans la définition de la σοφία qui nous occupe ici114), est un λόγος, soit (ici) un énoncé, et un énoncé prédicatif, en l’occurrence, une proposition du type « S(ujet) est (qua copule) P(rédicat) » qui consiste à « montrer [δεικνύναι] » « “le ce-que-c’est” [τὸ τί ἐστιν, le quid est] » et, en ce sens, l’« essence [essentia] », de la chose à définir (du definiendum) ; cela même revenant à délimiter précisément l’« espèce [εἶδος, species] » de choses à laquelle ladite chose appartient en établissant la ou, le cas échéant, les « différences [διαφοραί, differentiæ] » qui suffisent à distinguer celle(s)-ci des autres (espèces de) choses du même « genre [γένος, genus] ». D’où la règle de méthode qui veut que la définition de chose se fasse per genum proximum et differentiam specificam, « par genre prochain et différence spécifique ».
iiἐπίστασθαι provient vraisemblablement de ἐφίστασθαι, qui est la voix moyenne de ἐφίσταναι (première personne du présent de l’indicatif : ἐφίστημι), « placer sur ou auprès de », et qui signifie donc « se placer et se tenir sur ou auprès de ». Or, c’est là ce que dit le substantif ἐπίστασις : « l’action de se etc. ». Mais ce que ce substantif ἐπίστασις donne aussi à entendre – plus distinctement que les verbes ἐπίστασθαι et ἐφίστασθαι, – c’est qu’elle ne va pas sans une certaine… “stase [στασις]”, soit une stabilité, voire une fixité, de l’attention par exemple ; qu’elle consiste donc à non seulement se placer et se tenir, mais aussi à se maintenir, « stable [στατός] », auprès de et proprement sur quelque chose.
iii) Dans εἰδέναι parle le substantif τὸ εἶδος qui – bien avant d’être, avec ἡ ἰδέα, qui parle, lui, dans le verbe ἰδεῖν, l’un des deux noms de « l’idée » platonicienne, – désigne, comme ἡ ἰδέα d’ailleurs, l’aspect au sens de l’apparence, de la figure ou encore de la forme visible à l’œil de quelque chose : la forme du cyprès et celle de l’olivier, celle de Stan Laurel et celle d’Oliver Hardy, etc. Εἰδέναι veut donc dire « voir ». Mais quand il désigne « la connaissance [εἴδησις] », il veut dire « voir » en un sens beaucoup plus large que celui de la seule vision occulaire. Il signifie « voir » au sens où l’on peut dire « je vois ! » en réponse à quelqu’un qui vous dit des choses comme « l’air est frais ce matin », « ce bois est vermoulu », « ces fruits sont très sucrés » ou « cette musique est subtile », etc. ; et aussi dire à quelqu’un « je me vois partir en montagne la semaine prochaine », ou « je le vois encore, avec sa calvitie et sa barbe blanche », ou alors « je vois bien qu’il va pleuvoir », ou encore « je vois ce que tu veux dire », « je vois à quoi tu penses », « je vois ce que tu veux », etc. Connaître, c’est voir quelque chose sous quelque aspect que ce soit, quelque soit l’aspect sous lequel cette chose se présente.
iv) Le verbe « δοξάζειν », dans lequel parle le substantif « δόξα », signifie, certes, « juger ». Mais en grec, il est d’autres noms pour « juger », à commencer par « κρίνειν », qui signifie plus particulièrement « distinguer », « discerner » et « décider », et qui désigne ainsi l’activité de juger d’une chose en distinguant, selon tel ou tel « κριτήριον [critère] », en l’occurrence, si elle est ou non ceci ou cela, et donc ce qu’elle est par distinction d’avec ce qu’elle n’est pas – pareille « κρίσις [distinction, décision] » étant d’ailleurs le sens premier de ce qu’il s’appellera bien plus tard « la critique ». – Quant à δοξάζειν, c’est juger à partir de ce qui « paraît [δοκεῖ] », autrement dit à partir de « l’apparence », qui est le sens premier de ἡ δόξα ; sous-entendu : à partir de ce qui paraît être, et cela sur le mode de ce que dit l’équivalent latin de « ἐμοι δοκεῖ [il me paraît (sous-entendu : que ceci ou cela est… ou n’est pas)] » qu’est « mihi visum est », littéralement : « il est vu par moi », et l’on pourrait dire : « pour moi, “c’est vu” ». Or justement, la meilleure traduction, en français, de « mihi visum est » est ce quasi équivalent : « il m’est avis (que etc.) ». D’où, à mon sens, la nécessité de traduire ἡ δόξα au sens, second, du jugement formé de cette façon-là, par « l’avis » plutôt que par « l’opinion » – nom qui, s’il désigne bien une espèce de jugement, et peut-être bien de l’ordre de l’avis, ne dit plus rien de la façon dont il est formé, de telle sorte que dès le recours des philosophes romains à « opinio » pour traduire δόξα, la distinction platonicienne entre δόξα et ἐπιστήμη a permis que l’on comprenne toujours largement « opinion » au sens péjoratif de « croyance imaginaire ou fausse », selon “le Bailly” qui cite en exemple Cicéron, : « Apud homines barbaros opinio plus ualet saepe quam res ipsa ». –
v) L’ἀρχή d’une chose, son principe, en est – comme le signalent encore les nombreux mots de notre langue qui proviennent de son nom grec, – l’origine. Laquelle cependant, loin de n’être qu’un point de départ qu’elle aurait à quitter, la commande – comme le disent également d’autres mots français, – et cela en permanence. À la manière, en quelque sorte, d’une source commande le cours d’eau qui en découle : obstruez la source et c’est le cours d’eau lui-même qui tarit, ou modifiez-la, faites-en par exemple varier le débit, et c’est aussi le cours d’eau lui-même que vous modifiez !

Quant à l’αἰτία d’une chose, sa cause, il se trouve que pour Aristote comme pour les anciens Grecs en général, elle est tout sauf ce que nous entendons par là aujourd’hui ; et dont Cicéron, dans son De Fato, a peut-être été le premier à donner cette définition très claire : id quod quidque efficienter antecedit115, « ce qui précède avec efficience quelque chose », autrement dit « l’antécédent efficient » d’un « conséquent » qu’on va donc appeller un effet ; selon John Stuart Mill : « L’antécédent ou ensemble d’antécédents dont le phénomène appelé effet est invariablement et inconditionnellement le conséquent » ; ce qui est devenu, aujourd’hui : est cause de y (qui n’a plus rien de grec !) tout x tel que « si x alors y ».116

L’étymologie et la lexicographie enseignent que le sens original de αἰτία, comme d’ailleurs du latin causa, est juridique : ce nom désigne ce qui est responsable et à ce titre appelé à répondre de quelque chose, qu’il soit ou non la cause de cette chose comme de son effet, de l’effet de son action à lui – ainsi des parents peuvent-il être mis en cause, tenus pour responsables et appelés à répondre du bris de la splendide baie vitrée de la maison de leurs voisins par… le ballon avec lequel jouaient leurs enfants. – Avec ceci que, quand bien même ce dont une cause ainsi entendue est responsable serait un mal – comme c’est souvent le cas quand il s’agit de responsabilité juridique, – il me paraît plus parlant de dire qu’elle est ce dont une chose est redevable de quelque chose ; et redevable, au premier chef – comme il va nous falloir l’envisager dès à présent, – d’être plutôt que de ne n’être pas, et d’être ce qu’elle est plutôt qu’autre chose, ou alors d’être de la façon dont elle est plutôt qu’autrement, d’être où elle est plutôt qu’ailleurs, etc. etc. (voir ci-dessous note 46 : les déterminations catégoriales de l’étant selon Aristote).
vi) À ce qu’Aristote en dit dans Métaphysique I et au début du chapitre 3 du deuxième Livre de sa Physique117, ces causes sont les « causes principielles [au sens de « premières », voire « suprêmes » : ἐξ ἀρχῆς] » de ce qui est, autrement dit « τὸ διὰ τί πρῶτον [le ce au travers (par l’“inter[διὰ]médiaire” etc.) de quoi au premier chef] » – car « tel qu’en lui-même [καθ᾽ αὐτό] », l’étant est « avant que [πρότερον] »118 d’être… avec telles ou telles quantités (dimension, poids etc.), avec telles ou telles qualités (couleur, consistance, “valeur” etc.), en tel ou tel lieu, à tel ou tel moment, dans telle ou telle position, entre autres.119 – Et ces causes-là s’avèrent être au nombre de quatre120. À savoir, en bref :

– Τὸ τί ἧν εἶναι, soit ce qu’Aristote appelle τὸ τί ἐστιν, « le ce que c’est » de l’étant en tant que telle ou telle chose plutôt qu’une autre, en tant que table par exemple ; pour dire quoi le latin, et peut-être bien Sénèque, inventera « essentia [essence] » ; et qui est précisément ce qu’est appelé à établir et ainsi dévoiler cette espèce de λόγος, ici au sens de la proposition, ou de l’énoncé prédicatif, du type « S est P », qu’est la définition. Mais avec ceci que la formule τὸ τί ἧν εἶναι – littéralement : « le ce que [pour l’avoir toujours été] était [son] être », – donne à entendre que « cela [τί] » que se trouve être l’étant, cette table pour reprendre notre exemple, cet étant ne pouvait pas, et ne pourrait pas plus… ne pas l’être. À l’écoute de quoi je propose de la traduire par : « le ce que ne pouvait qu’être ». Non sans comprendre qu’il soit arrivé à Jean Beaufret, par exemple, de la traduire par : « le ce que [à quoi je me permets d’ajouter « donc »] devrait être [voire : « “se devrait” d’être » quelque chose afin… d’être… ce qu’elle est] ». Les deux propositions pouvant être justifiées, entre autres arguments, par le fait que dans Physique II, 3, entre autres, Aristote appelle cette cause τὸ εἶδος, soit du nom que Platon a donné à ce qu’il a pensé être, rappelons-nous, la chose elle-même sous « l’aspect [τὸ εἶδος] » de ce qu’étant cette chose elle-même, la table elle-même – “la Table” avec un grand “T”, pour ainsi dire, – elle est… de et pour tout temps (non moins que l’idée du diplodocus … “le Diplodocus” lui-même en ce qu’il est). Mais là n’est pas notre question qui, pour le moment, n’est que celle du sens de αἰτία. Dans l’immédiat, il nous faut cependant enregistrer que cette cause sera finalement assimilée, sans plus de considération pour la temporalité qui paraît s’y jouer encore pour Aristote, à ce qu’on appellera « quidditas », « la quiddité », « die Washeit ». Et puis aussi, eu égard au fait qu’en plus de παράδειγμα ou encore σχῆμα, Aristote la nomme parfois μορφή, « forme » – un nom que Platon a lui-même donné à ce qu’il a pensé sous le nom de « idée [εἶδος, ἰδέα] », – « causa formalis », « la cause formelle ».

– Ἡ ὕλη, « la matière » en tant que « τὸ ἐξ οὗ γίνεται, « le ce à partir de quoi il (l’étant) est “né”, “advenu”, soit ce d’où il est « issu », tel l’airain pour une statue ou l’argent pour une coupe sacrificielle, pour reprendre les exemples d’Aristote. À propos de quoi nous nous contenterons de relever ici que pour Aristote, les étants auxquels nous avons affaire de prime abord ont en effet une cause matérielle puisqu’ils sont chacun, en tant qu’à chaque fois « ceci [cette chose-ci] que voici [τόδε τί] », un σύνολον, un « composé », une « concrétion » (Beaufret), de matière et de forme.

– [Τὸ] ὅθεν ἡ ἀρχὴ τῆς κινήσεως, « [le] d’où [il y a] le principe [qua origine] du mouvement ». Lequel « mouvement [κινήσις] », celui au lieu de l’origine duquel l’étant est donc redevable de son être même, n’est évidemment pas le mouvement local, mais l’espèce de mouvement parmi d’autres qu’est cette « ποίησις [production] » que dans le Banquet, Platon avait définie comme « la cause [αἰτία] » – sous-entendu : de leur être, – « pour les choses [et toutes, quelles qu’elles soient] qui passent du néant dans l’étant [τοι ἐκ τοῦ μὴ ὄντος εἰς τὸ ὄν ἰόντι] »121. Définition qu’Aristote affine cependant en établissant que le passage qu’est cette production dont le nom dit l’action de ducere, d’(a)mener, voire conduire, là en face (pro), ne s’opère pas tant du néant à l’être que d’un mode d’être, déjà, mais inférieur, à un autre et plus haut mode d’être, en soit, nommément : de la δύναμις à l’ἐνέργεια ou ἐντελέχεια (voir ci-dessous τέλος), de la potentialité (celle du bloc d’argent à devenir coupe, mais également celles de la fleur à devenir fruit, du fruit à devenir pousse, de la pousse à devenir…, etc. etc.) à l’accomplissement sive aboutissement (celui de la coupe, du fruit etc. etc.) – le passage de « l’être en puissance » à « l’être en acte » sive « entéléchie », dira la tradition. – Voilà pour la troisième des quatre causes de l’étant tel qu’en son être même ! Mais dont il importe alors au plus haut point – pour la suite de nos travaux, et la question même de l’affaire de la pensée à l’époque de la fin de la philosophie, – de nous aviser et de bien retenir que c’est elle qui, dès lors qu’elle aura été non plus tant vue que conçue comme « causa efficiens [cause efficiente] », constituera l’horizon de la conception de la cause comme antécédent efficient d’un effet, et de la causalité en somme comme efficience, soit comme cette efficiency que depuis quelque temps on en est arrivé à promouvoir, via l’impératif pour ainsi dire « catégorique » : « Be efficient ! », comme l’être et mode d’être le plus propre de l’homme lui-même !122

– Enfin, la quatrième cause, qui « se tient à l’opposé [ἀντικειμένη] » de la précédente, est τὸ τέλος, « la fin » au sens non pas du terme, mais de la finalité en tant que « τὸ οὗ ἔνεκα », « le ce en vue de quoi » quelque chose est, et a donc été, ou s’est lui-même produit. À distinguer de son utilité, qui est tout ce à quoi cette chose peut servir. Ainsi, la finalité d’une maison est l’habitation de l’homme sur terre. Et son utilité peut être d’assurer un revenu à son propriétaire, ou de constituer une réserve de valeur supposée s’accroître avec le temps, quand ce ne serait pas de servir de Poste de Commandement à des troupes en campagne, etc. Au vu de quoi nous pouvons à tout le moins pressentir en quel sens Aristote peut dire de la fin comme finalité qu’elle est « le bien [τὸ ἀγαθόν] » en ajoutant ce commentaire : « la fin de toute genèse [engendrement et devenir] et de tout mouvement est cela ».
vii)

– « Θεωρία » est étymologiquement apparenté à « θέατρον », avec lequel il partage la racine « θέα- [la vue, la contemplation, et aussi “l’objet” de celles-ci, telle la belle vue qu’on est content d’avoir depuis chez soi, ou le spectacle donné au théâtre, ou alors justement aussi le spectacle d’une… théorie au sens de « cortège », « défilé »] ». À quoi vient s’ajouter, pour former « θεωρία », un dérivé de « ὁραν » qui signifie « voir », « regarder ». D’où il ressort que la θεωρία consiste, littéralement, à… “voir la vue” (la regarder, la contempler etc.) !

– la τέχνη, l’ars, l’art de l’artisan, de l’ouvrier et du médecin, avons-nous déjà expliqué, est ἐπιστήμη ποιητική, c’est-à-dire science de la ποίησις au sens lui aussi déjà expliqué de la production ;

– la φρόνησις, la prudentia, la prudence, est ἐπιστήμη πρακτική, science de la πρᾶξις, c’est-à-dire de l’action et, plus généralement, de l’activité vitale de l’homme en somme, et précisément de l’homme puisque à la différence de celle des autres « êtres vivants [ζῷα] », et spécialement de celle des « bêtes [θηρία] » – « il est évident que les bêtes possèdent la sensation, mais n’ont aucune part à la pratique », –123 son activité à lui est délibérément tendue vers « le bien [τὸ ἀγαθόν] », et spécialement .

SEMESTRE PRINTEMPS-ÉTÉ 2016
viii)

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ix) À méditer le sens [besinnen] de l’histoire-destinée de la philosophie comme histoire-destinée de l’être lui-même, autrement dit de l’estre, l’être comme φύσις se présente comme le fond qui est venu s’imposer comme le « contre-fond » qui, en recouvrant l’abyssal « fond hors-fond [Abgrund] » qu’est l’estre en tant que “(vide d’espace-temps) > hors [Ab]  fond [Grund] < pleine essence de l’étant en son être”, ou plus précisément « vide d’espace-temps [zeit-räumliche Leere124] » qua « hors  fond [Abgrund] » qua « hors  fond < pleine essence [Wesen] de l’étant en son être [Abgrund] »125, a alors pu sembler constituer, sur fond d’oubli de l’estre, le tout premier et indépassablement fondement de l’étant en tant que tel.
x) Contribution à l’intelligibilité de « Philosophie ist Metaphysik » :

« Philosophie ist Metaphysik » n’est pas seulement, ni avant tout, voire pas du tout, un énoncé prédicatif, i. e. un énoncé du genre « S est P » – où le prédicat (P) “métaphysique”, serait en l’occurrence rapporté, via la copule “est”, au sujet (S) “philosophie”. – La présence du substantif Metaphysik en lieu et place de l’adjectif metaphysisch auquel on pourrait s’attendre dans un énoncé de ce genre, nous en avertit au fond déjà un peu. Mais nous nous en aviserons plus nettement en nous reportant, par exemple, à cette considération pour ainsi dire conclusive de la leçon inaugurale que Heidegger prononce en 1929 sous le titre Was ist Metaphysik ? :

Philosophie […] ist das In-Gang-bringen der Metaphysik, in der sie zu sich selbst und zu ihren ausdrücklichen Aufgaben kommt.

La philosophie […] est la mise en train de la métaphysique, [métaphysique] au sein de laquelle elle [la philosophie] accède à elle-même ainsi qu’à ce qui lui échoit comme ses tâches expresses.126

D’où il ressort en effet 1) que si la philosophie est métaphysique, c’est dans la mesure où celle-ci trouve à s’y déployer elle-même sur le mode de l’accomplissement des « tâches explicites » (ausdrückliche Aufgaben) qui sont celles de la philosophie, et 2) que ce n’est, qui plus est, que dans cette mesure que la philosophie, pour ainsi dire, naît à elle-même. Et peu importe alors, provisoirement, le caractère encore très énigmatique, quant à leur fond en tout cas, de telles considérations. Qu’il suffise ici, au point où nous en sommes, de relever ce qu’en l’état elles peuvent déjà apporter à l’intelligibilité de la phrase « Philosophie ist Metaphysik ».

Ces considérations donnent à entendre le “ist” de cette phrase au sens en quelque sorte transitif de, pour ainsi dire, l’“action” par laquelle une chose permet à une autre d’être, soit de se déployer elle-même telle qu’en son être et essence mêmes – cela dit indépendamment de ce qu’il s’agirait alors d’entendre par “être” et “essence”. –127 Conformément à quoi nous pouvons entendre « la philosophie est métaphysique » dans le sens suivant : la philosophie est ce qui permet le déploiement exprès de la métaphysique comme telle, et elle n’est même proprement rien d’autre que ce déploiement qui donne ainsi « cours » (Gang) à la métaphysique – un cours où il y a en l’occurrence tout lieu de reconnaître celui de l’histoire, de l’histoire de la philosophie comme histoire de la métaphysique elle-même s’entend128 ; eu égard à quoi, en effet, cette institutrice de la philosophie comme telle qu’est la pensée de Platon va alors pouvoir se présenter comme la « naissance de la métaphysique » (Beginn der Metaphysik) –

Mais précisément, qu’est-ce alors que la métaphysique si elle ne se laisse pas déterminer comme certain un mode et/ou un domaine particulier du déploiement de la philosophie, et si c’est au contraire celle-ci qui ne se laisse déterminer qu’à partir d’elle ? En tant que ce dont la philosophie est le déploiement exprès, la métaphysique présente en tout état de cause deux traits fondamentaux. Premièrement, elle est, certes, d’une certaine manière, i. e. en tant que sa détermination la plus propre, toute la philosophie en laquelle elle trouve précisément à se déployer expressément. Eu égard à quoi elle se révèle alors être ce qui, en tant que son essence même, fait l’unité de la philosophie telle qu’elle se déploie au cours de son histoire. Mais deuxièmement, et qui plus est, elle est aussi ce sans quoi la philosophie ne trouverait tout simplement pas à ne serait-ce déjà qu’« advenir à elle-même » (zu sich selbst kommen), comme dit Heidegger. Ce qui, il est vrai, ne nous dit pas encore en quoi consiste la métaphysique, ni non plus en quoi elle est proprement métaphysique – ce qui fait, pour ainsi dire, sa “métaphysicité” même. – Mais cela indique au moins une voie permettant de s’en aviser, autrement dit de répondre à la question « Qu’est-ce que la métaphysique ? »
xiLa dialectique hégélienne et rôle de l’Aufhebung
Formule générale :

– [thèse (position) = A  antithèse (position de la négation) = non-A]  [contradiction : 1) thèse (positif) versus 2) antithèse (négatif) versus thèse (positif)]  [contradiction : 1) thèse (positif) versus 2) antithèse (négatif)
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«l’art» (dans le fascicule «Philosophie de la culture» rédigé par Yves Baudrin, pages 34 à 58)

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