La bouillie de la comtesse Berthe Préface





télécharger 0.56 Mb.
titreLa bouillie de la comtesse Berthe Préface
page2/26
date de publication29.10.2016
taille0.56 Mb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > loi > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   26

Ce que c’était que la comtesse Berthe


Il y avait un jour un vaillant chevalier nommé Osmond de Rosemberg, lequel choisit pour femme une belle jeune fille nommée Berthe. Berthe n’aurait pas pu se mesurer, je le sais bien, avec les grandes dames de nos jours, quoiqu’elle fût certainement aussi noble que la plus noble ; mais elle ne parlait que le bon vieux allemand, ne chantait pas l’italien, ne lisait pas l’anglais, et ne dansait ni le galop, ni la valse à deux temps, ni la polka ; mais en revanche, elle était bonne, douce, compatissante, veillait avec soin à ce qu’aucun souffle ne ternit le miroir de sa réputation. Et quand elle parcourait ses villages, non pas dans une élégante calèche, avec un chien du roi Charles sur la banquette de devant, mais à pied, avec son sac d’aumône à la main, un Dieu vous le rende, dit par la voix reconnaissante du vieillard, de la veuve ou de l’orphelin, lui paraissait plus doux à l’oreille que la plus mélodieuse ballade du plus célèbre Minnesinger, ballade que parfois cependant payaient d’une pièce d’or ceux-là même qui refusaient une petite monnaie de cuivre au pauvre qui se tenait debout à demi nu et grelottant sur la route, son chapeau troué à la main.

Les Cobolds


Aussi les bénédictions de toute la contrée retombaient comme une douce rosée de bonheur sur Berthe et sur son mari. Des moissons dorées couvraient leurs champs, des grappes de raisins monstrueux faisaient craquer leurs treilles, et si quelque nuage noir chargé de grêle et d’éclair s’avançait sur leur château, un souffle invisible le poussait aussitôt vers la demeure de quelque méchant châtelain au-dessus de laquelle elle allait éclater et faire ravage.

Qui poussait ainsi le nuage noir, et qui préservait de la foudre et de la grêle les domaines du comte Osmond et de la comtesse Berthe ? Je vais vous le dire.

C’étaient les nains du château.

Il faut vous dire, mes chers enfants, qu’il y avait autrefois en Allemagne une race de bons petits génies qui malheureusement a disparu depuis, dont le plus grand atteignait à peine six pouces de haut, et qui s’appelaient cobolds. Ces bons petits génies, aussi vieux que le monde, se plaisaient surtout dans les châteaux, dont les propriétaires étaient, selon le cœur de Dieu, bons eux-mêmes. Ils détestaient les méchants, les punissaient par de petites méchancetés à leur taille, tandis qu’au contraire ils protégeaient de tout leur pouvoir, qui s’étendait sur tous les éléments, ceux que leur excellent naturel rapprochait d’eux ; voilà pourquoi ces petits nains, qui, de temps immémorial, habitaient le château de Wistgaw, après avoir connu leurs pères, leurs aïeux et leurs ancêtres, affectionnaient tout particulièrement le comte Osmond, ainsi que la comtesse Berthe, et poussaient avec leur souffle bien loin de leurs domaines bénis le nuage chargé de grêle et d’éclairs.

Le vieux château


Un jour Berthe entra chez son mari, et lui dit :

« Mon cher seigneur, notre château se fait vieux, et menace de tomber en ruines ; nous ne pouvons rester plus longtemps avec sécurité dans ce manoir tout chancelant, et je crois, sauf votre avis, qu’il faudrait nous faire bâtir une autre demeure.

– Je ne demande pas mieux, répondit le chevalier, mais une chose m’inquiète.

– Laquelle ?

– Quoique nous ne les ayons jamais vus, il n’est point que vous n’ayez entendu parler de ces bons cobolds qui habitent les fondations de notre château. Mon père avait entendu dire à son aïeul, qui le tenait d’un de ses ancêtres, que ces petits génies étaient la bénédiction du manoir ; peut-être ont-ils pris leurs habitudes dans cette vieille demeure ; si nous allions les fâcher en les dérangeant et qu’ils nous abandonnassent, peut-être notre bonheur s’en irait-il avec eux. »

Berthe approuva ces paroles pleines de sagesse, et son époux et elle se décidèrent à habiter le château tel qu’il était plutôt que de désobliger en rien les bons petits génies.

L’ambassade


La nuit suivante, la comtesse Berthe et le comte Osmond étaient couchés dans leur grand lit à baldaquin supporté par quatre colonnes torses, lorsqu’ils entendirent un bruit comme serait celui d’une multitude de petits pas qui s’approcheraient venant du côté du salon. Au même moment la porte de la chambre à coucher s’ouvrit, et ils virent venir à eux une ambassade de ces petits nains dont nous venons de parler. L’ambassadeur, qui était à leur tête, était richement vêtu à la mode du temps, portait un manteau de fourrure, un justaucorps de velours, un pantalon mi-parti, et de petits souliers démesurément pointus. À son côté était une épée du plus fin acier, et dont la poignée était d’un seul diamant. Il tenait poliment à la main sa petite toque chargée de plumes, et, s’approchant du lit des deux époux, qui les contemplaient avec étonnement, il leur adressa ces paroles :

Auprès de nous ce bruit est parvenu.

Que dans l’espoir de vos destins prospères,

Un grand désir ce soir vous est venu

De rebâtir le château de vos pères.

Eh ! c’est bien fait, car le manoir est vieux !

L’âge a miné le noir géant de pierre.

Et l’eau sur vous, dans les jours pluvieux,

Filtre au travers de son manteau de lierre.

Que l’ancien burg roule donc abattu :

Et qu’il en sorte une maison plus belle ;

Mais des aïeux, que l’antique vertu

Vienne habiter la demeure nouvelle.

Le comte Osmond était trop étonné de ce qui lui arrivait pour répondre à ces paroles autrement que par un geste amical de la main ; mais l’ambassadeur se contenta de cette politesse, et se retira après avoir cérémonieusement salué les deux époux.

Le lendemain le comte et la comtesse se réveillèrent fort satisfaits, la grande difficulté était levée : en conséquence, fort du consentement de ses bons petits amis, Osmond fit venir un architecte habile, qui, le même jour ayant condamné le vieux château à être démoli, mit une partie de ses hommes à l’ouvrage, tandis que l’autre tirait de nouvelles pierres des carrières, abattait les grands chênes destinés à faire des poutres et les sapins destinés à faire des solives. En moins d’un mois le vieux burg fut rasé au niveau de la montagne, et comme le nouveau château ne pouvait être bâti, au dire de l’architecte lui-même, que dans l’espace de trois ans, le comte et la comtesse se retirèrent, en attendant cette époque, dans une petite métairie qu’ils avaient dans les environs de leur délicieux manoir.
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   26

similaire:

La bouillie de la comtesse Berthe Préface iconDe la bouillie au pain

La bouillie de la comtesse Berthe Préface iconSi on prenait le temps … Du Big Bang à Berthe Sylva

La bouillie de la comtesse Berthe Préface iconMarie-Maurille comtesse de Villelume

La bouillie de la comtesse Berthe Préface iconLa comtesse de Ricotta– Milena agus (r agu)

La bouillie de la comtesse Berthe Préface iconPreface

La bouillie de la comtesse Berthe Préface iconPRÉface

La bouillie de la comtesse Berthe Préface iconPréface

La bouillie de la comtesse Berthe Préface iconSteven Zdatny, Les artisans en France au xxe siècle, Paris, Belin,...
«Histoire et société», 1999, 367 p., préface de Michelle Perrot, traduit de l'américain par Claudine Marenco

La bouillie de la comtesse Berthe Préface icon2008 Préface par le Docteur xavier emmanuelli

La bouillie de la comtesse Berthe Préface iconPréface à la deuxième édition (1859) L’amour impossible, jugé par Barbey






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com