Le passé ne meurt jamais complètement pour l'homme. L'homme peut bien l'oublier mais IL le garde toujours en lui. Car tel qu'il est lui-même à chaque époque





télécharger 0.58 Mb.
titreLe passé ne meurt jamais complètement pour l'homme. L'homme peut bien l'oublier mais IL le garde toujours en lui. Car tel qu'il est lui-même à chaque époque
page12/24
date de publication05.03.2017
taille0.58 Mb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > loi > Documentos
1   ...   8   9   10   11   12   13   14   15   ...   24

CHAPITRE IX
-
RELIGION DES CELTES, LE CULTE, LES SACRIFICES, L'IDEE DE LA MORT.


L'oeuvre des Druides, dont nous venons de tracer les grandes lignes, démontre déjà toute l'étendue de leur science, de leur érudition. Mais ce n'est pas seulement dans leur doctrine que court le souffle puissant de l'inspiration, c'est aussi leur religion, leur culte qui révèle un sens profond du monde invisible et des choses divines. A ce point de vue il importe de réfuter les critiques et les erreurs sous lesquelles on a voulu submerger le druidisme.

Comme l'attestent des historiens tels que A. Thierry, Henri Martin, Jean Reynaud, toute la grandeur du génie celtique se montre dans cette oeuvre. A la base de l'institution druidique on retrouve ces deux principes qui rayonnent sur la société gauloise et en font mouvoir tous les rouages : l'égalité, le droit électoral.

Tout Gaulois pouvait devenir druide, la naissance ne donnait aucun droit à ce titre - car l'ancienne Gaule n'a jamais connu l'hérédité. - Pour l'acquérir, pour obtenir l'initiation, il fallait justifier de mérites personnels et de lentes et patientes études, car les Celtes plaçaient l'instruction au premier rang social et cela seul suffirait à écarter l'accusation de barbarie que l'on adresse si légèrement à nos ancêtres.

Les renseignements que nous donnons sur l'organisation du Druidisme proviennent en grande partie des auteurs latins et grecs au nombre de dix-huit, soit philosophes, historiens, soit géographes et poètes.

En dehors de César, dont nous avons déjà parlé, citons Aristote et Cétion, Diogène Laërce, Posidonius, Cicéron, vers l'an 4450, Diodore de Sicile (en 30), Timogène vers l'an 14 dans une Histoire de la Gaule dont Ammien Marcellin nous a conservé un extrait. Strabon 20 ans après Jésus-Christ ; Pomponius Mela, 20 ans plus tard ; Lucain entre 60 et 64 ; Pline le naturaliste vers l'an 77 ; Tacite vers 95 ; Suétone, fin du I° siècle ; Dion Chrysostome, au commencement du II°. Nous compléterons par les indications de ceux de nos guides spirituels qui ont vécu à l'époque celtique.

Le chef des Druides était élu par la corporation entière et investi d'un pouvoir absolu. C'est lui qui tranchait les différends entre les tribus turbulentes, agitées, souvent prêtes à recourir aux armes. Au-dessus des rivalités de clans cette institution représentait la véritable unité de la Gaule. Toute l'élite juvénile de la nation se groupait autour de ces philosophes, avide de recevoir leurs enseignements qui se donnaient loin des villes, au sein des enceintes sacrées.

Non seulement les Druides rendaient la justice dans les tribus, mais ils prononçaient encore sur les causes graves dans une assemblée solennelle qui se réunissait tous les ans au pays de Chartres. Cette assemblée avait en même temps un caractère politique. Chaque république gauloise y envoyait ses délégués.

Le génie religieux des Celtes avait établi trois formes superposées de croyances et de culte en rapport avec le degré d'aptitude et de compréhension des Gaulois. C'était d'abord le culte des Esprits des morts, à la portée de tous et que tous pratiquaient, car les voyants et médiums étaient nombreux à cette époque. Puis le culte populaire des demi-dieux ou esprits protecteurs des tribus, symboles des forces de la nature ou des facultés de l'esprit, ce culte avait surtout un caractère local. Enfin le culte de l'esprit divin, source et créateur de la vie universelle qui domine et régit toutes choses, et dont les oeuvres sont le principal objet des études et recherches des Druides et des initiés.

En réalité, le polythéisme gaulois, qu'on leur reproche comme une idolâtrie, n'était que la représentation d'esprits tutélaires, guides, protecteurs des familles et des nations dont nous pouvons constater aujourd'hui, par des faits, l'existence et l'intervention aux heures nécessaires. Il en fut de même dans toutes les religions antiques et les croyances des peuples qui plaçaient au rang des dieux les esprits de ceux qui s'étaient distingués par leurs mérites et leurs vertus. La foule a besoin de croire à des intermédiaires entre elle et le Dieu infini et éternel qu'elle se figure bien éloigné, alors que nous sommes tous plongés en Lui, suivant la parole de saint Paul. En tous pays, d'innombrables êtres symboliques enfantés par l'imagination des premiers hommes sont, sous des formes matérielles, gracieuses ou terribles, l'expression vivante de leurs craintes et de leurs espérances.

Les druides, disions-nous, enseignaient l'unité de Dieu. Les Romains, pervertis en ces choses, ont confondu les personnages secondaires du ciel gaulois, les personnifications symboliques des puissances naturelles et morales avec leurs propres dieux. Le Panthéon gaulois présente plus de fraîcheur et de beauté que les dieux fanés de l'Olympe. Le Teutatès gaulois n'était qu'une représentation des forces supérieures. Gwyon, celle de la science et des arts ; Esus, le symbole de la vie et de la lumière. D'autres, comme Hu-Kaddarn, chef de la grande migration Kymris, n'étaient que des héros glorifiés. Mais dans ce Panthéon on ne rencontrait pas les dieux du mal, les idoles d'Egypte et de Rome. On n'y voyait pas de dieux infâmes, de Jupiter adultère, de Vénus impudique, de Mercure corrompu. On n'y rencontrait point ce cortège immonde des Bacchus, des Priape, c'est-à-dire des vices déifiés. On n'y connaissait que la sagesse, la vertu, la justice. Et plus haut, au-dessus de ces forces intellectuelles et morales, resplendissait le foyer d'où elles émanent toutes, la puissance infinie et mystérieuse que les Druides adoraient au pied des monuments de granit dans la solitude des forêts. Ils disaient que l'ordonnateur de l'immense univers ne saurait être enfermé entre les murailles d'un temple, que le seul culte digne de lui devait s'accomplir dans les sanctuaires de la nature, sous les voûtes sombres des grands chênes, au bord des vastes océans. Ils affirmaient que Dieu était trop grand pour être représenté par des images, sous des formes façonnées par la main de l'homme. C'est pourquoi ils ne lui consacraient que des monuments de pierre brute, ajoutant que toute pierre taillée était une pierre souillée.

Ainsi, tous les symboles religieux des Druides étaient empruntés à la nature vierge, libre. Le chêne était l'arbre sacré, son tronc colossal, ses puissants rameaux en faisaient l'emblème de la force et de la vie. Le gui, que l'on en détachait avec pompe, le gui, toujours vert, même quand la nature sommeille, lorsque les végétaux semblent morts, le gui était à leurs yeux l'emblème de l'immortalité et en même temps un principe régénérateur et curatif.

Ces rites du Druidisme, ce culte sobre et grand n'avaient-ils pas quelque chose d'imposant ? Les hautes futaies de chênes, le gui renaissant sur les troncs vermoulus, les grands rocs debout au bord de l'Océan étaient autant de symboles de l'éternité des temps et de l'infini des espaces.

Le catholicisme semble avoir emprunté au culte druidique ce qu'il a de plus noble et de plus beau. Les piliers et les nefs des cathédrales gothiques sont l'imitation des troncs élancés et des rameaux des géants de la forêt ; l'orgue, par ses sons, rappelle le bruit du vent dans le feuillage ; l'encens c'est la vapeur qui s'élève des plaines et des bois aux premiers rayons du soleil.

Le druidisme était le culte de l'immuable, de ce qui demeure, en un mot le culte de la Nature infinie, de cette nature féconde dans le sein de laquelle tout esprit se retrempe, se virilise, retrouve des forces nouvelles.

Pour nous, comme pour nos pères, les spectacles qu'elle offre sont autant de sources de méditations salutaires, d'enseignements par lesquels se révèle le Dieu immense, éternel, que les Celtes ont adoré, Dieu, âme du Monde, Moi conscient de l'Univers, foyer suprême vers qui convergent tous les rapports et d'où rayonnent à travers les espaces sans limites et les temps sans bornes toutes les puissances morales : l'Amour, la Justice, la Vérité, l'infinie Bonté !

*

* *

Pourtant, une ombre s'étend sur le druidisme. L'histoire nous apprend que des sacrifices humains s'accomplissaient sous les grands chênes, le sang coulait sur les tables de pierre. Peut-être est-ce là l'erreur capitale, le côté imparfait de ce culte, si grand à d'autres points de vue. N'oublions pas cependant que toutes les religions, à leur origine, tous les cultes primitifs trempent dans le sang.

Encore aujourd'hui, chaque matin et sur tous les points du monde catholique, est-ce que le sang du Christ ne jaillit pas sur l'autel à la voix du prêtre ? En effet, aux yeux des croyants, ce n'est pas là une simple image, c'est le corps même et le sang du grand crucifié qui leur sont offerts. Le dogme de la présence réelle est pour eux absolu. Si quelque doute subsiste dans certains esprits, méditons ces paroles de Bossuet :

« Pourquoi les Chrétiens ne connaissent-ils plus la sainte frayeur dont on était saisi autrefois à la vue du sacrifice ? Est-ce qu'il a cessé d'être terrible ? Est-ce que le sang de notre victime n'y coule pas encore aussi véritablement que sur le Calvaire51 ? »

En dehors du sanglant sacrifice de la messe, faut-il rappeler aussi les supplices et les bûchers de l'Inquisition, toutes ces immolations qui ne sont pas seulement des attentats à la vie, mais aussi des outrages à la conscience ?

Ces sacrifices ne sont-ils pas plus odieux que ceux des Druides où ne figuraient que des criminels et des victimes volontaires ? Il faut se rappeler que les Druides étaient à la fois magistrats et justiciers. Les condamnés à mort, les meurtriers étaient offerts en holocaustes à Celui qui était pour eux la source de la justice.

C'était un acte sacré et, pour le rendre plus solennel, pour permettre au condamné de rentrer en lui-même et de s'y préparer par le repentir, ils laissaient toujours un intervalle de cinq ans entre la sentence et l'exécution. Ces cérémonies expiatoires n'étaient-elles pas plus dignes que les exécutions de nos jours où nous voyons un peuple qui se prétend civilisé passer les nuits autour des échafauds, attiré par l'appât d'un spectacle hideux et d'impressions malsaines ?

Les sacrifices volontaires chez les Gaulois revêtaient aussi un caractère religieux. Leurs sentiments profonds de l'immortalité les rendaient faciles à nos pères. L'homme s'y offrait comme une vivante hostie pour la famille, pour le pays, pour le salut de tous. Mais tous ces sacrifices étaient tombés en désuétude et devenus bien rares au temps de Vercingétorix. On se contentait au lieu de donner la mort de tirer quelques gouttes de sang aux fidèles étendus sur la pierre des dolmens.

*

* *

Une des caractéristiques de la philosophie celtique, c'est l'insouciance de la mort. A ce point de vue, la Gaule était un objet d'étonnement pour les peuples païens, lesquels ne possédaient pas au même degré la notion de l'immortalité. Nos pères, ne redoutant pas la mort, assurés de revivre au-delà du tombeau, étaient affranchis de toute crainte.

Dans aucune croyance, on ne trouve un sentiment aussi intense de l'invisible et de la solidarité qui relie le monde des vivants à celui des esprits. Tous ceux qui quittaient la terre étaient chargés de messages destinés à des défunts. Diodore de Sicile nous a conservé ce trait précieux : « Dans les funérailles ils déposent des lettres écrites aux morts par leurs parents afin qu'elles leur soient transmises. » La communication des deux mondes était chose courante. Pomponius Méla, Valère Maxime et tous les auteurs latins que nous avons cités disent que chez les Gaulois « on se prêtait de l'argent à se rembourser dans l'autre monde ».

Si, à l'exemple de nos ancêtres, nous considérions la mort comme un voile, un simple rideau qui descend sur la route que nous parcourons, voile d'un grand effet pour notre regard qu'il arrête, mais impuissant à suspendre notre marche qui continue toujours, si nous comprenions qu'il ne s'agit que d'abandonner ce corps usé pour nous retrouver dans notre enveloppe fluidique permanente, cette mort, si redoutable pour ceux qui voient en elle le néant, n'aurait plus rien d'effrayant pour nous.

Les Druides, disions-nous, avaient une connaissance étendue de la pluralité des mondes. Leur foi en l'immortalité leur montrait les âmes, délivrées des liens terrestres, parcourant les espaces, rejoignant les amis, les parents partis avant elles, visitant avec eux les archipels stellaires, les sphères sans nombre où s'épanouissent la vie, la lumière, la félicité.

Quels spectacles, quelles merveilles, s'offrent à la vue sur ces mondes lointains, quelles variétés de sensations à recueillir dans ces Univers ! Et ces âmes poursuivent leur voyage dans l'immensité, jusqu'à ce que, soumises à l'éternelle loi, reprenant des organes nouveaux, elles se fixent sur un de ces mondes pour coopérer par le travail à son avancement, à ses progrès. En face de ces horizons immenses, comme notre terre se rapetisse, et peut-on redouter la mort devant de telles perspectives ?

Les Gaulois ne connaissaient donc pas les enfers sinistres, ni les paradis tout d'immobilité. Les vies d'outre-tombe étaient pour eux pleines d'activité, fécondées par un constant labeur, des vies où la personnalité, la liberté de l'être se développaient et se perfectionnaient sans cesse.

C'est ce que dit Lucain aux Druides, dans le premier chant de la Pharsale : « Pour vous les ombres ne s'ensevelissent pas dans les sombres royaumes de Pluton, mais l'âme s'envole animer d'autres membres dans des mondes nouveaux. La mort n'est que le milieu d'une longue vie. Heureux les peuples qui ne connaissent pas la crainte du trépas. De là leur héroïsme au milieu des sanglantes mêlées et leur mépris de la mort. »

Horace définissait la Gaule en ces termes : « La terre où l'on n'éprouve pas la terreur de la mort. »

N'y a-t-il pas un contraste frappant entre cette mâle et fortifiante croyance et l'idée de l'éternité des supplices ou celle non moins accablante de l'anéantissement absolu ? La foi en la survivance était l'essence même du druidisme, et de cette vue découlait tout un ordre social et politique fondé sur les principes d'égalité, de liberté morale.

Cette même foi inspirait aussi des pratiques, des cérémonies funéraires assez différentes des nôtres. Nous, modernes, nous avons pour notre corps une complaisance infinie ; les Gaulois, eux, considéraient les cadavres comme des outils brisés, s'empressaient de les faire disparaître. Souvent ils brûlaient les corps, en recueillaient la cendre dans des urnes. Nous poussons la crédulité jusqu'à croire avec le catholicisme que notre âme est liée à ces résidus et qu'un jour elle ressuscitera avec eux !

Mais le temps se rit de notre aveuglement, que nos restes soient ensevelis sous le marbre ou sous la pierre, il arrive toujours une heure où poussière ils retournent à la poussière, où la grande loi circulaire en disperse les atomes.

Un jour prochain, mieux éclairés sur nos destinées, nous ne supporterons plus cet appareil et ces chants lugubres, toutes ces manifestations d'un culte qui répond si peu à la réalité des choses.

Pénétrés comme nos pères de l'idée que notre vie est infinie, qu'elle se renouvelle sans cesse dans des milieux divers, nous ne verrons dans la mort qu'une transformation nécessaire, une des phases de l'existence progressive.

C'est des Gaulois que nous vient la commémoration des morts, cette fête du 2 novembre qui caractérise notre peuple entre tous. Seulement, au lieu de la célébrer comme nous dans les champs funèbres, parmi les tombes, c'était au foyer domestique qu'ils rappelaient les souvenirs des amis éloignés, mais non perdus, qu'ils évoquaient la mémoire des esprits aimés qui, parfois même, se manifestaient par l'intermédiaire des Druidesses et des Bardes inspirés.

Henri Martin, dans son Histoire de France, tome I, page 71, s'exprime ainsi :

« Tout ce qui se rapporte à la doctrine de la mort et de la renaissance périodique du monde et de tous les êtres paraît être concentré dans la croyance et les rites du 1° novembre.

« Nuit pleine de mystères que le Druidisme a léguée au Christianisme et que le glas des morts annonce encore aujourd'hui à tous les peuples catholiques oublieux des origines de cette antique commémoration. Chacune des grandes régions du monde gallo-kimrique avait un centre ou milieu sacré auquel ressortissaient toutes les parties du territoire confédéré. Dans ce centre brûlait un feu perpétuel qu'on nommait le père feu. La nuit du 1° novembre, selon les traditions irlandaises, les Druides se rassemblaient autour du père feu gardé par un pontife forgeron et l'éteignaient. A ce signal, de proche en proche s'éteignaient tous les feux ; partout régnait un silence de mort, la nature entière semblait replongée dans une nuit primitive. Tout à coup le feu jaillissait de nouveau sur la montagne sainte et des cris d'allégresse éclataient de toutes parts. La flamme empruntée au père feu courait de foyer en foyer d'un bout à l'autre et ranimait partout la vie. »

*

* *

A la question du culte des morts chez les Celtes, se rattache le souvenir de Carnac avec ses monuments mégalithiques.

Tous les celtisants connaissent cette immense nécropole qui s'étendait sur plusieurs lieues de longueur depuis lockmariaker jusqu'à Erdeven. Les alignements de menhirs, aujourd'hui en partie détruits, comptaient encore des milliers de pierres levées au moyen âge. Faut-il voir dans ces longues files sombres autant de monuments funéraires ? On en a douté, car, dans les fouilles pratiquées au pied des menhirs, on n'a trouvé que de rares fossiles humains. L'esprit d'Allan Kardec nous assure qu'en fouillant plus profondément on aurait retrouvé beaucoup plus d'ossements. Les grottes sépulcrales de Lockmariaker, les dolmens d'Erdeven et autres lieux, ne laissent aucun doute sur la destination de ce vaste champ funèbre. Les menhirs étaient autant de tombes de chefs politiques ou religieux, tandis que les grottes et les dolmens recevaient les restes de personnages moins élevés dans l'ordre social.

Dans son Histoire de 1a Gaule, Camille Jullian écrit que des convois mortuaires s'acheminaient vers cette région de tous les points de la Gaule.

Quelle était donc la pensée maîtresse qui groupait tous ces morts à l'extrémité du continent ? Beaucoup d'écrivains ont cherché à la discerner sans y réussir. Cependant l'explication paraît être la suivante :

Devant les horizons infinis de la mer et du ciel, on croyait alors que l'envol des âmes était plus facile vers ces mondes qui brillent là-haut, au sein des nuits, ou bien vers ceux qui s'estompent au large le soir dans les brumes du couchant ; ces plages balayées par les flots, ces frontières d'un vaste inconnu avaient pour nos ancêtres un caractère mystérieux et sacré.

Camille Jullian et d'autres historiens attribuent l'érection des monuments mégalithiques à des peuples antérieurs aux Celtes et particulièrement aux Ligures, peuple méridional aux cheveux bruns et de petite stature. Or, ces écrivains oublient que ces monuments s'élèvent dans tout l'occident de l'Europe jusque dans les îles Orcades et Shetland, situées à la pointe extrême de l'Ecosse, dans les brumes de la mer du Nord. On en compte 145 dans tout l'archipel. La groupe de Stonehenge, en Cambrie, comprend 144 pierres levées formant un ensemble qui paraît être le pendant des alignements de Carnac.

On pourrait signaler aussi « le tombeau de Taliésin », situé à la base du massif du Plynlimmon, et entouré de deux cercles de pierres. Le grand dolmen de la péninsule de Gower, dans le Pays de Galles. A l'entrée de la Clyde tous les sommets sont couronnés par des mégalithes. Mentionnons encore ceux de l'Ecosse appelés « Maison des Pictes ». Et en Irlande, dans le Donegal, 67 pierres levées forment un groupe comparable à celui de Stonehenge.

Dans ces sépultures : dolmens, grottes funéraires et tumulus de toutes dimensions, on retrouve des objets divers mêlés à des restes humains calcinés ou à des squelettes entiers. Ce sont des silex bruts ou polis, des urnes, des armes et jusqu'à des faucilles d'or servant au culte. Ces objets appartiennent donc à toutes les époques depuis les temps les plus reculés : paléolithiques, néolithiques, âges du bronze et du fer. Il faut donc attribuer ces vestiges aux Celtes plutôt qu'aux Ligures ou Pélages, peuples peu connus, dont on ignore la langue et même l'emplacement exact. Croire que ces monuments sont leur oeuvre serait prétendre que les Gaulois, si industrieux et ingénieux en d'autres matières n'ont laissé aucune trace dans le pays qu'ils habitèrent pendant des siècles.

Les mégalithes ne consistent pas seulement en sépultures, mais aussi en monuments consacrés au culte. Les plus importants sont les cromlechs ou cercles de pierres au centre desquels s'élevait généralement un grand menhir. Quelques-uns sont doubles et triples et représentent alors les trois cercles de la vie universelle suivant l'indication des Triades. Dans ces enceintes, on pratiquait les rites divins et l'on évoquait les âmes des défunts.

Parmi ces pierres, certaines jouaient le même rôle que les tables parlantes de nos jours et répondaient par leurs mouvements aux questions des assistants. Ainsi, le Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtique, page 253, parle de la pierre parlante cloch labhrais qui donnait des réponses comme la lech lavar des Gallois.

Ajoutons pour mémoire que les auteurs anciens attribuaient aux Druides une puissance magique complètement perdue de nos jours et dont on retrouve à peine la trace dans les pratiques de l'hypnotisme, du magnétisme et du fakirisme. Pline appelait les Druides des Magi, nom qui leur est constamment donné dans les textes latins et irlandais, dit Dom Gougaud, bénédictin anglais, dans son livre les Chrétientés celtiques52. D'après cet auteur, les Druides jouissaient des pouvoirs suivants : « condensations de brouillard, précipitations atmosphériques, tempêtes sur mer et sur terre, etc. ». Il ajoute que « le druide Fraechan Mac Tenuisain protégea l'armée du roi d'Irlande, Diarmait Mac Cerbaill, contre l'ennemi par une barrière magique (airbe druad) qu'il traça en avant d'elle. Tous ceux qui franchissaient ce rempart fluidique étaient frappés de mort. Tous les vieux textes irlandais sont remplis de faits semblables ».

Presque toujours, les cercles de pierres dont nous venons de parler étaient disposés dans les clairières des forêts, car, en matière religieuse, la forêt garde toujours pour les Celtes son prestige auguste et sacré.

A l'époque druidique la nature n'était pas encore altérée par l'influence nocive, par le courant destructeur des passions. Elle était comme le grand médium, l'intermédiaire puissant entre le ciel et la terre. Les Druides, sous la voûte des arbres séculaires, dont les cimes étaient autant d'antennes qui attiraient les radiations de l'espace, recevaient plus facilement les intuitions, les inspirations, les enseignements d'en haut. Encore aujourd'hui, malgré tant de ravages subis, la forêt ne nous procure-t-elle pas une impression salutaire et réconfortante par ses effluves, une sorte de dilatation de l'âme ? C'est du moins ce que j'ai éprouvé moi-même tant de fois.

Certaines personnes, privées de facultés médiatrices, me demandent parfois comment s'y prendre pour entrer en rapport avec l'invisible. A cette question, je réponds : « Eloignez-vous du bruit des villes, enfoncez-vous dans la forêt, c'est dans la solitude des grands bois que l'on juge mieux la vanité des choses humaines et la folie des passions. A ces heures de recueillement, il semble qu'un dialogue intérieur s'établisse entre l'âme humaine et les puissances de l'Au-delà. Toutes les voix de la nature s'unissent, les murmures que la terre et l'espace chuchotent à l'oreille attentive, tout nous parle des choses divines, nous éclaire des conseils de la sagesse et nous enseigne le devoir. C'est ce que disait Jeanne d'Arc à ses interrogateurs de Rouen lui demandant si elle entendait toujours ses voix : « Le bruit des prisons m'empêche de les percevoir, mais si on me conduisait dans quelque forêt je les entendrais bien. »

Il en est de même de la science des mondes ; c'est une source incomparable d'élévation, car elle nous révèle tout le génie du Créateur. Au sein des enceintes sacrées, les Druides se livraient à des observations attentives et dans ce but possédaient des moyens qui faisaient l'étonnement des anciens.

Il est vrai que le défilé imposant des astres pendant les claires nuits d'hiver est un des spectacles les plus impressionnants que l'âme puisse goûter. Une paix sereine descend des espaces, on se sent comme dans un temple immense, la pensée s'élève alors d'un élan plus rapide vers ces régions supérieures, elle interroge ces milliers de mondes, il lui semble que leurs subtiles radiations répondent à ses appels. L'application des forces radiantes aux usages terrestres permet de croire qu'une transmission, même physique, n'est pas impossible à travers les abîmes de l'espace.

Les voies de la destinée qui nous sont ouvertes nous lient étroitement à ce splendide univers dont nous sommes comme esprits un élément impérissable, son avenir est le nôtre, nous poursuivrons avec lui et en lui notre évolution, nous participerons à son oeuvre, à sa vie, dans une mesure toujours grandissante.
1   ...   8   9   10   11   12   13   14   15   ...   24

similaire:

Le passé ne meurt jamais complètement pour l\Mission Catholique
«la mission de l’Eglise est de porter patiemment témoignage de Celui qui désire attirer à lui toute la création et chaque homme et...

Le passé ne meurt jamais complètement pour l\Pour saint Benoît, un monastère ne saurait être un milieu clos, inaccessible...
«surviennent» à toute heure. «Ils ne manquent jamais au monastère». Et «on les recevra comme le Christ lui-même» (rb 53, 16. 1)....

Le passé ne meurt jamais complètement pour l\Etudier une œuvre d’art
...

Le passé ne meurt jamais complètement pour l\Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le
«anatomique» homme/femme, et de son expression culturelle, le genre masculin/féminin, qui lui correspond. Le genre peut être considéré...

Le passé ne meurt jamais complètement pour l\Temps modernes Louis XIV, un monarque absolu
«Le trône royal n'est pas le trône d'un homme, mais le trône de Dieu lui-même. (…) IL n'y aque Dieu qui puisse juger de leurs jugements...

Le passé ne meurt jamais complètement pour l\Gabriel Lemonnier, salon de Madame Geoffrin en 1755,1812, Rouen, Musée des Beaux-Arts
Qu'est-ce que les Lumières ? La sortie de l'homme de sa Minorité, dont IL est lui-même responsable. [ ]

Le passé ne meurt jamais complètement pour l\Franz Kafka «Rapport pour une Académie»
«devenu» homme, qui, pour s’en sortir, a trouvé une issue, non pas la liberté, «bien souvent source d’illusion parmi les hommes»...

Le passé ne meurt jamais complètement pour l\En quoi l’écriture littéraire sous toutes ses formes est-elle particulièrement...
«Poète est celui-là qui rompt pour nous l’accoutumance. Et c’est ainsi que le poète se trouve aussi lié, malgré lui, à l’événement...

Le passé ne meurt jamais complètement pour l\«L’Homme pour qui sa patrie est douce, n’est qu’un tendre débutant;...

Le passé ne meurt jamais complètement pour l\Enseigner la Shoah à travers la littérature
«Au mois de juin 1942, un officier allemand s'avance vers un jeune homme et lui dit : "Pardon, monsieur, où se trouve la place de...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com