Le passé ne meurt jamais complètement pour l'homme. L'homme peut bien l'oublier mais IL le garde toujours en lui. Car tel qu'il est lui-même à chaque époque





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titreLe passé ne meurt jamais complètement pour l'homme. L'homme peut bien l'oublier mais IL le garde toujours en lui. Car tel qu'il est lui-même à chaque époque
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CHAPITRE II
-
L'IRLANDE.


L'histoire de l'Irlande à travers les siècles n'a été qu'un long martyrologe. Les persécutions subies obligèrent la moitié de la population à s'expatrier, à quitter pour des terres lointaines l'île verdoyante si chère aux coeurs celtiques. En moins d'un siècle elle tomba de huit millions à quatre millions d'habitants. C'est depuis lors que l'on rencontre des Celtes dans toutes les parties du monde.

Cette île est cependant, nous l'avons vu, le seul pays où la langue celtique ait revêtu un caractère et une forme officielle, Riche, souple, variée dans ses expressions, cette langue a donné naissance à une littérature abondante en laquelle se reflète toute l'âme irlandaise, mobile, impressionnable, sensible à l'excès, passionnée pour toutes les grandes causes.

J'ai suivi pendant quelque temps, au Collège de France, le cours de littérature celtique de d'Arbois de Jubainville. Il y avait parmi nous plusieurs Irlandais qui écoutaient avec avidité le récit des exploits de leur héros national Couhoulainn. Nous suivions le texte gaëlique sur un livre allemand, car il n'existait pas de traduction française et cette pénurie ne se rencontre pas seulement - faut-il l'avouer à notre honte ? - dans cet ordre d'études.

Le professeur nous enseignait que les manuscrits en langue gaëlique remontent jusqu'au V° siècle, et si l'on énumère tous ceux qui ont été publiés jusqu'au XV° on constate qu'ils représentent la matière d'un millier de volumes.

De cette oeuvre touffue se dégagent deux grandes sources d'inspiration auxquelles les écrivains irlandais ont eu souvent recours. D'abord, ce sont les Epopées primitives, recueil de faits héroïques relatifs à la lutte, longue et émouvante, des insulaires contre les Saxons envahisseurs et oppresseurs. C'est là que les combattants de la dernière guerre d'indépendance puisaient les exemples et le souvenir qui enflammaient leur courage, entretenaient leur enthousiasme patriotique.

Puis, c'est l'Histoire légendaire des bardes et les Triades qui, dans l'ordre philosophique et religieux, sont comme une sorte de Bible pour le monde celtique et dont la paternité est commune à l'Irlande et au pays de Galles. Elle ne fut fixée par l'écriture qu'au VIII° siècle, ou du moins on ne possède pas de manuscrits plus anciens. Mais il est établi que ces chants et ces Triades étaient transmis oralement de bouche en bouche, depuis des siècles, et que leur origine se perd dans la nuit des temps ; on sait que l'enseignement ésotérique des Druides était réservé aux seuls initiés et qu'on ne pouvait le transcrire que sous la forme d'une écriture végétale, symbolique, dont le secret n'était communiqué qu'aux adeptes.

Ce fut seulement lorsque le pouvoir des druides eut pris fin et que les bardes furent persécutés qu'on songea à recueillir cet enseignement et à le livrer à la publicité.

*

* *

On retrouve la trace de ces hautes inspirations dans toute l'oeuvre littéraire de l'Irlande, jointe à ce culte ardent de la nature qui est une des formes du génie celtique. Sa riche poésie reflète le charme pénétrant de cette île verdoyante avec ses forêts profondes, ses lacs sombres, ses horizons brumeux et les côtes abruptes, déchiquetées, où le flot jette sa plainte éternelle.

Partout flottent des essaims d'âmes : lutins, gnomes, farfadets, génies tutélaires ou malfaisants auxquels se mêlent les âmes des morts, les esprits des défunts que leur fluide matériel, leurs passions, leurs haines, leurs amours enchaînent à la terre et qui errent dans l'attente d'une réincarnation nouvelle, car, sur ce point, les textes sont formels, l'Irlande croyait à la pluralité des existences humaines.

A toutes les époques, et plus peut-être qu'aucun autre pays, l'Irlande a donc eu l'intuition, le sens intime et profond de la vie invisible, du monde occulte, de cet océan de forces et de vie, peuplé de foules innombrables dont l'influence s'étend sur nous et, selon nos dispositions psychiques, nous protège ou nous accable, nous attriste ou nous ravit.

C'est pourquoi, dans l'histoire de l'Irlande - comme en Ecosse - les sorcières jouent un grand rôle. Les saints eux-mêmes possèdent des pouvoirs mystérieux qu'on pourrait assimiler au magnétisme et au don de la médiumnité. Pour s'en convaincre, on peut lire les biographies de saint Patrich et de saint Colomban, patrons de l'île.

Deux belles et nobles figures se détachent de la foule des écrivains et des poètes irlandais contemporains. Car c'est une véritable foule qu'un subtil écrivain : S. Téry, passe en revue dans sa consciencieuse et captivante étude sur le mouvement littéraire dans l'île8.

De ces deux grandes figures l'une est celle de W. B. Yeats qui est considéré comme le chef de la renaissance des lettres irlandaises et le plus grand des poètes de langue anglaise de notre temps. « Pénétré d'influences gaëliques, il puise son inspiration aux antiques sources nationales, exprime l'âme nostalgique et passionnée de l'Irlande. »

Etant entré dans l'intimité du grand poète, S. Téry le définit d'une façon originale : « Yeats et sa femme, comme tant d'Irlandais, sont des adeptes des sciences occultes, ces gens-là s'entretiennent d'esprits et de fantômes comme ils feraient de vieilles connaissances, ils se penchent curieusement sur les abîmes de l'inconnu, ils se meuvent avec ravissement au milieu des phénomènes mystérieux desquels nous nous détournons, parce que nous frissonnons de ce que nous ne comprenons pas. Sa muse, parce qu'elle est celte, aime à s'envelopper de voiles. Toute l'oeuvre de Yeats est pénétrée d'un vague mysticisme, elle se ressent de l'intérêt que lui ont inspiré la théosophie, les sciences occultes. »

Un autre écrivain d'un haut talent exerce une influence non moins considérable sur son pays ; c'est Georges Russell, considéré comme « la conscience de l'Irlande ». S. Téry nous le présente en ces termes :

« Par l'ascendant d'une personnalité magnétique, d'une vie pure, d'une âme parfaite, il a réuni autour de lui tout ce qu'il y avait d'intelligent et de noble en Irlande, il a multiplié l'inspiration de tous, il leur a communiqué sa flamme.

«Le mysticisme de Yeats est plutôt poétique, instinctif, celui de Russell est conscient, réfléchi. Des vagues aspirations sentimentales de la race celte vers l'inconnu, le mystère du monde, Russell a fait une philosophie, un principe d'action. Lui aussi est un adepte des sciences occultes, mais, chaque fois qu'on l'interroge sur ses rapports avec l'invisible, il se montre plein de discrétion. Lorsqu'on le presse, il dit seulement : « Ce que je sais est peu de chose, j'ai découvert que la conscience peut exister en dehors du corps, qu'on peut parfois voir des gens qui sont très loin, qu'on peut même leur parler à des centaines de kilomètres : on m'a parlé à moi-même de cette façon. Je sais par expérience que des êtres sans corps physiques peuvent agir sur nous profondément. L'un d'eux a versé de la vie en moi, et tant que cela a duré, il me semblait être fouetté d'électricité. Je suis convaincu que je me souviens de vies passées, et j'en ai causé avec des amis qui s'en souvenaient également : nous avons même parlé ensemble des endroits où nous avions vécu. Et j'ai vu aussi des êtres élémentaires, et je les ai regardés avec ceux qui étaient mes compagnons de découverte9... »

L'oeuvre de Russell est riche en échappées sur l'Infini et sur l'Au-delà. C'est ainsi qu'il écrit en tête de son premier livre, Vers la Patrie : « Je sais que je suis un Esprit et que je suis parti autrefois du Moi ancestral vers des tâches non encore achevées, mais toujours rempli de la nostalgie du pays natal. » Et il affirme les existences successives « qui sont autant d'étapes conduisant vers la sagesse, la purification dans l'essence divine ».

A ces deux noms d'écrivains, Yeats et G. Russell, justement célèbres, nous pourrions en ajouter un grand nombre d'autres moins connus, car la littérature de l'Irlande est une des plus riches de l'Europe par la variété et la valeur des ouvrages qui la composent. Elle exprime avec une sensibilité exquise, en même temps qu'une grande force, les aspirations, les rêves, les joies et les angoisses de l'âme celtique.

A travers l'histoire dramatique de cette île qui a su, par ses seuls moyens, et sans aucun secours du dehors, reconquérir son indépendance, on retrouve, sous la plume de ses écrivains, ce même goût des mystères de l'Au-delà, du sens caché des choses, de ce sentiment profond de l'occulte qui caractérise cette race.

Sous les voiles du Christianisme paraît l'âme primitive des anciens Celtes. Elle vibre dans la poésie gaëlique comme les cordes de la harpe d'Ossian. Le monde invisible est pour ses bardes une réalité vivante, et s'il leur arrive parfois de lui prêter des noms et des formes fantaisistes, ils ne reconnaissent pas moins, sous ses aspects divers et changeants, la survie et l'immortalité de l'âme humaine.

Pourtant, de nos jours, le sentiment de l'occulte a pris en Irlande des contours plus nets et plus précis. Il a revêtu une forme expérimentale en devenant une science, une méthode qui a ses règles et ses lois. Dans ce pays, comme dans tout l'Occident, les phénomènes d'outre-tombe sont maintenant observés, étudiés par des techniciens familiarisés avec les procédés de laboratoire, et qui poursuivent ces expériences dans un rigoureux esprit de contrôle avec une attention scrupuleuse.

Les résultats obtenus par le professeur Crawford de Belfast, avec Miss Goligher, ont eu un grand retentissement. Mais l'oeuvre la plus importante dans cet ordre de faits est certainement celle de Sir W. Barrett, professeur à l'Université de Dublin, membre de l'Académie royale des sciences, et l'un des fondateurs de la Société des recherches psychiques de Londres, dont il fut président honoraire. Son livre Au Seuil de l'Invisible, traduit en français et publié en 1923, est l'un des plus remarquables qui ait été écrit sur ce vaste sujet10. Il résume, sous une forme claire et avec une grande profondeur de vues, les fruits d'un demi-siècle d'observations et d'expériences. Nous ne saurions trop en recommander la lecture, tout en nous bornant à en citer les belles conclusions :

« Le changement le plus radical de la pensée depuis l'ère chrétienne suivra probablement l'acceptation par la science de l'immanence du monde spirituel. La foi cessera de chanceler en s'efforçant de concevoir la vie de l'invisible, la mort dépouillera la terreur qu'elle inspire aux coeurs chrétiens eux-mêmes, les miracles ne paraîtront plus les reliques superstitieuses d'un âge barbare. Au contraire, si comme je le crois, la télépathie est indiscutable, si les êtres de la création s'impressionnent l'un l'autre sans la voix ni la parole, l'Esprit Infini dont l'ombre nous couvre se sera sans doute révélé au cours des siècles aux coeurs humains capables de lui répondre.

« A quelques âmes privilégiées furent données l'ouïe intérieure, la clairvoyance, la parole inspirée, mais tous nous percevons parfois une voix au-dedans de nous-mêmes, faible écho de cette vie plus large que l'humanité exprime lentement, mais sûrement, à mesure que les siècles s'écoulent. Pour ceux mêmes qui étudieront ces phénomènes au seul point de vue scientifique, le gain sera immense en rendant plus évidente la solidarité humaine, l'immanence de l'invisible, la domination de la pensée et de l'esprit, en un mot, l'unité transcendante et la continuité de la vie.

« Nous ne sommes pas séparés du Cosmos ni perdus en lui : la lumière des soleils et des étoiles nous arrive, la force mystérieuse de la gravitation unit les différentes parties de l'univers matériel en un tout organique ; la plus petite molécule et la trajectoire la plus lointaine sont assujetties au même milieu. Mais au-dessus et au-delà de ces liens matériels est la solidarité de l'esprit. De même que la signification essentielle et l'unité d'un rayon de miel ne sont pas dans la cire des cellules, mais dans la vie et le but commun de leurs constructeurs, de même le vrai sens de la nature n'est pas dans le monde matériel, mais dans l'esprit qui lui donne son interprétation, qui supporte et unit, qui dépasse et crée le monde phénoménal à travers lequel chacun de nous passe un instant. »
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