Bonjour Virginia ! Dans cette nouvelle émission «des hauts lieux des académiciens», nous évoquerons l’Algérie au travers de l’œuvre d’une femme





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Algérie d’Assia Djebar

Danielle : Bonjour Virginia ! Dans cette nouvelle émission « des hauts lieux des académiciens », nous évoquerons l’Algérie au travers de l’œuvre d’une femme, algérienne, musulmane et….académicienne : il s’agit d’Assia Djebar.

Virginia : Assia Djebar, c’est son nom de romancière. Elle s’appelle en fait Fatma-Zohra Imalhayène. Elle est née en 1936 à Cherchell, à environ 150 km à l’Ouest d’Alger. Cette ville, l’ancienne Césarée de Maurétanie célèbre pour ses mosaïques, est bâtie entre la mer et des collines couvertes de vigne.

Son père était instituteur, issu de l’Ecole normale musulmane d’instituteurs de Bouzaréah ; sa mère Bahia Sahraoui, appartenait à une famille berbère du Dahra.

Avec l’accord de son père, Fatma-Zohra Imalhayène fait des études françaises classiques en Algérie puis à Paris. En 1955 elle entre à l’Ecole Normale supérieure de jeunes filles de Sèvres où elle étudie l’Histoire. La guerre d’indépendance de l’Algérie, on disait à l’époque « les évènements d’Algérie », débute le 1er novembre 1954.

Assia Djebar publie son premier roman La Soif en 1957 : elle a 21 ans ! Elle se consacre ensuite, pendant de longues années, à l’enseignement, au théâtre et au cinéma. Elle fera de nombreux allers-retours entre la France, l’Algérie et le Maghreb. Actuellement elle enseigne la littérature française à l’université de New York.

Danielle : Assia Djebar écrit en français et tente « de se dire dans l’entrebâillement entre 3 langues : le français  et ses deux langues ancestrales, le berbère et l’arabe.» Elle ajoute que son « français doublé par le velours mais aussi par les épines des langues autrefois occultées, cicatrisera ses blessures mémorielles. »

Son œuvre, traduite en 24 langues est couronnée de nombreux prix, surtout à l’étranger. En 2000 elle reçoit le Prix de la Paix, décerné en Allemagne aux auteurs les plus prestigieux. Enfin, en 2005, elle est élue à l’Académie française.

Dans le discours qu’elle prononce lors de sa réception à l’Académie française, elle affirme que « le français est pour elle presqu’une seconde peau, qu’il est le lieu du creusement de son travail, le tempo de sa respiration au jour le jour ».

Virginia : Ses romans traitent de l’histoire algérienne, de la situation des femmes et des conflits autour des langues en Algérie.

La guerre, la mort courent en filigrane dans son œuvre où vibrent les corps, la lumière, les rythmes et les sons.

Voici un premier extrait tiré des Nuits de Strasbourg, publié en 1997 : la fécondation des palmiers dattiers :

LES NUITS DE STRASBOURG p86 -88

« — Pourquoi, répète-t-elle, ai-je l’envie de parler des palmiers d’autrefois?...

Au début du printemps : au moment de la fécondation. Jusqu’à mes dix ou onze ans, ma mère m’envoyait, durant les vacances scolaires, dans l’oasis où vivaient encore les frères, les neveux et les cousins de mon père. Elle ne venait pas, elle, ou si rarement. Et moi, chez Djeddi que j’ai perdu à vingt ans, je ne vais désormais là-bas que pour des séjours très courts c’était la fête, la liberté elle s ‘arrêta, rêva si bien qu’elle suspendit ses gestes, ses frôlements, s ‘absenta un instant, engloutie, si loin et en arrière. C’est alors la reviviscence des plantes. des arbres, des moindres pousses, sais-tu, c’est le temps des amours... pour les palmiers!

Elle demandait sérieusement :

Un palmier, tu sais comment se fait sa fécondation?

Je sais seulement, répondit-il, que le palmier-dattier a un nom en botanique, et c’est le ‘phœnix “.

Le phénix, s’étonna-t-elle, l’oiseau de renaissance?

Exactement, dit-il, celui qui va jusqu’en Haute-Egypte, à Héliopolis, pour mourir, et renaître de ses cendres...

Ce n’est pas par hasard, rêva-t-elle un instant, puis elle se replongea dans son enfance... Dans une palmeraie, il y a beaucoup d’arbres femelles et seulement quelques arbres mâles... A l’état sauvage, m’a-t-on dit (mais ensuite, je l’ai vérifié dans Pline l’Ancien), au temps de la floraison, là-haut au sommet des palmes, c ‘est le vent qui, faisant ouvrir les fleurs, envoie la poussière de cette efflorescence vers les arbres femelles...

Moi, ce qui me fascinait enfant, c’était comment, en ce début de printemps, les hommes de l’oasis aidaient à la copulation... C’étaient toujours les deux ou trois jeunes gens les plus vigoureux qui grimpaient prestement le long des stipes mâles, un sac sur le dos; ils détachaient délicatement là-haut la semence qu’ils conservaient dans leur sac... Je restais la tête levée pour admirer comment les jeunes grimpeurs redescendaient : chacun d’eux, comme un danseur, se fichant sur une palme qui se déploie en arc de cercle s’inclinant peu à peu jusqu’ ‘au sol... C’est ainsi qu‘ils se laissent glisser; presque voluptueusement...

Le plus dur reste à faire alors: regrimper sur chaque arbre femelle, et, de la main, entrouvrir, en son sommet, chaque fleur... Le faire ainsi dix, vingt, trente fois pour chaque arbre dont les régimes s’alourdiront, au moment des premières chaleurs, des fameux fruits d’or...

— “Deglet en nour’ dit-il doucement, ce sont les plus belles dattes, celles de ton oasis?
Certes, dit-elle, mais je pourrai te réciter, une autre fois comme déclaration d’amour, enfin, déclaration de désir rectifia-t-elle les noms arabes de vingt espèces au moins de dattes, y compris ces “doigts de lumière” de chez moi! »

Virginia : Tout au long de ses ouvrages, Assia Djebar ne cesse de dénoncer la condition des femmes musulmanes en Algérie et milite pour leur liberté.

Voici deux courts extraits :

Le premier est tiré de Nulle part dans la maison de mon père, publié en 2007, livre où elle raconte son enfance et ses souvenirs personnels : la bicyclette (Pages 47-53)

« Une scène, dans la cour de l’immeuble pour instituteurs me reste toutefois comme une brûlure, un accroc dans l’image idéale du père que malgré moi — sans doute parce qu’il est irréversiblement absent — je compose.

Cette cour, assez large, est séparée de la rue; notre immeuble se dresse dans le centre même du village, face à la mairie et au kiosque, sur une placette devenue le cœur de la vie publique «européenne» dans ce bourg de colonisation datant environ d’un siècle (au pied des sommets de l’Atlas qui, après avoir été le lieu des combats de la conquête française, allaient bientôt se renflammer, une décennie plus tard), dans cet enclos, donc, presque privilégié par sa paix, devenu un havre pour nos jeux, nous, enfants d’instituteurs, jouions là, dans l’ignorance provisoire de nos différences. J’avais le droit d’y rester, une heure au plus chaque soir, mais des heures entières parfois, les jeudis et dimanches.

Nous lancions tout bonnement la balle contre le mur, mus par une émulation consciencieuse; quelquefois c’était le jeu de la marelle. Plaisirs simples dont il ne me reste aucune scène particulière, seulement le charme de la répétition, avec quelques criailleries, de joie ou de déception.

Mais, lorsque je voulus à mon tour — à quatre ou cinq ans, je ne sais plus — apprendre à monter à vélo, de ce passé quelque chose vrille dans ma mémoire, devient blessure, griffure.

Aidée du fils de l’institutrice, une veuve, notre plus proche voisine, j’ai ce jour-là enfourché une bicyclette et, après quelques tentatives timides, je me suis sentie prête à garder presque seule l’équilibre. Je ne me souviens même pas d’être tombée ou d’avoir eu peur. Mon cœur bat, certes, je vais être autonome; bientôt, comme les autres, j’irai faire un tour d’abord dans cette cour, puis à travers le village, libre et volant, m’envolant... Mais je rêve déjà : j’ai dû tomber une première fois; je remonte, je suis résolue, têtue... Je suis sûre que je vais maîtriser seule cet engin. Le garçon qui m’aide d’un bras, contrôlant la poignée de la machine, m’encourage doucement.

Sur ce, mon père apparaît, revenant du village; je le vois, je continue à braquer la roue, à... Il a fait comme s’il ne me regardait pas; il a marché d’un pas vif jusqu’à l’escalier qui conduit aux appartements. De là, il s’est retourné à peine et, d’une voix métallique, il m’a appelée par mon prénom. Sans plus.

Je n’ai même pas cherché à lui dire: « Attends! Je ne vais pas descendre tout de suite : sois spectateur de ma victoire! Dans un instant tu vas me voir tenir seule, en équilibre sur la machine!»

Le père a répété encore plus haut mon prénom : c’était vraiment un ordre ! Surprise, déçue, je suis descendue du vélo, je n’ai rien dit au garçon français, pas même « Merci! », ou «Je vais revenir, attends !».

Je me vois monter en silence l’escalier derrière mon père, qui, lui, entre en trombe dans l’appartement, me tient la porte, la referme, puis s’exclame, comme si la phrase qu’il profère il la portait en lui depuis son entrée dans la cour :

Je ne veux pas, non, je ne veux pas — répète-t-il très haut à ma mère, accourue et silencieuse —, je ne veux pas que ma fille montre ses jambes en montant à bicyclette !

Puis, sans attendre, il rejoint leur chambre — qui, lorsqu’il est là, devient le lieu inviolable du couple que forment mes parents, aussi bien pour moi que pour ma grand-mère — ici comme l’ombre absente de ce souvenir qui m’écorche.

Danielle : Pour terminer, un extrait d’Ombre sultane, publié en 1987 : sur l’enfermement d’une femme chez elle et son désir de sortir dévoilée. (Pages 48-53)

« …Surgissant au-dehors, tu sens peser sur ton dos le regard du concierge. Tu dévales la première pente de la première rue. Faisant halte sous un balcon, tu reprends ton souffle…

Tu reprends une respiration normale. Depuis que tu as claqué la porte, la peur te mord, comme si c'était ta première évasion. Tu sors un mouchoir sous ton voile; tu t'essuies le cou, le front, les joues. Il ne fait pas chaud, malgré l'éclat de la lumière. Une brise fait mouvoir des jeux d'ombres sur les murs. Quelqu'un, derrière une persienne, laisse chauffer une théière, infuser de la menthe fraîche. Rue désertée; presque un sentier de village.

Tu marchais à l'ombre; tu vas au soleil. Si les rayons t'enveloppaient les bras, te pénétraient aux aisselles, si...
Sous la laine usée du haïk, ta robe de coton mauve est échancrée jusqu'à la poitrine, avec des manches pointant au-dessus des épaules; tu l'as choisie pour ses plis qui tombent jusqu'à mi-mollet, qui te laisse la démarche non entravée.


Ta main tâte le tissu.

Tu as débouché dans une avenue encombrée de voitures, de bus bondés qui peinent en sens inverse.

« Je traverse là... Après! »

Tu te concentres. Brusquement tu cours pour traverser. Une automobile ralentit en grinçant. Une injure d'homme, suivie d'un rire. Tu ne te retournes pas, éperdue de confusion. Tu t'enfonces dans une ruelle entre des rangées de maisons avec des jardins ceinturés de hauts murs. « Après !.. »

Là, tu te décides avec violence: « enlever le voile! ». Comme si tu voulais disparaître... ou exploser!

A un carrefour poussiéreux, deux garçons d'une dizaine d'années, en culottes courtes et chaussés d'espadrilles, arrivent à ta hauteur. Ils se pressent, ne te remarquent pas. L'un se retourne un instant, négligemment; l'autre porte avec raideur sur la tête un couffin couvert de linges.

La laine du voile glisse sur ta chevelure tandis que tu ralentis le pas; tu te représentes ta propre silhouette, tête libre, cheveux noirs tirés. La tresse qui faisait des plis sous le tissu pointe à son tour. Tu as un sursaut du torse. Tes mains vont à ton col, elles tremblent :

« Dehors... ô Dieu! Ô doux Envoyé de Dieu! »

Tu marches, tu sautilles. Ton pied s'arrête; d'un mouvement bref de danseuse, tu secoues une épaule, l'autre: d'un coup, la laine tombe sur tes hanches, dévoile ton corsage. La laine du suaire.

Le tissu est maintenant amoncelé autour de ta taille. Ton pied reste en arrêt, l'autre arc-bouté sur la pointe. Ton cœur palpite. Ta main droite tire alors l'étoffe, en fait un tas qui traîne jusqu'au sol. Tu avances de nouveau, seulement d'un pas : tu t'arrêtes sous un arbre. L'exubérance des parfums t'agresse: l'aubépine de la haie, puis une herbe sauvage que tu ne reconnais pas. Une profusion de senteurs, douces ou acides, t'enveloppe, te retient...

Enfin tes bras en action plient le voile: en deux, en quatre, en huit! La flaque de soleil s'est étalée: elle envahit la ruelle.

Tu mets le haïk sous le bras: tu avances. Tu t'étonnes de te voir marcher d'emblée d'un pas délié sur la scène du monde!

La ruelle dessine d'autres méandres. De ta main libre, tu touches ta natte sur la nuque, tu vérifies la barrette qui retient tes cheveux... Tu ne veux pas te hâter, tu vas te présenter aux regards de tant d'inconnus, tous ceux que Dieu mettra sur ton chemin!

« Dehors... et nue! »

L'émotion te submerge... Tu tentes d'éteindre ta panique:

« Les hommes de ma famille, l'oncle, le frère, les trois cousins paternels qui viennent une fois par an de leur ferme éloignée, tous détourneraient les yeux avec respect, ils se diraient que mon mari m'a fait enlever le voile! »

« Sortir nue! songes-tu. Voilà que l'enfance revient! Ô pierre noire de La Mecque! »

Pour un peu, tu te sentirais suffoquer !... C'est l'ivresse, tout simplement.

Danielle : Nous espérons vous avoir donné envie de vous plonger dans les romans d’Assia Djebar.

Au revoir et Merci de vous fidélité à l’écoute de Canal Académie.

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