Littérature québécoise





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Chapitre II



L’administration de sir James Craig

1801-1811


De 1800 à 1805 il y eut un moment de calme. Les élections générales de 1800 portèrent à l’Assemblée quatre conseillers exécutifs, trois juges et trois autres fonctionnaires. C’était une garantie de sa soumission. La législature s’était réunie le 8 janvier 1801. Jean-Antoine Panet fut réélu président de la Chambre d’assemblée. On s’empressa aussitôt de renouveler la loi rendue en 1797 pour la sûreté du gouvernement. On autorisa également l’établissement de l’Institution Royale, créée en apparence pour « l’encouragement de l’instruction publique », mais destinée, dans la pensée de ses promoteurs, à faciliter l’anglicisation du pays. La direction de l’enseignement, par cette dernière mesure, se trouva entre les mains du pouvoir exécutif. Le gouverneur nomma les administrateurs, désigna les paroisses où l’on ouvrirait des écoles, choisit des instituteurs ; et à sa demande le roi dota en terres deux collèges qu’on se proposait de fonder, l’un à Québec, l’autre à Montréal. L’évêque protestant fut appelé à la présidence de l’Institution : cela la rendit impopulaire dès le principe. [Au surplus, elle n’exista jamais que de nom]. Les Canadiens, qui ne voulaient abjurer ni leur langue, ni leurs autels, la repoussèrent ; et elle ne servit, pendant plus d’un quart de siècle, qu’à mettre obstacle à un système d’éducation plus conforme à leurs vœux.

Malgré l’impulsion que la guerre entre la France et l’Angleterre donna, en 1801, au commerce et surtout à la construction des navires, qui commençait à devenir une branche importante de l’industrie canadienne, plusieurs sujets soulevèrent des discussions parmi les hommes avancés des partis politiques. L’usurpation des biens des Jésuites, les entraves mises à la concession des terres et à la fondation légale des nouvelles paroisses, la composition du Conseil législatif, la politique d’exclusion qui écartait les Canadiens des charges publiques, le désir que les marchands anglais avaient d’asseoir la taxe sur la propriété foncière et par conséquent sur l’agriculture, toutes ces questions furent débattues et, selon le degré de méfiance ou de jalousie, de crainte ou d’espoir des esprits, elles imprimèrent plus ou moins d’énergie à l’opinion publique.

Sir Robert Shore Milnes n’avait pas une pleine confiance dans les Canadiens. Il s’était plaint au ministre, le duc de Portland, de l’indépendance absolue des habitants vis-à-vis de leurs seigneurs, et du clergé catholique vis-à-vis du gouvernement ; il lui avait écrit aussi touchant la nécessité de licencier la milice, qu’il n’était pas prudent de discipliner, vu que le Canada était un pays de conquête. Le ministre lui répondit, le 6 janvier 1801, que l’indépendance des habitants vis-à-vis de leurs seigneurs était une chose fâcheuse, mais qu’étant un effet des lois et des coutumes, le mal était probablement sans remède. À l’égard de l’indépendance du clergé catholique, il ignorait pourquoi les instructions royales n’avaient pas été suivies d’après ces instructions, « personne ne pouvait entrer dans les ordres sacrés ou prendre charge d’âmes sans en avoir obtenu d’abord la permission du gouverneur ». Quant à la milice, les lois de 1794 et de 1796 pouvaient être changées de manière à donner plus d’influence au gouvernement sur les miliciens.

Pendant que le pouvoir exécutif organisait un système d’écoles anglaises, il s’occupait aussi de l’érection des paroisses protestantes, en vue de les substituer par la suite aux paroisses catholiques. Le lieutenant-gouverneur et le ministre des colonies étaient en correspondance à ce sujet. Le procureur général Sewell fit un rapport favorable aux sentiments de ses coreligionnaires (1801). Ryland recommanda, en 1804, de ne laisser à personne le soin des âmes sans une licence du gouverneur, et de faire observer strictement les instructions royales, afin d’établir la suprématie de la Couronne et d’abolir l’autorité du pape. Dès lors le pays deviendrait protestant. Il voulait qu’on s’emparât des biens des séminaires et de quelques autres institutions religieuses ; et que le roi nommât un surintendant de l’Église romaine, avec un adjoint. Telles étaient les opinions de l’un des hommes influents du gouvernement. Herman-W. Ryland, qui fut le secrétaire intime de tous les gouverneurs du Canada depuis lord Dorchester jusqu’à sir George Prevost, et ensuite secrétaire du Conseil exécutif et membre du Conseil législatif, était venu jeune à Québec. Il resta jusqu’à sa mort l’ennemi implacable des Canadiens et des catholiques.

Au terme du troisième parlement de 1804, il y eut en juillet de nouvelles élections, qui modifièrent peu la physionomie des partis. Il ne fallait qu’une occasion pour que la lutte recommençât. Une question apparemment sans importance, souleva pendant la session de 1805, des débats sur le principe de l’impôt. [De nouveau, Jean-Antoine Panet occupait la présidence de la Chambre d’assemblée]. Il s’agissait donc de bâtir des prisons. La Chambre imposa des droits sur les marchandises pour subvenir à cette dépense, malgré les efforts de la minorité, qui voulait une taxe foncière. Cette minorité, composée en partie de marchands, soutenait qu’on ferait grand tort au commerce en mettant à sa charge les dépenses publiques, et qu’il fallait se garder de le gêner, si l’on désirait favoriser le développement du pays. On lui répondit que, quelque système qu’on adopterait, la taxe serait payée par le consommateur, et qu’imposer l’agriculture dans un pays nouveau, où l’on devait encourager par tous les moyens ce premier des arts, c’était porter atteinte à la prospérité publique et au commerce lui-même.

Une fois la lutte engagée, il ne manqua pas de sujets pour l’entretenir. Pour ne citer qu’un exemple, le gouverneur avait refusé d’augmenter les appointements d’un traducteur français du nom de P.-E. Desbarats. La Chambre en fut blessée. Elle regarda ce refus comme une nouvelle marque des mauvaises dispositions du pouvoir envers les Canadiens ; car la question d’argent elle-même ne méritait pas qu’on détruisît la bonne entente qui subsistait encore. Elle venait de se constituer en comité pour délibérer sur cette affaire, quand la législature fut subitement prorogée.

Sir Robert Milnes repassa en Europe (5 août 1805). Il laissa l’administration au doyen du Conseil exécutif, Thomas Dunn, qui était un ancien marchand de Québec. Il entrait en fonction le 31 juillet. Il convoqua les Chambres pour le 22 février 1806. L’humeur que les députés avaient montrée vers la fin de la session ne s’était pas calmée dans l’intervalle. Ils voulurent sévir contre les journaux qui avaient critiqué leur vote sur l’impôt et décrétèrent de prise de corps l’éditeur de la Gazette de Montréal, [fondée en 1785. Il s’agissait en fait d’un compte rendu de banquet paru dans ce journal (1er avril 1805) et que l’on jugeait diffamatoire pour les membres des deux Chambres. Un comité d’enquête fut nommé. Mais l’affaire n’eut pas de suite]. L’éditeur du Mercury, journal établi à Québec en 1805, voulut prendre sa défense, et n’échappa à la prison qu’en reconnaissant sa faute. Leur délit ne méritait point ce châtiment, qui au reste portait atteinte aux droits populaires, comme à l’indépendance de la Chambre elle-même, en touchant à la liberté de la presse.

Cependant le parti mercantile, qui savait quelle influence il avait exercée de tout temps sur l’Angleterre, pria le roi d’apposer son veto au bill des prisons. La Chambre résolut aussitôt, sur la proposition de Pierre Bédard, de prier Sa Majesté de le sanctionner, et envoya à Londres un mémoire où elle exposait ses motifs. « L’Assemblée estime, disait-elle, qu’il n’y a aucun parallèle à faire entre les anciens pays de l’Europe et le Canada, pour ce qui regarde la convenance de taxer les terres. En Angleterre et dans les pays où l’agriculture a rendu les terres à peu près d’égale valeur, une taxe territoriale pèse également sur toutes ; mais en Canada, où l’agriculture laisse tant d’inégalité, une taxe par arpent, comme celle qu’on a proposée, serait inégale et sans proportion, car celui dont le fonds ne vaut que six deniers l’arpent, payerait autant que celui dont le fonds vaut, l’arpent, soixante livres (de France). La taxe pèserait donc plus sur ceux qui commencent à défricher que sur les autres, et par là les nouveaux colons seraient chargés de la plus forte partie du fardeau, tandis qu’ils ne doivent recevoir que des encouragements.

« Une taxe basée sur la valeur approximative de chaque terre est pareillement impraticable. Les frais d’estimation et de perception seraient plus à charge que la taxe même.

« Du reste, une taxe foncière serait injuste, en ce que les habitants des villes, dont les richesses sont en effets mobiliers, en seraient exempts.

« L’Assemblée croit qu’un impôt sur le commerce en général, et sur les articles taxés par la loi en particulier, sera moins senti et plus également réparti ; que le consommateur paie en dernier lieu ; que bien qu’il ait été objecté que les marchands sont ici dans des circonstances plus désavantageuses qu’ailleurs, parce qu’ils n’ont pas la facilité de réexporter leurs marchandises, cette circonstance, au lieu d’être désavantageuse, est favorable puisqu’elle leur permet de régler le commerce et de faire payer l’impôt par le consommateur, vu qu’ils ne sont en concurrence qu’avec des marchands qui payent les mêmes droits qu’eux » (Journal de la Chambre d’assemblée, 1806).

En vain le parti de l’opposition, dirigé par Richardson, avait-il voulu faire tomber la proposition de Bédard au moyen d’un amendement, elle avait été adoptée par une majorité de plus des deux tiers. Ainsi fut confirmée, après de longs débats, la décision prise précédemment sur la grande question du principe de l’impôt, principe qui n’a pas cessé depuis de servir de base au système financier du pays. Elle le fut conformément à l’intérêt de ces nouvelles contrées, dont le premier besoin est de changer les immenses forêts qui les couvrent en champs cultivés et fertiles. La loi fut sanctionnée.

Tout cela accrut encore l’aigreur des esprits. La contestation prit, comme de coutume, un caractère de jalousie nationale. Le commerce, ne pouvant se contenir après l’échec qu’il venait d’éprouver, éleva de nouveau la voix contre l’origine étrangère de ses adversaires. « Cette province, disait le Mercury (de Québec), est déjà trop française pour une colonie britannique... Que nous soyons en guerre ou en paix, il est essentiel que nous fassions tous nos efforts, par tous les moyens avouables, pour nous opposer à l’accroissement des Français et de leur influence... Après une possession de quarante-sept ans, il est juste que la province enfin devienne anglaise. » Ce cri, jeté par les hommes les plus violents du parti, mais qui fut désavoué aussitôt par les hommes modérés, avait été inspiré surtout par le bruit qui courait, que les Canadiens étaient sur le point d’établir à Québec un journal français pour défendre leurs droits politiques et revendiquer en leur faveur tous les avantages de la constitution.

Le Canadien commença à paraître le 22 novembre 1806. [Ce premier journal, rédigé entièrement en langue française, parut d’abord jusqu’en mars 1810 ; il était hebdomadaire. Il eut pour fondateurs Pierre Bédard, François Blanchet, Louis Bourdages, Jean-Thomas Taschereau, Jean-Louis Borgia et J. Planté, qui étaient tous membres de la Chambre d’assemblée.] « Il y a déjà longtemps, lisait-on dans le prospectus du Canadien, que des personnes qui aiment leur pays et leur gouvernement, regrettent que le rare trésor que nous possédons dans notre constitution demeure si longtemps caché, la liberté de la presse... Ce droit qu’a le peuple anglais d’exprimer librement ses sentiments sur tous les actes publics de son gouvernement, est ce qui en fait le principal ressort... C’est cette liberté qui rend la constitution anglaise si propre à faire le bonheur des peuples qui sont sous sa protection. Tous les gouvernements doivent avoir ce but, et tous désireraient peut-être l’obtenir ; mais tous n’en ont pas les moyens. Le despote ne connaît le peuple que par le portrait que lui en font les courtisans, n’a d’autres conseillers qu’eux. Sous la constitution d’Angleterre, le peuple a le droit de se faire connaître lui-même par le moyen de la presse ; et par l’expression libre de ses sentiments, toute la nation devient, pour ainsi dire, le conseiller privé du gouvernement.

« Le gouvernement despotique, toujours mal informé, est sans cesse exposé à heurter les sentiments et les intérêts du peuple, qu’il ne connaît pas, et à lui faire, sans le vouloir, des maux et des violences dont il ne s’aperçoit qu’après qu’il n’est plus temps d’y remédier : de là vient que ces gouvernements sont sujets à de si terribles révolutions. Sous la constitution anglaise, où rien n’est caché, où aucune contrainte n’empêche le peuple de dire librement ce qu’il pense, et où le peuple pense, pour ainsi dire, tout haut, il est impossible que de pareils inconvénients puissent avoir lieu : et c’est là ce qui fait la force étonnante de cette constitution, qui n’a reçu aucune atteinte, quand toutes celles de l’Europe ont été bouleversées les unes après les autres.

« Les Canadiens, comme les plus nouveaux sujets de l’Empire, ont surtout intérêt à n’être pas mal représentés.

« Il n’y a pas bien longtemps qu’ils se sont vus en butte à de noires insinuations dans un journal publié en anglais, sans avoir la liberté d’y insérer un mot de réponse. Ils ont intérêt à dissiper les préjugés ; ils ont intérêt surtout à effacer les mauvaises impressions que les coups secrets de la malignité pourraient laisser dans l’esprit de l’Angleterre et du roi lui-même... On leur a fait un crime d’employer leur langue maternelle pour exprimer leurs sentiments et se faire rendre justice ; mais les accusations n’épouvantent que les coupables : l’expression sincère du loyalisme est loyale dans toutes les langues. »

Ce journal marqua l’ère de la liberté de la presse en Canada. Avant lui, aucune feuille n’avait encore osé discuter les questions politiques, comme en Angleterre. La polémique que souleva le Canadien se fit d’abord presque entièrement sous forme de correspondances anonymes ; il donna néanmoins une réelle impulsion aux idées constitutionnelles, et à ce titre son nom mérite d’être placé à la tête de l’histoire de la presse de ce pays.

L’état de nos relations avec nos voisins commençait alors à attirer l’attention publique. Les guerres terribles de la Révolution française avaient excité dans la république américaine de vives sympathies en faveur de la France. Les États-Unis avaient vu avec mécontentement l’une des nations les plus libres de l’Europe se liguer avec les despotes les plus absolus, contre la liberté qui avait tant de peine à naître et à se répandre dans l’ancien monde. Au commencement de ce siècle, leur gouvernement s’efforçait de réprimer parmi les citoyens de la république l’expression de sentiments qui eussent amené une guerre avec l’Angleterre, et conséquemment une lutte sur mer, où leur marine n’était pas en état de se donner la supériorité. Mais en dépit du pouvoir exécutif, toujours faible aux États-Unis, les rapports entre les deux nations avaient perdu de cette cordialité qu’on essayait de conserver encore, et qui allait disparaître plus tard avec la politique whig de l’Union.

Les guerres qui avaient été la suite de la Révolution française avaient ruiné les marines des puissances continentales, incapables de lutter à la fois sur les deux éléments. L’Angleterre, restée seule maîtresse des mers, voulait s’en attribuer tous les avantages. Les États-Unis, au contraire, prétendaient, à la faveur de leur neutralité, commercer librement avec toutes les nations. Sans tenir compte des prétentions de la République américaine, l’Angleterre déclara, en 1806, les côtes d’une partie du continent européen, depuis Brest jusqu’à l’Elbe, en état d’interdit, et captura une foule de navires américains qui s’y rendaient. De son côté, Napoléon Ier déclara les côtes de l’Angleterre bloquées par représailles. Ces mesures extraordinaires, ces blocus purement fictifs violaient les lois des nations et les droits des neutres. Aux États-Unis, elles causèrent une vive irritation et les marchands y demandèrent à grands cris la protection de leur gouvernement. Dans le même temps, l’Angleterre ajouta à son code maritime le droit de visite, c’est-à-dire le droit de rechercher et de reprendre tous ceux de ses matelots qui étaient engagés sur les bâtiments étrangers. Cette décision atteignait surtout les États-Unis, qui en employaient beaucoup. Un vaisseau anglais, le
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