Littérature québécoise





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Chapitre II



Continuation de la guerre – Paix de 1815

1813-1815


Malgré les échecs de leur première campagne, les Américains espéraient vaincre le Canada. Ils se préparèrent à continuer la guerre avec plus de vigueur ; mais ils ne changèrent point leur plan d’attaque.

Ils partagèrent de nouveau leurs principales forces en trois corps. L’armée de l’Ouest, commandée par le général Harrison, fut chargée d’opérer sur le lac Érié ; l’armée du Centre, aux ordres du général Dearborn, devait s’avancer sur la frontière de Niagara et du lac Ontario ; l’armée du Nord, commandée par le major-général Wade Hampton, persisterait à envahir le Bas-Canada. Tous ces corps, qui formaient une masse d’hommes considérable, reçurent l’ordre d’agir simultanément.

Après les désastres du général Hull, les milices de l’Ohio et du Kentucky étaient accourues pour défendre la frontière de l’Ouest et pour reconquérir le pays perdu. Harrison réunit ses forces à la tête du lac Érié, dans le dessein d’attaquer les Anglais à Malden et au fort de Détroit. Le 10 janvier (1813), son avant-garde, conduite par le général Winchester, se trouvait sur la rivière Miami, près de la frontière du Michigan, et se porta [au nombre de plus de neuf cents hommes] au village de Frenchtown, sur la rivière Raisin, à dix-huit milles d’Amherstburg. En apprenant ce mouvement, le colonel Procter, qui était au fort Malden, résolut d’assaillir ce corps avancé avant qu’il eût été rejoint par le reste de l’armée américaine, qui marchait à trois ou quatre jours de distance. Il rassembla onze cents hommes, dont six cents sauvages, et parut tout à coup devant Frenchtown, le 22 janvier. Sans donner aux ennemis le temps de se reconnaître, il les attaqua au point du jour. Les Américains, retirés dans les maisons, se défendirent longtemps, soutenus par la peur de tomber entre les mains des sauvages et de subir les cruautés que ces barbares exerçaient sur leurs prisonniers. Dès le début du combat, Winchester avait été pris par Roundhead le chef des Wyandots, qui l’avait remis à Procter. On lui dit que la résistance de ses soldats était inutile, qu’on allait incendier le village et que, s’ils ne se rendaient pas, ils deviendraient la proie des flammes ou des sauvages. Alors ce général leur envoya l’ordre de cesser le feu. Ils posèrent les armes à la condition qu’ils seraient protégés contre la furie indienne. Mais cette condition ne put être exécutée complètement. Il a toujours été presque impossible de retenir les sauvages dans ces occasions. Ils trouvèrent moyen, malgré tous les efforts des officiers anglais, de massacrer beaucoup de blessés qui ne pouvaient marcher, de se faire donner de grosses rançons par d’autres et d’en réserver plusieurs pour les torturer. Les Américains reprochèrent ensuite amèrement aux Anglais cette violation de la capitulation. Ils connaissaient assez les sauvages, cependant, pour ne pas être trop surpris de ce qui arriva. Le combat de Frenchtown coûta [cent quatre-vingt-deux] hommes aux vainqueurs sans compter les sauvages, et [plus de quatre cents aux vaincus, outre cinq cent douze faits prisonniers, y compris le colonel Lewis et le général Winchester. (Procter to Sheaffe, Jan. 25, 1813. Prevost to Bathurst, Feb. 8, 1813)].

Quand le résultat en parvint au général Harrison aux rapides de la rivière Miami, il rétrograda aussitôt de peur d’être attaqué par Procter. Mais sur la nouvelle que celui-ci était retourné à Malden, il revint avec treize cents hommes, et établit sur la rivière Miami un camp retranché, qu’il appela le fort Meigs, du nom du gouverneur de l’Ohio. Ses autres troupes pressaient leur marche. Procter, qui venait d’être promu au rang de général, résolut de l’attaquer avant qu’elles l’eussent rejoint. [Le 28 avril (1813), il investit ses retranchements avec mille soldats et douze cents sauvages conduits par le fameux chef huron Tecumseh.] Le 5 mai, le général Clay, arrivé au secours de Harrison à la tête de douze cents hommes du Kentucky, surprit et détruisit les batteries anglaises sur la rive occidentale de la rivière, en face du fort Meigs, pendant que la garnison faisait une sortie. Clay, s’étant trop attaché à la poursuite des sauvages, fut pris à dos par Procter et presque coupé dans sa retraite. Cinq cents de ses soldats furent obligés de se rendre après un combat acharné. Malgré ce demi-succès, les sauvages, déjà fatigués du siège, abandonnèrent le camp de Procter. Les efforts de Tecumseh pour les retenir furent inutiles. Leur départ força Procter de s’en retourner à Malden (9 mai). [Les pertes anglaises furent de moins de cent hommes, celles des Américains, six ou sept fois plus grandes. (Report of Procter, May 14, 1813)].

Le général Procter revint quelque temps après avec [quatre cents soldats, et trois mille cinq cents] sauvages, commandés par Tecumseh. Harrison se trouvait alors à vingt-cinq milles du fort Meigs ; il était sur la rivière Sandusky, qui se jette dans le lac Érié, attendant une escadrille que le capitaine Oliver Perry, armait à la Presqu’île vers le bas du lac Érié, pour seconder ses opérations contre le Canada. Procter croyait surprendre le fort Meigs ; il le trouva prêt à résister vigoureusement, ce qui l’engagea à se retirer. Il se porta ensuite à l’attaque du fort Stephenson (sur le Sandusky) [que défendait une garnison de cent soixante hommes sous le major Crogham]. Après avoir fait brèche dans les palissades dont était formée l’enceinte de ce petit fort, il donna l’assaut (2 août). Formés en colonne, ses soldats s’avancèrent sous un feu meurtrier, qui les jeta un instant en désordre. S’étant ralliés, ils s’élancèrent dans le fossé pour gagner la brèche, quand les assiégés mirent le feu à une pièce d’artillerie qu’ils avaient placée de manière à enfiler le fossé ; la mitraille emporta la tête de la colonne et le reste des assaillants se dispersa. Quatre-vingt-seize hommes étaient tombés ou morts ou blessés. Après cet échec, Procter, craignant l’arrivée du général Harrison, se retira. Ces hostilités du reste étaient peu importantes : aucun des partis ne pouvait rien entreprendre de décisif sans le concours de la marine. Aussi chacun travaillait-il à se former une flotte pour gagner la suprématie sur le lac Érié.

Les Anglais devancèrent leurs adversaires. Le gouvernement britannique envoya dans l’hiver des officiers et des matelots, qui se rendirent d’Halifax à Québec par terre, et qu’on dirigea aussitôt sur Kingston, au pied de l’Ontario, où ils équipèrent une flottille capable de lutter avec celle de l’ennemi sur ce lac. Au printemps, il furent rejoints par sir James Yeo, qui prit le commandement en chef de la marine canadienne. Il donna au capitaine Robert Barclay la direction des forces navales sur le lac Érié.

Barclay alla bloquer avec six voiles, portant cinquante-huit canons, les bâtiments américains en armement dans le port de la Presqu’île (Érié). Le commodore Perry commandait la flottille ennemie, composée de neuf voiles et montée de cinquante-quatre canons. À cause des bas-fonds dans l’entrée du port, il ne pouvait sortir en présence des Anglais, parce qu’il lui faudrait débarquer son artillerie pour passer par-dessus la barre. Malheureusement, Barclay ayant été obligé de s’éloigner, Perry en profita et gagna le large. Il remonta à la tête du lac, et sépara les troupes anglaises jetées au delà de la rivière de Détroit, de la flottille qui portait leurs vivres. Barclay dut livrer bataille pour dégager les troupes. On en vint aux mains, le 10 septembre, à Put-in-Bay, à l’ouest de la baie de Sandusky. Le combat dura quatre heures avec des chances diverses, dues à l’inconstance du vent. Le vaisseau du commodore américain, le Lawrence, fut si maltraité qu’il l’abandonna pour passer sur le Niagara. Mais, vers la fin de l’action, le vent devint tout à fait favorable à Perry, qui réussit à amener toutes ses forces en ligne et à couper celles des Anglais. Les bâtiments de Barclay amenèrent les uns après les autres leur pavillon, et lui-même tomba couvert de blessures entre les mains du vainqueur. [Les Anglais eurent cent trente-trois tués et blessés sur trois cent quatre-vingt-quatre hommes ; et les Américains, de leur côté, cent vingt trois sur six cent cinquante hommes. Cette victoire donna le lac Érié aux Américains, et enleva aux Anglais les avantages qu’ils avaient obtenus dans la péninsule du Michigan.

Procter, qui avait plus de feu que de jugement militaire, reconnut alors la faute qu’il avait commise en abandonnant la guerre défensive pour l’offensive. En s’élançant sur le pays ennemi sans effectifs suffisants il devait tôt ou tard compromettre la sûreté du Haut-Canada ; du moins, quels que fussent ses succès, il ne pouvait faire de conquête durable. La perte de la flottille de Barclay changea la face des choses, Procter se mit en retraite sans perdre un instant. Il évacua le fort de Détroit, Sandwich et Amherstburg ; il se retirait avec toute la rapidité possible, par la rivière Thames (la Tranche des Français) vers le lac Ontario, lorsqu’il fut atteint par un ennemi supérieur.

Après sa victoire, Perry avait transporté à l’embouchure du Détroit, sur la rive anglaise, l’armée de Harrison, qui s’était mise aussitôt en marche, et qui parvint à Sandwich au moment où Procter en sortait (30 septembre 1813). Elle s’élança à sa poursuite [avec trois mille cinq cents hommes,] atteignit son arrière-garde le 4 octobre, enleva ses munitions et l’obligea lui-même, le lendemain, à tenter le sort des armes pour échapper à une ruine totale. [Procter n’avait en tout que quatre cent sept soldats et huit cents sauvages. S’étant arrêté à deux milles de] Moravian-Town, sur la rivière Thames, il rangea sa petite armée en bataille : sa gauche à la Thames et sa droite à un marais, le fidèle Tecumseh se plaçant à côté de lui avec les siens.

Harrison disposa ses forces sur deux lignes et fit commencer l’attaque par sa cavalerie. Les cavaliers du Kentucky, accoutumés aux pays boisés et marécageux, chargèrent les troupes de Procter avec tant de vigueur qu’elles furent rompues, et la plupart posèrent les armes. Les sauvages seuls se défendirent longtemps avec courage ; mais ils durent enfin céder au nombre, après avoir vu tomber leur fameux chef sous les coups de l’ennemi. Le dévouement de Tecumseh à l’Angleterre, son éloquence, son influence sur les tribus de ces contrées, sa valeur, ont fait de lui le héros de cette guerre. Six cent un Anglais, y compris vingt-cinq officiers restèrent prisonniers. [Procter put s’échapper ainsi que le lieutenant Bullock et une cinquantaine d’hommes (Rapport de Procter, 4 novembre 1813)].

Ce funeste combat rompit la confédération des sauvages formée par Tecumseh contre la République américaine, remit celle-ci en possession du territoire perdu par le général Hull dans le Michigan, et ruina la réputation militaire de Procter. Ce désastre ne termina pas cependant les opérations de la campagne sur la frontière de l’Ouest. L’éloquence de Tecumseh avait soulevé les tribus du Sud. Les Cris avaient pris la hache et chanté l’hymne de guerre. Ils massacrèrent deux cent cinquante hommes, femmes et enfants, au fort Mims, dans l’Alabama (30 août 1813). Au milieu de leurs ravages, le général Jackson, à la tête des milices du Tennessee, en cerna deux cents, et les tua jusqu’au dernier. Il entra dans leurs terres, défit le gros de la nation et finit par en envelopper les restes sur la rivière Tallapoosa, à Horse-Shoe-Bend, où ils s’étaient retranchés au nombre de mille, y compris les femmes et les enfants (27 mars 1814). Jackson emporta tous leurs ouvrages d’assaut. Les sauvages, dédaignant de se rendre, combattirent avec le courage du désespoir et périrent presque tous. [Un traité de capitulation fut signé le 9 août 1814 par quoi les Cris cédèrent aux Américains les deux tiers de leur territoire]. Ainsi tomba une nation dont la bravoure indomptable doit illustrer le souvenir dans l’histoire. La destruction des Cris fut le dernier sang répandu dans l’Ouest.

On se battait aussi sur le lac Ontario, mais avec moins de résultats. Les opérations des armées sur la frontière de ce lac et de Niagara étaient marquées par une foule de combats, dont la relation est d’autant plus fastidieuse qu’on n’avait de part et d’autre aucun plan arrêté, et qu’on faisait une espèce de guerre de partisans, meurtrière à la longue, accompagnée de beaucoup de ravages, mais sans avantage important pour personne.

Le gouverneur Prevost partit de Québec au mois de février (1813) pour le Haut-Canada. En passant à Prescott, il permit au colonel McDonnell de faire une tentative sur Ogdensburg, gros village américain situé sur la rive opposée. Cet officier [avec cinq cents hommes] traversa le fleuve sur la glace, enleva la place, brûla deux goélettes et deux canonnières qui y étaient en hivernage, et prit onze pièces d’artillerie et quantité de petites armes (22 février). [Au cours de cet assaut, il avait perdu soixante hommes, mais en revanche il avait fait soixante-dix prisonniers].

Le général Dearborn préparait alors à Sackett’s Harbour une expédition contre York (Toronto), qui était la capitale du Haut-Canada et le principal magasin des troupes anglaises dans cette province. Il s’embarqua, le 25 avril (1813), sur la flotte du commodore Isaac Chauncey avec dix-huit cents hommes, et débarqua, deux jours après, dans le voisinage de la ville. Le général Sheaffe voulut lui barrer le chemin et fut repoussé en perdant beaucoup de monde. Une division de troupes américaines conduite par le brigadier général Pike, et l’artillerie de la flotte attaquèrent les ouvrages de la place ; au moment où Pike allait les aborder l’épée à la main, la poudrière sauta et il fut accablé sous les ruines avec deux cents soldats d’élite. Cela n’empêcha point la ville de se rendre. Les vainqueurs y firent un butin considérable. [Les Américains comptèrent trois cent vingt morts, et les Anglais perdaient quatre-vingt-dix-sept des leurs près de la ville. Par suite de la capitulation, deux cent soixante-sept réguliers anglais, outre la milice, posèrent les armes. Au surplus, l’ennemi brûla les édifices publics après avoir pris dans le trésor 2000 liv. ster. (Allan to Sheaffe, May 2, 1813)].

Dearborn, exploitant son succès, se porta aussitôt devant le fort George (auj. Mississauga), sur la rivière Niagara, [avec six mille hommes.] Chauncey et lui se concertèrent pour l’attaquer à la fois par terre et par eau (27 mai). Après une canonnade de trois jours et un combat livré sous les murailles, le général John Vincent, qui défendait cette place, ne conservant plus d’espérance et ayant déjà perdu près de quatre cents hommes tués, blessés ou faits prisonniers, démantela les fortifications, fit sauter les magasins et se retira d’abord à Queenston ; il attira à lui les garnisons des forts Chippewa et Érié, détruisit les postes anglais qui restaient encore dans cette partie du pays, puis reprit, suivi par les Américains, son mouvement de retraite vers les hauteurs de Burlington (29 mai). [Sur un nombre total de treize à quatorze cents hommes que commandait Vincent, il y eut cinq cents tués, en plus de cent faits prisonniers ; les Américains pour leur part n’eurent que cent cinquante morts ou blessés. (Vincent to Prevost, May 28, 1813)].

Le gouverneur Prevost était alors dans le bas du lac avec le commandant de notre marine. Ces deux chefs résolurent de profiter de l’absence de la flotte ennemie pour attaquer Sackett’s Harbour. Prevost partit de Kingston [avec la flottille de sir James Yeo et sept cent cinquante hommes aux ordres du colonel Baynes,] et parut le 28 mai 1813 devant la place. En arrivant, il enleva une douzaine de berges chargées de troupes ; mais il fit une faute en ajournant le débarquement au lendemain. Il donna aux ennemis le temps d’appeler des secours, et de se préparer à défendre l’approche du rivage. Aussi fut-il repoussé au premier endroit où il tenta de descendre, et obligé d’aller débarquer plus loin. Les navires, dont l’appui était nécessaire à ses opérations, se trouvaient en ce moment très en arrière, faute de vent. Quoique ce fût beaucoup risquer que d’agir sans eux, les soldats s’élancèrent à la baïonnette et nettoyèrent le bois sur la rive. Ils s’avancèrent jusqu’aux ouvrages qui couvraient les Américains et qui étaient formés de blockhaus et de batteries fortement épaulées. Prevost ne voulut pas les attaquer sans l’artillerie de ses bâtiments. En effet, leur conquête eût pu coûter beaucoup plus de sang qu’elle n’en valait, si les ennemis eussent été résolus à faire une vigoureuse résistance ; mais, se croyant perdus, ils avaient mis déjà le feu à leurs magasins de marine, à leurs hôpitaux et à leurs casernes ; et ils commençaient à sortir de la ville, quand l’attaque fut abandonnée. Les troupes de Prevost s’en retournèrent à Kingston. [Les Américains qui étaient commandés par le major général Jacob Brown, formaient un corps de douze cents cinquante hommes ; ils eurent cent cinquante tués et blessés ; quant aux Anglais, ils en avaient perdu deux cent cinquante neuf].

On a vu que Vincent s’était retiré sur les hauteurs de Burlington. L’armée américaine, qui le poursuivait, vint se poster près de lui, à Stoney-Creek. Le colonel John Harvey proposa de la surprendre et fit agréer son projet. Il tomba sur son camp, dans la nuit du 5 au 6 juin, avec sept cent quatre hommes, le força, fit [cent prisonniers, y compris] les généraux Chandler et Winder, et se signala dans cette surprise par son audace et son sang-froid. [Les Américains au nombre de deux mille, avaient perdu deux cents hommes y compris les prisonniers, et les Anglais deux cent quatorze].

Les Américains éprouvèrent encore d’autres revers. Le 24 juin, un de leurs bataillons, [composé de cinq cent quarante-quatre hommes,] se crut cerné par des forces supérieures, et se rendit à discrétion au lieutenant James Fitz Gibbon, à quelques milles de Queenston. Le 11 juillet, leur fort de Black-Rock, à l’entrée de la rivière Niagara, fut surpris et brûlé. [Mais les deux cents miliciens chargés de sa défense s’étaient enfuis.] Le colonel Bisshopp paya de sa vie cet audacieux coup de main.

Mais en présence des forces navales des deux nations, qui se contrebalançaient sur le lac, rien de décisif ne pouvait être entrepris sur terre. Les deux flottes s’évitaient et se cherchaient alternativement, selon leur infériorité ou leur supériorité du moment. À la suite de plusieurs escarmouches, elles se rencontrèrent enfin devant Toronto le 28 septembre (1813). Après un combat de deux heures, sir James Yeo céda la victoire au commodore américain Chauncey, et alla s’abriter dans la baie de Burlington. Vers le même temps, Vincent, qui investissait le fort George, où s’étaient réfugiées les troupes surprises à Stoney-Creek par Harvey, apprenait la déroute de Procter près de Moravian-Town. Rebroussant chemin, il recueillit les débris de ses troupes, et rentra dans les lignes de Burlington, où les généraux américains McClure et Porter, qui le poursuivaient, n’osèrent point l’attaquer.

On touchait à la fin de la deuxième année de la guerre. Où en étaient alors les parties belligérantes ? Après de multiples petits combats, dont la diversité embarrasse, dont le but est difficile à démêler, le résultat de la campagne semblait favorable aux Américains mais c’était tout. S’ils occupaient la frontière de Niagara, leurs généraux, trouvant bientôt leurs entreprises de conquête au-dessus de leurs forces, avaient résigné le commandement. Le secrétaire de la guerre aussi avait été changé. Sous son successeur, le général John Armstrong, leurs affaires n’allèrent pas mieux. Au contraire, le succès des armes anglaises dans le Bas-Canada va leur faire perdre les avantages qu’ils ont obtenus dans le Haut, et les rejeter partout sur leur territoire, à la fin de la campagne, avec d’assez grandes pertes.

Pour opérer contre le Bas-Canada, la République avait décidé de réunir son armée du Centre à celle du Nord, et de les diriger toutes deux sur Montréal et ensuite sur Québec.

Le général James Wilkinson, qui remplaçait le général Dearborn, commandait la première ; il assembla ses troupes, composées de huit à neuf mille hommes, à French Creek, à sept lieues en aval de Sackett’s Harbour. Elles s’embarquèrent dans des berges, le 5 novembre (1813), et descendirent le Saint-Laurent sous la protection d’une flottille armée et d’un gros détachement qui les suivait par terre sur la rive canadienne.

Le major-général de Rottenburg, successeur de Sheaffe, chargé de défendre cette partie du pays, crut d’abord que l’armée américaine était destinée à agir contre Kingston, et la fit suivre par le lieutenant-colonel J.-W. Morrison, avec huit cents hommes et huit chaloupes canonnières. Wilkinson fit débarquer en chemin une portion de ses forces au-dessus des rapides du Long-Sault. Arrivée à Chrysler’s Farm, à mi-chemin entre Kingston et Montréal, et se voyant pressée de trop près, l’arrière-garde de ces troupes résolut de tourner tête pour livrer bataille. Le combat s’engagea le 11 novembre (1813) et dura plus de deux heures. Les Américains, [qui comptaient d’abord dix-huit cents hommes, y compris un régiment de cavalerie, avaient été rejoints par six cents autres ; mais ils] furent forcés de céder à leurs adversaires, qui n’étaient que le tiers de ce nombre. Cette action, qui coûta [à notre parti cent quatre-vingt-un tués ou blessés et trois cent trente-neuf à l’ennemi, outre cent prisonniers,] fit beaucoup d’honneur à Morrison ; mais elle n’empêcha pas les Américains de continuer leur route. Tous les effectifs de Wilkinson se trouvèrent rassemblées, le lendemain, à Cornwall et à Saint-Régis, au pied du Long-Sault, où ils s’arrêtèrent en apprenant la perte de la bataille de Châteauguay et la retraite du major-général Hampton, qui marchait sur Montréal par le lac Champlain.

L’armée du Nord, commandée par Hampton, était restée immobile durant presque tout l’été. En juillet, le colonel anglais John Murray avait fait irruption, à la tête de mille hommes, jusque dans son voisinage. Parti de l’île aux Noix sur une petite flottille, il était entré dans le lac Champlain, avait brûlé les casernes, les arsenaux et les édifices publics de Plattsburg, de Burlington, de Champlain, de Swanton (31 juillet-3 août 1813), et était revenu sans accident. Le 20 septembre, Hampton voulut s’ébranler, mais il fut arrêté sur la route d’Acadie par le colonel Charles de Salaberry, chargé de l’y attendre avec six cents hommes. Après plusieurs escarmouches, n’osant risquer une action générale dans les bois, les Américains se portèrent à Four Corners, vers la naissance de la rivière Châteauguay, où Salaberry surprit leur camp dans une reconnaissance qu’il fit avec deux cents voltigeurs et cent sauvages abénaquis, et les jeta un moment dans une confusion extrême (1er octobre). [Salaberry avait sous ses ordres, les capitaines Jean-Baptiste Juchereau Duchesnay et Gamelin-Gaucher qui se distinguèrent également durant cette bataille].

Hampton résolut d’agir plus sérieusement, afin d’opérer sa jonction avec le général Wilkinson, sur le Saint-Laurent. Le chemin de la frontière au village d’Acadie avait été rendu impraticable par des abatis défensifs. Pour éviter ces obstacles et en même temps se rapprocher davantage du corps auquel il devait se joindre, Hampton prit une autre route ; il descendit le long du Châteauguay. Mais on avait prévu son dessein ; cette route avait été embarrassée comme l’autre, et un corps de troupes s’y tenait prêt à s’opposer à la réunion des deux armées ennemies.

À la première nouvelle de leur marche, le gouverneur Prevost avait laissé le commandement des forces du Haut-Canada à Rottenburg, et était redescendu à Montréal pour faire tête à l’orage de ce côté. À son appel, une partie de la milice de ce district se réunit sous ses ordres à Caughnawaga, à dix milles au sud-ouest de Montréal, et le reste se disposa à voler au secours des points menacés.

Le 21 octobre, l’avant-garde d’Hampton repoussa les postes avancés des Anglais sur la route de Piper, à dix lieues au-dessus de l’église de Châteauguay. Aussitôt le major Henry, de la milice de Beauharnois, en fit informer le colonel Louis de Watteville, qui avait le commandement des troupes entre la frontière et Caughnawaga ; et les capitaines Lévesque et Debartzh se portèrent en avant avec leurs compagnies et deux cents miliciens de Beauharnois. Il est à noter que, vers la fin de cet été (1813), étaient arrivés à Québec deux régiments étrangers, ceux de Meuron et de Watteville, presque entièrement composés de Français, de Suisses, d’italiens et de Polonais, pris par Napoléon dans la campagne de 1813. Une partie de ces troupes fut envoyée dans le Haut-Canada, l’autre demeura dans le Bas-Canada. Les deux régiments étaient commandés par des officiers légitimistes qui avaient émigré en Angleterre.

Les capitaines Lévesque et Debartzh furent rejoints, le lendemain matin, (22 octobre) par le colonel Salaberry avec ses voltigeurs et une compagnie de
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