De la même auteure, à la Bibliothèque





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public ! tu es la part du diable.

8 décembre.

On ne parle plus de Paladines ni de son armée. Le gouvernement lance des accusations capitales, et, n’osant y donner suite, passe à d’autres exercices. Il nous annonce des succès sous toutes réserves, mais Rouen est pris ; on dit qu’il s’est livré pour de l’argent. Eh bien ! je n’en crois rien. Il y a un patriotisme furieux et insulteur qui n’a plus de prise sur moi. Si Rouen s’est livré, c’est qu’on ne l’a pas aidé à se défendre, c’est peut-être qu’on l’a indignement trompé.

De notre côté, l’ennemi revient sur Vierzon et sur Bourges ; si ces villes ouvertes et dégarnies ne démontent pas les batteries prussiennes à coups de pierres, dira-t-on qu’elles se sont vendues ? – Je commence à m’indigner, à me mettre en colère sérieusement, moi qui ai puisé dans la vieillesse une bonne dose de patience ; je ne peux souffrir que, pour ne pas avouer les fautes de son parti, on calomnie son pays avec cette merveilleuse facilité. Étrange patriotisme que celui qui outrage la France devant l’ennemi !

Ce soir on décommande la levée des hommes mariés. Pourquoi l’avoir décrétée ?

9 décembre.

Petite dépêche rendant compte d’un petit engagement à Bois-le-Duc. Le général d’Aurelle de Paladines a donné sa démission, ou on la lui a fait donner. On a nommé quatre généraux. Les Prussiens sont à Vierzon depuis hier ; cela, on n’en parle pas, mais les passants qui fuient, entassés avec leurs meubles dans des omnibus, le disent sur la route.

10.

Grande panique. Des gens de Salbris et d’Issoudun passent devant notre porte, emmenant sur des charrettes leurs enfants, leurs meubles et leurs denrées. Ils disent qu’on se bat à Reuilly. Les restes de l’armée de la Loire sont ralliés, mais on ne sait où ; Bourbaki est à Nevers pour se mettre à la tête de quatre-vingt mille hommes venant du Midi ou de cette déroute, on ne sait.

11 décembre.

Le ministre de la guerre va, dit-on, à l’armée de la Loire pour la commander en personne. J’espère que c’est une plaisanterie de ses ennemis ; ce qu’il y a de certain, c’est que le gouvernement de Tours se sauve à Bordeaux : c’est le cinquième acte qui commence. Le public va bientôt apprécier ; la panique continue. Maurice va aux nouvelles pour savoir s’il faut faire partir la famille. Nous avons des voisins qui font leurs paquets, mais c’est trop tôt ; nos mobiles sont toujours à Châteauroux sans armes et sans aucun commencement d’instruction ; on ne les y laisserait pas, si l’ennemi venait droit sur eux, à moins qu’on ne les oublie, ce qui est fort possible. Les nouvelles de Paris sont très alarmantes, ils ont dû repasser la Marne ; que peuvent-ils faire, si nous ne faisons rien ?

12 décembre.

Dégel. Après tant de neige, c’est un océan de boue. Autre lit pour nos soldats !

13.

La panique reprend et redouble autour de nous. Depuis que nous sommes personnellement menacés, nous sommes moins agités, je ne sais pourquoi. Je tiens à achever un travail auquel je n’avais pas l’esprit ces jours-ci, et qui s’éclaircit à mesure que je compte les heures qui me restent. Tout le monde est soldat à sa manière ; je suis, à la tête de mon encrier, de ma plume, de mon papier et de ma lampe, comme un pauvre caporal rassemblant ses quatre hommes à l’arrière-garde. – Les Prussiens ont occupé Vierzon sans faire de mal ; ils y ont vendu des cochons volés ; ils entendent le commerce. Le général Chanzy se bat vigoureusement du côté de Blois, cela paraît certain. Châteauroux est encombré de fuyards dans un état déplorable. Les Prussiens n’auraient fait que traverser Rouen. Le gouvernement est à Bordeaux.

14 décembre.

On dit que l’ennemi est en route en partie sur Bourges, et que de l’autre côté il bombarde Blois. Les Prussiens paraissent vouloir descendre la Loire jusqu’à Nevers, traverser le centre pour se reformer à Poitiers, c’est-à-dire envahir une nouvelle zone entre le Midi et Paris. Nous devons avoir eu encore une grosse défaite entre Vierzon et Issoudun ; on n’en parle pas, mais il y a tant de fuyards et dans un tel état d’indiscipline qu’on suppose un nouveau malheur. Nous sommes sans journaux et sans dépêches ; le gouvernement est en voyage. Ce soir, un journal nous arrive de Bordeaux ; il ne nous parle que de l’installation de ces messieurs.

15.

Nous aurions repris Vierzon ; mais qu’en sait-on ? De Blois, on ne sait rien. Le général Chanzy donne encore de l’espérance. Il paraît être résolu, bien armé et avoir de bonnes troupes. Bourbaki serait à Bourges, occupé à rallier les fuyards du corps d’armée du centre de la Loire : On dit qu’ils ont tellement ravagé la campagne qu’il ne reste plus un arbre autour de Bourges. C’était un riche pays maraîcher ; espaliers et légumes seraient rasés comme par le feu. On annonce ce soir que Bourbaki est reparti avec cette armée reformée à la hâte et sans résistance. Ils veulent bien se battre, ces pauvres troupiers, ils veulent surtout se battre. Ce qu’ils ne supportent pas, ce que les Prussiens les plus soumis ne supporteraient pas mieux, c’est la famine, la misère, la cruauté du régime qu’on leur impose. – Au lieu de se rapprocher de Paris, Bourbaki aurait l’intention d’aller couper la retraite aux Prussiens vers la frontière. Seraient-ils en retraite ? Et on nous le cacherait ! Il y a dans l’atroce drame qui se joue l’élément burlesque obligé.

Passage de M. Cathelineau à Châteauroux à la tête d’un beau corps de francs-tireurs qui disent leurs prières devant les populations, bien qu’ils ne soient ni Vendéens ni Bretons, et qu’ils ne se soient pas encore battus.

16.

Calme plat, silence absolu. Le repos est dans l’air. Le temps est rose et gris, les blés poussent à perte de vue. Il ne passe personne, on ne voit pas une poule dans les champs. Cette tranquillité extraordinaire nous frappe tellement que nous nous demandons si la guerre est finie, s’il y a eu guerre, si nous ne rêvons pas depuis quatre mois. – Nous serons peut-être envahis demain.

Ce soir, une petite dépêche. Romorantin a été traversé et rançonné. Nos mobiles ont donné dans une escarmouche et tiré quelques coups de fusil.

17 décembre.

Un mot d’Alexandre Dumas pour m’apprendre la mort de son père. Il était le génie de la vie, il n’a pas senti la mort. Il n’a peut-être pas su que l’ennemi était à sa porte et assistait à sa dernière heure, car on dit que Dieppe est occupé. – Absence totale de nouvelles. À la Châtre, on est consterné, on croit avoir entendu le canon hier dans la soirée. Dans la campagne, on l’a entendu aussi. Je crois que ç’a dû être un tonnerre sourd, le ciel était noir comme de l’encre. Il a passé dans la nuit environ trois mille déserteurs de toutes armes. Ils ont couché emmi les champs, jetant leurs fusils, leurs bidons, et envoyant paître leurs officiers.

18.

Même absence de nouvelles officielles. Le gouvernement s’installe à Bordeaux. Chanzy tenait encore il y a trois jours autour de Vendôme, battant fort bien les Prussiens, à ce qu’on assure et ceci paraît sérieux. Le sous-préfet d’Issoudun a fait savoir que Vierzon était occupé pour la troisième fois par l’ennemi. Bourbaki se serait replié sur Issoudun, renonçant à défendre le centre et se portant sur l’est. De toute façon, l’ennemi est fort près de nous. On s’y habitue, bien qu’on n’ait pas la consolation de pouvoir lui opposer la moindre résistance. Il passera ici comme un coup de vent sur un étang. Je regarde mon jardin en attendant qu’on mette les arbres la racine en l’air, je dîne en attendant que nous n’ayons plus de pain, je joue avec mes enfants en attendant que nous les emportions sur nos épaules, car on réquisitionne les chevaux, même les plus nécessaires, et je travaille en attendant que mes griffonnages allument les pipes de ces bons Prussiens.

19.

Le temps se remet au froid. Pas plus de nouvelles qu’auparavant. Un journal insinue qu’il se passe de grandes choses : c’est bien mauvais signe ! Toute la Normandie est envahie. Ils ont ravagé le plus beau pays de France. La Touraine est de plus en plus menacée. Il est difficile de se persuader que tout aille bien.

26.

Même silence. Nous sommes si inquiets que nous lirions de l’officiel avec plaisir. Sommes-nous perdus, qu’on ne trouve rien à dire ?

21 décembre.

On parle de nouveaux troubles à Paris. Le parti de la Commune songe-t-il encore à ses affaires au milieu de l’agonie de la France ? Il paraît que sa doctrine est de s’emparer du pouvoir de vive force. La dictature est la furie du moment, et jamais la pitoyable impuissance des pouvoirs sans contrôle n’a été mieux démontrée. S’il nous faut en essayer de nouveaux, la France se fâchera ; elle garde le silence sombre des explosions prochaines. Ce qui résulte des mouvements de Belleville, – on les appelle ainsi, – c’est qu’une école très pressée de régner à son tour nous menace de nouvelles aventures. Ces expériences coûtent trop cher. La France n’en veut plus. Elle prouve, par une patience vraiment admirable, qu’elle réprouve la guerre civile : elle sait aussi qu’il n’y en aura pas, parce qu’elle ne le veut pas ; mais aux premières élections elle brisera les républicains ambitieux, et peut-être, hélas ! la république avec eux. En tout cas, elle n’admettra plus de gouvernement conquis à coups de fusil, pas plus de 2 décembre que de 31 octobre. C’est se faire trop d’illusions que de se croire maîtres d’une nation comme la nôtre parce qu’on a enfoncé par surprise les portes de l’Hôtel-de-Ville et insulté lâchement quelques hommes sans défense. Je ne connais pas les théories de la Commune moderne, je ne les vois exposées nulle part ; mais si elles doivent s’imposer par un coup de main, fussent-elles la panacée sociale, je les condamne au nom de tout ce qui est humain, patient, indulgent même mais jaloux de liberté et résolu à mourir plutôt que d’être converti de force à une doctrine, quelle qu’elle soit.

Le mépris des masses, voilà le malheur et le crime du moment. Je ne puis guère me faire une opinion nette sur ce qui se passe aujourd’hui dans ce monde fermé qui s’appelle Paris ; il nous paraît encore supérieur à la tourmente. Nous ignorons s’il est content de ses mandataires. Toutes les lettres que nous en recevons sont exclusivement patriotiques. Si quelque plainte s’échappe, c’est celle d’être gouverné trop mollement. C’est un malheur sans doute, mais on ne peut se défendre de respecter une dictature scrupuleuse, humaine et patiente. Il est si facile d’être absolu, si rare et si malaisé d’être doux dans une situation violente et menacée ! Je crois encore ce gouvernement composé d’hommes de bien. Ont-ils l’habileté, la science pratique ? On le saura plus tard ; à présent nous ne voulons pas les juger, c’est un sentiment général. La crise atroce qu’ils subissent nous les rend sacrés. D’ailleurs il me semble qu’ils professent avec nous le respect de la volonté générale, puisque après l’émeute ils ont soumis leur réélection au plébiscite de Paris. C’est aller aussi loin que possible dans cette voie, c’est aller jusqu’au danger de sanctionner tous les autres plébiscites.

Le principe radicalement contraire semble gouverner l’esprit de la Commune, et, symptôme plus grave, plus inquiétant, gouverner l’esprit du parti républicain qui régit à cette heure le reste de la France, bien qu’il soit l’ennemi déclaré et très irrité de la Commune.

Ce parti, que nous pouvons mieux juger, puisqu’il nous entoure, se sépare chaque jour ouvertement du peuple, dans les villes parce que l’ouvrier est plus ardent que lui, dans les campagnes parce que le paysan l’est moins. Il est donc forcé de réprimer l’émeute dans les centres industriels, de redouter et d’ajourner le vote dans toute la France agricole. Il est contraint à se défendre des deux côtés à la fois, sous peine de tomber et d’abandonner la tâche qu’il a assumée sur lui de sauver le territoire. Malheureuse République, c’est trop d’ennemis sur les bras ! Dans quel jour d’ivresse nous t’avons saluée comme la force virile d’une nation en danger ! Nous ne pouvions prévoir que tu essayerais de te passer de la sanction du peuple ou que tu te verrais forcée de t’en passer. – Ce qui est certain aujourd’hui, c’est que la délégation et ses amis personnels désirent s’en passer, et qu’ils y travailleront au lendemain de la pacification, quelle qu’elle soit.

Puissé-je faire un mauvais rêve ! mais je vois reparaître sans modification les théories d’il y a vingt ans. Des théories qui ne cèdent rien à l’épreuve du temps et de l’expérience sont pleines de dangers. S’il est vrai que le progrès doive s’accomplir par l’initiative de quelques-uns, s’il est vrai qu’il parte infailliblement du sein des minorités, il n’en est pas moins vrai que la violence est le moyen le plus sauvage et le moins sûr pour l’imposer. Que les majorités soient généralement aveugles, nul n’en doute ; mais qu’il faille les opprimer pour les empêcher d’être oppressives, c’est ce que je ne comprends plus. Outre que cela me paraît chimérique, je crois voir là un sophisme effrayant ; tout ce que, depuis le commencement du rôle de la pensée dans l’histoire du monde, la liberté a inspiré à ses adeptes pour flétrir la tyrannie, on peut le retourner contre ce sophisme. Aucune tyrannie ne peut être légitime, pas même celle de l’idéal. On sait des gens qui se croient capables de gouverner le monde mieux que tout le monde, et qui ne craindraient pas de passer par-dessus un massacre pour s’emparer du pouvoir. Ils sont pourtant très doux dans leurs mœurs et incapables de massacrer en personne, mais ils chauffent le tempérament irascible d’un groupe plus ou moins redoutable, et se tiennent prêts à profiter de son audace. Je ne parle pas de ceux qui sont poussés à jouer ce rôle par ambition, vengeance ou cupidité. De ceux-là, je ne m’occupe pas ; mais de très sincères théoriciens accepteraient les conséquences de ce dilemme : « la république ne pouvant s’établir que par la dictature, tous les moyens sont bons pour s’emparer de la dictature quand on veut avec passion fonder ou sauver la république. »

– C’est une passion sainte, ajoutent-ils, c’est le feu sacré, c’est le patriotisme, c’est la volonté féconde sans laquelle l’humanité se traînera éternellement dans toutes les erreurs, dans toutes les iniquités, dans toutes les bassesses. Le salut est dans nos mains ; périsse la liberté du moment pour assurer l’égalité et la fraternité dans l’avenir ! Égorgeons notre mère pour lui infuser un nouveau sang !

Cela est très beau selon vous, gens de tête et main, mais cela répugnera toujours aux gens de cœur ; en outre cela est impraticable. On ne fait pas revivre ce qu’on a tué, et le peuple d’aujourd’hui, fils de la liberté, n’est pas disposé à laisser consommer le parricide. D’ailleurs cette théorie n’est pas neuve ; elle a servi, elle peut toujours servir à tous les prétendants : il ne s’agit que de changer certains mots et d’invoquer comme but suprême le bonheur et la gloire des peuples ; mais, comme malgré tout le seul prétendant légitime, c’est la république, que n’eussions-nous pas donné pour qu’elle fût le sauveur ! Il y avait bien des chances pour qu’elle le fût en s’appuyant sur le vote de la France. La France dira un jour à ces hommes malheureux qu’ils ont eu tort de douter d’elle, et qu’il eût fallu saisir son heure. Ils l’ont condamnée sans l’entendre, ils l’ont blessée ; s’ils succombent, elle les abandonnera, peut-être avec un excès d’ingratitude : les revers ont toujours engendré l’injustice.

Mon appréciation n’est sans doute pas sans réplique. Quand l’histoire de ces jours confus se fera, peut-être verrons-nous que la république a subi une fatalité plutôt qu’obéi à une théorie. L’absence de communication matérielle entre Paris et la France nous a interdit aux uns et aux autres de nous mettre en communication d’idées ; probablement le gouvernement de Paris a été mal renseigné par celui de Tours, parce que celui de Tours a été mal éclairé par son entourage. En septembre, on était très patriote dans la région intermédiaire de l’opinion, et c’est toujours là qu’est le nombre. Malheureusement autour des pouvoirs nouveaux il y a toujours un attroupement d’ambitions personnelles et de prétendues capacités qui obstrue l’air et la lumière. Le parti républicain est spécialement exposé aux illusions d’un entourage qui dégénère vite en camaraderie bruyante, et tout d’un coup la bohème y pénètre et l’envahit. La bohème n’a pas d’intérêt à voir s’organiser la défense ; elle n’a pas d’avenir, elle n’est point pillarde par nature, elle profite du moment, ne met rien dans ses poches, mais gaspille le temps et trouble la lucidité des hommes d’action.

Que l’ajournement indéfini du vote soit une faute volontaire ou inévitable, la théorie qui consiste à s’en passer ou à le mutiler règne en fait et subsiste en réalité. Sera-t-elle exposée catégoriquement quand nous aurons repris possession de nous-mêmes ? Professée dans des clubs qui souvent sont des coteries, elle n’a pas de valeur, il lui faut la grande lumière ; sera-t-elle posée dans des journaux, discutée dans des assemblées ? – Il faudra bien l’aborder d’une manière ou de l’autre, ou elle doit s’attendre à être persécutée comme une doctrine ésotérique, et si elle a des adeptes de valeur, ils se devront à eux-mêmes de ne pas la tenir secrète. Peut-être des journaux de Paris qu’il ne nous est pas donné de lire ont-ils déjà démasqué leurs batteries.

Qui répondra à l’attaque ? Les partisans du droit divin plaideront-ils la cause du droit populaire ? Ils en sont bien capables, mais l’oseront-ils ? Les orléanistes, qui sont en grande force par leur tenue, leur entente et leur patiente habileté, accepteront-ils cette épreuve du suffrage universel pour base de leurs projets, eux qui ont été renversés par la théorie du droit sans restriction et sans catégories ? On verra alors s’ils ont marché avec le temps. Malheureusement, s’ils sont conséquents avec eux-mêmes, ils devront vouloir épurer le régime parlementaire et rétablir le cens électoral. Les républicains qui placent leur principe au-dessus du consentement des nations se trouveraient donc donner la main aux orléanistes et aux cléricaux ? Le principe contraire serait donc confié à la défense des bonapartistes exclusivement ? Il ne faudrait pourtant pas qu’il en fût ainsi, car le bonapartisme a abusé du peuple après l’avoir abusé, et c’est à lui le premier qu’était réservé le châtiment inévitable de s’égarer lui-même après avoir égaré les autres. Il pouvait fonder sur la presque unanimité des suffrages une société nouvelle vraiment grande. Il a fait fausse route dès le début, la France l’a suivi, elle s’est brisée. Serait-elle assez aveugle pour recommencer ?

Ceux qui croient la France radicalement souillée pensent qu’on peut la ressaisir par la corruption. J’ai meilleure opinion de la France, et si je me méfiais d’elle à ce point, je ne voudrais pas lui faire l’honneur de lui offrir la république. J’ai entendu dire par des hommes prêts à accepter des fonctions républicaines :

– Nous sommes une nation
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