Vie de dom Eugène Huvelin





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Vie de dom Eugène Huvelin

Vie de dom Eugène Huvelin


Supérieur de l’abbaye de Bellevaux

_______________________
Par l’abbé Clerc

1841

Soyez mes imitateurs
comme je l’ai été moi-même de Jésus Christ

(2 Co 11, 1)

Introduction et avertissement



Il n’appartient qu’à Église de Jésus Christ de se montrer, en enfantant sans cesse des élus, douée de la fécondité qui est un des principaux signes auxquels on reconnaît sa céleste origine. Environnée dès le berceau d’une multitude de saints qui trouvèrent dans ses enseignements, ses institutions et surtout dans les exemples de son divin Époux, les éléments des plus admirables vertus, elle a vu sans interruption sortir de son sein des hommes dont la sainteté a fait l’admiration du monde.

La ferveur des premiers chrétiens s’est ralentie, il est vrai, à mesure que l'Église a étendu ses conquêtes, mais il n’est pas néanmoins une seule époque où, dans toutes les conditions, des justes n’aient concouru à l’accomplissement de ses augustes destinées, en faisant briller parmi les nations la splendeur des vertus chrétiennes.

Il était principalement réservé à l’état monastique de donner fréquemment le spectacle d’une vie vraiment conforme à celle du divin Maître. Aux époques les plus brillantes du catholicisme, comme à celles de sa décadence et de son affaiblissement parmi les hommes, c’est toujours du cloître qu’ont jailli la lumière destinée à préserver le monde d’une nuit totale et le feu sacré bien plus précieux encore, apporté par Jésus Christ sur la terre pour y consumer le vice et y perpétuer, avec l’amour de Dieu, le règne de la sainteté.

Lorsque l’impiété, il y a un demi siècle, pour rendre universelle la destruction des Ordres monastiques, leur reprochait sans nulle distinction, des désordres qui servaient de prétexte à ses persécutions, quel éclat répandaient cependant dans la plupart des monastères la piété, la charité, l’abnégation et la pénitence des solitaires qui les habitaient ? À côté d’un petit nombre de maisons religieuses où la sévérité primitive des règles n’était plus entièrement en vigueur, combien de nobles dévouements surpassaient tout ce que les siècles antiques avaient admiré davantage dans les héros et les sages dont la philosophie se glorifie ! Pour immortaliser un de ses adeptes il ne lui a fallu souvent qu’une de ces actions qui, chez les disciples parfaits de l’Évangile, sont les habitudes de tous les instants, les sacrifices de la vie tout entière. Bien plus, pour peu qu’on soit versé dans la connaissance des hommes et des siècles, il est aisé de remarquer que la plupart des sages du paganisme en enseignant à leurs adeptes, avec des préceptes pompeux et des documents fastueux, le hasard pour origine et le néant pour fin dernière, ont abouti moins à créer des hommes vertueux que des simulacres de vertu. Il n’était réservé qu’à la religion chrétienne d’étonner l’univers par de grands exemples parce qu’elle seule en élevant l’homme au-dessus de la matière et du temps, imprime à son âme une énergie qu’elle ne recevra jamais de l’indifférence ou de l’incrédulité.

Parmi les vénérables cénobites que leurs vertus ont illustrés Eugène Huvelin a jeté d’autant plus d’éclat qu’il s’est attaché davantage à les tenir cachées. Mais si sa vie présente peu de ces actions propres à captiver les imaginations plus avides de ce qui est merveilleux que de ce qui édifie, elle offre néanmoins l’exemple d’une application constante à retracer la perfection de Jésus Christ, n’est-ce rien après tout aux yeux de ceux qui savent de combien de difficultés sont semées les voies de la vertu, qu’une vie de plus de quatre-vingts ans, vouée sans réserve aux oeuvres de miséricorde, au silence, à la solitude, à l’obéissance, à toutes les rigueurs, en un mot, d’une pénitence dont l’idée seule effraie et dont la plus légère expérience déconcerterait notre faiblesse ? Aussi la vie d’Eugène Huvelin si elle ne satisfait pas peut-être une curiosité qui n’attache du prix qu’aux choses le plus souvent vaines, comme elle excitera nécessairement l’intérêt de ceux qui chercheront de beaux exemples et de grandes leçons. Un homme qui parvenu à peine à l’adolescence renonce au monde et s’ensevelit pour s’y rendre parfait, dans une profonde solitude, un homme qui pouvant vivre heureux selon le siècle, en foule aux pieds tous les avantages pour ne chercher que Dieu, un homme qui jugé digne des emplois les plus élevés dans son Ordre, appréhende et fuit les moindres distinctions et se montre en toutes circonstances un modèle accompli de l’humilité et de toutes les vertus qui forment son cortège, un homme enfin qui éprouvé par des tribulations de tous genres est constamment supérieur à ces épreuves parce qu’il n’aime rien aussi fortement que la croix, voilà bien de quoi plaire, instruire et édifier.

D’ailleurs la vie d’Eugène Huvelin n’est pas exclusivement proposée pour modèle aux personnes qui ont embrassé l’état religieux. Il n’est aucune condition à laquelle elle ne puisse être utile. Les circonstances en effet ont tellement agité son existence qu’on l’a vu successivement dans le monde occupé des affaires, dans le cloître entièrement à Dieu, sur la terre d’exil le prêtre et le religieux parfait, à la tête d’une paroisse un pasteur accompli et enfin supérieur du monastère de Bellevaux l’ami, le père et le modèle des saints compagnons de sa pénitence. Il y acheva dans la pratique d’une vertu consommée, cette carrière sujette à tant de vicissitudes au milieu desquelles pourtant il peut toujours dire aux jeunes gens comme aux vieillards, aux religieux comme aux prêtres séculiers : « Soyez mes imitateurs comme je l’ai été moi-même de Jésus Christ. »

Plus d’une fois sans doute, en rappelant les vertus de celui qui a mérité d’être ainsi loué dans l'Église de Dieu, j’aurai l’occasion de montrer l’excellence et la sainteté des règles qui l’ont conduit à la perfection, ce sera le moyen de dissiper les illusions de ceux qui se croient incapables de supporter le moindre joug imposé par le précepte de la pénitence, ce sera en même temps celui de détruire beaucoup de préjugés tout à fait opposés à l’opinion qu’on doit se former des usages établis dans les maisons où de généreux pénitents conduits par l’Esprit de Dieu, vont chercher loin du monde un abri contre sa corruption. Puisse cet écrit entretenir le souvenir et propager la connaissance des vertus dont il contient le récit et, sinon déterminer quelque pécheur à chercher dans la solitude et ses austérités, un abri contre les jugements du Seigneur, donner, du moins, à ceux qui vivent au milieu des embarras et des dangers du monde, une haute idée de leurs destinées immortelles, de la nécessité d’y réfléchir et de l’excellence des moyens à l’aide desquels on peut assurer le salut.

C’est parmi de pieux solitaires, les enfants bien-aimés et les frères d’Eugène Huvelin que j’ai écrit l’histoire de sa vie, suivant les mémoires dignes de la plus entière confiance, recueillis et mis à ma disposition par le R.P. Théophile Menestret, ancien religieux de Bellevaux.

Ces notes étaient depuis la mort d’Eugène Huvelin destinées à fournir matière à l’ouvrage auquel je me réjouirai d’avoir ainsi coopéré, si je n’avais pas à regretter qu’il n’ait pas été confié à un rédacteur plus pieux et plus habile.

Je ne me suis pas borné à joindre quelquefois de courtes réflexions au récit de faits qui les faisaient naître et elles se seraient présentées sans doute à l’esprit du plus grand nombre des lecteurs, mais j’ai eu en vue l’utilité et l’édification de ceux qui pourront me savoir gré d’avoir ainsi rendu plus facile le profit qu’ils doivent retirer d’une narration moins laconique. Il m’a paru aussi nécessaire d’ajouter à certains endroits des notes qui se trouveront à la suite de la vie d’Eugène Huvelin. Elles ont pour but de développer les passages qui rendent nécessaires quelques explications et de ne pas retarder par de trop fréquentes et trop longues digressions, le récit des faits qui regardent exclusivement celui dont j’écris la vie.

Quoique cette vie soit réellement l’apologie en même temps que le récit des vertus d’Eugène Huvelin et qu’il restât à la fin, peu de chose à dire de chaque vertu séparément, j’ai cru cependant devoir y ajouter un supplément en forme de panégyrique. Il contient certaine pratique de piété et quelques faits dont je n’avais pas trouvé occasion de parler. Je me suis moins proposé du reste, en faisant l’éloge des vertus morales et chrétiennes d’Eugène Huvelin, de reporter de nouveau sur elles l’attention, que de justifier le genre de vie par lequel il s’est sanctifié, aux yeux des personnes prévenues contre l’état monastique ou peu instruites de ce qu’il y a de sublime dans cette vocation. J’ai cru devoir pour cela montrer la conformité qui existe entre la vie obscure et mortifiée d’Eugène Huvelin et la sagesse profane elle-même.

Enfin il n’était pas facile, ou plutôt il n’était pas juste de terminer cette histoire sans y ajouter celle des événements qui, peu de temps après la mort du vénérable supérieur de Bellevaux, soumirent sa communauté à des épreuves bien pénibles. Malgré les détails pleins d’intérêts contenus dans une notice qui se trouve entre les mains d’un grand nombre de personnes, j’ai cru, suivant au reste les avis qui m’ont été donnés par plusieurs ecclésiastiques aussi judicieux que désintéressés, devoir entrer dans de nouveaux détails, concernant la situation actuelle des religieux de Bellevaux. On trouvera donc dans l’appendice qui terminera cet ouvrage les causes de la ruine de la maison fondée par Eugène Huvelin, les faits qui appartiennent au séjour de ses religieux en Suisse et à leur rétablissement quelques années après leur sortie du diocèse de Besançon, au Val-Sainte-Marie et enfin à leur fixation définitive à l’abbaye de la Grâce-Dieu.
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