Proses diverses et Poésies





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* »puant » (vieux français).

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ELLE EST AUSSI…

Elle n’est pas que luminaire

La poésie franche et vécue.

Parfois lym-phe de la misère,

Fanée, aigrie el-le n’est plus

Prometteu-se clarté d’aurore

Qui s’ouvre aux matins de la vie ;

Pas-se-men-te-rie fi-ne d’or

Qui l’a chatouille et l’embellit :
Elle est aussi brume et langueur.
Aux plébéien-nes accordailles,

Bon-ne vivante el-le colporte

Chants libertai-res de ripailles.

Mais dessous sa coiffe el-le porte

Un voi-le de mariée sanglant,

Déchiré par les barbelés

Des paradisia-ques contrées.
Elle est aussi deuil et rancœur.
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Si parfois el-le déambule

Ri-me-s et ca-den-ces vénales,

Qu’el-le de-vi-ent noctambule

Accouchant d’o-des syncopales ;

Et si aux neutres sont commerce

-Une mon-tre de mignardises-

Offre madrigaux de kermesse,

El-le n’est pas que friandises :
Elle est aussi fiel et rigueur.
Pas-sio-na-ri-a de villages

Et Che Guevara de cantons

S’échauf-fen-t après son breuvage

Dans des cocktails-révolutions ;

Pendant qu’ajuste ses douelles

Un tonnelier si-len-ci-eux,

La poésie libre amoncelle

En son cœur u-ne Tour de Feu : *
Elle est aussi calme et labeur.
A-ri-de sonnet de loisirs

Sur feuille à inclusion de fleurs

Si el-le semble dépérir

Dans des cer-cles de bateleurs

Où l’on la veut poème-objet,

Po-è-me propret pour sous-verre,

Préten-ti-eux colifichet,

Charlatanesque électuaire :
Elle est aussi force et valeur.

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Vous les sou-te-neurs de la Muse

Et vous les rimeurs de boudoirs

Aux rê-ches fadai-ses profuses

A l’impuissan-ce d’exutoire ;

Ne prenez pas la poésie

Pour un lé-ger amu-se-gueule,

Une rituelle accrobatie

Aux pru-des jou-tes des bégueules :
Elle est aussi pain et vigueur !
*Pierre Boujut, né en 1913 et mort en 1992 à Jarnac, en Charente, est un écrivain et poète français. Tonnelier puis marchand de fer de son état, pacifiste et libertaire, il vient à l'écriture vers sa vingtième année et lance successivement, à partir de 1933, trois revues, dont La Tour de Feu, créée en 1946. Il s’y exprime, en compagnie d'autres poètes, aussi bien sur le plan littéraire que sur le plan politique, mêlant l'un et l'autre avec enthousiasme, notamment lors de la désertion de son fils au cours de la guerre d'Algérie. Grâce à la poésie, Pierre Boujut entretient, depuis son bureau jarnacais, des relations épistolaires avec de grands écrivains de l’époque. Son mode de vie, très paisible, ne varie pas pour autant et, à l'écart du monde officiel, il poursuit la publication de La Tour de Feu jusqu’en 1981. (Sources : Wikipédia)

« Deuxième Ordre de Poésie » - Dole, 1981.

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BACCHUS ET LES PROVERBES

Les proverbes sont faits pour rire
Et ma plume qui les rejoint
Vous en soumet de bon tonneau :
Boire et conduire il faut choisir.
A beau laper qui vient de loin.
A tout poivrot son litre est beau.


A la Toussaint les muids serrés.
Qui boit doucement boit longtemps.
Des moûts et des fouleurs, c’est sûr,
Il ne faut jamais discuter.
La fortune vient en buvant.
Un pichet n’est jamais perdu.


Passée la fête adieu le vin !
Ventre assoiffé n’a pas d’oreille.
Cuitez vilain il vous poindra.
Le vin justifie les moyens.
Pour tout le monde luit la treille.
Profusion de vin ne nuit pas.


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C’est peut-être bien en buvant
Qu’on devient un jour vigneron ?
Enivrement passe richesse.
Les proverbes sont amusants,
Suivez ces fantasques lurons !
Et pas d’ombre dans leur sagesse.

Même la mort saute à la corde,
Fardée par ces dictons plaisants.
Elle besogne et l’on en rit.
A tout pendu miséricorde. 
Après, bon sang, on le repend.
Les bons morts font les bons amis.


Extrait de « Les Yeux qui pensent au loin » 1982 [sous le pseudonyme de Nicolas SYLVAIN]
Médiathèque de Dole [Jura, France] FCL 841 SYL 3 3901 00031557 2

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Le Vin jaune est un vin blanc de grande garde issu du savagnin, sec et capiteux, spécialité vinicole des vignerons du Jura. Il est élaboré de façon très particulière et surnommé l'or du Jura. Il a des arômes, saveurs et parfums typiques amples et riches de noix et de noisette, d'amande, de pain grillé, de miel, de muscade, de cannelle, de vanille, de caramel, de boisé, et parfois de pain d'épice. Le céleri caractérise également sa jeunesse. Il a la réputation d'avoir une personnalité propre au terroir jurassien, unique et incomparable à aucun autre vin du monde, à tel point qu'il faut parfois persévérer, lorsqu'on le découvre, pour en apprécier toute la richesse. Il est un des composants de la gastronomie franc-comtoise.

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II -
1987  :

« Bleu-Vert-Rouge »

& 5 dessins de Fabienne Landois (Paris, 1987)

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DES COULEURS POUR TOI

Si le soleil de la rue

est pénible pour toi :

Viens à l’ombre de mon écritoire !
Si l’inconsistance des gens de peu

te glace et te décourage :

Viens au feu de mon écritoire !
Si la vanité des plumitifs

te fait douter de la Poésie :

Viens au feu de mon écritoire !
Si la suffisance des aînés

amidonne ton dynamisme :

Viens à l’eau de mon écritoire !

Si l’on a peu de tendresse pour toi :

Viens au bleu de mon écritoire !
Si l’on t’empêche de sourire et de rire :

Viens au vert de mon écritoire !
S’il te manque des armes contre les méchants :

Viens au rouge de mon écritoire !


60

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LIMITE Á NE PAS DĖPASSER

L’azur a compris le ciel.

Le ciel a compris les étoiles.

La lune et le soleil

ont compris la rotation de la terre.

Plus bas,

infiniment plus bas,

Les montagnes ont compris la neige.

Encore plus bas,

beaucoup plus bas,

La mer a compris ses marées,

Le vent, ses tempêtes,

La forêt, ses chênes séculaires.

La terre a compris sa fertilité,

La vigne, ses cépages.

Les champs ont également compris

le blé, le seigle et le maïs.

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Les jardiniers, les légumes.

La vache a compris son lait.

La poule, ses œufs.

L’abeille, son miel.

Et l’homme dans tout cela ?

Surtout, surtout,

Qu’il ne veuille pas chercher

à comprendre plus haut que les montagnes !

Tout ne va pas forcément bien pour lui sur terre,

Alors à quoi bon

vouloir comprendre la lune ?

63


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64

Va sans peur jusqu’au bout de toi-même
En te gaussant des gens
Qui végètent
Qui chuchotent
Qui complotent
Derrière leurs rideaux gris !
___________

65

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66

TOUT POUR LA FĖE !

Pour elle

J’ai déclenché le plan Orphée

-mais pas hors de la Fée-

Surtout qu’il n’y ait pas d’autodafé !

Cela ne m’a pourtant pas empêché de crier :

« O ! Fée, O ! Fée »

L’écho m’a répondu :

« Aux fées !, aux fées ! »

Je lui ai répliqué :

« Idiot il n’y a qu’une seule Fée ! »

Il a insisté : 

« Au fait ! Au fait ! »

Je lui ai lâché sec :

« C’est fait ! »

Alors il n’a plus rien dit du tout,

Non mais !

67

De Fée en aiguille, dis-je,

Ah ! J’ai ouvert un atelier « Tout pour la Fée ».

Il y règne un courant fébrile.

Ma plume accourt et court et court,

Mon cœur accourt et bat et tape.

Ah ! Ça je dois avoir la fièvre…

On me disait tantôt :

« Prenez donc de la Fébralgine ! »

J’ai répondu tout court et contre tous :

« Ah oui ! C’est ça, pour que la Fée s’en aille… »

Et puis je me sens si fécond depuis la Fée.

Tout pour la Fée, tout pour la Fée ;

Á Dole tout comme à Gentilly !

Dimanche 29 Mars 1987 – (dans le TGV Paris-Lausanne).

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GARDIEN DE TA BALANCE

Ta balance est fragile,

quoi que tu dises,

quoi que tu taises,

quoi que tu cries.

Ta balance est standard

même un peu conformiste.

Elle dit qu’elle ne l’est pas

pour estomper ses doutes,

pour renier ses réserves.

Ta balance peut gagner

dans les combats faussés.

Et je t’ai proposé

de t’aider à gagner,

de t’aider malgré toi.

Je suis bien l’avocat

des causes indéfendables

-oui, le Vergès des cœurs-

Mais un Vergès dans l’ombre,

loin des feux du barreau,

loin des calculs payants,

loin des raisons de sexe.

J’ai même été jusqu’à

grands dieux ! Citer le Christ.

J’ai dit qu’il n’y avait

pas de plus grand amour

Que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.

J’ai fait

-c’est très logique-


Tout un réquisitoire

pour te prouver enfin

Que je ne voulais rien,

Hormis deux trois broutilles

minimes et ridicules

Qui feraient bien sourire

le lecteur impromptu.

Et tu m’as écouté.

Tu n’as plus écouté.

Tu m’as dit « tout ça rentre

par une oreille et sort ! »

Tu m’as dit « des dizaines

de gens m’ont dit ceci ! ».

Je n’ai rien répondu,

Moi mon affaire c’est l’acte.
Ta balance est fragile

quoi que tu dises,

quoi que tu taises,

quoi que tu cries.

Mais je resterai là

dans le noir, dans le froid,

souvent moqué de toi ;

Sans la photo souriante

que j’avais demandée.

J’attendrai, j’attendrai,

cornes et sabots têtus

Pour foncer relever

la balance imprudente

Quand elle sera tombée…
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NOUVELLE DONNE

Je me suis rendu

aux objets trouvés.

J’ai demandé et j’ai cherché.

On m’a dit : « Vous l’avez perdu ? »

J’ai répondu : « Ça non

on ne me l’a jamais donné ! »

Sincères condoléances !

Et les voix ont baissé d’un ton.

On m’a redit à tout hasard :

« Mais allez donc à la fourrière ! »

J’ai balbutié tout triste :

« Hélas ! Je ne suis pas son chien ».

On ne m’a plus rien dit de tout.

On m’a même trouvé très bizarre.

Dehors,

toujours des notes et des mots

des mots d’été au crépuscule

Qui laissaient présager des tendresses dans la nuit.

Et puis des notes, de gros bémols ;

des mots pour d’autres

gonflés comme le corsage des filles.
Et j’ai hissé mon cœur sur mon épaule,

mon cœur

Comme un gros violoncelle percé.

J’ai traîné, traîné dans la ville

pour chercher la Fée

Qui voudrait bien me rendre

Le baiser

qu’elle ne m’avait jamais donné.

ANONYME

Tu es comme cette borne

à la croisée des routes.

Enfoncée dans la terre,

masquée par l’herbe folle.

Borne kilométrique ?

Borne « attention danger » ?

Tu es borne bornée

qui marque son chemin,

Le sien et puis c’est tout.


_______

73

PLUME PAR-CI PAR-LÁ

Tout est bon pour ma plume :

le beau le lait le chaud le froid,

le faux le vrai le gauche le droit.

Son regard voit par tous les temps,

la nuit le jour dehors dedans.

Son ouïe écoute aussi aux portes

-en passant seulement-

Car elle est très très très très fine.

Ma plume est toujours aux aguets,

ne dort jamais que d’une feuille,

Sait toujours sur quel pied danser.

Ah ! Non elle n’est pas bêcheuse,

ni loqueteuse et ni frimeuse.

Elle est de Paris, de province.

Elle a certes ses préférences.

Elle est sociable mais sélecte,

aventurière mais précise,

désintéressée mais lucides.


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Elle est gauloise mais pourtant

n’a pas forcément peur du ciel

-qu’il lui tombe ou non sur la plume-

En vérité elle n’en a cure.

Ah ! Tiens la voici qui s’en va ;

Vous avez dû la faire bâiller.

Ca ne fait rien, ce soir demain elle reviendra.

Comme une qui a près tout ma foi

est un peu restée sur sa faim

-Non !

Sur sa plume-


___________


75

AUTRES VALEURS

A la dérision
j’ai préféré l’altruisme.
Aux passions passées
le présent du verbe aimer.
Aux amours mûries
les tendresses de la jeunesse.
Aux mémoires des maîtres
l’édition des inconnus.
Je suis très anticonformiste.

76


DEMAIN

Que disaient les saules argentés

ce soir orageux du mois d’Août ?

Le ciel était gris-bleu bleu-gris

et le soleil était parti.

Vingt heures.

Personne !

La campagne attendait muette.

Perpétuel recommencement.

Deux heures avant c’était la fête :

Les pétards et les bruits de clique,

Les sifflets, les cris d’enfants.

Et tout ça tout contre

le mur du cimetière.

La fête ici la mort tout près.

Le jeu de quilles le bal les tombes.

Et les vieux jeunes et les jeunes vieux.

Les adolescents qui demain seront vieux.

Les enfants qui demain seront adolescents.

Et les vieux qui demain là,

là tout près du bal,

près des manèges, du jeu de quilles,

Mais de l’autre côté du mur.


77

Vingt heures.

Personne !

La campagne attendait muette.

Le soleil était parti.

Le ciel était gris-bleu bleu-gris

Ce soir orageux du mois d’Août.

Que disaient les saules argentés ?

Tu n’étais plus là pour le dire.


___________

78


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79


LES YEUX NEUFS

Il faut écrire pour les yeux neufs.

Ceux qui ne disent pas

qu’ils en ont déjà bien vu d’autres,

Comme disent les yeux désabusés

-pas forcément âgés, du reste-

Qui démissionnent,

Qui s’abandonnent

au bouillon trouble de la vie

Et qui font les gros yeux dessus

En disant « C’est la vie !,

c’est la vie ! »

Aux jeunes yeux qui regardent en l’air,

Qui rient qui parlent fort

Chantant « Que c’est beau c’est beau la vie ! »
Les yeux neufs ne pensent pas

par procuration,

par obéissance,

par souci du conformisme.
80

Les yeux neufs sont adolescents,

Ils veulent refaire le monde

plus clair,

moins entravé par les chaînes,

moins embués par les haines.

Les yeux neufs ont cent fois raison

de ne pas prendre pour argent comptant

Le vieux monde que leurs aînés leur laissent en héritage.

« Débrouillez-vous avec,

nous on en a bien assez vu ! »
Les yeux neufs qui attendent le car pour le lycée

Voient le monde plutôt vierge

comme un tableau vert

Qui n’a jamais servi pour eux.

Ils en prennent possession

Et écrivent dessus ce qu’ils veulent faire du monde.

Leurs aînés quant à eux

-de l’autre côté du tableau-

Avaient gribouillé à la hâte

ce qu’ils attendaient de ce monde.

Mais les yeux neufs se moquent désormais bien

-et à juste raison-

De ce qui est écrit de l’autre côté du tableau ;

Leur temps ne se conjuguera pas

au Passé négatif.
___________

81

D’UN AUTRE MONDE

Délenda est revenue

cette nuit.

Un long chien blanc hurlait

comme un loup

Dans le grand salon du bas

Et fixait le feu

de la cheminée

de ses yeux incandescents

eux-aussi.

Les volets claquaient sous le vent

fort et glacé de l’hiver.

Cette fois-ci la visiteuse

A cassé de son poing menu

un petit carreau lancéolé

de l’une des trois hautes fenêtres

de la médiathèque.
82


Elle a gémi longuement

et beaucoup saigné,

Encore ce matin son sang

-plus blanc que le blanc de neige-

Laisse une trace énigmatique

Un filet étincelant

qui se faufile en zigzaguant

entre les cyprès du parc.

Délenda aura eu vingt ans

cette nuit.
Il neige encore toujours encore,

Le ciel est de plus en plus bas.

Un livre manque à la bibliothèque :

« Le Sacramentaire du RoseCroix »

___________


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