Françoise Bollengier, Maryse Lopez L’argumentation n’est pas soluble dans la séquence… 23





télécharger 414.2 Kb.
titreFrançoise Bollengier, Maryse Lopez L’argumentation n’est pas soluble dans la séquence… 23
page6/11
date de publication07.03.2017
taille414.2 Kb.
typeBibliographie
h.20-bal.com > loi > Bibliographie
1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   11




Objectif : analyser un roman à visée argumentative

Problématique de lecture : comment une œuvre de fiction se construit-elle comme un plaidoyer pour l’abolition de la peine de mort ?


Pré-requis : maîtrise de l’analyse du texte narratif,

lecture de l’œuvre (vérifier par une interrogation écrite avant le début de la séquence).


Séance, support, dominante, durée, date

Objectifs, notions, outils

Problématiques, axes de lecture

Procédures pédagogiques, construction de la séance, activités des élèves

Travaux, évaluations

Séance 1.

Hugo et la peine de mort.
Hugo : Discours à l’Assemblée Constituante, « L’Échafaud » (La Légende des Siècles), un extrait des Misérables
Lecture.

2 heures


Appréhender différents textes abordant le thème de la peine de mort.

Caractériser l’engagement d’Hugo afin d’identifier les enjeux du Dernier jour…

Notions, outils :

- énonciation / communication

- réseaux lexicaux

- métaphore

- personnification

- hyperbole

Hugo, un auteur polygraphe et engagé

(Interrogation écrite pour vérifier la lecture de l’œuvre, faite juste avant la première séance)

I. Lecture des textes. Quelques données historiques (contexte du Discours à l’Assemblée).

II. Réponse aux questions. Travail en autonomie (réponses aux questions) sur le Discours.

III.Correction, mise en commun.

IV. Analyse en cours dialogué du poème « L’Échafaud ».
Synthèse.  l’engagement politique d’Hugo est présent dans ses œuvres, sa lutte pour l’abolition de la peine de mort se laisse voir à travers des images récurrentes, voire obsédantes, qui font pratiquement de la « guillotine » un mythe de l’œuvre.

Pour préparer la séance 2 :

répondre aux questions sur l’extrait des Misérables.
Pour le jour de l’évaluation rendre la fiche de lecture sur Le Dernier Jour d’un condamné (voir fiche).

L’argumentation au lycée professionnel Argumentation et œuvre intégrale 

L’argumentation au lycée professionnel Argumentation et œuvre intégrale 
Séance 2. 

La Préface
Hugo, Le Dernier Jour

Lecture

1 heure


Analyser la Préface
Notions :

énonciation

thèse / argument

stratégie argumentative : la réfutation

De quelle manière la Préface donne-t-elle, voire impose-t-elle un sens au Dernier Jour… ?

I. Correction orale des questions sur le texte Les Misérables.

II. Travail en autonomie, questions 1) et 2) (voir cours).

1) Comment Hugo qualifie-t-il le Dernier Jour d’un condamné ? Quelle est la visée de cette œuvre ?  le mot clef : plaidoyer. Une fiction au service d’une argumentation.

2) L'énonciation. étude des différents pronoms. Importance de l’énonciation dans la stratégie argumentative. La tonalité polémique (impératifs, tournures exclamatives et évaluatifs).

III. Mise en commun, correction

IV. Étude de l’argumentation (voir cours), cours dialogué.

3) L’argumentation.  la thèse opposée à celle d’Hugo et ses arguments. La réfutation point par point d’Hugo.

La construction : les mots de liaison.

Les figures : l’hyperbole, les exclamatives à visée ironique.

Synthèse. Une conception qui repose sur des valeurs : humaniste, politique et chrétienne. Le Dernier Jour : un plaidoyer, rhétorique judiciaire et polémique.

Pour préparer la séance 3 : relire le premier et le dernier chapitre.


Séance 3 .

Dans le cachot…
Hugo, Le Dernier Jour, chap. I et XX
Lecture

2 heures


Analyse comparée des chapitres I et XX.
Notions :

- énonciation

- ton

- organisation et fonctions de la description

En quoi la description de la claustration participe-t-elle au plaidoyer d’Hugo ?

Travail en binôme.

I. Analyse des textes.

II. Mise en commun des réponses.

III. Synthèse de la séance  les fonctions de la description.

Texte 1 (Chap. I).

1) L’énonciation et la situation de communication

2) Le genre.  Une autobiographie ? Un journal intime ? Un roman ?

3) La construction du chapitre.  l’impression d’enfermement redoublée par la construction du chapitre. La présence prémonitoire de la guillotine.

4) Le narrateur.  psychologie du narrateur. Opposition présent / passé.

Texte 2 (Chap. XX).

1) Les tonalités.  l’humour comme expression du désespoir.

2) La description.  comparaison avec le chap. I. Etude du lexique. Procédé et image commune aux deux textes. Intention du narrateur.

Synthèse Pourquoi et comment la description du cachot, participe-t-elle de la visée argumentative du Dernier Jour d’un condamné ? Les fonctions de la description.

Pour préparer la séance suivante : Relire les chapitres XVI et XXIII :

1) Quel effet provoque l’usage de l’argot ? Justifiez, développez votre réponse.

Classez le lexique ar-gotique par catégorie grammaticale.

Que remarquez vous quant à la construction de cette langue ?


Séance 4.

La langue maudite
Hugo, Le Dernier Jour…, chap. XVI et XXIII
Étude de la langue.

1 heure


Donner du sens à l’emploi de l’argot.
Notions :

- registre le langue

- étymologie

- préfixation, suffixation…  processus de création lexicale.

L’utilisation de l’argot ; folklore, effet de réel ou révolution de la langue ?

Correction des deux questions (voir ci-dessous).

Cours dialogué.

1) Quel effet provoque l’usage de l’argot ? Justifiez, développez votre réponse.

2) Classez le lexique argotique par catégorie grammaticale. Que remarquez vous quant à la construction de cette langue ?  suffixation, processus proche du mot-valise, expression imagée, métaphorisation

Synthèse au-delà de l’effet de réel que provoque l’argot des prisons, Hugo voit dans cette langue non seulement une machine poétique qui le fascine (celle-ci réapparaîtra dans Les Misérables), parce qu’elle engendre, toute une vision du monde, mais dans le même temps, elle l’effraie, le dégoûte, elle est comme une langue parasite.


Pour la séance 5.

Relire les chapitres XXVI, XXVII, XXVIII.

Séance 5.

L’échafaud
Hugo, Le Dernier Jour…

Chap. XVI, XVII, XVIII

Analyser trois chapitres; mettre en évidence leur construction, leur place dans l’économie de l’œuvre et dans celle de la visée argumentative.

Notions :

- énonciation

- champ lexical

- périphrase

- ton pathétique

- argument / visée argumentative


Comment la présence de l’échafaud participe-t-elle à la dramatisation du récit mais aussi à l’argumentation d’Hugo ?

I.Étude des deux premiers textes en cours dialogué.

Texte 1 (Chap. XVI).

1) Le ton.  Tonalité pathétique. Analyse de l’énonciation, des types de phrases, du lexique.

2) La visée argumentative.  Argument / visée argumentative.

 Texte 2 (Chap. XVII).

1) Le lexique.  Champ lexical de l’écriture. Sens et construction des périphrases.

2) La visée argumentative.

II. Analyse du texte 3 en autonomie.

Texte 3. (Chap. XVIII).

Pistes de lecture :

- le changement de point de vue entre les chapitres XVII et XVIII.

- l’expression de la sensibilité du narrateur 

- la cruauté de la foule

III. Mise en commun.

Synthèse Mettre en évidence celui des trois chapitres qui a la plus grande force de persuasion.


Pour la séance 6 :

Relire les deux derniers chapitres.

Séance 6.

La fin
Hugo, Le Dernier Jour…
Lecture.

2 heures.



Analyser les deux derniers chapitres.
Notions :

- l’ironie

- les champs lexicaux

- les procédés de la dramatisation

- la catharsis

Qui est coupable ?

 L’attitude du Peuple face à l’exécution.

 Pour Hugo la peine capitale avilit le Peuple.

I. Travail en autonomie, classe partagée en deux, un texte par groupe.

II. Mise en commun des réponses.

III. Synthèse de la séquence (professeur).

.Texte 1 (Chap. XLVIII)

1) Le ton.  L’ironie

2) Le personnage.  Opposition narrateur / foule. Le lexique qualifiant la foule, son image négative. Les émotions du narrateur.

3) La composition.  La tension dramatique du chapitre (procédés).

.Texte 2. (Chap. XLIX)

Pistes de lecture :

1) la dramatisation

2) ironie et cruauté

3) un récit cathartique ?  frayeur et pitié du lecteur.

Synthèse de l’analyse du Dernier Jour… :

  • La visée argumentative de l’œuvre. Le dernier jour d’un condamné vous paraît-il un plaidoyer convaincant contre la peine de mort ? Justifiez votre réponse par des arguments précis.

  • Un récit qui emprunte certains traits à la tragédie : unité de temps, de lieu, personnage pathétique, effet cathartique.




Pas de travail.

Rappel : terminer la fiche de lecture pour la séance suivante.

Séance 7.

La peine de mort dans le monde aujourd’hui.
Groupement de textes : Rousseau, Le Contrat social, discours de Badinter, texte de Mumia Jamal, Dans le couloir de la mort, documents Amnesty International (Textes, Tableau, carte).

Écriture.

2 heures + 1 heure


Écrire un texte argumentatif à partir d’un groupement de textes.

Ce texte doit être une lettre et un plaidoyer contre la peine de mort.

La lutte contre la peine de mort dans le monde : un enjeu éthique et politique.

I. Étude du groupement de textes en binôme (2 heures)


 identifier les pays qui pratiquent la peine de mort (voir que cette pratique a lieu quelque soit le régime politique)

 analyser les textes afin de mettre en évidence les arguments qui réfutent la peine de mort et ceux qui la défendent.
II. Construire un plan en trois parties du plaidoyer.
III. Rédaction individuelle (1 heure)

Pour la séance suivante :

Revoir toute la séquence pour l’évaluation.

ÉVALUATION : sujet type épreuve de BAC (2 heures)

A. Camus, L’Étranger (la fin), A. Camus, Réflexion sur la peine capitale.



Éric HOPPENOT

LP rue Henri Barbusse

Bagneux

Séquence - Fiction et argumentation

Victor Hugo, le Dernier Jour d’un condamné

Annexes 1 - Textes pour la séance 1



1. DISCOURS À L’ASSEMBLÉE CONSTITUANTE
15 septembre 1848
Je regrette que cette question, la première de toutes peut-être, arrive au milieu de vos délibérations presque à l’improviste, et surprenne les orateurs non préparés.

Quant à moi, je dirai peu de mots, mais ils partiront du sentiment d’une conviction profonde et ancienne.

Vous venez de consacrer l’inviolabilité du domicile, nous vous demandons de consacrer une inviolabilité plus haute et plus sainte encore, l’inviolabilité de la vie humaine.

Messieurs, une constitution, et surtout une constitution faite par la France et pour la France, est nécessairement un pas dans la civilisation. Si elle n’est point un pas dans la civilisation, elle n’est rien. (Très bien ! très bien!)

Eh bien, songez-y, qu’est-ce que la peine de mort ? La peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie. (Mouvement.) Partout où la peine de mort est prodiguée, la barbarie domine ; partout où la peine de mort est rare, la civilisation règne. (Sensation.)

Messieurs, ce sont là des faits incontestables. L’adoucissement de la pénalité est un grand et sérieux progrès. Le XVIIIe siècle, c’est là une partie de sa gloire, a aboli la torture ; le XIXe siècle abolira la peine de mort. (Vive adhésion. Oui ! oui !)

[…]

Je vote l’abolition pure, simple et définitive de la peine de mort.

V. Hugo, « Discours à l’Assemblée Constituante », Actes et Paroles, Robert Laffont, 1985
2. UN ÉCHAFAUD
[…]

J'étais là. Je pensais. Le couchant empourprait

Le grave Hôtel de Ville aux luttes toujours prêt,

Entre Hier qu'il médite et Demain dont il rêve.

Un échafaud achevait, resté seul sur la Grève,

Sa journée, en voyant expirer le soleil.

Le crépuscule vint, aux fantômes pareil.

Et j'étais toujours là, je regardais la hache,

La nuit, la ville immense et la petite tache.
À mesure qu'au fond du firmament obscur

L’obscurité croissait comme un effrayant mur,

Un échafaud, bloc hideux de charpentes funèbres,

S'emplissait de noirceur et devenait ténèbres;

Les horloges sonnaient, non l'heure, mais le glas;

Et toujours, sur l'acier, quoique le coutelas

Ne fût qu'une forme épouvantable et sombre,

La rougeur de la tache apparaissait dans l'ombre.
Un astre, le premier qu'on aperçoit le soir,

Pendant que je songeais, montait dans le ciel noir.
Sa lumière rendait l'échafaud plus difforme.

Un astre se répétait dans le triangle énorme;

Il y jetait, ainsi qu'en un lac, son reflet,

Lueur mystérieuse et sacrée; il semblait

Que sur la tache horrible, aux meurtres coutumière,

Un astre laissait tomber sa larme de lumière.

Son rayon, comme un dard qui heurte et rebondit,

Frappait le fer d'un choc lumineux; on eût dit

Qu'on voyait rejaillir l'étoile de la hache.

Comme un charbon tombant qui d'un feu se détache,

Il se répercutait dans ce miroir d'effroi,

Sur la justice humaine et sur l'humaine loi

De l'éternité calme auguste éclaboussure.

- « Est-ce au ciel que ce fer a fait une blessure ?

Pensai-je. Sur qui donc frappe l'homme hagard ?

Quel est donc ton mystère, ô glaive? » - Et mon regard
Errait, ne voyant plus rien qu'à travers un voile,

De la goutte de sang que la goutte d'étoile.

Victor Hugo, La Légende des Siècles (première éd. 1859)

3. Dans ce passage des Misérables, le narrateur décrit la réaction de Monseigneur Myriel devant l’échafaud, cet évêque aida Jean Valjean après sa sortie du bagne (épisode des chandeliers).
Quant à l'évêque, avoir vu la guillotine fut pour lui un choc, et il fut longtemps à s'en remettre. L'échafaud, en effet, quand il est là, dressé et debout, a quelque chose qui hallucine. On peut avoir une certaine indifférence sur la peine de mort, ne point se prononcer, dire oui et non, tant qu'on n'a pas vu de ses yeux une guillotine ; mais si l'on en rencontre une, la secousse est violente, il faut se décider à prendre parti pour ou contre. Les uns admirent, comme de Maistre1 ; les autres exècrent, comme Beccaria2. La guillotine est la concrétion de la loi ; elle se nomme vindicte ; elle n'est pas neutre, et ne vous permet pas de rester neutre. Qui l'aperçoit frissonne du plus mystérieux des frissons. Toutes les questions sociales dressent autour de ce couperet leur point d'interrogation. L'échafaud est vision. L'échafaud n'est pas une char­pente, l'échafaud n'est pas une machine, l'échafaud n'est pas une mécanique inerte faite de bois, de fer et de cordes. Il semble que ce soit une sorte d'être qui a je ne sais quelle sombre initiative ; on dirait que cette charpente voit, que cette machine entend, que cette mécanique comprend, que ce bois, ce fer et ces cordes veulent. Dans la rêverie affreuse où sa présence jette l'âme, l'échafaud apparaît terrible et se mêlant de ce qu'il fait. L'échafaud est le complice du bourreau, il dévore ; il mange de la chair, il boit du sang. L'échafaud est une sorte de monstre fabriqué par le juge et le charpentier, un spectre qui semble vivre d'une espèce de vie épouvantable faite de toute la mort qu'il a donnée.

Victor Hugo, Les Misérables, 1862.

1 Joseph de Maistre (1753-1821) : Membre du Sénat. Opposé à la Révolution

2 Beccaria : Juriste italien (1738-1794), opposé à la peine de mort il est l’auteur d’un livre Des délits et des peines, qui influença très fortement les défenseurs de la peine de mort du XVIII è siècle à nos jours. Il proposa des réformes juridiques et un adoucissement de peines.

Annexe 2 – Texte pour la séance 2




Comme on le voit, à l'époque où ce livre fut publié, l'auteur ne jugea pas à propos de dire dès lors toute sa pensée. Il aima mieux attendre qu'elle fût comprise et voir si elle le serait. Elle l'a été. L'auteur aujourd'hui peut démasquer l'idée politique, l'idée sociale, qu'il avait voulu populariser sous cette innocente et candide forme littéraire. Il déclare donc, ou plutôt il avoue hautement que Le Dernier Jour d'un condamné n'est autre chose qu'un plaidoyer, direct ou indirect, comme on voudra, pour l'abolition de la peine de mort. Ce qu'il a eu dessein de faire, ce qu'il voudrait que la postérité vit dans son œuvre, si jamais elle s'occupe de si peu, ce n'est pas la défense spéciale, et toujours facile, et toujours transitoire, de tel ou tel criminel choisi, de tel ou tel accusé d'élection; c'est la plaidoirie générale et permanente pour tous les accusés présents et à venir […]

Ceux qui jugent et qui condamnent disent la peine de mort nécessaire. D'abord, -parce qu'il importe de retrancher de la communauté sociale un membre qui lui a déjà nui et qui pourrait lui nuire encore-. S'il ne s'agissait que de cela, la prison perpétuelle suffirait. À quoi bon la mort ? Vous objecterez qu'on peut s'échapper d'une prison ? Faites mieux votre ronde. Si vous ne croyez pas à la solidité des barreaux de fer, comment osez-vous avoir des ménageries ?

Pas de bourreau où le geôlier suffit.

Mais, reprend-on, -il faut que la société se venge, que la société punisse-. Ni l'un, ni l'autre. Se venger est de l'individu, punir est de Dieu.

La société est entre deux. Le châtiment est au-dessus d'elle, la vengeance au-dessous. Rien de si grand et de si petit ne lui sied. Elle ne doit pas « punir pour se venger »; elle doit corriger pour améliorer. Transformez de cette façon la formule des criminalistes, nous la comprenons et nous y adhérons.

Reste la troisième et dernière raison, la théorie de l'exemple. -Il faut faire des exemples ! il faut épouvanter par le spectacle du sort réservé aux criminels ceux qui seraient tentés de les imiter !- Voilà bien à peu près textuellement la phrase éternelle dont tous les réquisitoires des cinq cents parquets de France ne sont que des variations plus ou moins sonores. Eh bien ! nous nions d'abord qu'il y ait exemple. Nous nions que le spectacle des supplices produise l'effet qu'on en attend. Loin d'édifier le peuple, il le démoralise, et ruine en lui toute sensibilité, partant toute vertu. Les preuves abondent, et encombreraient notre raisonnement si nous voulions en citer. Nous signalerons pourtant un fait entre mille, parce qu'il est le plus récent. Au moment où nous écrivons, il n'a que dix jours de date. Il est du 5 mars, dernier jour du carnaval. À Saint-Pol, immédiatement après l'exécution d'un incendiaire nommé Louis Camus, une troupe de masques est venue danser autour de l'échafaud encore fumant. Faites donc des exemples ! le mardi gras vous rit au nez.
Victor Hugo, Préface du Dernier jour d’un condamné, 1832

L’ARGUMENTATION ET L’ECJS



STRATÉGIES ARGUMENTATIVES EN VIGUEUR :

QUAND LES FEMMES ÉVOLUENT SUR LE TERRAIN…


Activée à deux reprises au moment où se sont développés les débats sur la parité11, (janvier 1999), et après le « passage à l’acte », soit la mise en application de la parité en 2001, cette séquence, remaniée en fonction des arrivages textuels, et du recul qu’il est toujours nécessaire de prendre, s’agissant de la mise en perspective des idées, a été proposée et réalisée avec deux classes de terminale baccalauréat professionnel Secrétariat bureautique, classes majoritairement constituées de jeunes filles.
Nous avons pris en compte, pour l’élaboration de la réflexion à laquelle doit correspondre, la transposition dialectique, un certain nombre d’approches : l’argumentation correspondant, comme le rappelle P. Charaudeau12 à une triple activité - langue, discours, pensée-. À cet égard, les critères renvoient à la « finalité de la situation dans laquelle s’inscrit le texte » et aux « caractéristiques formelles » de ces mêmes textes.
S’agissant de situations de communication fortement marquées historiquement comme celle qui nous occupe ici, il n’était pas question d’évacuer l’une (finalité) au détriment de l’autre (caractéristiques formelles).

Pour cela, il était nécessaire de prendre en compte les « conditions énonciatives de l’activité argumentative » (problématiser, élucider, prouver) de manière à créer les conditions d’un éventuel débat, lequel suppose un « enjeu de légitimisation » : s’agissant de l’évolution des femmes sur le terrain, qui est par définition, terrain politique, il fallait dégager cet enjeu de justification permettant d’ouvrir des perspectives et d’engager le débat, enjeu accompagné en contrepoint d’un « enjeu de crédibilité » à construire et d’un « enjeu de captation » permettant de nourrir l’échange.
Dans cet ordre d’idées, nous avons tenté de ne pas « réduire l’argumentation à sa seule partie explicite » de manière à ce que « les contraintes de la situation de communication et du projet de parole »* soient prises en compte. Pré-requis : le circuit argumentatif.
Séance 1 (lancement d’une heure)
Quels sont, selon vous, les progrès réalisés et les difficultés rencontrés par les femmes aujourd’hui ?
Objectifs :  faire surgir et mobiliser les idées prégnantes hors de toute construction rhétorique,

 classer ces éléments de manière à prendre la mesure de « l’existant » à partir d’un tour d’horizon préalable.
En sollicitant d’emblée les élèves au niveau d’un premier apport supposant une discussion liminaire, les élèves s’engagent ensemble dans une démarche leur permettant de rendre « visibles » les appuis à partir desquels ils seront capables de faire retour sur les données : ils cherchent d’abord à réaliser un inventaire significatif puis à donner une première forme à l’approche. Les élèves s’engagent vivement dans un premier échange fondateur, montrant à quel point ils sont conscients des questions posées, et en phase avec la réalité : leur positionnement en tant qu’apprenants porteurs d’une expérience nourrie et évaluée sur le plan des périodes de formation en entreprise agit ici immédiatement.
Classement des idées (avec mise en regard)

(Proposition des élèves)

PROGRÈS

DIFFICULTÉS


PLAN PROFESSIONNEL

 intégration dans le monde du travail

 accès à des métiers variés

 postes à responsabilité



 les femmes sont sous-estimées

(« femmes faibles »)

 inégalités sur le plan des salaires

 harcèlement (moral, sexuel)

 « double journée » de travail


PLAN SOCIAL

 émancipation, parfois favorisée par la

séparation des couples

 contraception

 prise d’autonomie plus facile



 femmes souvent victimes de l’idée qu’elles ont

d’elles-mêmes

 elles sont prisonnières d’une « éducation »

 trop de « femmes-objets »


PLAN CULTUREL

 actrices, auteurs, chefs d’orchestres

créatrices, réalisateurs rendent possible

un nouveau regard

 féminisation du langage (la ministre),

l’écrivaine etc)



 la création est encore réservée à une élite

 le masculin l’emporte sur le féminin au pluriel


PLAN PERSONNEL

 accès à une certaine liberté (des mœurs,

des idées…)

 les femmes se sentent moins seules

(solidarité)

 elles ont plus facilement confiance en elles



 elles connaissent le découragement face à des

obstacles trop nombreux

 l’image de la femme « bonne à tout faire »

les enferme encore

 elles manquent de temps pour s’épanouir


PLAN POLITIQUE

 droit de vote

 elles proposent, elles décident (les ministres,

les députées)

 droit à l’avortement

 parité (loi)



 représentation souvent limitée

 peu de femmes chefs d’états

 surcharge au niveau des responsabilités



À l’évidence, certaines rubriques interfèrent et, pour approfondir la réflexion, il est nécessaire d’adopter une double posture : recherche d’une part -l’évolution des mentalités se trouvant inscrite dans une histoire dont on ne peut situer les « temps forts »- travail d’autre part sur des textes argumentatifs (ou à visée argumentative) choisis en fonction de la perspective d’ensemble ; à cet égard, les choix ne sont pas exhaustifs.

Dans le sillage d’un lancement riche, seront développées alternativement ces séances de recherche permettant de retrouver les points et lieux d’ancrage des idées, afin d’en suivre le mûrissement historique, et les séances centrées sur des textes révélateurs sur le plan des caractéristiques et des finalités.

C’est à la lumière des argumentations découvertes dans leur contexte qu’il est possible d’entrer à son tour dans l’argumentation.
1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   11

similaire:

Françoise Bollengier, Maryse Lopez L’argumentation n’est pas soluble dans la séquence… 23 iconLa question de l’homme dans les genres de l’argumentation, du XVI siècle à nos jours
«Ce n'est pas, comme on pense, pour s'en nourrir [ ] : c'est pour manifester une très grande vengeance.» Refusant de réduire les...

Françoise Bollengier, Maryse Lopez L’argumentation n’est pas soluble dans la séquence… 23 iconL'argumentation dans le discours

Françoise Bollengier, Maryse Lopez L’argumentation n’est pas soluble dans la séquence… 23 iconCette liste n’est pas impartiale. Elle n’est pas non plus complète...
«cordon sanitaire» dans le delta du Danube pour isoler l’urss. Comme dans le film précédent, l’officier essaie de défendre ses hommes...

Françoise Bollengier, Maryse Lopez L’argumentation n’est pas soluble dans la séquence… 23 iconLa traduction du dialogue dans la trilogie de Naguib Mahfouz : une...
«l’arabe médian» mélangeant Fusha et‘Ammiyya, celui des télévisions et des journalistes, mais ce qui est convenu est que le dialectal...

Françoise Bollengier, Maryse Lopez L’argumentation n’est pas soluble dans la séquence… 23 iconEst d’abord l’histoire d’un homme perdu dans le désert parce que...
«toilette» de sa planète. Ne nous inquiétons-nous pas du bien-être de notre planète Terre ? Le petit prince ne pense pas avoir beaucoup...

Françoise Bollengier, Maryse Lopez L’argumentation n’est pas soluble dans la séquence… 23 iconProgramme d'histoire de quatrième : Les colonies Durée et place dans...
«Le xixe siècle»(50 du temps consacré à l'histoire). IL s'agit du thème 4, dont la durée est d'environ 3-4 heures (IL s'agit d'une...

Françoise Bollengier, Maryse Lopez L’argumentation n’est pas soluble dans la séquence… 23 iconAdresser directement à Marie-Françoise marein marein marie
«La vie n'est pas un songe. Théorie et pratique chez Guillaume de Lorris», Contemporary Readings of Medieval Literature, éd. Guy...

Françoise Bollengier, Maryse Lopez L’argumentation n’est pas soluble dans la séquence… 23 iconClasse concernée : seconde Plan de la séquence
...

Françoise Bollengier, Maryse Lopez L’argumentation n’est pas soluble dans la séquence… 23 icon«L’amalgame est hétérogène et solide»
...

Françoise Bollengier, Maryse Lopez L’argumentation n’est pas soluble dans la séquence… 23 iconFiche de présentation de la séquence : L’évolution politique en France 1815 1914
«raconter» et «expliquer» ont déjà été travaillées en amont de cette séquence






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com