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la photographie du docteur Petiot, pensif, au banc des accusés, avec derrière lui, toutes ces piles de valises : espoirs, projets avortés, et le juge en les désignant, me demande : “Dis, qu’as-tu fait de ta jeunesse?” tandis que mon avocat (ma mère en l’occurrence, car personne n’a accepté de me défendre) tente de le persuader, lui et les membres du jury, que “pourtant, j’étais un garçon qui promettait”...» (63)

- «je me trouvais déjà à bord du “Titanic” quand il a fait naufrage» (75) ;

l’auberge, tel un bathyscaphe, échoue au milieu d’une ville engloutie. L’Atlantide? Des noyés glissent boulevard Haussmann... Dix mille, cent mille noyés, avec des gestes d’une infinie langueur, comme les personnages d’un film qui passe au ralenti.» (76) ;

- la «ville à la dérive», envahie par «l’Océan. J’étais sur la plage arrière d’un paquebot qui voguait vers le nord-ouest, emportant avec lui la Madeleine, l’Opéra, le palais Berlitz, l’église de la Trinité. Il sombrerait d’un instant à l’autre. Nous reposerions demain par cinq mille mètres de fond... ces ténébreux personnages seraient la proie des pieuvres, squales et murènes... Je les regardais s’agiter sur le pont-promenade, le long des coursives... Vu l’imminence du naufrage» (97-99) - «Paris sombrait avec nous. De la cabine, je voyais le faisceau lumineux de la tour Eiffel : un phare qui indiquait que nous étions à proximité de la côte.» (120)

«Je me retrouvais tout au bout de la vieillesse dans une région de Sibérie qui se nomme le Kamtchatka. Aucune végétation n’y pousse. Un climat sec et froid. Des nuits si profondes qu’elles sont blanches. On ne peut vivre sous de telles latitudes et les biologistes ont observé que le corps humain s’y désintègre en mille éclats de rire : aigus, tranchants comme des tessons de bouteille. Voici pourquoi : au milieu de cette désolation polaire vous vous sentez libéré des derniers liens qui vous retenaient encore au monde. Il ne vous reste plus qu’à mourir de rire.» (147)
Surtout, Patrick Modiano a poursuivi tout au long du livre le motif de la ronde, lui donnant toute une variété d’appliccations :

- «des ombres surgiront et formeront une ronde autour de moi» (24).

- «Le vertige. De grands cercles lumineux dont j’étais le pivot tournaient de plus en plus vite» (50). Puis, sous l’effet de la musique «de plus en plus rapide... Des cercles lumineux s’agrandissent comme lorsqu’on jette une pierre dans l’eau. Ils ont commencé à tourner autour du violoniste et atteignent maintenant les murs du salon... Le salon tourne maintenant et, seul, le violoniste reste immobile... Quand vous étiez enfant, vous aviez toujours peur dans ces manèges qui vont de plus en plus vite et qu’on appelle des chenilles... Vous poussiez des hurlements, mais cela ne servait à rien, la chenille continuait de tourner.... le salon tourne, tourne et l’on dirait même qu’il s’incline... Le salon tourne beaucoup trop vite, comme autrefois la chenille “Sirocco” à Luna Park... ils défilent très vite au rythme de la musique.... Ces visages n’en finiront pas de tourner» (50-54)

- «tous les autres forment une ronde autour de moi» (69)

- on joue «“Le Rondel de l’Adieu” d’Isidore de Lara» (78)

- «Une ronde autour de moi, de plus en plus rapide, de plus en plus bruyante, et je finirai par céder pour qu’ils me laissent tranquilles.» (84)

- «le théâtre des Ambassadeurs. On y donne “La Ronde de nuit”, une opérette bien oubliée» (96)

- «le faisceau lumineux de la tour Eiffel... tournait comme un veilleur poursuivant sa ronde de nuit... Et moi aussi, après des rondes et des rondes, mille et mille allées et venues, je finirais par me perdre dans les ténèbres.» (113).
«La ronde de nuit» du titre symbolise à la fois l'état d'âme du narrateur qui est lui-même «veilleur de nuit» (140) et la ronde qui l’emporte dans une nuit qui est la nuit réelle de la ville soumise au «black-out» et la nuit morale dans laquelle la France est alors enfoncée. On pense aussi, évidemment, au tableau de Rembrandt, “La ronde de nuit”, et voir alors dans cette troupe baroque de lansquenets sombres la bande du square Cimarosa, dans le capitaine et le lieutenant le Khédive et Monsieur Philibert, tandis que la petite fille lumineuse qui passe pourrait expliquer l’étonnante présence d’Esmeralda.

Ainsi, ce monde du passé est éclairé par la fantasmagorie de Patrick Modiano qui, pourtant, le recrée avec beaucoup de précision.

Intérêt documentaire
Dans ce deuxième roman, Patrick Modiano continuait à se livrer à une re-création de l'époque de la Seconde Guerre mondiale et de l'Occupation, passé qu'il n'avait pas vécu mais dont les derniers remous l'avaient atteint. Le narrateur qui, de toute évidence, n'est pas l'auteur (il n'était pas né à l'époque dont il parle) affirme l'authenticité des événements décrits : «Je rapporte ce que j’ai vu, ce que j’ai vécu. Sans aucune fioriture. Je n’invente rien.» (133) On peut, en effet, montrer à quel point la fidélité de cette reconstitution permet de voir en cette oeuvre un roman historique. Patrick Modiano s’appuie sur une documentation ; mais, de façon plus frappante que dans la plupart des documents historiques, ce monde, qui a été oublié ou refoulé par ceux qui en avaient vécu les péripéties, qui a été occulté par les manuels, qui est donc inconnu des plus jeunes, est ramené à la surface de la conscience collective avec une force choquante qui pulvérise les idées reçues de l'Histoire officielle.

Nous sommes dans l’été 1940. La défaite vient d’avoir lieu : «le désastre advenu les jours précédents» (42). «Les gens avaient quitté Paris au mois de juillet», «pour la zone Sud» (77), le pays ayant été divisé en deux. L’exode a fait de la capitale «une ville à la dérive» (23), «une ville désolée» (69) où «les sirènes» annoncent «un bombardement» (142) de «bombes au phosphore» (142). D’où l’imposition du «black-out» (56), Paris n’étant plus la Ville-Lumière (68). Les Allemands l’occupent, la Gestapo étant désignée par l’endroit où elle s’est installée, «l’hôtel Blitz» (17), qui est évidemment l’hôtel Ritz. L’hôtel se montre «de plus en plus tatillon», c’est-à-dire de plus en plus exigeant à l’égard des policiers français qui collaborent avec elle pour qu’ils lui livrent des résistants. L’ambassadeur, «le comte Grafkreuz» (12), sert de tampon. L’auteur lui a donné le prénom d’«Otto» (17) certainement pour bien laisser entendre que le modèle est, en fait, Otto Abetz. L’expression «Gestapo française» n’apparaît qu’une fois et très tard : «l’une des bandes les plus redoutables de la Gestapo française» (152), le «Service du square Cimarosa» ayant été, en réalité, la bande de la rue Lauriston. L’antisémitisme ne se décèle guère qu’à travers les curieuses allusions que fait le narrateur aux «Juifs anglais» quand il emploie des mots anglais : «Self-Pity» (26), «nervous break down» (73, sic), qu’à travers «l’”Anthologie des traîtres» (15) qui, allant «d’Alcibiade au capitaine Dreyfus”», se révèle donc comme un ouvrage antisémite.
Patrick Modiano a rendu l'esprit du milieu interlope qui réunissait la Gestapo et des Français qui étaient des criminels, des trafiquants vaguement crapuleux, des rastaquouères marrons, avatars grotesques d'une Histoire dont ils représentent les exilés toujours en rade, en quête d'une improbable identité, mais dotés soudain de grands pouvoirs. Autour d’eux gravitent des silhouettes féminines en ombres portées d'eux-mêmes : demi-mondaines, entremetteuses, radoteuses d'expériences dont on ne sait guère faire la part du rêve et de la réalité. La corruption règne : «à dix-huit ans», le narrateur «touchait, grâce à de faux papiers, une retraite de la marine» (86), et livrer le réseau lui rapporterait «une centaine de mille francs» (60). L’agence du «Khédive» et de l’ancien inspecteur Philibert se livrait aux activités habituelles pour ces officines : «filatures, enquêtes, recherches en tous genres, missions confidentielles» (87), «combinaisons à la petite semaine» (102). Puis, «les événements récents ayant joué en sa faveur», elle connut «une extension considérable» (102), devint le «Service du square Cimarosa» («Société Intercommerciale de Paris-Berlin-Monte-Carlo», 109) qui pratiquait «passages à tabac, vols, assassinats, trafics de toute espèce» (68), à qui on «confie de hautes responsabilités» (102), qui «cumule deux fonctions : celles d’un organisme policier et d’un “bureau d’achat» stockant les articles et les matières premières introuvables d’ici quelque temps» (103). On donne au narrateur un «travail annexe» : «découvrir des oeuvres d’art et les rapporter aussitôt square Cimarosa» (125).
C’est un groupe interlope que son maître, «le Khédive», décrit ainsi : «cette humanité curieuse qui gravite autour de ce que j’appelle notre “officine” : requins d’affaires, demi-mondaines, inspecteurs de police révoqués, morphinomanes, patrons de boîtes de nuit, enfin tous ces marquis, comtes, barons et princesses qui ne sont pas dans le Gotha» (55), ce à quoi fait écho le tableau du narrateur : «Rastas, avorteurs, chevaliers d’industrie, journalistes véreux, avocats et comptables marrons» (89). Ces profiteurs («Ça fait plaisir de bouffer par ces temps de restriction», 28) «avaient brusquement surgi du black-out, d’une période de désespoir et de misère, par un phénomène analogue à celui de la génération spontanée» (129-130). Sans oublier le mage Ivanoff qui donne «une séance de paneurythmie sexuélo-divine» (29). Et le Khédive reconnaît aussi que la Collaboration présente «toutes les apparences du gangstérisme» (54).
Les Allemands ont, en effet, noué des liens avec la pègre, à travers le système de spoliation et de répression voulu et imposé par les premiers et largement mis en oeuvre par ces derniers, sans le moindre scrupule. Cette mutualisation des intérêts était due essentiellement aux besoins de l’Allemagne nazie qui, victime d’un blocus à peu près total, se livra à un pillage massif au nom de l’effort de guerre. Parce qu’elles manquaient cruellement d’hommes pour cette tâche, les autorités d’occupation s’assurèrent les offices de ces nervis appâtés par le gain, qui devinrent les exécutants de leurs basses oeuvres moyennant la plus grande impunité. Elles surent asseoir leur autorité en s’appuyant sur cette constellation de truands, de voyous, de réfractaires et de relégués qu’elle parvint à mettre au pas grâce à l’implantation et à l’action d’une administration et d’une police efficaces. Devenue l’affidée des Allemands, la pègre put alors agir les mains libres et connut son âge d’or. Bien loin de s’en tenir à l’échange de «bons procédés» avec l’envahisseur, elle agit pour son propre profit et multiplia les missions économiques (pillage, confiscations, racket, chantage financier) et crapuleuses (perquisitions, usurpations, marché noir, trafics divers, règlements de compte, torture, assassinats). Elle forgea alors sa réputation de «Gestapo française» par la brutalité des méthodes employées et ses fréquentes dérives criminelles. On assista alors à la fois au développement du crime organisé, assez peu surprenant en temps de guerre, et à la mutation profonde d’un «milieu» qui, avec la bienveillance sinon le concours de l’occupant, s’est structuré, rassemblé, professionnalisé. Le grand banditisme parisien, qui fit sans hésitation le choix de l’envahisseur, se renforça durant cette période, instaura un système fortement hiérarchisé et vassalisé, étendit ses pseudopodes jusqu’en province. Il développa également une activité excédant largement ses domaines traditionnels et se recomposa principalement autour de ces deux figures qu’on retrouve dans “La ronde de nuit” :

- un petit truand appelé à jouer un rôle de premier plan dans le monde du crime, Henri Chamberlin, dit Lafont,

- et Pierre Bonny, un temps présenté par le ministre Henri Chéron comme le «premier policier de France» et qui fut mêlé à la plupart des scandales politico-financiers des années trente.
La petite frappe et le «ripoux» épousèrent sans barguigner la cause de l’occupant et constituèrent une bande de funeste réputation, une sorte de syndic du crime baptisé «la Carlingue» ou encore «la Gestapo de la rue Lauriston». Ils drainèrent dans leur sillage bien des malfrats plus chanceux qu’eux à la Libération. Et le banditisme d’après-guerre a contracté une dette importante envers l’Occupation, puisque les truands formés à cette école firent carrière jusque dans la “French Connection” ou le S.A.C., devirent pour la plupart des barbouzes acharnées, des caïds notoires ou des «parrains» installés.
Avec une technique qui rappelle celle de Dos Passos dans “U.S.A.”, Patrick Modiano a rendu l’ambiance qui régnait dans cet hôtel particulier du XVIe arrondissement en mêlant aux spéculations commerciales et aux préoccupations policières, la frivolité des divertissements et des célébrations que leur richesse et leur pouvoir permettent à ces puissants du jour qui roulent en voitures de luxe («une Bentley blanche», 42 - «la 11 CV du Khédive», 150 - «la Delahaye Labourdette de l’ex-commandant Costantini», 151). Surtout au début du livre, la narration est coupée de bribes de chansons languissantes, chansons allemandes surtout comme “Nur nicht aus Liebe weinen” («Ne pas pleurer seulement d’amour»), mais aussi d’autres pays, les vers «La ville est comme un grand manège / Dont chaque tour nous vieillit» [mal reproduit par Modiano, 152] étant de Charles Trenet (à qui on a pu reprocher son attitude quelque peu collaborationniste).

Mais, dans le même immeuble, on se livre à la torture et l’exécution d’un de ces résistants torturés devient un spectacle que s’offrent ces débauchés.
Le narrateur affirmait aussi : «Toutes les personnes dont je parle ont existé. Je pousse même la rigueur jusqu’à les désigner sous leurs véritables noms.» (133)
Certains noms sont authentiques : Hitler évidemment dont la figure est évoquée à plusieurs reprises («Hitler s’est endormi en suçant son pouce», 127), Violette Morris, Madeleine Jacob (68), Joanivici (90), Eugène Weidmann (90, 127), Darquier dit «de Pellepoix» (129), Alexandre Stavisky (137), Marcel Petiot (90), Pierre Costantini (151), Bel-Respiro.
Violette Morris qui, née au temps de l’affaire Dreyfus d’un père qui ne désirait qu’un héritier, fut une jeune fille qui s’épanouit dans le sport, fut footballeuse internationale, championne du monde de lancers, vainqueuse du “Bol d’Or”. Puis elle mit cette incroyable énergie au service de la patrie, ce qui la conduisit à devenir espionne redoutée pour la Gestapo, puis à finir sous les balles des maquisards. Celle qu’on a appelée «la hyène de la Gestapo» fut un personnage à la fois admirable et monstrueux. Ayant appris à reluquer les jeunes filles dans les vestiaires, elle fut aussi une féministe bisexuelle (d’où sa conduite avec Frau Sultana, 28, 30, 32).
Alexandre Stavisky, Serge Alexandre Stavisky, fut un homme d’affaires français juif russe d’origine (Slolbodka, Ukraine, 1888), surnommé dans les cercles mondains «le bel Alexandre». Voulant sa part du gâteau, voulant briller dans un univers où le faux des salons le disputait au vrai des réalités ouvrières, ce «gigolo de la finance» s’était depuis des années employé à prospérer dans les spéculation et les malversations quand il devint le fondateur et directeur du Crédit municipal de Bayonne (1931). Il détourna plusieurs dizaines de millions (bons émis par le Crédit municipal de Bayonne et gagés sur des bijoux volés ou faux). La découverte de ce scandale financier (“l’affaire Stavisky”) à la fin 1933 contribua à discréditer le régime, car plusieurs personnalités y furent plus ou moins directement impliquées. Au temps de sa splendeur, arrogant à force de désinvolture, il s’insinua au coeur d’un univers auquel il était d’emblée et à jamais étranger et fréquentait, sur les Champs-Élysées, «
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