Dessous des cartes : Canada, superpuissance énergétique





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Dessous des cartes : Canada, superpuissance énergétique
Jean-Christophe Victor, présentateur

Aujourd’hui, je suis à la Bibliothèque nationale de France sur le site François Mitterrand dans le cadre de l’exposition : « L’âge d’or des cartes marines » et vous voyez derrière moi une superbe carte de 1559 et on repère déjà les côtes du Canada. Et bien, aujourd’hui, je voudrais vous parler du Canada parce que ce pays vient de vivre ces dernières années une révolution, à la fois majeure et discrète, dans le domaine de l’énergie. Le pays est en train de devenir, en fait, une des toute premières puissances énergétiques mondiales, ce qui a des conséquences sur le PIB du pays, sur ses exportations, et aussi sur ses émissions de gaz à effet de serre et son retrait volontaire du Protocole de Kyoto sur l’environnement.
Le Canada est là, au nord du continent américain. Il a pour seul voisin terrestre, au Sud, les États-Unis d’Amérique et à l’Ouest, l’État américain de l’Alaska. Le pays est bordé à l’Est par l’Atlantique et à l’Ouest par le Pacifique. Et si on prend une projection polaire, on constate que le Canada est riverain de l’océan glacial Arctique tout comme de la Russie et enfin, il est voisin du Groenland. Le Canada est le deuxième plus grand pays au monde avec 10 millions de km2, soit 20 fois la France, pour seulement 34 millions d’habitants, soit presque moitié moins d’habitants que la France. Ottawa est la capitale d’un régime fédéral divisé administrativement en dix provinces et trois territoires. Le Canada est un pays riche en eau douce, en production de céréales, en minerais de toutes sortes, tant par les gisements que parce que Toronto est la place mondiale pour les échanges de titres miniers. Et je voudrais m’arrêter aujourd’hui sur les gisements canadiens de pétrole et de gaz.
D’abord, le pétrole. Au Canada, comme pour la plupart des grands producteurs de pétrole dans le monde, les réserves de pétrole dites conventionnelles s’épuisent. Donc la production diminue alors que la demande mondiale reste très forte. Sauf que le Canada dispose abondamment de réserves dites non conventionnelles, c’est-à-dire des gisements de pétrole situés dans les sables bitumineux. La production canadienne de ce pétrole non conventionnel est donc appelée à augmenter progressivement. Regardez ce schéma : en 2010, les sables bitumineux représentaient 41 % de la production totale de pétrole ; en 2020, ils représenteront 57 % et en 2030, 76 %. Ce qui veut dire qu’en 2030, la production totale de pétrole, c’est-à-dire conventionnelle et non conventionnelle, pourrait atteindre 5 millions de barils jour soit plus que la production actuelle de l’Iran.
Les sables bitumineux, qui sont un type de pétrole lourd, sont surtout présents dans la province canadienne de l’Alberta, comme on peut le voir sur cette carte. Là, la superficie totale des gisements dépasse 140 000 km2, soit 1/5e de la superficie de la province, environ cinq fois la superficie de la Belgique. Et ces gisements de pétrole lourd sont situés dans des couches de roches ou de sables, d’où le terme sables bitumineux, et ils requièrent des technologies d’extraction complexes. L’exploitation se fait à ciel ouvert si les dépôts sont proches de la surface et deuxième cas, plus fréquent, lorsque l’enfouissement est profond, le sol est foré et de la vapeur est injectée pour permettre l’extraction. Et dans les deux cas, les sables bitumineux doivent ensuite être traités et cette opération requiert plus d’énergie que pour le pétrole conventionnel donc la rentabilité est moins élevée.

Vous voyez sur cette carte les concessions accordées à des grandes compagnies pétrolières nationales ou internationales qui viennent forer dans les sables bitumineux de l’Alberta. Parmi elles, on trouve l’américaine Exxon Mobile, la chinoise PetroChina, ou l’européenne Shell. Ces acquisitions sont évidemment poussées par les deux facteurs suivants : ralentissement de la production de pétrole conventionnel, on parle de déplétion, et forte demande asiatique.

Il faut savoir qu’aujourd’hui, le Canada détient les troisièmes réserves mondiales de pétrole, lourd et conventionnel confondus, soit 174 milliards de barils. Par ces réserves trouvées, le Canada vient ainsi se placer après celles de l’Arabie Saoudite et du Venezuela. Et sur ces réserves disponibles, 97 % viennent des sables bitumineux. Aujourd’hui, 15 % seulement des réserves sont exploitées et leur ampleur assure au Canada, au rythme actuel, plus d’un siècle de production. Très bien ! Mais par où exporter cette énorme production ?

On voit sur cette carte les grands réseaux d’oléoducs qui vont de la capitale de l’Alberta, Edmonton, vers les États-Unis. Mais d’ici à 2015, avec cette production de pétrole en forte augmentation, les exportations vont dépasser les capacités des pipelines existants donc il y a engorgement du trafic. Donc, les projets de réseaux se multiplient. La firme TransCanada a un projet d’oléoduc nommé Keystone XL, devant acheminer le pétrole bitumineux d’Alberta jusqu’au Golfe du Mexique pour y être raffiné puis exporté vers l’Atlantique ou le Pacifique. Quant à l’Ouest canadien, la compagnie canadienne Enbridge propose de construire un oléoduc reliant Edmonton à Kitimat en Colombie-Britannique. Enbridge espère voir son projet achevé en 2017 ouvrant ainsi un débouché direct sur le Pacifique et les marchés émergents, notamment la Chine. Le groupe Kinder Morgan, de son côté, souhaite doubler son oléoduc Trans Mountain reliant Edmonton à Vancouver afin de disposer d’une capacité plus importante, là aussi, vers les marchés asiatiques.
Voyons maintenant les gisements de gaz. Aujourd’hui, le Canada détient les dixièmes réserves récupérables mondiales et il est le troisième producteur mondial de gaz naturel derrière les États-Unis et la Russie. Mais là aussi, cette production de gaz naturel va connaître un déclin : les relais étant désormais assurés par les immenses réserves en gaz de schiste qui se trouvent au Canada. Regardez encore ce schéma : en 2010, les gaz de schistes représentaient 39 % de la production totale de gaz du pays ; en 2020, ils représenteront 57 % et en 2030, 64 %. Les principaux bassins sont situés entre l’Alberta, la Colombie-Britannique et le Saskatchewan. Une étude de l’Agence internationale de l’énergie prédit ainsi que le Canada, pourrait être en 2035 le troisième producteur mondial en gaz de schiste.

Voilà donc en résumé la situation du potentiel en hydrocarbures pour le Canada. Évidemment cette industrie représente des enjeux économiques majeurs. Premier investisseur du pays, il emploie plus de 550 000 personnes et contribue à 5 % du PIB national. D’ici à 2035, l’exploitation des sables bitumineux devrait créer entre 900 000 et 1 300 000 emplois, et celle du gaz de schiste plus de 300 000 emplois. Donc, il dispose, bien logiquement, du soutien inconditionnel du gouvernement fédéral de Stephen Harper.
Alors on le comprend avec ces cartes, ces chiffres de ressources, ces investissements en cours : le Canada devient une des grandes puissances pétrolières et gazières du monde. Et ces projets d’infrastructures de transport, tout comme les installations extractives, soulèvent de sérieuses questions environnementales. Les procédés d’extraction de ces gaz de schiste utilisent la fracturation hydraulique qui vient introduire un fluide dans le tube de forage afin de libérer le gaz contenu parmi le schiste et de le faire ensuite remonter à la surface. Les estimations parlent alors de fuite de méthane à hauteur de 8 % de la production, ce qui entraînerait des rejets bien plus importants que les forages conventionnels. Ces opérations d’extraction minière sont aussi grandes consommatrices d’eau. Pour le gaz de schiste, les risques concernent le risque de pollution des nappes phréatiques et pour le pétrole lourd, il faut 12 barils d’eau pour produire un baril de pétrole. Le processus utilisé pour séparer le sable du pétrole crée un reste de liquide, un mélange toxique de bitume, de sable et de boue argileuse. Le mélange est transféré dans d’immenses bassins de décantation pour ensuite être séché et assaini. Ce processus n’est encore jamais arrivé à terme et le contenu toxique des bassins s’échappe dans la nature, contaminant potentiellement les rivières et les nappes phréatiques. En Alberta, les compagnies prélèvent annuellement plusieurs centaines de millions de m3 des rivières, réduisant le débit des fleuves et ainsi la survie des espèces halieutiques. Regardez cet extrait vidéo du documentaire québécois The Hole Story, l’histoire du trou, dans lequel vous pouvez voir - pour une fois en images - les conséquences de l’exploitation du pétrole bitumineux. L’extraction des sables bitumineux émet trois à cinq fois plus de gaz à effet de serre que l’extraction du pétrole conventionnel, surtout du fait de la complexité technologique de l’extraction. Aujourd’hui, les sables bitumineux représentent 7 % des émissions totales de gaz à effet de serre canadiennes et leur part va doubler d’ici 2020. Et bien à cette date, on estime que les sables bitumineux rejetteront 140 millions de tonnes de CO2 soit plus que les émissions actuelles de la Belgique.
Les hydrocarbures canadiens non conventionnels sont une source d’énergie nouvelle pour ce pays, ils vont être mis massivement en exploitation, ils forment évidemment un bénéfice économique tout à fait important mais en même temps, le coût environnemental est considérable car, on le sait, le Canada a décidé de se retirer du Protocole de Kyoto sur l’environnement. Pour le gouvernement conservateur de Stephen Harper, les objectifs de Kyoto étaient tout à fait insuffisants et formaient des cibles stupides – je cite. Mais en fait, le calcul du Canada est assez simple : d’abord on a constaté que ces émissions de gaz à effet de serre ne cessent pas d’augmenter et que deuxièmement, en restant dans le Protocole de Kyoto, le Canada devait payer une amende de 10 milliards de dollars pour ne pas avoir respecté justement ses engagements. Donc, le gouvernement conservateur a fait un choix de société, a fait des arbitrages et donc a décidé de faire un choix historique.
Biblio :

Alors, vous pouvez lire Le paradis sous terre, comment le Canada est devenu une plaque tournante pour l’industrie minière mondiale aux éditions Rue de l’échiquier en 2012. Si vous voulez voir l’intégralité de ce film dont je vous ai montré un extrait : Trou Story de Desjardins et Monderie, vous allez tout simplement sur le site de l’office national du film du Canada et puis je vous recommande vivement l’exposition L’âge d’or des cartes marines, quand l’Europe découvrait le monde. Elle est à la Bibliothèque nationale de France, site François Mitterrand jusqu’au 27 janvier 2013. Vous pourrez voir une incroyable collection de cartes sur parchemins qu’on appelle des portulans. Ce sont à la fois des documents scientifiques, un vrai cours d’histoire vers la découverte de notre monde et puis de véritables œuvres d’art.

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