La question de l’homme dans les genres de l’argumentation, du XVI siècle à nos jours





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mardi 24 mars 2015 10h/12h

La question de l’homme dans les genres de l’argumentation, du XVI siècle à nos jours

Michel de Montaigne, les Essais, Livre1, ch. 31, « sur les Cannibales »

Michel de Montaigne, 1595

Le cannibalisme, entre humanité et inhumanité

LECTURE

Apologie du cannibalisme

  1. Quel type de raisonnement est utilisé dans cet extrait ? Quelle thèse est ainsi défendue ?

Montaigne adopte un mode de raisonnement inductif : après avoir fait le récit des combats entre peuples sauvages, il en vient progressivement à l'énoncé de sa thèse. Ainsi, le récit du rituel cannibale amène Montaigne à un constat paradoxal : « Ce n'est pas, comme on pense, pour s'en nourrir [...] : c'est pour manifester une très grande vengeance. » Refusant de réduire les violences de ces peuples à des actions barbares, l'auteur leur confère une dimension symbolique et morale.

  1. Dans quel but Montaigne s’appuie-t-il sur Chrysippe et Zénon ? Quel type d’argument utilise-t-il alors ?

Chrysippe : Philosophe grec à l’école stoïcienne. La dialectique contre Aristote et tenta de résoure la contradiction entre le destin et la liberté.

Stoïcisisme : doctrine de Zénon et de ses disciples, selon laquelle le bonheur est dans la vertu et qui professe l’indifférence devant ce qui affecte la sensibilité.

Zénon : Philosophe grec fondateur du Stoïcisme.

En recourant à Chrysippe et à Zenon (1. 32-38), Montaigne donne une légitimité à sa thèse. Ce procédé est courant à la Renaissance : la référence aux auteurs antiques permet d'assurer la validité d'un propos qui ne doit pas émaner d'une simple personne mais doit trouver sa source dans une tradition littéraire. Grâce à l'utilisation de cet argument d'autorité, Montaigne démontre que l'anthropophagie est une pratique noble.

  1. Identifiez les différentes étapes constitutives de l’acte cannibale. Pourquoi peut-on parler d’un rituel culturel et non de violence animale ?

L'auteur décrit l'acte cannibale de la ligne 5 à la ligne 14. Après avoir constaté la violence des combats entre peuples sauvages (1. 1-5), Montaigne relate les différentes étapes menant à l'exécution des prisonniers. Le lecteur apprend que ces derniers sont accueillis (« Après avoir longtemps bien traité leurs prisonniers », 1. 6-7), avant d'être assaillis des coups de la communauté. Le massacre des prisonniers, pour être brutal, n'en suit pas moins un protocole précis et rigoureux : loin d'être un acte dicté par un besoin vital, il s'agit d'un rituel social (« une grande assemblée » se réunit ; s'ensuit le partage de la victime entre tous les cannibales).

  1. Cherchez l’étymologie du mot « barbare ». Montrez que Montaigne met en doute la pertinence de cette notion.

Dans les sociétés grecque et romaine, le barbare est l'étranger (barbarus). Dans cet extrait « Des cannibales », Montaigne remet en question l'opposition traditionnelle entre société civilisée et société barbare. Selon lui, la barbarie est un vice présent aussi bien chez les peuples sauvages que chez les Européens : « Je ne suis pas fâché que nous soulignions l'horreur barbare qu'il y a dans une telle action, mais plutôt du fait que, jugeant bien de leurs fautes, nous soyons si aveugles à l'égard des nôtres. » (1.74-26.)

Interrogations sur l’autre, interrogations sur soi

  1. Quel effet le spectacle de la guerre produit-il sur Montaigne ? Relevez des indices faisant de cet extrait une page d’ « essai ».

Montaigne insiste sur le caractère déroutant de la guerre entre les cannibales. À la ligne 4, il introduit son point de vue par le biais d'un modalisateur : « C'est une chose étonnante que la dureté de leurs combats. » Plus généralement, Montaigne formule à plusieurs endroits une réflexion personnelle (1. 14-15 ; 1. 26 ; 1. 43-44), parfois en s'exprimant à la première personne. Ces discours explicites marquent le cheminement de la réflexion de l'auteur : cet extrait peut ainsi se lire comme une page d'« essai ».

  1. Que ressort-il de la comparaison faite par Montaigne entre l’homme européen et l’homme sauvage ? Justifiez par des oppositions lexicales.

La réflexion de Montaigne sur les cannibales s'inscrit dans le contexte des guerres de Religion qui déchirent alors la France (1562-1598). Ces circonstances amènent l'essayiste à relativiser la barbarie des cannibales. Entre les lignes 26 et 31, l'opposition entre Européens et sauvages s'expose par le biais de termes antithétiques : le massacre de l'« homme vivant » s'oppose à celui d'un homme « mort », tandis que la cruauté des guerres civiles est rendue sensible par un « faux parallélisme » qui laisse entendre une nouvelle hiérarchie entre les civilisations (d'un côté, « faire rôtir petit à petit, [...] faire mordre et tuer par les chiens et les pourceaux » ; de l'autre, « le rôtir et manger après qu'il est trépassé »).

HISTOIRE DES ARTS

Pourquoi peut-on comparer l’indien sacrifié à une figure du Christ ? Appuyez-vous sur une analyse de la composition du tableau.

Ce tableau de Gallo Gallina intitulé « Indiens du Pérou faisant un sacrifice » fait écho à la onzième station du Christ : la crucifixion. Le prisonnier est outragé à la manière de Jésus (Evangile selon saint Matthieu, 27, 39). De plus, la position du sacrifié et la présence de plusieurs personnes au pied de la croix rapprochent ce tableau d'une crucifixion. Enfin, à l'arrière-plan, les montagnes rappellent le mont Golgotha où s'est déroulée la scène de la crucifixion.

Dissertation

En quoi le fait d’évoquer la vie des peuples « barbares » nous amène-t-il à réfléchir sur nous, peuples « civilisés » ? Vous construirez un développement proposant deux réponses possibles.

Ce sujet invite à réfléchir sur une opposition classique entre le barbare et le civilisé. Il est nécessaire de proposer un développement dialectique permettant de saisir la complexité de ce rapport.

1) Les peuples barbares ont des coutumes déroutantes qui montrent la diversité des comportements humains. Les frontières de l'humanité se trouvent ainsi repoussées.

2) La distinction barbare/civilisé devient ténue dès lors qu’on constate que les vices et les vertus sont partagés par l'humanité tout entière. L'ouverture aux cultures sauvages invite donc à remettre en question une vision ethnocentrique.

Oral (analyse)

Comment Montaigne montre-t-il l’humanité du sauvage dans cet extrait des Essais ?

Pour répondre à la question posée, il est nécessaire de définir le terme clé de la consigne. La réponse s'organise en fonction des différents sens que l'on peut donner à ce mot, du plus évident au plus abstrait. Il est ainsi possible d'envisager une réponse en deux temps :

1) Humanité = absence de barbarie. Reformulation de la thèse de Montaigne : le cannibale n'accomplit pas un acte pulsionnel et instinctif mais un rituel social et culturel.

2) Humanité = esprit rationnel. Les différentes étapes nécessaires à l'acte cannibale montrent que cette activité est préméditée, pensée, qu'elle obéit à une logique.

En conclusion, il serait habile de mettre en évidence le paradoxe auquel aboutit Montaigne : l'humanité est une norme discutable et relative.

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