Renaud : ami de Charlie, ennemi de Libé Sous la direction de Mme A. Guyaux





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t maintenant ?


Après «A la belle de Mai», Renaud part en tournée (c’est d’ailleurs à cette époque qu’il arrête momentanément sa collaboration avec Charlie Hebdo, mais nous y reviendrons ultérieurement) comme il est de mise après un album. Mais il y a de quoi s’inquiéter : son dernier album studio date de 1995 et les fans ne voient rien venir...si ce n’est, et personne n’ose s’en plaindre, cette tournée «Une guitare, un piano...et Renaud»  qui s’est terminée dernièrement après 202 concerts.

Mais il ne peut le cacher : il est malheureux depuis la séparation d’avec Dominique et ne semble pas péter de santé ! Lors d’une discussion avec Marc Robine (voir plus loin), il lui avoua : «Quand je suis heureux, je ressens le besoin d’écrire de nouvelles choses...aujourd’hui que je suis malheureux, je n’ai plus rien à dire...» . Malgré cela, et même s’il ne pétait pas la santé(ne nous en cachons pas) peine à voir, nous fûmes tous heureux de l’apercevoir lors des dernières Victoires de la Musique où il fut récompensé pour l’ensemble de sa carrière. Lui qui n’avait reçu ce prix qu’une seule fois dans sa carrière (malgré neuf nominations) et même pas pour un album d’auteur - compositeur ; pour un album d’interprète : «Cante el Nord»!

Dans une interview accordée à Alain Laville (8), Renaud fait le point sur sa situation, pour la première fois, il se confie réellement…En effet, il paraissait bizarre aux fans que Renaud reçoive une Victoire d’honneur, et surtout, qu’il se déplace pour l’accepter alors qu’il fut plusieurs fois remballé malgré ses excellents albums : «Pour une fois que le métier me rend hommage, je n’allais pas cracher dessus !». Et c’est vrai que cet hommage est la récompense de toute une carrière qui n’était pourtant pas toute tracée. Le succès, l’amour de son public…Renaud est allé le chercher avec ses tripes, grâce à son talent, à sa grande gueule et à sa sincérité. Cette sincérité qu’il étala dans cette interview : «Boucan d’enfer vient de mes problèmes conjugaux. La séparation d’avec ma femme depuis deux ans après plus de vingt ans. Tout sauf une rupture. On s’aime toujours. C’est la femme de ma vie. Je suis l’homme de sa vie. Seulement on ne cohabite plus. (…) Elle est heureuse, je suis malheureux. La mésentente vient de là ».Par la suite, il affirme qu’il voit toujours sa femme (anniversaires, vacances…) et, lorsque le journaliste lui demande si ses collections de BD (qui sont toujours rangées chez son épouse) ne lui manquent pas, il répond : «Le décor me manque un peu. J’y vais souvent, j’y retournerai un jour». Le temps de prendre des nouvelles de Lolita (elle à 20 ans et fait une école de cinéma pour devenir metteur en scène) pour en revenir aux problèmes du chanteur : «Je suis un peu tombé dans l’alcool, Pastis ou bière. Je ne culpabilise pas trop. Je ne suis jamais bourré. Je ne perds jamais le contrôle de moi - même. J’ai passé deux fois quinze jours dans une clinique de désintoxication. Cure de repos à boire de l’eau. C’est dur d’arrêter, pourtant j’ai envie, pour mes kilos en trop : j’étais à 67 je suis à 79». Ajouté à cela, il à tenté de trouver de l’aide auprès de six psychologues, mais il trouve plus de réconfort chez ses amis dit – il «Et il ne me prennent pas 800 FF la demi heure !».

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(8) : «Je prépare enfin un nouvel album»in «Var Matin», 18/02/01 - Alain Laville

Mais ce qui nous rassure, c’est LA nouvelle, assurément la meilleure depuis 7 ans : «Promis juré, j’enregistre avant l’été, l’album sera pour la fin de l’année. L’inspiration n’est plus morte. J’ai la banane. Encore trois chansons. J’en ai neuf : sept totalement inédites (deux rigolotes, cinq tristes) et deux que je chante déjà sur scène: Boucan d’enfer et Elle a vu le loup» (Voir annexes).

CHANTEUR ENGAGE

Dés qu’il commença à faire parler de lui, Renaud devint d’une part une idole et d’autre part gênant. Il est évident qu’une chanson comme «Hexagone»  (pourtant composée en 1974) est une chanson aussi vraie que gênante, et ce du début à la fin.

«Ils se souviennent au mois de mai

D’un sang qui coula rouge et noir

D’une révolution manquée

Qui faillit renverser l’histoire

J’me souviens surtout d’ces moutons

Effrayés par la liberté

S’en allant voter par millions

Pour l’ordre et la sécurité». (voir annexes)
Lors de l’interview de Marc Robine (voir plus loin), il fit la comparaison entre cette chanson et la chanson de Georges Brassens «Le gorille». Il fallait un certain culot pour oser chanter cela à l’époque (pour rappel, cette chanson parle d’un gorille échappé du zoo qui choisit un jeune juge pour perdre son pucelage). La façon gaillarde avec laquelle Brassens raconte l’histoire appela au scandale à l’époque. Aujourd’hui, cette chanson fait rire. Pas «Hexagone»  ! Parce que cette chanson est encore bourrée de choses vraies : le mois de mai rappellera toujours Mai 68, comme Renaud en fait allusion dans l’extrait ci dessus.

En juillet 1989, alors que la France se prépare à fêter le bicentenaire de la révolution par une série de cérémonies aussi protocolaires qu’ennuyeuses, Renaud se démarque à sa façon : avec son copain Johnny Clegg (dit «le zoulou blanc») il donna, le 13 juillet de cette année, un concert gratuit à ses fans et à toutes les personnes désireuses d’y assister.

Renaud ne pèse pas ses mots, si ce n’est pour vérifier que la rime fasse bon effet, en faisant parfois expressément des «maladresses de langage». Il n’hésite pas non plus à se remettre en question : «Oui j’ai voté Mitterrand...mais il suffit qu’il m’énerve trois fois à la télévision pour tout remettre en question...ce n’est pas du socialisme en lui-même que je suis déçu mais des ministres, des attitudes, des promesses non tenues...» (9)

(9) : «Faut il dénationaliser Renaud ?» in «L’événement du jeudi», 20-28/02/86 – Y. Ploigastel

Dans la lignée de ce témoignage, un autre, plus émouvant et plus mordant. A la manière de Renaud en somme quoiqu’il n’est pas coutumier de le voir s’exprimer exceptionnellement dans un«canard»  (10):

«J’ai naguère chanté pour Tonton. Comment croyez-vous qu’il me remercia d’avoir témoigné ainsi de ma foi dans les valeurs qu’il prônait alors ? En les piétinant aujourd’hui. En engageant mon pays dans une sale guerre de merde à la con ! Pas rancunier, je lui adresse malgré tout ces quelques couplets, si la forme est désuète, c’est que c’est une chanson d’avant guerre :
«Monsieur le Président je vous fais une lettre

Pour vous dire simplement j’irai pas au Koweït !

Ta logique de guerre ce n’est pas ma logique

La mienne est pacifique envers toute la terre.
Et si je prends demain un flingue, une grenade

Sur une barricade ce ne sera, certain,

Que pour sauver ma peau celle de ceux que j’aime

De mes enfants et même des enfants du voisin.
Tomber pour Santiago ou mourir à Madrid

Se faire crever le bide pour chasser les bourreaux

Passe encore, mais jamais j’n’irai donner ma peau

Ni pour un casino ni pour un pétrolier
Mourir pour un drapeau quelle idiotie suprême

Quand il est à l’emblème de Shell ou Texaco.

Si tu veux Président marquer vraiment l’histoire

Et mériter la gloire pour au moins deux mille ans
Envoi tes régiments libérer la Palestine

Là - bas on assassine chaque jour des enfants

Envoie tes bombardiers raser la Maison Blanche

Ce sera la revanche de tous les opprimés
Ainsi finit ma lettre j’hésite, je me tâte

Dois-je en rajouter quatre pour un dernier mot peut-être ?»

(10): «L’idiot international» -9/01/91-«Sale guerre Monsieur le Président» -Renaud

Exemple parmi d’autres de ses nombreuses prises de positions concernant diverses injustices, cet exemplaire remanié de «Déserteur» (chanson de Boris Vian(10), sortie et censurée en 1954 et également remaniée par Renaud en 1983) s’adresse à François Mitterrand, personnage en qui Renaud croyait beaucoup mais par qui il fut déçu. Non pas par l’homme comme il le dira à plusieurs reprises, mais par ses décisions qui dépérissaient l’image de Tonton ; tout comme il s’éteignait lui même...

«Tonton est colère

Tout va de travers

L’Histoire, la gloire, tout foire

Parc’que ce soir

Le vieil homme a, c’est dur

Un cailloux dans sa chaussure

Un vieux rhume qui dure

Et puis cette nuit, misère

Il a rêvé

Qu’un beau jour

La gauche revenait

Tonton s’en va

Petits pas...»  (11)

Engagé, le chanteur l’est également sur d’autres fronts ; il ira à plusieurs reprises marcher pour les beurs, Greenpeace, créera les «chanteurs sans frontières»  afin de pouvoir «donner du plaisir aux uns et à manger aux autres» (12)mais il se rendra compte que ce boulot là, ce n’est pas lui qui devait le faire : «A la place d’un homme politique, je ne serais pas fier...c’est grave qu’on face le boulot à leur place !»(13)Mais le fait qu’il ne participe plus directement aux actions diverses visant à rétablir la justice ou donner un coup de pouce à certaines organisations ne signifie pas qu’il les dénigre...au contraire ! Mais il ne se mouille plus tout seul, il n’organise plus, ce qui ne l’empêche pas de participer chaque année aux grandes soirées des «Restos du cœur» ou encore au Sidaction, mais il ne désire plus être à la tête de tout cela. Il y est dorénavant au même titre que les autres.

(11): Vian (Boris), «déserteur», 1954, chanson qui vit le jour alors que les soldats français sortaient de la guerre d’Algérie et devaient partir en Indochine)

(12) : Séchan (Renaud),«Tonton» in «Marchand de cailloux », 1990

(13): «Je prépare enfin un nouvel album» in «Var Matin», 18/02/01- Alain Laville

«Plus les restos du cœur marchent, plus c’est un constat d’échec pour notre société. La charité, c’est le contraire de la justice».

Un autre aspect de ses idées bien claires est la chanson dédiée à M. Gorbatchev, ex prix Nobel de la paix. «Welcome Gorby»  est en fait un appel au secours à un grand homme de ce monde et, même si certaines paroles appellent plus à l’anarchie qu’au pacifisme, Renaud pousse un nouveau coup de gueule vis à vis de ce qu’il déteste...

«Il est pas né le mec qui m’f’ra

Dire qu’j’ai d’la tendresse pour les rois ou pour les chefs

Z’ont tous mérités dans l’histoire les foudres de mon encre noire mais Gorbatchev

Est un p’tit bonhomme épatant contre qui je n’ai pour l’instant aucun grief

Personne ne méritait plus que lui l’prix Nobel de la pénurie et de la dèche

Welcome Gorby, bienvenue ici où on est quelques uns je crois

Un copain à moi et pi moi

A espérer qu’tu vas v’nir avec tes blindés nous délivrer

T’as fait tomber l’mur de Berlin si tu sais pas quoi faire des parpaings

Pour ta gouverne

Y’a d’la place ici mon pépère autour de tous les ministères, toutes les casernes

Ca évitera qu’le populo un jour nous pende tous ces barjos à la lanterne

Quoiqu’pour une fois ca s’rait justice de contempler ces pauvres sinistres

la gueule en berne

Ici y’a des chaînes à briser commence par les chaînes de télé ca s’rait byzance

Que tu nous débarrasses un peu de ce big brother de mes deux j’te fais confiance

Tu pourras aussi liquider les radios FM à gerber qui nous balancent

De nos chanteurs hydrocéphales et de leur poésie fécale toute l’indigence

Welcome Gorby bienvenue ici où on est quelques uns je crois

Un copain à moi et pi moi

A espérer qu’tu vas v’nir avec ton armée tout balayer

Tu peux construire si tu t’amènes quelques goulags au bord d’la Seine

De toute urgence

Ici y’a un paquet d’nuisibles qui nous font péter les fusibles de la conscience

Des BHL et des Foucault pas l’philosophe non l’autre idiot, des Dorothée

Fort sympathiques au demeurant je dirais plus exactement aux demeurés

Welcome Gorby bienvenue ici

Où on est quelques uns je crois un copain à moi et pi moi a espérer

Que tu vas v’nir claquer l’beignet à ces tarés

On a ici c’est bien pratique quelques hôpitaux psychiatriques qu’tu peux vider

Pour y fouttre les psychanalystes les députés les journalistes et les Musclés

Ca va t’faire un sacré boulot mais si tu veux des collabos faut pas t’miner

Tu sais à part dans mon public en chaque français sommeille un flic t’as qu’à piocher

Si t’en a marre du communisme j’te raconte pas l’capitalisme comme c’est l’panard

Comment on est manipulés intoxiqués fichés blousés par ces connards

Viens donc contempler nos idoles elles sont un peu plus rock n’roll que ton Lénine

Bernard Tapie et Anne Sinclair ‘vec ca tu comprends qu’notr’ misère soit légitime».

_______________________________________________________ (14) : Séchan (Renaud), «Welcome Gorby »in «The meilleur of Renaud 85-95», 1992

Bien sûr, certaines choses déclarées dans ce texte peuvent sembler un peu dures, surtout venant de la plume d’un homme qui se prétend être un pacifiste : appeler des armées, des blindés...en France alors qu’il se décrit comme homme de paix dans d’autres textes, ça peut choquer...et c’est justement cela que Renaud faire: veut choquer, troubler, faire réfléchir les personnes qui en valent la peine. Le message qu’il désire faire passer ici est du genre : «la France en a marre de vos stupidités télévisées ou radiophoniques, des présentateurs et des soi disant chanteurs qui prennent les gens pour des imbéciles...» .

Renaud exprime de façon exponentielle ce qu’il pense avec des paroles qui font mal. Et c’est un peu sa force de frappe, sa signature. Bien qu’il puisse à tout moment exprimer sa tendresse vis à vis de sa famille, de tous les enfants du monde, de ses amis..., il peut également, dans un élan de colère, être haineux vis à vis de l’injustice. Lors de sa dernière venue à Charleroi, avant d’entamer «Morts les enfants»  Renaud déclarera : «Ce n’est pas à vous, peuple belge, que je dois expliquer à qui cette chanson est dédiée...»  ; il parlait bien entendu de Julie et Mélissa et dans cette chanson, on retrouve aussi bien un hommage poignant pour les enfants du monde que de la haine pour tous ceux qui osent leur faire du mal.

«Chiffons imbibés d’essence

Un enfant meurt en silence

Sur les trottoirs de Bogota

On ne s’arrête pas...»  (15)
Renaud est engagé parce qu’il dit les choses telles qu’elles sont. Ce qui le gêne, c’est aussi bien l’amour que la haine. Renaud n’a jamais fait dans la dentelle, et «s’il a su garder sa lucidité, c’est un immense ras-le-bol qui le couve depuis des années, fruit de multiples trahisons, déceptions, attaques en tout genre...» . (16)

Il s’engage parfois même avec une étrange naïveté et l’admet d’ailleurs, notamment concernant Mitterrand : «Desproges avait bien raison, quand je lui disais que Mitterrand était un mec bien, cultivé, un humaniste, gentil, drôle, machiavélique...il me répondait : «Oui, c’est le meilleur homme politique qu’on ait en ce moment, donc c’est le pire». Et c’est vrai que le plus malin, le plus cultivé, le plus fort, c’est forcément le pire, je m’en suis rendu compte par après...» .

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(14):Séchan (Renaud), «Morts les enfants» in«Mistral gagnant», 1986

(15) :«Vérités et mensonges»in «Paroles et Musiques», n°6 avril 88 -R. Cannavo

Renaud ne change pas d’idéologie pour faire plaisir à l’un où à l’autre, mais il reconnaît ses erreurs, qu’il considère comme telles après avoir creusé l’un ou l’autre sujet, après avoir été témoin d’un acte ou d’une mauvaise appréciation : «...C’est beaucoup plus simple de dire qu’il y a les Noirs et les Blancs, les gentils et les méchants mais je suis en train de réaliser que ce n’est pas aussi simple. Il y a quelque chose qui chamboule toutes mes certitudes, c’est que le statut de victime ne confère pas forcément le statut ni de héros ni de détenteur de la vérité»(17).Renaud s’engage, ne donne que très peu d’image mais ne semble pas prêt à tourner la page. Aujourd’hui, on étudie ses chansons dans les manuels scolaires, elles font l’objet de thèses en France et à l’étranger : certaines traversent les générations («ça donne envie de continuer à écrire, c’est le plus grand bonheur de ma vie» ) (18), et même s’il sait qu’il vieillit («cent ans», «putain d’cheveux blancs» ), Renaud continuera de chanter «jusqu’à sa mort» (19). Et ses fans s’en réjouissent !




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(17):«Renaud ne veut pas laisser béton» in L’autre journal» juin 1991-M. Butel

(18) : «Renaud casse la baraque»in « Marianne», 26/06/00, non signé

(19) : «Ma tournée, c’est ma thérapie»in «VSD», n°1182, 20/04/00 -Th. Séchan
CHANTEUR ENERVANT

« J’appelle bourgeois quiconque renonce à soi même, au combat et à l’amour, pour sa sécurité ! J’appelle bourgeois quiconque place quelque chose au-dessus du sentiment ».

Léon Paul Fargue.
Renaud énerve, c’est bien connu ! Il énerve parce que même lorsque certains de ses textes se veulent un peu plus gentils, il y toujours une part de sentiment d’injustice à l’intérieur...

Déjà lorsqu’il écrivit «Greta»  en 1974, son texte léger, jouant avec les syllabes («Ich liebe dich Greta, Ich liebe da gretish, ich liebe tach gredi...» ) allemandes se termine par une question longtemps posée : «pourquoi qu’t’habites à Berlin est, pourquoi qu’j’habite à Berlin ouest»...Renaud n’est pas encore connu lorsqu’il écrit cette chanson et bien d’autres encore : «Société, tu m’auras pas», «Gueule d’aminche», «Hexagone»...bref, des titres qui feront son succès plus tard et qui étaient, déjà à l’époque, des coups de poignards que les autorités allaient prendre en plein visage.
Parce qu’il dit tout haut ce que certains pensent tout bas, parce qu’il a le don de jongler avec les mots et la chance de pouvoir s’exprimer devant la masse, parce qu’il n’a pas froid aux yeux et qu’il dénonce la bourgeoisie facile, la frime et l’argent sale, à l’heure où l’on sent déjà que la population ferait beaucoup de choses pour jouir du plaisir de richesse, pour s’embourgeoiser au risque d’avoir les mains sales :

«Les escarpes et les marlous

qui trainez su’l’macadam

faites-vous plutôt couper l’cou

qu’d’en pincer pour une grande dame».  (20)
«Faire partie des minorités, me confia Marc Robine, ce n’est pas entrer dans un genre de mutisme culturel, au contraire ça donne une crédibilité supplémentaire, ça signifie que lorsque l’on élève la voix, on est entendu...pas nécessairement compris ni pris en considération, mais les gens savent que l’on existe». 

(20): «Gueule d’aminche » in «Amoureux de Paname», 1974

Que ce soit avec«Le déserteur»en 1983 ou encore avec «La médaille»  en 1994, l’anti - militarisme de Renaud en fait grogner plus d’un. Ami des oiseaux, cultivateur de chênes et d’herbe, buveur de Ricard, anti flic et anti curé, «fermer sa gueule»  ne sera jamais son mot d’ordre.

Quand on fait mal aux gens et aux choses qu’il aime, il fait mal également ; à sa façon, sans armes si ce n’est un crayon bien taillé, sans douleur physique...mais sans mettre de gants, sans penser à épargner l’une ou l’autre personne, si ce n’est les petits, les gens pour qui il veut se battre : dans «trois matelots»(21) , il raconte l’histoire de trois personnes qui s’embarquent sur un bateau militaire. Il est un de ces gars qui part «voir les baleines qui vivent dans les eaux lointaines, et verra que le monde est beau...». Et si «Le premier de ces matelots qui était con comme un drapeau finit plein de galons» et que le deuxième «finit dans une vitrine au ministère de la marine petit chef derrière un bureau», lui se fit «virer de son bateau pour avoir offert son ponpon à une trop jolie Ninon contre un baiser sucré et chaud»...Mais que pouvaient-ils faire les jeunes français de 1985 contre l’armée qui était, à cette époque, obligatoire ? Rien et Renaud le savait : «Simples soldats braves matelots, surtout ne m’en veuillez pas trop, cette chanson je ne l’ai chantée que pour les planqués les gradés...»et surtout pas contre les opprimés, les esclaves de la société ; les gens qui étaient censés rendre service à la patrie et lui donner une partie de leur vie, déjà si courte en somme !




(21) : Séchan (Renaud), «Trois Matelots»in «Mistral Gagnant», 1985

La patrie aura également son lot de reproches, et Renaud en payera parfois les frais...Dans une de ses chansons («La médaille» ), il dénonce les maréchaux et plus particulièrement le Maréchal de France, qui n’est autre que Pétain : «l’amour ne vous dit rien à part bien sur celui de la patrie hélas cette idée dégueulasse qu’à mon tour je conchie» .(22) Ces paroles et toute cette chanson feront l’objet d’une censure :
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