Par Georges maspero (1872-1942)





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Leang entre le fleuve Jaune et la Houai, Tsin dans le Tche-Li, K'i sur la Wei, Chou dans le Sseu-tch'ouan oriental, Houai-nan, au sud de la Houai ; cinq petites dans la Chine coloniale. De fait, il y en eut davantage, tout gouvernement de province s'érigeant en maître absolu, tout chef militaire se déclarant indépendant.

C'est l'époque dite des cinq dynasties, toutes éphémères et sans gloire (907-960). L'une d'elles met sur le trône un étranger, un prince turc, le fils même de celui qui avait vaincu la rébellion en 884. En fait, elles ne régnèrent que sur une très petite partie de la Chine, car non seulement les peuples barbares du Nord et de l'Ouest les pressaient par le nord, mais encore toutes les provinces situées au sud et au sud-ouest du Ho-nan s'étaient plus ou moins ouvertement révoltées et avaient formé des royaumes indépendants.

À la fin du Xe siècle, la Terre des Dix-huit Provinces se retrouve tout entière unie sous le gouvernement des Song (960) ; mais la puissance chinoise ne reprend pas son éclat d'antan. Si les pays d'Extrême Sud continuent de reconnaître, au moins nominalement, la suzeraineté de l'empire du Milieu, les populations du Tarim et des contrées d'Occident, des rives de la Soungari et de la Leao l'ignorent complètement. De la Mongolie et de la Mandchourie, des hordes toungouses aux noms divers ne cessent de descendre vers les plaines du sud que fertilise de son labeur le Chinois patient. K'i-tan, Niu-tchen, Kin envahissent tour à tour l'empire et s'y installent en maîtres. Les premiers, en 1004, imposent par traité aux Song un tribut annuel de cent mille taëls et deux cent mille pièces de soie. Quarante ans plus tard, ils obtiennent deux cent mille onces d'argent et trois cent mille pièces de soie. En 1125, ce sont les Niu-tchen, vainqueurs p1.037 des K'i-tan, qui exigent un tribut de 5 millions d'onces d'or, 500 millions d'onces d'argent, un million de pièces de soie ; et à leur souverain Wou-K’i-mai, fils d'Akouta, l'empereur humblement donne le titre d'« Oncle ». Le vasselage n'est plus déguisé. L'année suivante, la Terre des Dix-huit Provinces est une fois de plus divisée : au nord, le royaume des Kin ; au sud, réfugiés derrière le fleuve Bleu, les Song.

Enfin, voici venir les Mongols. Montés sur leurs chevaux bourrus, abrités derrière leurs grands boucliers couverts de peau de requin où les flèches se brisent, féroces, les yeux si perçants qu'ils voient la nuit, dit-on, ils commencent, des rives du haut Amour où ils se sont constitués en « Grand royaume des Mongols », la chevauchée qui les conduira jusqu'aux rives du Bosphore et aux plaines de Hongrie, par delà les hautes cimes de l'Himalaya et dans les forêts tropicales du Champa et de la Birmanie. En 1206, ils proclament leur chef Temudjin le « khan des Forts », Gengis khan. Huit ans plus tard, maître de Pékin, il marche vers l'Occident. Boukhara, Samarkand, Balkh prises, il descend jusqu'au pays de Lahore, puis, maître de pays innombrables, il revient s'appliquer à la conquête de la Chine. Ses campagnes bien défrichées le plongent dans la stupéfaction : où paître les troupeaux ?

  • Ce n'est pas un pays, s'écrie-t-il, exterminons tous les Chinois, puis laissons pousser l'herbe. Alors nos chevaux pourront y vivre.

L'importance du tribut payé par les Fils de Han lui fit ajourner son projet (1227). Lui mort, son fils Ogotai continue de pousser en avant. Il s'allie aux Song et s'empare de la capitale des Kin, dont le dernier souverain se suicide en 1234. Toute la Chine du Nord était entre ses mains. Comme il retournait vers la Mongolie, pour aller faire sa remonte, les Song attaquent les garnisons qu'il avait laissées derrière lui. Furieux, il fait serment d'anéantir les parjures. Tandis qu’une de ses armées entre en Russie, s'empare de Kiev (1240), bat à Wahlstadt les armées polonaises de Henri p1.038 le Pieux (1241) et pousse à travers la Hongrie, qu'une autre marche sur la Corée, il en envoie trois autres sur la Chine. Suspendue un moment par un échec dans le Sseu-tch'ouan et par la mort d'Ogotai (1241), la conquête de la Terre des Dix-huit Provinces continue sous la conduite de Koubilaï, frère de Mangou, qui avait remplacé à la tête de l'empire Mongol Gayouk, successeur d'Ogotai (1251). La province de Manzi — c'est le nom que donnaient les Mongols à la Chine des Song — n'offrit pas grande résistance. Tout y était anarchie et débauche. Plus d'armée ; plus de chefs. Les conquérants n'avaient qu'à avancer. En 1279, la Chine du Sud est toute entre leurs mains. Le dernier des Song, un enfant de dix ans, meurt noyé par les mains du général chinois dont les armées venaient d'être vaincues et mises en déroute ; et Koubilaï se trouve seul maître de la Terre des Dix-huit Provinces. La dynastie qu'il fonde — les Chinois lui donnent le nom de Yuan — règne dès lors sur l'empire du Milieu. Elle ne sut s'y maintenir que quatre-vingt-neuf ans. Corrompus dès l'origine par un luxe auquel ils n'étaient pas habitués, les successeurs de Koubilaï succombèrent aux mêmes désordres qui avaient entraîné à la ruine les dynasties précédentes. Quand un Fils de Han ose lever l'étendard de la révolte, il ne trouve plus devant lui les belles armées d'autrefois et il peut, sans grand effort, arracher aux derniers Mongols le sceptre qu'ils n'avaient plus la force de retenir.

La dynastie des Ming (1308-1644), qui brille d'un si vif éclat par les arts et les lettres et dont l'influence au dehors fut si considérable, ne put rendre à la Chine la puissance territoriale qu'elle détenait au temps des Han et des T'ang. Loin de s'étendre hors des limites de la Terre des Dix-huit Provinces, elle fut impuissante à défendre longtemps l'intégrité du territoire contre les étrangers. Si le Japon semble accepter un moment la suzeraineté nominale de l'empereur (1406) ; si le Tonkin, quelques années durant, de 1403 à 1428, est rattaché à l'empire ; si la Corée, p1.039 conquise par les armées de Hideyoshi qui avait su porter au dehors la terreur du nom japonais, est délivrée par les armées chinoises (1598), les Mings furent incapables de résister aux assauts des envahisseurs de l'Ouest et du Nord. Les Mongols, en effet, — ils avaient changé de nom et s'appelaient maintenant Tatars, — avaient recouvré assez de puissance pour recommencer leurs incursions sur le sol de l'empire. En 1449, ils battent les armées du Fils du Ciel et s'emparent de sa personne ; et, en 1470, on sent le besoin de restaurer la Grande Muraille pour mieux leur résister. Les eunuques étaient maîtres de la Chine. Ils commandaient les armées, réglementaient la justice, et, une fois de plus, ils conduisaient l'empire à sa ruine. Aux razzias des nomades s'ajoutèrent bientôt les descentes des Japonais sur les côtes. En 1554, ils forcent l'embouchure du fleuve Bleu et dévastent la région ; en 1574, c'est dans le Tchö-kiang et la région de Canton qu'ils commettent leurs actes de piraterie. Au sud, les Birmans envahissent le Yunnan (1583).

Cependant, sur les plaines du Yalou, les Toungouses Mandchous commençaient de prendre le pas sur les autres hordes, et Noorhachu, leur khan, se proclamait roi des Mandchous (1616). Il les divise en quatre bannières : jaune, blanche, rouge et bleue, et l'année suivante déclare la guerre à l'empire. Il envahit le Leao-tong en 1618 ; bat les armées chinoises en 1619 ; s'empare de la Corée en 1620. Son fils Houang T'ai-ki, lui ayant succédé en 1626, force la Grande Muraille trois ans plus tard, et arrive jusque sous les murs de Pékin. En 1636, il se proclame empereur de la dynastie Ts'ing, puis, le dernier souverain Ming vaincu, il monte sur le trône impérial, et les Fils de Han tombent à nouveau sous le joug étranger (1644). Ils ne s'en libéreront que deux cent soixante-huit ans plus tard, en 1912, pour proclamer la République.

Les Mandchous rétablirent du moins l'empire dans ses anciennes limites territoriales. Maîtres de la totalité de p1.040 la Terre des Dix-huit Provinces, débarrassés du dernier prétendant Ming qui avait fui en Birmanie (1662), vainqueurs des derniers rebelles (1682), ils reprennent la politique d'expansion des Han et des Tang. La victoire sur Galdan, chef des Eleuths de l'Ili, leur rend la maîtrise absolue sur toute la Mongolie : Eleuths et Khalkas qui la parcourent sont divisés en cinquante-cinq hordes vassales (1695). Au Tibet, même succès. Depuis 1571, les Mongols, convertis au bouddhisme, reconnaissaient la suzeraineté spirituelle du grand-lama. Or, en 1719, mécontents du sixième grand-lama, ou plutôt, selon le style tibétain, de la sixième incarnation du dalaï-lama, ils se refusent à le reconnaître et en élisent un de leur choix, pour lequel ils sollicitent l'investiture de l'empereur Ts'ing. Celui-ci, heureux d'intervenir, s'assure de la personne de son nouveau vassal, et s'apprête à l'imposer par la force des armes, quand le khan des Eleuths envahit le Tibet, met Lhassa à sac et s'empare du sixième grand-lama. L'empereur lance alors ses armées en campagne, pacifie la région et nomme un septième grand-lama qui lui prête serment de vasselage. Tout le monde fut content : Tibétains, Mongols et Chinois ; et le Tibet désormais releva de l'autorité impériale.

C'est du vivant de l'empereur de la période K'ien-long que la Chine connut sa plus grande splendeur. Monté sur le trône en 1736, il ne le quitta qu'en 1795 et durant son règne sut imposer sa volonté dans tout l'Extrême-Orient. Après de longues luttes avec le khan des Eleuths, il s'empare de l’Ili (1757). L'année suivante il se rend maître des villes du Tarim, qui redevient terre impériale comme aux temps des T'ang ; et les peuples des hautes vallées de l'Amou-Daria et du Syr-Daria envoient des députés à Pékin. En 1769, la Birmanie, après des campagnes difficiles où les Chinois eurent souvent le dessous, accepte de prêter serment de vassalité. En 1792, les Gourkhas du Nepaul ayant envahi le territoire du grand-lama, les troupes impériales les refoulent à travers les défilés de p1.041 l'Himalaya jusqu'en Inde et laissent au Tibet une garnison qui subsistera jusqu'à nos jours.

Lorsque survinrent les événements qui, pour la première fois, allaient soulever une guerre entre la Chine et les puissances occidentales, le trône était occupé depuis 1821 par l'empereur qui avait pris Tao-Kouang comme nom de période. Il avait commencé par réprimer une révolte de musulmans dans le Tarim (1826-1828) et des troubles dans l'Ili. La violence avec laquelle il avait sévi avait ramené la tranquillité et le respect du nom chinois dans les régions de l'Extrême-Ouest. Son empire s'étendait jusqu'à cette ceinture de montagnes formées par l'Altaï au nord, les Monts célestes et le Pamir à l'ouest, l'Himalaya au sud. La Mandchourie tout entière, la Mongolie, le Turkestan chinois, — Kachgarie et Dzoungarie, — le Tibet, la Corée, relevaient directement de la couronne. À titre de « Pays vassaux », la Birmanie, l'Annam consentaient périodiquement tribut de vassalité. Le Japon lui-même, cloîtré dans son île, offrait de temps en temps des cadeaux considérés comme témoignages de vasselage. Sans parler des innombrables roitelets qui s'adressaient à l'empereur chaque fois qu'ils étaient assaillis par un voisin, ou sollicitaient de lui la remise d'un cachet ou d'un costume d'apparat lorsqu'ils montaient sur le trône ! L'empire du Milieu était, en Extrême-Orient, dans la première moitié du XIXe siècle, la seule puissance capable d'imposer autour d'elle sa volonté par la force des armes et d'assurer à ceux qui se réclamaient de lui une protection, plus morale souvent qu'effective, mais que peu du moins osaient contester ou provoquer. Comment son peuple, dès lors, n'eût-il pas acquis de lui-même l'idée d'une supériorité que chacun reconnaissait par crainte ou par respect ? Quel prix pouvait-il attacher aux réclamations présentées par des gens venus, sur des vaisseaux, de régions inconnues du lointain Occident ? Quelle crainte manifester à l'égard de quelques poignées d'hommes qu'ils prétendaient opposer aux armées innombrables que p1.042 l'empereur pouvait mettre sur pied et dont la levée seule faisait trembler le plus puissant de ses voisins immédiats ?

Eussent-ils mieux étudié leur histoire, cependant, les Fils de Han auraient pu pressentir l'infériorité où ils allaient se trouver devant les assauts de ces Occidentaux dont ils croyaient triompher en les traitant de barbares. Ne révèle-t-elle pas, cette histoire, que l'unité territoriale de l'empire n'a été qu'exception au cours des siècles ? que l'unité même de cette Terre des Dix-huit Provinces qui constitue la Chine proprement dite, réalisée pour la première fois effectivement cent cinquante ans seulement avant notre ère, a été brisée des siècles durant depuis cette époque ? que, des siècles entiers, la Chine du Nord et la Chine du Sud ont formé des États différents, la première sous des maîtres étrangers, la seconde seule réellement chinoise ? que, depuis l'invasion mongole enfin, les fils de Han sont demeurés pendant plus de trois cent cinquante ans les sujets de princes étrangers, ont dû courber le front sous la domination d'empereurs appartenant à la race de ces hordes du Nord qu'ils flétrissaient du même nom de barbares qu'ils appliqueront aux Européens ?

S'il est vrai que l'avenir se lit dans l'enseignement du passé, l'histoire de la Chine est singulièrement évocatrice à qui veut comprendre l'effondrement de la puissance chinoise depuis le jour où, unissant leurs efforts, les puissances occidentales se sont décidées à faire respecter par la force ce qu'elles considéraient comme leur droit.

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CHAPITRE III

LA CONSTITUTION POLITIQUE ET SOCIALE

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Pas d'unité politique ni sociale. — La Chine, fédération démocratique sous un empereur autocrate, mais non absolu. — L'unité politique instaurée par Ts'in Che Houang-ti disparaît avec lui. — Les Han substituent la fédération administrative à la fédération féodale. — Suppression de la noblesse territoriale héréditaire. — Confucius et la civilisation chinoise. L'édifice gouvernemental repose sur l'observation des devoirs imposés par la piété filiale. — La famille, communauté sociale et religieuse. — Le culte des ancêtres et le respect du passé. — Particularisme des éléments constitutifs de la fédération chinoise. Ses tendances à l'anarchie. — Le harem et les eunuques agents principaux de l'anarchie. — Les lettrés et leur recrutement. Par la suppression des idées novatrices, ils ont définitivement tourné l'esprit chinois vers le culte exclusif du passé et de la tradition. — Défauts du fonctionnarisme chinois. — Le peuple chinois. Routine et superstitions ; Lao-tseu et le Bouddha. — Manque d'esprit public et de patriotisme. — Révoltes populaires et sociétés secrètes. — L'empereur et le « mandat céleste ». — Manque d'unité et de continuité dans la politique du gouvernement impérial. — Ni budget ni armée.

p1.043 L'unité que sa configuration géographique et son histoire lui refusent, la Chine ne la trouve pas en son organisation politique. Fédération démocratique sans tradition dynastique ni noblesse héréditaire, ses institutions la révèlent complètement privée de cette unité nationale qui, en France par exemple, a donné même patrie à des peuples d'origines très différentes et d'intérêts souvent contraires.

Par contre, une civilisation unique, presque complètement originale, vite arrivée à un degré élevé de perfection, mais figée depuis des siècles dans la contemplation p1.044 exclusive du passé, a procuré à toutes les populations qui en ont été imprégnées, une mentalité uniforme, hostile à toute idée de changement et de progrès, les a dressées contre toute innovation personnelle ou étrangère susceptible de porter atteinte aux rites et aux traditions ancestrales qui constituent l'idéal de perfection dont il faut se rapprocher toujours plus et qu'il est sacrilège de modifier ou simplement délaisser.

À l'origine, la Chine nous apparaît divisée en États autonomes, gouvernés par des princes indépendants, unis par de vagues liens d'obédience à un même empereur auquel ils doivent l'hommage.

D'abord élu, puis possesseur du trône par droit d'hérédité, cet empereur ne commande point en fait aux chefs des autres États. C'est un grand prêtre plutôt qu'un souverain. Détenteur du mandat céleste, qui lui a confié la direction des hommes, « Fils du Ciel », sa grande fonction est le « sacrifice au Ciel » par lequel il expie les fautes de l'empire et attire sur lui les bienfaits d'en haut. Lui seul l'accomplit, seul de tous les hommes. Sa seconde fonction est de faire observer les rites du passé et d'en assurer la tradition. Il entretient pour ce faire des inspecteurs chargés de vérifier, par des tournées dans les principautés, si les enseignements du passé sont toujours observés. Hors de là, son pouvoir est nul. Si les feudataires lui doivent le tribut, ils sont en réalité complètement indépendants, et leurs rapports avec lui se bornent à des cérémonies officielles et peu fréquentes où le moindre geste, la moindre parole sont minutieusement réglés par un protocole inflexible qui en bannit toute spontanéité et tout imprévu.

« En fait, dit l'historien Sseu-ma Ts'ien, chaque fief était un État entièrement autonome dont le chef rendait sans doute hommage au Fils du Ciel, mais jouissait en réalité de la plus complète indépendance.

Point n'est besoin d'insister sur les troubles qui en p1.045 résultent lorsque l'empereur se révèle incapable ou impuissant à faire respecter ses privilèges. Lisez l'auteur que je viens de citer :

« Des ligues se formaient entre seigneurs voisins qui s'attaquaient les uns les autres comme des ennemis, se faisaient la guerre et s'entretuaient sans que le Fils du Ciel fût à même de les en empêcher.

Et il se lamente des malheurs qui en résultaient.

« L'essentiel, s'écrie-t-il, était alors d'avoir de puissantes armées, de conquérir ses rivaux, d'user de stratagèmes trompeurs.

En somme, la Chine se présente à cette époque sous l'aspect d'une fédération d'États autonomes unis par des devoirs de vassalité assez ténus à l'égard d'un empereur et par une communauté de traditions dont il était en principe le gardien, mais toujours divisés par des guerres et des luttes qui maintenaient le pays dans un état de perpétuelle anarchie.

Ts'in Che Houang-ti, que nous avons vu constituer l'unité territoriale de la Terre des Dix-huit Provinces, fit aussi son unité politique. Peu à peu, selon la vivante image de Sseu-ma Ts'ien, il

« rongea les six royaumes qui restaient à la façon d'un ver qui ronge une feuille de mûrier.

Si bien qu'en 221 av. J.-C., il pouvait à bon droit s'adjuger le titre de « Premier souverain empereur ». Alors, écrit notre historien :

« Il s'irrita de ce que les guerres ne prenaient jamais fin et estima que la cause en était l'existence de la féodalité. Dès lors, il ne laissa plus en fief un seul pied de terre ; il renversa et détruisit les remparts des citadelles de la féodalité ; il fit fondre les armes et les pointes des flèches ; il enleva comme de mauvaises herbes les hommes hardis et les tyrans ; il n'avait d'autre souci que d'assurer le calme à dix mille générations.

Il divisa l'empire en commanderies, dont le nombre de trente-six d'abord alla jusqu'à quarante. Mais il se garda bien de les attribuer à ses parents ni à ses fidèles.

— Tout bon gouvernement, répondit-il à celui de ses p1.046 conseillers qui l'y engageait, exclut la multiplicité des maîtres. Si j'érigeais des principautés et des royaumes pour les donner en apanage à ceux de mes parents, amis ou sujets fidèles, qui méritent des récompenses ou des distinctions, je travaillerais à coup sûr à la ruine de ma maison et à la perte de ceux que j'élèverais ainsi. Toutes les guerres qui ont désolé l'empire n'ont-elles pas été suscitées, fomentées et poussées jusqu'où elles pouvaient aller, par les princes feudataires qui en partageaient entre eux l'étendue, et qui en possédaient quelques portions à titre de souveraineté ?

Il confère donc l'administration à des fonctionnaires nommés par lui : l'
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