1. Chanson : Quand IL est mort le poète (les enfants de l’école de musique de Sissonne)





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Le Tombeau des Poètes 29 novembre 2014 SISSONNE.

30 novembre BOURG ET COMIN

CH. « Tu n’en reviendras pas, toi qui courais les filles,

Jeune homme dont j’ai vu battre le cœur à nu

Quand j’ai déchiré ta chemise.

Et toi non plus, tu n’en reviendras pas, vieux joueur de manille,

Qu’un obus a coupé en deux

Pour une fois qu’il avait un jeu du tonnerre.

Et toi, le tatoué, l’ancien légionnaire,

Tu survivras longtemps, sans visage et sans yeux.

1. Chanson : Quand il est mort le poète (les enfants de l’école de musique de Sissonne)

O. 560 noms, gravés sur les tables de marbre du Panthéon de Paris : Alain FOURNIER, Charles PEGUY, Louis PERGAUD, Guillaume APOLLINAIRE, mais aussi des jeunes, des méconnus, des débutants, qui comme le dit Roland DORGELES « n’ont laissé pour survivre que quelques pages dispersées, en ayant versé peu d’encre mais tout leur sang »

CH. Parmi eux, Jean de la Ville de Mirmont, né en décembre 1886, dans une famille de la bourgeoisie bordelaise. Son père, Henri, est professeur de langues anciennes à la Faculté de la ville. Jean va faire ses études dans sa ville natale où il aura comme condisciple, celui qui deviendra son très cher ami, l’écrivain François Mauriac. Le jeune Jean est fasciné par la mer.

O. « Je suis né dans un port et depuis mon enfance,

J’ai vu passer par là des pays bien divers.

Attentif à la brise et toujours en partance

Mon cœur n’a jamais pris le chemin de la mer. »

CH. C’est le début de son recueil de poèmes L’horizon chimérique , écrit entre 1911 et 1912 et qui sera publié à titre posthume en 1920. Ces mots qui « ouvrent l’âme aux vents du large » ont inspiré un grand compositeur originaire lui aussi du Sud Ouest de la France, Gabriel Fauré. « Portés par cette musique déchirante, les vers de notre ami atteindront des cœurs qui, sans elle, ne les auraient pas connus » écrit François Mauriac.

2.FAURE. L’horizon chimérique. 4 poèmes. Odile, récitante, Cécile, alto, Antoine, piano.CH. En novembre 1908, il s’éloigne de l’océan après avoir fait son service militaire, il découvre Paris qui lui plaît, malgré sa grisaille. Le 14 novembre, il écoute avec grand intérêt une conférence avec des récitations de poésies intercalées de musiques. Au programme, un grand musicien, lui aussi amoureux de la mer et de ses ondoiements : Claude DEBUSSY.

3. DEBUSSY. Arabesque .

CH. Novembre 1908. C’est le Salon d’Automne où se retrouvent peintres, sculpteurs, graveurs… La capitale parisienne connaît une intense activité artistique. Les concerts y sont nombreux : Albert Roussel, ancien élève de l’école navale de Brest et enseigne de vaisseau, a choisi entre ses deux passions la mer (qu’il n’a pas rêvée, lui !) et la musique : il a pris des cours à la Schola Cantorum et est devenu compositeur à plein temps. Il vient de donner cet automne sa sonate pour piano et violon. Dès 1906, il avait proposé cet aimable divertissement pour piano et instruments à vent.

4. ROUSSEL. Divertissement opus 6.

O. La Ville de Mirmont s’inscrit en droit et prépare un concours de rédacteur à la Préfecture de la Seine. Il est recalé. Il suit des cours de l’Ecole du Louvre, écrit des vers et se remet à bachoter.

CH. « Je travaille, je fais des devoirs, des plans de devoirs, je consulte des textes, j’apprends des textes ».

O. En juin 1911, il est reçu et il commence sa vie de « rond de cuir » sur laquelle il porte un regard amusé :

CH. « Arrivé ponctuellement dès 2h, je n’ai trouvé personne dans les bureaux jusqu’à 2h et demie et le seul travail de mon collègue consiste à consulter l’indicateur des chemins de fer pour savoir où il ira pêcher à la ligne demain ».

O. Il continue à écrire : des contes (Cité de Bénarès, Les Pétrels, La mort de Sancho, Le piano droit, Les matelots de la Belle Julie, L’orage, Mon ami le prophète) et un curieux roman intitulé Les dimanches de Jean Dézert. Il y met en scène un petit employé à l’existence désespérément morne et plate qui passe à côté de sa vie. Abandonné par sa fiancée, il essaie sans succès de se jeter dans la débauche, puis dans l’alcool. Il va même rater son suicide : au moment d’y recourir, il le juge inutile, car, se sachant de nature interchangeable, il serait condamné à vivre éternellement anonyme …..

CH. Paris, ce 30 juillet 1914,

Ma chère maman,

Je viens d’être informé par le cabinet du préfet, il y a de cela dix minutes, que tous les congés accordés au personnel sont supprimés jusqu’à nouvel ordre. Les affiches de mobilisation sont prêtes.

Ton fils Jean.

O. C’était il y a 100 ans. C’était le début d’un cauchemar de plus de 4 ans qui allait faire 9 millions de morts et 6 millions d’invalides en Europe. Les premiers mois furent parmi les plus meurtriers : plus de 140000 morts français en cinq jours d’été, 27000 tués le seul jour du 22 août. Un sixième des tués de la Grande Guerre disparut pendant les deux premiers mois du conflit. Pourtant, beaucoup voulurent faire ce qu’ils estimaient être leur devoir et s’engagèrent.

CH. Ainsi le compositeur Jacques Ibert. Encore étudiant en musique, il multiplie les démarches pour partir. Il rejoint le front en novembre 1914. Il sera infirmier-brancardier à l’hôpital chirurgical d’Amiens. Il y retrouve le lieutenant Roussel engagé à 45 ans et devenu ambulancier. Ibert accomplira plus de 800 missions au péril de sa vie.

5. IBERT. 2ème Interlude.

O. Madame de la ville de Mirmont reçoit le 6 août une lettre de son fils qui enrage de ne pas être encore au front. Une commission médicale l’a réformé pour mauvaise santé. Il ne se résigne pas.

CH. « On ne vit pas tous les jours à un tournant de l’histoire.»

O. Finalement, vues les hécatombes des premières semaines, il est autorisé à s’engager et le 12 septembre, il rejoint à Libourne la 29ème compagnie du 57ème régiment de ligne. Le 28 septembre, il arrive à Fismes. Le 30 septembre, l’assaut doit avoir lieu à Craonne. Ordre, contrordre, attentes, pétarades, balles et shrapnells, des morts, des blessés, des disparus….

CH.Une semaine auparavant, le 21 septembre, un autre Bordelais, le poète Olivier Hourcade est tué à Oulches. Il avait fondé la Revue de France où écrivirent, entre autres, Paul Fort et Francis Jammes. Sa muse était française disait-il mais il se voulait aussi troubadour d’Aquitaine, désireux d’être enterré dans sa terre natale.

O. Chanson d’exil

« Si Dieu me disait-un jour,

Où veux-tu mourir ? »

Je répondrais à Jésus :

Je veux mourir en Gascogne.

Là, que ce soit l’hiver, l’été….

Toujours la nature est belle :

Neige d’été sur les hauts monts

Ou soleil d’hiver sur la plaine,

Là sont enterrés tous les miens.

Là rit et chante ma race.

CH. Il ne sera pas exaucé. Il repose à Craonnelle sur le Chemin des Dames.

Le compositeur Maurice Ravel songe à quitter son sud –ouest dès le 8 août pour s’engager dans l’aviation. En octobre 1914, à l’hôpital de Saint Jean de Luz, il veille les blessés qui commencent à arriver du front. Il apprend la mort d’amis compositeurs à qui il rendra hommage dans le Tombeau de Couperin en 1917. Les deux frères Gaudin, ses amis, tombés au Chemin des Dames, lui ont peut être inspiré le Rigaudon de cette œuvre. Sans céder à la germanophobie ambiante, ouvert à toutes les musiques et à toutes les cultures, il compose en 1914, cette émouvante mélodie hébraïque, le Kaddish, prière des morts, dans la liturgie juive.

6. RAVEL. Kaddish.

O. Le 23 août, les Anglais tentent de stopper la pression allemande en Belgique et ils vont soutenir la VIème armée française dans la Marne. Ralph Vaughan Williams et sa femme sont des amis de longue date de Ravel. Le compositeur anglais déjà très connu dans son pays s’engage. Au volant de son fourgon sanitaire, il montera en ligne chaque nuit pour ramener les blessés non loin de la ville d’Arras en 1915. Ravel, refusé dans l’aviation en raison de sa petite taille, sillonnera les routes de Champagne et de Lorraine au volant de son ambulance Adélaïde. Les deux conducteurs se reverront après la guerre.

7. VAUGHAN WILLIAMS. Quintette.

CH. Très marqué par le conflit également, le compositeur Frank Bridge écrira l’année suivante un Lament à la mémoire des 1200 victimes du Lusitania, paquebot anglais torpillé par un sous-marin allemand.

8. BRIDGE . Sérénade pour alto et piano.

O. Dans l’autre camp, c’est la même hécatombe, le tombeau des poètes expressionnistes allemands.

CH. Alfred Lichtenstein, tué dans la Somme le 25 septembre 1914.

O. Ernst Stadler, Hugo Hinz tués en décembre 1914.

CH. Ernst Wilhelm LOTZ, traducteur de Rimbaud et Verlaine qu’il fit connaître en Allemagne, était un des chefs de file de l’avant-garde littéraire de son époque. Voulant marquer sa rupture avec la bourgeoisie berlinoise dont il est issu, il appelle de ses vœux un monde nouveau. Il admire les peintres Kandinsky et Delaunay, il apprend le dessin et projette de créer une revue d’art qui devra être dirigée « contre les esthètes, les catholiques et tous les arriérés rétrogrades. » C’est le sens de son flamboyant poème Renouveau de la jeunesse 

O. «Eclairés par l’éclat de demain, nous sommes la clarté promise,

La chevelure piquée de jeunes couronnes de messies

De nouveaux mondes éclatants jaillissent de nos fronts

Accomplissement et avenirs, jours annonceurs de tempêtes. »

CH. Il ne verra pas le futur dont il rêvait. Il sera tué dès le 9 septembre 1914 à la ferme Hurtebise, près de Bouconville. Un jeune compositeur allemand mettra en musique ce poème. Il s’appelle Paul Hindemith. Il est mobilisé à 17 ans dans l’armée allemande après que son père, âgé de 45 ans a été tué dans les Flandres. Avec d’autres jeunes soldats, il forme un quatuor qui joue dans les tranchées. Il admire le compositeur français Debussy, bien connu pour sa haine de l’Allemagne. Quand Hindemith apprendra la mort de Debussy, il écrira :

O. «  Nous sentions pour la première fois que la musique devait dépasser les frontières politiques, la haine d’une nation et les horreurs de la guerre ».

9. HINDEMITH. Quatuor.

CH. Dans le même camp, le violoniste autrichien virtuose Franz Kreisler, au sommet de sa gloire veut faire son devoir. Refusant « l’immunité artistique » que ses amis demandent pour la star du violon qu’il est, il s’engage et rejoint son régiment dès le 10 août 14. Il a 39 ans. Son régiment est attaqué par des cosaques russes. Gravement blessé le 7 septembre, il est donné pour mort. Il survivra cependant.

9. KREISLER. Sicilienne et Rigaudon.

O. Comme Kreisler et Hindemith, Jean de la Ville de Mirmont dit ne pas avoir de haine pour ceux d’en face qui sont parfois si proches…

CH. 13 novembre 1914.

Ma chère maman,

« Hier, des officiers allemands ont agité un drapeau blanc et sont venus cause avec les nôtres, les invitant à, déjeuner pour dimanche prochain. D’une tranchée à l’autre, les soldats et allemands se sont engagés à ne pas se fusiller de la journée .Ils se sont amusés à se lancer des pommes de terre. Le soir venu, les Boches ont entamé un cantique. Les nôtres ont répondu un chant vif et animé :

O. « Ah ! Que c’est rigolo,

On va leur flanquer

Les pieds dans le dos !

CH. Puis la mitraille a repris.

O. Il continue d’écrire à sa famille, son père, sa mère, sa sœur Suzanne. Il remercie pour les envois de café, de chocolat. Il est cité à l’ordre du régiment. Sera-t-il nommé sous-lieutenant ?

CH. 23 novembre : il remercie sa chère maman pour l’envoi de lunettes. (Il est très myope !)

O. 24 novembre Les chaussettes et le passe-montagne arrivent à point. Il fait si froid.

CH. 24 novembre : Ma chère maman,

Je pars ce soir pour la tranchée. Au fond, je suis le plus heureux de vous tous, car si je suis emporté, j’espère ne pas même m’en apercevoir. Si je suis blessé, je coucherai dans un bon lit et je serai soigné par d’aimables dames et si je persiste tel quel, grâce à toi, je n’aurai pas trop froid.

Au revoir ma chère maman. Ton fils si loin et si près de toi et sur qui veillent non seulement son étoile mais toutes les étoiles.

Jean.

O. Quatre jours après avoir écrit cette lettre, vers 5 h du soir, le sergent de la Ville de Mirmont est enseveli avec deux de ses hommes alors qu’il venait de refuser une relève. La nuque brisée, Il meurt en murmurant le nom de sa mère. 

CH « Si je meurs, faites dire à ma mère que ma dernière pensée aura été pour elle ».

O. Sur son bureau, à Paris, on a retrouvé ces quelques lignes :

Cette fois mon cœur, c’est le grand voyage,

Nous ne savons pas quand nous reviendrons,

Serons-nous plus fiers, plus fous ou plus sages ?

Qu’importe, mon cœur, puisque nous partons !

CH. Avant de partir, mets dans ton bagage

Les plus beaux désirs que nous offrirons

Ne regrette rien, car d’autres visages

Et d’autres amours nous consoleront.

Cette fois, mon cœur, c’est le grand voyage.

O. Il allait avoir 28 ans. Il ne sera jamais sous-lieutenant.

CH. C’était à Verneuil sur le Chemin des Dames, il y a eu 100 ans hier (ou avant-hier)

O. Il s’appelait Jean de la Ville de Mirmont.

10. FAURE. Pavane.

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