Le journal du conseil régional du Languedoc-Roussillon





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Le rôle de l'Eglise



Invasions et troubles eurent des conséquences sur le patrimoine et la discipline de l'Eglise. Toutefois, la construction de monastères se poursuivit. En 990, par exemple, Frotaire, évêque de Nîmes, fonda l'abbaye féminine Saint-Sauveur de la Font.

La plupart des églises virent leur patrimoine se développer grâce aux donations que les hommes faisaient pour le salut de leur âme. Par leur richesse, les évêchés étaient de véritables principautés. Ainsi Lodève, sous l'évêque Fulcran, de 949 à 1006.

Les humbles venaient chercher la sécurité auprès des églises. Pour tenter de la garantir, des conciles réunissant prélats et grands laïques condamnèrent les pillages, vols et réqui­sitions des biens de l'Egli­se, des paysans et des mar­chands. Les chevaliers, for­cés de restituer ces biens, étaient contraints à des ser­ments de paix. En 1027, le concile de Toulouges en Roussillon introduisit l’idée de la Trêve de Dieu impo­sant la paix du samedi après-midi au lundi matin. Pour protéger un monas­tère, l'Eglise pouvait en faire don à saint Pierre, resserrant ainsi ses liens avec Rome. Cette pratique eut cours en Septimanie, puisqu'en 878, le pape Jean VIII reconnut l'abbaye de Saint-Gilles (Gard) com­me propriété de l'apôtre.

La vie culturelle



La Septimanie ne fut guère touchée par la Renaissance carolingienne. Elle comp­tait alors peu d'écoles ou de bibliothèques. Cepen­dant, dès le VIIIe siècle, les manuscrits, enluminés ou non, fleurissaient. Ceux-ci avaient souvent un carac­tère de relique, d'où leur notoriété. Sans compter que certains étaient un don de Charlemagne ou de son fils Louis le Pieux aux saints fondateurs Benoît d'Ania­ne ou Guilhem de Gellone. L'activité artistique était vive. Les églises se multi­pliaient: cathédrales à Nar­bonne ou Lodève, humbles sanctuaires de village, com­me à Quarante, dans l'Hé­rault. Les sculpteurs leur offraient, depuis la fin du IXe, des tables d'autel caractéristiques: en mar­bre, rectangulaires et creu­sées en évier, elles pré­sentaient un rebord mou­luré avec des lobes en arc de cercle destinés aux pains de la communion. On en a conservé à Capestang, Cor­neilhan ou encore Sauvian. La culture romaine perdu­rait, par l'urbanisme et l'architecture, mais aussi à travers l'application du droit romain. Les sujets wisigoths d'origine romai­ne le pratiquaient toujours. Docteurs et experts en droit succédaient aux lettrés du VIIe siècle.

C'est à cette époque que naquit la langue d'oc (du latin de hoc). Le latin clas­sique s'estompait, déformé par la langue parlée. Peu à peu, les scribes se mirent à écrire en langue vulgaire. Le premier acte écrit date de 1002. Le sud de la Fran­ce se distingua de la moitié nord, de langue d'oïl (hoc ille), où s'opérait un retour à la culture romaine.

Des signes de renouveau venaient donc éclairer ces temps troublés. Dans cette période de gestation, l'épa­nouissement qu'allait connaître la Septimanie à partir du Xie siècle se préparait.

Texte des Evangiles dans la traduction de saint Jérôme, copié au couvent de Chelles (Seine-et-­Marne), dont l'abbesse, Gisla, était la sœur de Charlemagne. Cet évangéliaire de la fin du VIIIe s. fut apporté par Guilhem lorsqu'il quitta la cour de Charlemagne en 806 pour fonder l'abbaye. On voit ici un tableau des canons évangéliques sous des arcatures. Manuscrit MS 3. Médiathèque d'Agglomération Émile Zola, Montpellier.

Sur le nom de Septimanie


Le mot Septimanie est lié au chiffre « sept » et, selon l'opinion la plus communément admise, il fut de plus en plus utilisé en considération des sept cités épiscopales Narbonnaise

communément admise, il fut de plus en plus utilisé en considération des sept cités épiscopales de la Narbonnaise Première: Narbonne, Toulouse, Agde, Béziers, Nîmes, Lodève et Uzès.

Le même type d'appellation existe pour la région d'Eauze, en Aquitaine, désignée comme Novempopulanie, en raison des neuf peuples qui la composaient.

Après la bataille de Vouillé qui, en 507, réduisit en Gaule le royaume des Wisigoths à la Septimanie, celle-ci fut amputée par les vainqueurs Francs des cités de Toulouse et d'Uzès. De même, Lodève fut-elle quelque temps conquise par eux. C'est alors que furent érigées en cités Carcassonne, Elne et Maguelone. Ainsi était maintenu le fameux nombre sept. Malgré la récupération de Lodève au bout de quelque temps et l'existence dès lors, de huit cités dans l'ancienne Narbonnaise, le nom de Septimanie fut conservé et utilisé dans les documents jusqu'au début du XIIIes.

Plusieurs autres hypothèses, aujourd'hui pratiquement abandonnées, ont été avancées pour expliquer l'étymologie du terme de Septimanie :

  • origine du nom en langue barbare gothique : see-mans ou setemans, ce qui sjgnifierait « habitants de la côte » ou « habitants des pays côtiers

  • septem moenia, c'est-à-dire « les sept villes entourées de remparts »

  • septimiani, « les fidèles de l'empereur Septime Sévère », reconnaissants de ses bienfaits en Narbonnaise qui aurait pu prendre le nom de Provincia Septimiana

  • allusion aux Septimani, soldats de la 7e légion installés en colonie à Béziers par Jules César, etc.



L’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert

Après sa participation à la prise de Barcelone, Guilhem, cousin de Charlemagne, retrouva en Septimanie son ami Benoît, fils du comte de Maguelone. Celui-ci s’était fait moine et avait fondé un monastère à Aniane. En 806, Guilhem décida de fonder un monastère non loin de là, à Gellone. Dépendant d’Aniane au début, il s’en détacha au Xe siècle et les deux abbayes furent vite rivales. Préféré par le pape à la fin du Xie, Gellone entreprit des constructions et vit prospérer ses affaires économiques. Le culte de saint Guilhem était très populaire et, grâce à l’importance de ses reliques, l’abbaye était une étape majeure sur la route de Compostelle. La nef et la crypte, où se trouvaient le tombeau du saint, datent du Ixe siècle. L’abbatiale romane fut construite du Xie à 1076, date de la consécration du maître-autel.

ÉPISODE 4
XIe - XIIe siècles

Effervescence en Septimanie
Au XIe s'ouvrit une période de croissance en Septimanie. La population augmentait dans des campagnes assainies et productives, et au sein des villes. Les activités commerciales s'intensifiaient le long des axes de communication . Les hommes aspiraient à une spiritualité plus profonde.

Paroisses, pèlerinages, cloîtres et chapiteaux témoignaient de cet élan religieux. Tandis que dans les demeures seigneuriales, les troubadours chantaient l'amour courtois.
Croissance économique
Une intense activité animait les territoires de Septimanie. A la campagne, on défrichait pour étendre les cultures. Alors que le vignoble narbonnais retrouvait son antique importance, un vignoble nouveau s'établit sur les terres sèches entre Rhône et Hérault. Partout, l'olivier progressait. Froment et orge étaient si abondants que leurs prix chutaient.

Les troupeaux d'ovins et de porcs occupaient plateaux caillouteux et garrigues, tandis que les bovins aidaient à la traction pour le travail rural.

Depuis la fin de la piraterie sarrasine, la zone côtière se peuplait. Les hommes luttaient contre les marais, les lagunes et les étangs de l'intérieur, comme Marseillette et Capestang. Des champs dessinèrent une étoile sur l'ancien étang de Montady, au pied de l'oppidum d'Ensérune. Près des rives du Rhône, on s'efforça, par des digues, de dégager de la « palud » quelques terres fertiles.

L'essor de la production appela celui du commerce.

Les routes s'animèrent : la Voie Domitienne, mais aussi les vieux chemins reliant les villages. On transportait le sel par le cami salinié, de Frontignan aux abords de Nîmes. Les pèlerins de Compostelle empruntaient le cami roumieu à travers Montpellier, Fabrègues, Gigean. Les produits s'échangeaient sur les marchés et les foires.

Dans les ports catalans et languedociens, des hommes construisaient des nefs et participaient au trafic méditerranéen. Les activités sortaient ainsi de l'emprise des marchands génois ou pisans.

Dans les villes, l'artisanat était en expansion : meunerie à Narbonne et à Nîmes, industrie des cuirs à Montpellier et Lodève, draperie. A quoi s'ajoutait l'activité minière. La production d'argent, autour de Bédarieux ou Le-Vigan, alimentait les ateliers monétaires, nombreux en raison de la décomposition des pouvoirs. Circulaient alors la monnaie du comte de Melgueil (Mauguio) et des monnaies locales frappées à Carcassonne, Narbonne, Béziers ou Saint-Gilles.
Essor urbain
Les villes anciennes, comme Nîmes ou Narbonne, se réveillèrent et virent leur population augmenter.

Devenues, autour de l'an mil, de grosses agglomérations rurales, elles abritaient clercs, juristes, ouvriers, boutiquiers ou soldats. La plupart des citadins restant proches de l'agriculture, les villes étaient entourées de jardins, champs et petits élevages.

Des villes nouvelles sortirent de terre, sous la protection d'un monastère ou d'un château. Ainsi Saint-Pons-de-Thomières, Beaucaire, Saint-Gilles ou Montpellier.

Ces villes étaient souvent fondées sur des hauteurs, signe de leur militarisation. Les chevaliers contrôlaient le pouvoir municipal. Leurs maisons fortifiées symbolisant leur puissance et leur prestige.

Avec l'épanouissement des villes naquit une société nouvelle. Sa caractéristique essentielle : la liberté individuelle, octroyée par les seigneurs afin de favoriser l'afflux d'immigrants. Les citadins pouvaient devenir propriétaires du sol, moyennant le versement d'une taxe.

Pour défendre les avantages accordés par le seigneur, les hommes se regroupèrent par corps de métier : on connaît les changeurs de Saint-Gilles ou les teinturiers de Montpellier.

Vivaient aussi dans les villes des Sarrasins et des commerçants italiens, maîtres du commerce international.

Dans un vaste mouvement d'émancipation, les villes se dotèrent d'une administration propre : les consulats, inspirés de ceux des communes italiennes. Un collège de consuls exerçait les fonctions équivalentes à celles d'un maire. Les citadins veillaient ainsi eux-mêmes à l'intérêt de la communauté.
Entre réforme et hérésie
L'Eglise, très active, s'efforça de maintenir la paix : la trêve de Dieu fut étendue du mercredi soir au lundi matin, alors que la paix de Dieu protégeait les clercs, les femmes, les paysans et les marchands.

Elle initia aussi une réforme dite « grégorienne », du nom du pape Grégoire VII.

L'objectif était notamment de dégager l'Eglise de la tutelle des grands grâce à l'appui de la papauté, et de lutter contre le mariage et la débauche des clercs. En Languedoc, les liens entre souverains et papauté furent parfois très étroits : en 1085, Pierre, comte de Melgueil, reconnut tenir du pape en fief tous ses biens.

Vers l100 apparurent en Languedoc les Ordres nouveaux : Hospitaliers de Saint-Jean et Templiers, chargés de l'accueil des pèlerins et de la défense de la Terre Sainte. Ces moines chevaliers vivaient dans des commanderies. Nombreuses en Languedoc, on en connût à Saint-Gilles, Nîmes, Montpellier, Pézenas...

En ville, des centres de piété, les chapitres, virent le jour. Ils étaient constitués de corps de chanoines desservant d'importantes églises. Leur idéal était de vivre comme les apôtres, en communauté et en renonçant à leurs biens.

En même temps, vie solitaire et grande pauvreté attiraient de plus en plus de fidèles. Les fondations de paroisses se multipliaient pour répondre aux nouveaux besoins spirituels des laïques. Les pèlerinages les menaient à Compostelle, Rome ou Jérusalem, suivant parfois la croisade.

La réforme induisit une attitude critique envers le clergé et l'attrait pour le rigorisme moral dériva parfois vers des courants qualifiés d'hérétiques.

Suivant à la lettre l'Evangile, les hérésies rejetaient comme superstitions l'adoration de la Croix, la communion et la messe, le culte de la Vierge et celui des reliques, le baptême des enfants. Elles condamnaient les compromissions et faiblesses du clergé, la corruption du monde. Nées en Champagne, Aquitaine et Italie, les hérésies, fondées sur le dualisme Bien/Mal, gagnèrent le Languedoc au XIIe s.

Le catharisme opposait l'âme pure de l'homme et le monde mauvais, Dieu créateur de l'âme et Satan auteur de ce monde. Les fautes des hommes ne sont pas volontaires, mais prouvent l'empire que Satan exerce sur eux. Ceux qui ont rejeté son influence sont accueillis parmi les Purs ou Parfaits. Leur indulgence envers le peuple fit le succès des Cathares. Ceux-ci s'organisèrent en Eglise. Si la zone la plus touchée se situait entre Albi, Toulouse et Carcassonne, elle débordait vers la Catalogne. En revanche, le Languedoc oriental resta dans l'orthodoxie.
L'art, l'instruction et la culture
Austérité et pureté des âmes eurent un écho sur l'architecture. Aux XIe et XIIe s., le premier art roman, d'origine méditerranéenne, apparut en Languedoc. En témoignent les églises de Saint-Guilhem ou de Saint-Martin-de-Londres.

Puis le besoin d'édifices plus spacieux se fit sentir, à cause de la croissance démographique et des pèlerinages. On construisit aussi des églises fortifiées, surtout sur le front de mer, comme à Maguelone ou Agde. La sculpture, influencée par le califat de Cordoue ou le passé gallo-romain, égaya les monuments religieux, avec décor végétal, sirènes, centaures et animaux. Les cloîtres romans du Roussillon tels Serrabone et Elne furent construits à cette époque.

Au même moment, la poésie lyrique des troubadours fit de la langue occitane l'une des grandes langues littéraires du monde. Les poètes glorifiaient la « dame » qui leur inspirait un sentiment noble. Pour autant, l'amour qu'ils chantaient n'était pas platonique. Ainsi s'élabora dans les cours un art d'aimer, dit « courtois », inspiré pour certains de la poésie hispano-arabe ou des pièces para-liturgiques du XIe s.

Les écoles se multiplièrent.

Dès le XIIe s., les écoles de médecine de Montpellier eurent une large réputation. Les premiers médecins, tels Rinaldo et Salomon Mathieu, s'étaient formés à Salerne en Italie.

Ces « écoles de physique » bénéficiaient de la liberté d'enseignement. Des médecins juifs ou musulmans pratiquant la médecine arabe initièrent les Languedociens à une médecine de pointe, dont la dissection.

L'enseignement du droit romain, avec notamment Placentin, illustra Montpellier. Des notaires publics officiaient dans les villes. Règles romaines et usages locaux cohabitaient.

Enfin, au sein des communautés juives, naquit en Languedoc la Kabbale, l'un des principaux courants de la mystique juive médiévale.

La région, aux XIe et XIIe, donne une impression d'effervescence dans tous les domaines : politique et administratif, religieux, éducatif, culturel. Tout bougeait sur un territoire pour l'instant indépendant du lointain souverain, mais qui participait aux échanges internationaux et qui était engagé dans les affaires politiques européennes. .

À suivre...

Des villes nouvelles : Saint-Gilles du Gard, Montpellier et Perpignan

Sur le tombeau de Saint-Gilles s’éleva une abbaye rattachée à Rome par le pape Jean VIII en 878. Des pèlerins attirés par les miracles opérés dans le sanctuaire, alimentaient un marché qui devint foire internationale au début du XIIe siècle. Les produits régionaux, vin, blé, sel ou poissons, côtoyaient des étoffes de laine et les soieries, épices et parfums importés d’Orient par les marchands italiens. Une petite ville pris naissance et se dota d’églises, d’une enceinte et d’un château comtal.

Montpellier, mentionnée pour la première fois en 985, trouve son origine dans la donation par le comte de Melgueil au seigneur Guilhem d’une terre située à Montepestelario (mont du pastel ?). Là aussi, des pèlerins affluèrent vers le sanctuaire de Notre-Dame, étape sur le chemin de Compostelle qui devint un lieu d’échanges commerciaux et financiers. Une première agglomération s’organisa autour de l’église Saint-Firmin. La colline voisine de Montpellier et, propriété de l’évêque de Maguelone, se peupla autour de l’église Saint-Denis. Au XIIe s., la croissance de la population nécessita d’élargir l’enceinte dont il reste la Tour des Pins. Vers 1180, le sol urbain couvrait environ 40 hectares sur lesquels vivaient entre 5000 et 6000 habitants.

Simple villa romaine, Perpignan devint un nouveau centre politique et administratif, après avoir supplanté la cité ruinée de Ruscino. Choisie comme résidence par les comtes du Roussillon, elle était située au carrefour de plusieurs axes de communication entre le Languedoc et l’Espagne.

ÉPISODE 5
XIIIe -XVe siècles

Un carrefour économique et culturel
Croisade contre les hérétiques, nouveaux ordres religieux, inquisition : l'Eglise fut active en Languedoc au cours des trois derniers siècles du Moyen Age. La région était alors divisée entre les royaumes de France, d'Aragon et de Majorque.
La croisade "albigeoise"
Le terme d'« Albigeoise » pour désigner la croisade contre les Cathares dans le Midi est impropre. On croyait alors que l'hérésie avait pris corps dans la région d'Albi. A la fin du XIIe s., le courant hérétique progressa en Languedoc, Provence et Catalogne. Il influençait bourgeois des villes, marchands et nobles. Le pape Innocent III incita à la répression : missions de prédication, excommunication, confiscation de biens. Tous les moyens furent mis en oeuvre pour lutter contre ce crime qualifié de lèse-majesté. En 1208, le meurtre du légat pontifical Pierre de Castelnau, moine de l'abbaye de Fontfroide, par un écuyer du comte Raimond VI de Toulouse, mit le feu aux poudres.

Innocent III exploita l'incident : il ordonna au roi de France Philippe-Auguste de saisir les terres des excommuniés et d'établir un programme de déportation. En même temps, il lança un appel à la croisade. Des milliers de chevaliers du Nord se regroupèrent autour de Simon de Montfort, baron d'Ile-de-France. Ils s'élancèrent contre Raimond Roger Trencavel, vicomte de Béziers, Carcassonne et Albi. En juillet1209, Béziers fut assiégée et sa population, solidaire des Cathares, fut massacrée. Carcassonne tomba à son tour et son vicomte fut remplacé par Montfort, qui prit aussi le titre, de comte de Toulouse. A sa mort, son fils fit appel au roi de France Louis VIII pour l'aider à vaincre les dernières résistances. C'est ainsi que les Capétiens prirent pied dans la région.
Ordres mendiants et Inquisition
Afin d'éliminer complètement l'hérésie, l'Eglise se dota d'un nouvel instrument de répression : l'inquisition. En1233, Grégoire IX créa par une bulle pontificale le tribunal d'Inquisition. Le terme d'inquisition désignait l'enquête menée par le juge qui interrogeait des témoins sous serment ; la question ou torture pouvait être employée.

Ce tribunal exceptionnel, dirigé par la papauté, fut confié aux Frères Prêcheurs. Guidés par Dominique, ceux-ci s'étaient organisés au XIIIe s. A cette époque, plusieurs communautés religieuses avaient vu le jour : les Frères Mineurs, disciples de François d'Assise, les Ermites Augustins ou encore les Frères du Mont Carmel. Ils vivaient d'aumônes d'où leur nom d'ordres mendiants. Montpellier eut son premier couvent de Frères Prêcheurs en 1220, Narbonne en 1231, puis Béziers et Carcassonne.

Le tribunal d'Inquisition ordonnait des peines allant de l'excommunication à la prison, des pénitences à la confiscation de biens. Le condamné pouvait être remis à la justice civile ou bras séculier et risquait alors la mort sur le bûcher.

L'Inquisition arriva vite dans la région : dès 1235 en Roussi11on . E n même temps, à Perpignan, on construisit un quartier, le Call, réservé à la communauté juive.

La population et les consuls acceptèrent mal les méthodes employées par les Frères. Mais peu à peu, après un siècle d'existence, l'hérésie disparut de la région.

En 1255, le dernier bastion cathare, Quéribus, se rendit. Le Languedoc redevint une province orthodoxe et la culture chrétienne s'épanouit.
Entre France, Aragon et Majorque
A partir de la fin du XIIe s., la région fut écartelée entre plusieurs principautés. Le comté du Roussillon fut légué au comte de Barcelone et roi d'Aragon. Pierre Ier (Pierre II d'Aragon), qui régna de l196 à 1213, fit de Perpignan la première ville communale des pays catalans. En 1204, son mariage avec Marie de Montpellier, la dernière héritière des Guilhem, lui offrit la seigneurie de Montpellier. Le roi Pierre accorda à plusieurs villes du Roussillon des chartes de privilèges. Collioure put ainsi développer ses activités commerciales : port le plus important du comté, son château était la résidence favorite de la reine Marie. Pierre mourut au cours de la croisade contre les Albigeois. Il soutenait le comte de Toulouse contre Simon de Montfort.

Jacques Ier renforça la sécurité à la frontière, située à Salses. En 1258, le traité de Corbeil marqua la paix avec le roi de France. Celui-ci renonçait à toute prétention sur plusieurs comtés, dont Barcelone et le Roussillon, la Cerdagne et le Conflent. Le roi d'Aragon renonçait quant à lui à ses droits sur les territoires situés au nord et à l'ouest du Roussillon, de Nîmes à Toulouse.

Jacques Ier répartit ses possessions entre ses deux fils.

Le comté du Roussillon, Collioure, le Conflent, le comté de Cerdagne, le Vallespir et Montpellier furent cédés au cadet, Jacques, en même temps que les royaumes de Majorque et Minorque. Contre son frère Pierre, Jacques II s'allia au roi de France Philippe le Hardi. La guerre entre les maisons de Majorque-Perpignan et de Catalogne-Aragon dura plus de sept ans.

En 1344, le royaume de Majorque disparut sous les coups de Pierre IV d'Aragon. Le Roussillon et la Cerdagne furent rattachés au principat de Catalogne.

Un siècle auparavant, en 1229, le Languedoc était entré dans le domaine royal. La création de deux, puis trois sénéchaussées, Beaucaire, Carcassonne et Toulouse montrait la volonté du roi de contrôler le pays. A la tête de chaque sénéchaussée, un officier, nommé par le roi, détenait le pouvoir militaire, de police, judiciaire et financier. Quant aux familles nobles, elles furent réduites à l'obéissance.

Même loin, le roi incarnait l'unité du royaume. Louis IX veilla à uniformiser le système monétaire en établissant la supériorité des tournois royaux. En 1244, le roi construisit le port d'Aigues-Mortes pour concurrencer le port alors étranger de Marseille.

Le Midi s'unifiait et, à la fin du XIIIe s., c'est sous la plume des agents royaux qu'apparut l'expression « pays de langue d'oc ».

Philippe le Bel acquit de l'évêque de Maguelone sa suzeraineté directe sur Montpellier. En 1349, Montpellier, qui appartenait à l'Aragon depuis 1204, fut vendue au roi de France contre 120 000 écus d'or. Le Languedoc se trouva alors entièrement sous l'administration royale.
Jacques Cœur
Après un XIVe s. troublé par des disettes, la peste et les effets de la Guerre de Cent ans, le Languedoc retrouva sa vitalité. En 1432, Jacques Cœur, grand Argentier du roi Charles VII et membre de son conseil, décida de s'installer à Montpellier. La réputation de métropole culturelle de la ville et ses relations avec les pays arabes attiraient le gestionnaire royal. En effet, il avait pour but de faire de Montpellier le centre maritime et routier des échanges entre musulmans et chrétienté, même si le commerce avec les infidèles était interdit.

Pour gagner la faveur des bourgeois, il fit bâtir à ses frais une bourse, la Grande Loge, Il construisit une flotte puissante qui reçut le monopole des relations internationales avec le Levant. En tant qu'armateur, il prit soin des voies maritimes, l'étang de l'Or et la liaison entre le port de Lattes et Aigues-Mortes, Montpellier devint le centre de ses affaires. Il envoyait vers le nord, à travers l'Auvergne et à dos de mulets, épices, sucre, gingembre, coton et soie venus par la mer du Levant, de Rhodes, d'Afrique du Nord et d'Egypte. D'autres convois desservaient Lyon, Genève ou la Catalogne. La flotte exportait en Orient du tartre, des aiguilles et épingles, des sardines, des draps d'écarlate. La ville marchande retrouva ainsi son dynamisme. Jacques Cœur y vivait, dans l'hôtel dit aujourd'hui des Trésoriers de France.

Très jalousé pour son immense fortune, il fut soupçonné de malversations. Arrêté en 1451 par le roi, Jacques Cœur subit un procès qui dura deux ans et fut condamné à la prison perpétuelle. Il parvint à s'enfuir et se réfugia à Rome.

Avec sa disgrâce, l'essor maritime de Montpellier s'arrêta. Peu à peu, le centre du trafic se déplaça vers Marseille.

Après avoir subi les violences qui accompagnèrent la croisade contre les Cathares et les procès de l'inquisition, puis les saignées démographiques dues aux famines et à la peste, la région retrouva, au XVe s., un dynamisme économique certain.

Privilèges accordés par les rois d'Aragon dans la partie occidentale du territoire, élan donné par Jacques Cœur et sa flotte commerciale entre Montpellier et Aigues-Mortes : la région était à nouveau le carrefour d'échanges commerciaux entre Orient et Occident, entre Nord et Sud.

Tandis que la renommée internationale de l'université de Montpellier lui offrait déjà le statut de capitale culturelle.
L’UNIVERSITE DE MONTPELLIER

Le 26 octobre 1289, le pape Nicolas IV créa l'université de Montpellier. Elle réunit l'école de médecine, fondée en 1220, et l'école de droit et des arts, dont les statuts furent octroyés en 1242. En élevant Montpellier, le pape s'opposait à l'empereur Frédéric II qui, lui, privilégiait Salerne.

Grammaire et médecine étaient à nouveau enseignés en Septimanie depuis la fin des invasions du XIe s. Montpellier était ouverte aux étrangers, chrétiens ou musulmans. Dès le XIIe s, des juristes de Rome et de Bologne avaient ouvert, sur le versant sud du futur Peyrou, des écoles de droit ; des médecins salernitins, arabes et juifs enseignaient derrière l'actuelle préfecture.

La jeune université bénéficia de statuts assez démocratiques et les étudiants détenaient certaines prérogatives, comme le droit de se réunir en corporation. L'obtention du diplôme de médecin exigeait cinq ans d'études. La base de l'enseignement était la lecture et le commentaire du Canon de la médecine d'Avicenne. Les cours se teintaient parfois de théologie, d'astrologie et de magie. Mais, en privilégiant l'expérience, Montpellier suivit les traces de la science antique. La pratique de la dissection annulait la séparation traditionnelle entre la médecine universitaire et la chirurgie abandonnée aux barbiers. Les maîtres étaient souvent laïques, le pape ayant écarté les moines afin qu'ils se consacrent à la prière. Attirant des élèves de toute l'Europe, l'université bénéficia très vite d'une large réputation.

EPISODE 6


XVIe – XVIIe siècles

La région et le roi.

Le roi de France se fit de plus en plus présent dans la vie de la région. Par l'intermédiaire de ses dragons, il lutta contre les protestants. A travers ses intendants, il géra l'administration de la province. En même temps, il contribua à son épanouissement économi­que en soutenant la construction du Canal des Deux-Mers.

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