Portulan, dit «de Christophe Colomb» Page 135





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Histoire 2e



Étude d’œuvre



Portulan, dit « de Christophe Colomb »

Page 135




Auteur

Anonyme (Christophe Colomb ?)

Titre

Portulan, dit « de Christophe Colomb »

Dimensions

110 x 70 cm

Date de création

Fin xve siècle (probablement 1492)

Matière de l’œuvre

Vélin manuscrit et enluminé

Lieu de conservation

BNF, département des cartes et plans, Paris

Crédits

© BNF

Le contexte


Scientifique : les premières cartes-portulans apparaissent en Méditerranée au xiiie siècle pour les besoins des navigateurs puis elles se multiplient à partir du xve siècle avec la redécouverte de la géographie de Ptolémée et l’amélioration des connaissances résultant des observations faites par les voyageurs. Au xve siècle, elles témoignent de la transition qui s’opère entre l’émergence d’une nouvelle vision du monde, plus scientifique, et le maintien d’une vision traditionnelle qui s’appuie sur les connaissances antiques et les traditions religieuses de l’Occident médiéval.

Artistique : tracées et enluminées avec soin, les cartes-portulans sont des œuvres d’art à part entière. Si certaines étaient utilisées à bord des navires, les plus belles étaient en réalité destinées à orner les murs des bibliothèques des riches commanditaires et étaient des œuvres de prestige.

L’intérêt de l’œuvre pour le programme de seconde


L’étude détaillée d’une œuvre correspond aux attendus du nouveau programme : « Le travail sur les sources est essentiel » [introduction pour le programme d’Histoire]. L’analyse d’œuvres d’art pour chacun des grands thèmes est demandée. Les cartes marines, manuscrites et enluminées, sont des œuvres originales, mélange de préoccupations scientifiques et artistiques. Celle-ci, en particulier, se prête à un questionnement sur l’utilisation des sources par les historiens (problème de l’identification de l’auteur et de la date du document).

Pour le thème 4, « Nouveaux horizons géographiques et culturels des Européens à l’époque moderne »

L’œuvre peut être utilisée pour introduire l’ensemble du thème et en particulier la question obligatoire : « L’élargissement du monde » (exploration des côtes d’Afrique par les Portugais, voyages de Christophe Colomb).

L’échelle


L’œuvre juxtapose de façon peu habituelle une carte marine (ou portulan) et une mappemonde. Les deux parties sont séparées par un trait rehaussé d’or. Le support est une feuille de vélin (peau de veau mort-né) très recherché pour sa finesse par les enlumineurs.

Dans la partie droite, le portulan occupe l’essentiel de l’espace disponible, soit un rectangle de 72 x 70 cm. La mappemonde fait 38 cm de diamètre en incluant les cercles célestes. Seule, elle ne mesure que 18 cm de diamètre. Elle occupe la partie gauche qui correspond au cou de l’animal dont la peau a été utilisée au maximum.

Accompagnement pédagogique

Composition


Une mappemonde



Une représentation traditionnelle du monde

La mappemonde (à gauche), est une représentation du monde connu par l’Occident à la fin du xve siècle.

Centrée sur Jérusalem (1), elle montre trois continents : l’Europe (3), l’Asie (4) et l’Afrique (5). En Europe, le Groenland est rattaché au continent. L’Afrique est visible jusqu’au cap de Bonne-Espérance. Les continents sont cernés par les vastes étendues océaniques identifiées selon les quatre points cardinaux : océan occidental, septentrional, oriental et méridional.

À l’Est, le Paradis terrestre (2) s’inscrit dans un cercle montagneux (référence à la légende des montagnes de diamant).

Neuf cercles célestes entourent le cercle du monde : cercle de la Lune, du Soleil, des planètes (Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne), des signes du Zodiaque. Le neuvième est vide.

La mappemonde est renseignée par une multitude d’éléments de légende, en latin, à l’encre noire ou rouge.

La représentation s’inscrit dans une double tradition

  • Antique : elle renvoie au savoir transmis par les savants de l’Antiquité (essentiellement grecs) comme Thalès de Millet, Ératosthène et surtout Ptolémée (iie siècle avant J.-C.). Elle se retrouve sur cette mappemonde avec la représentation d’une Terre au centre de l’espace céleste (géocentrisme), sphérique (une légende précise qu’il s’agit d’une sphère et non d’un espace plat) et centrée sur la Méditerranée.

  • Médiévale : elle renvoie à l’héritage religieux qui interprète la géographie antique à l’aune des textes bibliques. Elle se retrouve ici avec la position de Jérusalem comme « ombilic du monde », avec la division de la Terre en trois parties issues du partage des trois fils de Noé après le déluge ou encore avec la présence du Paradis terrestre à l’Est.



Un portulan



Une représentation nouvelle du monde

Le portulan (à droite) représente l’Europe jusqu’à la Norvège et la Russie (« Sarmacia »), l’Asie jusqu’au golfe Persique et le Nord de la mer Rouge et l’Afrique jusqu’au fleuve Congo (« Poderoso f. »).

Sont mentionnés de très nombreuses îles, les réseaux de fleuves, les chaînes de montagnes, les mers (mer Rouge en rouge, mer Baltique en vert). Une trentaine de villes sont représentées par de petites vignettes dessinées. Deux archers noirs occupent un espace vide.

Dans un contexte d’essor du commerce et de renouveau intellectuel (redécouverte de la géographie de Ptolémée) le portulan répond à un besoin nouveau de se repérer au sein des espaces maritimes. Pour cela, de nouvelles règles cartographiques sont élaborées.

  • Le « marteloire » (1) : le portulan est un « catalogue de directions à suivre entre des points remarquables » (L. Denoix). Un réseau de lignes (les « rumbs ») forme le marteloire. Elles sont tracées à partir des roses des vents et sont hiérarchisées par un système de couleurs (vents principaux, demi-vents et quarts de vents). Elles indiquent des angles de routes. L’utilisation de ce système nécessitait impérativement l’usage complémentaire d’une boussole et de « tables de marteloire » qui permettaient d’utiliser les propriétés du triangle (dont les côtés sont formés par les lignes de rumbs) pour estimer la position du navire et corriger le cap. Le marteloire ne doit pas être confondu avec le système des parallèles et méridiens (déjà connu par les savants grecs mais oublié et que l’Occident ne redécouvrira qu’à partir du xvie siècle).

  • Les roses des vents (2) : quatre roses des vents situées aux angles servent de repères pour les lignes de rumbs. Ces étoiles à 8, 16 puis 32 divisions répartissent sur l’horizon les points cardinaux et collatéraux.

  • L’échelle (3) : quatre échelles (deux en haut et deux en bas) permettent une estimation des distances exprimées en milles nautiques (10 divisions = 5,5 cm). La question de la mesure des distances est essentielle à cette époque et donne lieu à des controverses entre intellectuels.

  • Le Nord (4) : sur les portulans, le Nord s’installe définitivement en haut de la carte. Jusque-là, l’Est lui disputait souvent la place en raison du lien entre la cartographie et la religion. Le Nord représenté est le plus souvent, comme ici, le Nord magnétique, indiqué par la boussole, et non pas le Nord géographique, repéré par rapport à la position du soleil.

  • L’usage des légendes (5) : les portulans sont avant tout des outils utilitaires. Ils sont ainsi couverts de légendes latines (à l’encre rouge ou noire) qui complètent les informations imagées sous la forme de textes compacts qui utilisent les espaces vides, mais aussi en suivant les traits de côte. Sont précisés : les noms de lieux, bien sûr, mais aussi des renseignements complémentaires comme les articles d’exportation (plumes d’autruche du Sahara...), les coutumes locales (habitat souterrain d’Islande...), les récits légendaires...

Interprétations


Une double énigme



Une carte ni datée, ni signée : un défi pour les historiens

L’œuvre a été étudiée au début du xxe siècle par l’historien Charles de la Roncière. Elle était, jusque-là, identifiée comme « carte portugaise » et datée approximativement du xvie siècle. C’est lui qui, après analyse, en arriva à la conclusion qu’elle daterait de 1492 et qu’elle pouvait être attribuée à Christophe Colomb lui-même.

Depuis, si la datation ne pose pas de problème, l’attribution à Christophe Colomb, elle, reste sujette à controverse.

Pour autant, l’œuvre, en retrouvant sa véritable datation en 1492, est devenue un témoin exceptionnel des bouleversements que s’apprête à connaître la géographie du monde à partir de la fin du xve siècle.

L’auteur

Un faisceau d’éléments contribuent à conduire les pistes vers Christophe Colomb ou son frère Bartholomé. Par exemple :

  • La représentation de Gênes (A) : parmi la trentaine de villes représentées, le soin apporté à celle de Gênes fait penser à un auteur génois, comme Christophe Colomb.

  • La représentation des îles du Cap-Vert au large des côtes africaines (B) : l’auteur de la carte a pris soin de préciser que les îles ont été découvertes par un Génois, Antonio de Noli.

  • Surtout, la référence au traité De imago mundi de Pierre d’Ailly. Plusieurs éléments des légendes qui accompagnent la carte font référence à ce traité. Certains sont presque des citations mot à mot et correspondent à des passages annotés de la main de Christophe Colomb ou de son frère dans leur exemplaire de l’ouvrage de Pierre d’Ailly (conservé à la bibliothèque colombine de Séville). Plus troublant, sur le portulan, la légende proche de la mer Rouge (C) comporte un solécisme (faute de syntaxe) qui est aussi présent dans la note manuscrite correspondant au même passage dans le livre conservé à Séville. Pour Charles de la Roncière, c’est la signature de Colomb.

La datation

Sur la mappemonde, l’Afrique est représentée jusqu’au cap de Bonne-Espérance, découvert en 1488 par Bartolomeu Dias (1). La nouvelle est connue au Portugal l’année suivante, l’œuvre est donc postérieure.

À l’opposé, la mappemonde ne comporte aucune mention, dans l’océan occidental, de terres autres que les îles déjà connues (2). Le premier voyage de Christophe Colomb vers les Antilles en 1492 n’est donc pas connu de l’auteur : l’œuvre est antérieure à 1493.

Surtout, quatre lieux sont représentés dans la péninsule ibérique (3) : Séville, Saint-Jacques-de-Compostelle, Santa-Fe et Grenade. Le drapeau espagnol qui flotte sur Grenade indique que la carte est postérieure à janvier 1492, date de la reconquête de la ville sur les musulmans par les rois catholiques.

Une géographie savante



Une carte aux données actualisées

Les portulans se construisent en associant les connaissances tirées de la relecture des grands géographes (comme Ptolémée dont on redécouvre la Cosmographie au xve siècle) et les connaissances liées aux observations recueillies par les marins qui explorent de nouveaux espaces, confirmant ou infirmant les connaissances acquises aux siècles précédents .

La légende qui s’inspire directement de l’ouvrage de Pierre d’Ailly, l’Imago mundi, précise que la mappemonde (ciel et terre), bien qu’elle soit figurée sur un plan, doit être considérée comme sphérique. La précision est significative du souci de rigueur scientifique qui anime l’auteur, au fait des questions concernant les problèmes de projection, et de sa connaissance des ouvrages scientifiques qui font référence au xve siècle.

Les informations montrent également que l’auteur a une connaissance précise et bien informée des dernières découvertes portugaises : nomenclature détaillée des côtes africaines jusqu’au Congo sur le portulan, mention du cap de Bonne-Espérance sur la mappemonde.

Une géographie mythique



Une carte aux données fantaisistes

À l’inverse de la rigueur scientifique, la carte est également émaillée d’éléments fantaisistes, dont la présence témoigne d’une géographie encore en construction, imprégnée de vieilles légendes et soucieuse de faire rêver tout autant que d’informer.

Quelques exemples :

  • Les îles légendaires des Sept Cités : une vieille légende racontait que des évêques portugais s’y étaient réfugiés après la conquête de la péninsule par les musulmans au viiie siècle. Au temps d’Henri le Navigateur, un équipage, échoué à la suite d’une tempête, y aurait trouvé de l’or dans le sable des plages.

  • L’île imaginaire de Brasil, était l’objet d’un même fantasme lié à l’or. Plusieurs expéditions partirent de Bristol à la fin du xve siècle dans l’espoir de la localiser.

  • L’Islande est accompagnée d’une longue légende qui rapporte des récits indirects (selon les anglais) sur les modes de vie très rudes des habitants (habitat souterrain pour les longs mois d’hiver, nourriture de poissons gelés…). À proximité, est localisée l’île mythique de Frixlanda dont l’identité précise reste une énigme (îles Shetland, Danemark...?).

  • Deux archers noirs se détachent nettement de la carte : la part du rêve, un exotisme décoratif ou le simple besoin de combler un grand vide cartographique ?

  • Sur la mappemonde, de nombreuses îles imaginaires aux noms mystérieux (« insule ignibus plene demonius infernalibus », « paradisi avium »…) renvoient à la légende de saint Brandan, moine irlandais du viie siècle, parti sur un esquif d’osier sur les routes de l’océan septentrional, en direction du Paradis terrestre.

  • Enfin, les côtes orientales de l’Afrique, à l’inverse de la précision des côtes occidentales, sont parsemées d’une multitude d’îles à la localisation et aux formes approximatives (ainsi l’île de « Trapobane » – Sri Lanka actuel – à la taille démesurée), inspirées directement de la cartographie, non encore revisitée, de Ptolémée.


Pour approfondir

Sitothèque


  • http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1925_num_34_189_8188

Lien vers l’article de Lucien Gallois, « Cartographie et géographie médiévales. Une carte colombienne », in Annales de Géographie, 1925, volume 34, n°189, pp. 193-209.

Un article très complet avec un chapitre sur les Portulans et un article sur la carte dite « de Christophe Colomb ».

  • Site de la Bibliothèque Nationale de France

Le site internet est à explorer pour découvrir de nombreuses ressources, par exemple :

http://expositions.bnf.fr/cartes/index.htm : un excellent dossier sur « l’histoire de la cartographie », avec en particulier l’animation « Représenter la terre ».

http://expositions.bnf.fr/ciel/catalan/index.htm : un dossier intitulé « Ciel et terre », avec une partie sur les portulans.

  • http://www.cristobal-colon.net/aCh00.htm

Site de l’Association « Amiral de la mer océane ». Sorte d’encyclopédie consacrée à Christophe Colomb. Une page est dédiée à la carte de Christophe Colomb.

  • http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b59062629.item.r=carte+de+Christophe+Colomb.f1.langFR

Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF, pour visualiser la carte, recto et verso, et sa notice.

Bibliographie


  • Monique de la Roncière et Michel Mollat du Jourdin, Les Portulans, cartes marines du xiiie au xviie siècle, © Office du Livre SA, 1984

L’ouvrage de référence sur les Portulans : introduction générale sur les portulans et très nombreuses figures de cartes commentées dont la carte dite « de Christophe Colomb » (figure 21, et analyse pp .210 à 219).

© Magnard 2010 Page sur

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