Le citoyen et la politique





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Le citoyen et la politique

"LE CITOYEN ET LA POLITIQUE : HISTOIRE"

*****

Intervention de René Rémond

De l’Académie française, président de la Fondation nationale des Sciences politiques

La relation entre le citoyen et la politique a deux faces.

L’une est objective : la politique concerne le citoyen, décide de son sort, commande les décisions personnelles et collectives.

La face qui nous intéresse est subjective : c’est l’idée que le citoyen s’en fait, la participation, l’image qu’elle lui inspire.

Quelle est aujourd’hui la relation entre le citoyen et la politique ?

C’est une relation universelle. Même les pouvoirs les plus autoritaires sont tenus de compter avec.

Mais cette relation n’est pas fixée une fois pour toutes. Cette relation n’est pas constante mais fluctuante. Elle a varié dans sa nature et dans son intensité. Des périodes de politisation et de dépolitisation se sont succédées en fonction des régimes, des conjonctures. Les états successifs de cette relation laissent des traces. Elles façonnent les jugements, les susceptibilités.

Jusqu’où remonter ?

R. Rémond choisit comme point de départ la Révolution française. La Révolution française a instauré une rupture. En effet, elle a apporté deux nouveautés :

  1. C’est l’institution d’un gouvernement d’opinion, représentation du citoyen. La politique n’est plus seulement faite pour les citoyens mais par les citoyens. Le citoyen est acteur du jeu politique. Le citoyen est appelé à participer. C’est un droit et aussi un devoir. La participation se définit aussi en terme de morale. Le citoyen doit participer. En France, la défaveur accompagne l’abstention.

  2. La Révolution a créé un ordre nouveau, l’ordre du politique. La politique n’est pas une traduction de la société civile. Le citoyen est un être de raison, c’est le fils de la raison et de la volonté politique.

Ces principes fondateurs n’ont jamais été révoqués. Même le projet de la Révolution nationale s’inscrit dans ce principe.

L’exercice de la citoyenneté appelle différentes initiatives :

  • le choix doit être éclairé ce qui implique information et éducation. La formation du citoyen est une des missions de l’école.

  • le citoyen n’est pas seulement l’électeur. Il contribue au fonctionnement de la société en payant financièrement la " contribution ". La défense du pays, la conscription va de pair. La justice est rendue par la population.

  • la citoyenneté ne s’affirme pas seulement, elle se vit, elle se pratique. Mais aujourd’hui, de moins en moins de personnes paient l’impôt ; c’est la fin de la conscription. Le seul maintien est le jury d’assises.

Comment à la lumière du passé comprendre la relation citoyen/politique ?

  • Régression de la participation encore que la variation est fonction de l’intérêt que le citoyen porte à l’élection.

  • Crise de la représentation car on pense qu’on ne va pas assez loin dans la représentation. Les citoyens entendent être davantage consultés

  • Doute sur le pouvoir des politiques de modifier le cours des choses.

Le rapport entre citoyenneté en enseignement

Comment faire aujourd’hui où l’école n’est plus sanctuaire ? L’éducation politique est l’apprentissage du civisme. Il faut apprendre ce qu’est la politique, la complexité des problèmes, ce que c’est qu’un choix c’est-à-dire l’éducation au jugement.

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Intervention de Pierre Monnet

Directeur de la Mission historique française en Allemagne

Les images spontanées que l’on a du Moyen Age excluent toute idée de participation politique : le Moyen Age est une organisation politique par monarchies, un système sans place apparente aux gouvernés, sans autonomie politique. C’est un âge d’or perdu d’avant la modernité ou ce sont des temps obscurs qui laisseraient la personne sans protection.

On a sans doute mal cherché car le Moyen Age n’est pas coupé des questions de notre temps : l’empereur, le pape étaient élus…

La question du citoyen fait sens au regard, des faits, du travail scientifique et de l’historien du passé.

Sur quelles valeurs reposait la société médiévale ?

Idées et représentations

  • La représentation de la société humaine renvoie à l’image de la " civitas ", Rome et Jérusalem et leur contraire Babylone. L’image de la société humaine se fonde sur les témoignages de l’Ancien et du Nouveau Testament ; " Toute la ville sortit à la rencontre de Jésus ".Le thème des deux cités est largement utilisé : la cité terrestre / la cité divine céleste.

  • Les politiques sont pensées dans le cadre d’une approche globale de la société. La notion d’universitas, de chrétiens citoyens, a engendré la notion de représentation : innombrables synodes, assemblées pour conseiller le roi …Jamais la pratique de l’élection n’a été abandonnée : pape, empereur, fiction de l’acclamation du roi.

  • Le lien entre la formation d’une communauté et la notion de représentation est le bien commun. Toute association est faite dans le but d’assurer le bien commun. Le bien commun est la mesure de toute action politique. La construction du bien commun porte deux prolongements :

    • séparation entre le collectif et l’individuel

    • tentation de définition d’un sujet politique confirmé

  • Le Moyen Age n’a pas connu de carte d’identité ni de carte d’électeur. La cité est conçue comme lieu de résolution des conflits. En dehors des remparts, c’est le règne de la violence , du chaos. Au moyen Age, le lien politique et le lien social se fondent sur la recherche d’une cohésion.

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Intervention de Yves-Marie Hilaire

Professeur émérite à l’université de Lille III

Les chrétiens face à la citoyenneté et à la vie politique contemporaine

  1. L’apport de l’histoire

  • De la IIIème République jusqu’en 1926, les catholiques sont suspectés d’être de mauvais citoyens contrairement aux protestants. Les protestants accueillent plus favorablement les réformes de la République.

  • De 1926 à 1970, les catholiques paraissent pleinement citoyens. L’engagement va croissant dans la vie politique. L’engagement dans la vie sociale est encore plus important. Les chrétiens jouent un rôle important dans le rapprochement franco-allemand et dans la construction de l’Europe.

  • Les trente dernières années ont été marquées par la révolution culturelle de 1968 et la baisse de la pratique religieuse.

  1. Le vote des chrétiens

Les chrétiens pratiquants votent. Les protestants votent plus à gauche même si l’on assiste à un glissement à droite chez les protestants. Les catholiques accordent leurs préférences au centre.

  1. Les problèmes actuels

  • national : repli sur la région (ethnicisme exacerbé) ; vaste européisme.

  • social 

  • éthique : idéologies de rupture avec le passé

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Intervention de Marie-Claude Blanc-Chaléard

Maître de conférences à l’université de Paris I

Sur la thématique de l’immigration :

  1. L’évolution du rapport entre immigré, citoyen et politique.

On assiste à un mouvement de grande immigration à la fin du XIXème siècle, au moment où s’épanouit la pratique citoyenne. La souveraineté nationale appartient au peuple français exclusivement. La frontière est définie par l’étranger. Avec l’immigré se pose le problème du dehors et du dedans de la cité. Un immigré est un citoyen potentiel d’un autre état. Il n’a pas vocation à rester sur le territoire.

La loi de nationalité de 1889 élargit et clarifie pour l’étranger qui le souhaite la possibilité de devenir français par la naturalisation. Dès lors qu’il est français, il est citoyen. La constitution ne connaît que le peuple français. C’est le lieu de l’égalité : 1 homme = 1 vote. L’intégration juridique correspond à l’assimilation juridique.

Mais dans la pratique, la clarté n’est pas totale.

  • Se pose le problème des immigrés qui viennent de l’ancien espace colonial. L’immigré n’est pas un étranger mais il est l’étranger sur le territoire.

  • Le naturalisé n’est pas un citoyen comme les autres : droit de vote après 5 ans, éligible après 10 ans…

Les incapacités sont levées progressivement à la fin des années 1970.

Les immigrés et la politique

Ils se gardent en majorité de la politique. Ils sont là pour survivre, se considèrent de passage. L’activisme politique pouvait conduire à l’expulsion selon la loi de 1849.

Un certain nombre d’immigrés dans l’espace français se met à la politique.

Leurs principaux combats citoyens s’expriment dans les mouvements ouvriers et dans la Résistance.

  1. Les immigrés et les enjeux d’une nouvelle citoyenneté

Les années 1970 sont celles de la xénophobie, de l’expulsion.

Dans les années 1980, on pense qu’il faut redonner de la dignité à l’immigré par la citoyenneté. En 1981, Mitterrand propose la participation des étrangers aux élections locales.

En 1983, c’est la première marche des Beurs, révélatrice d’une prise de position citoyenne.

Aujourd’hui, on assiste à une demande de nouvelle citoyenneté : la citoyenneté de résidence se manifeste par l’engouement pour les associations. Des questions identitaires se posent pour les héritiers de l’immigration. Du côté français, on est dans une période où la nation française n’est plus sûre d’elle-même. Se pose le problème des limites et de la multi appartenance.

 

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