Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres, qui sont commentées





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''Chanson complète''

(mai 1939)
Recueil de poèmes

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Éluard publia à mille trois cent soixante-cinq exemplaires une autre anthologie, ''Charles Baudelaire. Choix des textes et préface par Paul Éluard''.

Il publia à douze exemplaires :

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''Médieuses''

(mai 1939)
Recueil de poèmes
Commentaire
Pour célébrer Nusch, la femme aimée, Éluard, sur le modèle de «Mes dieux», avait forgé le vocable «médieuses». Aussi qualifia-t-il le recueil de «mythologie féminine».

Il fut illustré par trente-cinq lithographies de Valentine Hugo, l’amie de toujours, dont les délicates volutes donnent aux mots du poète une résonance quasi magique.

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À la différence de ses recueils de poésie, Éluard mûrit pendant plusieurs années un livre qu'il organisa à la fin de 1936 et au début de 1937. Il confia : «Je travaille beaucoup [...] Je finis un livre en prose de deux cents pages (toutes mes proses) pour la N.R.F.» À I'automne, il trouva un premier titre, ''Avenir de la poésie''. Mais cette première version fut abondamment remaniée. À I'automne 1938, l'ouvrage reçut le point final. C'était :

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Donner à voir

(juin 1939)
Recueil de textes de vers et de prose
Il se divise en deux parties.

Dans la première, on trouve :

- les recueils ''Les dessous d'une vie ou La pyramide humaine'' (1926), ''Juste milieu'' (1938), ''Nuits partagées'' (1932) ;

- la nouvelle ''Appliquée'' ;

- des poèmes extraits du recueil ''Les nécessités de la vie et les conséquences des rêves'' (dont ''Les songes toujours immobiles'', ''Au fond du coeur'') ;

- d'autres extraits des recueils ''Répétitions'' (1922), ''Mourir de ne pas mourir'' (1924), ''Capitale de la douleur'' (1926), ''Dors'' (1931), ''La vie immédiate'' (1932), ''La rose publique', (1934), ''Les yeux fertiles'' (1936), ''L'évidence poétique'' (1937), ''Les mains libres'' (1937), ''Cours naturel'' (1938) et ''Facile proie'' (1938) ;

- le premier alinéa de la préface à l'anthologie de Baudelaire qu'ÉIuard avait établie.

La seconde partie est plus particulièrement consacrée à des textes sur la poésie et la peinture :

- ''Physique de la poésie'', collages destinés à illustrer une conception de la poésie comprise d’abord comme une éthique de la lucidité ; ainsi on trouve un fragment de Novalis [«L'homme entièrement conscient s'appelle le voyant»] à côté d'une pensée de Joubert [«Dans le langage ordinaire, les mots servent à rappeler les choses ; mais, quand le langage est vraiment poétique, les choses servent toujours à rappeler les mots»] ; et l'on voit encore apparaître, pêle-mêle, Feuerbach, Nerval, Laforgue, Apollinaire, Blake, Goethe, Rimbaud, Lautréamont, Reverdy, Breton, etc.) ; Éluard lui-même déclara : «Quelle est, à ma taille sans cesse en mouvement, sans cesse différente, Ia taille du monde? Autant prendre la taille de I'eau.» - «Les rapports entre les choses, à peine établis, s'effacent pour en laisser intervenir d'autres, aussi fugitifs

- ''L'évidence poétique'' ;

- ''Peintres'', texte où Éluard montrait cette étroite osmose entre sa poésie et la peinture, qui ne se démentit jamais ; considérait que le péché majeur est l'imitation, la pensée devant être «un élément moteur, comme un élément panique, comme un élément universel, les rapports entre les choses étant infinis» ; admirait Ernst ou Picasso qui avaient le courage de s'attaquer «à cette réalité que l'on proclame intangible, quand elle n'est qu'arbitraire».

- ''Le miroir de Baudelaire'' ;

- ''Premières vues anciennes''.

Cette seconde partie se termine sur des poèmes inspirés par quelques-uns des grands peintres modernes, les amis du poète, qui, eux aussi, donnaient à voir : Arp, Braque, Ernst, Klee, Masson, Miro, Fini, Delvaux. Avec Max Ernst notamment l’entente fut exceptionnelle, même si elle ne dura que quelques années. Elle fut beaucoup plus longue et féconde avec Picasso, dont il dit : «Cet homme tenait en mains la clef fragile du problème de la réalité. Il s'agissait pour lui de voir ce qui voit, de libérer la vision et d'atteindre à la voyance. Il y est parvenu

Éluard reprit la formule : «S'il nous faut peu de mots pour exprimer l'essentiel, il nous faut tous les mots pour Ie rendre réel», qui était, pour lui une véritable maxime. Il déclara aussi : «La poésie ne se fera chair et sang qu'à partir du moment où elle sera réciproque. Cette réciprocité est entièrement fonction de l'égalité du bonheur entre les hommes...».

Dans le texte ''Vérité bien ordonnée'', à coups d'aphorismes d'une ironie glacée, il définissait la morale à l'usage des esclaves modernes, la morale du travail sacré. Il donnait ce conseil : «Tu ne lis que pour découvrir, contrôler ou corriger ce que tu penses. Signe ce que tu approuves.», pensée qui soulignait évidemment la rencontre entre politique et poétique, telle que pouvaient la rêver les surréalistes à cette période. Et il rappela une fois de plus à la fin de ce texte le célèbre aphorisme de Lautréamont : «La poésie doit être faite par tous. Non par un.»

Dans ''Poésie pure'', il déclara : «On a pu penser que I'écriture automatique rendait les poèmes inutiles. Non : elle augmente, développe seulement le champ de l'examen de conscience poétique, en I'enrichissant

Commentaire
Ce livre, qui a crû au fil des ans, par une sorte de coalescence naturelle, était un bilan, un credo et une prophétie tout à la fois. L'ensemble ne répond pas à une logique catégorielle (poème contre prose, poésie contre théorie, écriture contre peinture) qui relèverait de taxinomies conceptuelles, mais au sentiment intime de I'unité d'une vocation («donner à voir») qui anime tout créateur. Une conclusion s'impose : la réflexion esthétique d'Éluard prit sa source dans la peinture, s'y retrempa volontiers, et sa pratique ne cessa de rivaliser avec elle. L'art de Picasso ouvrit Ia réflexion théorique, et la domina, tout comme il dominait l'ouvrage par son titre, qui est emprunté au dernier vers de ''À Pablo Picasso''. Ce volume rayonne d'une confiance messianique et contagieuse dans l'affranchissement des êtres et l'émancipation de la vie.

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La guerre ayant été déclarée le 3 septembre 1939, Éluard fut mobilisé, avec le grade de lieutenant, dans les services de l'intendance à la gare de Mignères (Loiret).

À la suite de la débâcle de l'armée française et de la signature de l'armistice avec Hitler (22 juin 1940), il fut entraîné par l'exode jusque dans le Tarn où, le 19 juillet, il fut démobilisé à Saint-Sulpice. Il se rendit ensuite à Carcassonne chez Joë Bousquet. Enfin, il regagna Paris occupé par les troupes nazies, s'y installa avec Nusch, 35 rue de la Chapelle. Avec le poète et cinéaste Georges Hugnet, il publia une revue de poésie, ''L'usage de la parole'' dont trois numéros, remplis d'espoir, purent connaître le jour. Il intervint auprès du président de la République pour faire libérer Max Ernst, qui avait été interné en tant que «ressortissant allemand». Tandis que Breton s'embarquait pour les États-Unis, lui et Nusch entrèrent dans la clandestinité.

Durant les années de l’Occupation, lui qui, depuis nombre d'années, exprimait sa révolte contre les atteintes portées à la liberté et à la dignité humaines, et croyait avec force en l'édification d'un avenir de justice et de bonheur pour tous, allait être parmi ceux qui ne se résignèrent pas, qui n’acceptèrent pas, qui opposèrent une résistance immédiate. Mais il dut jouer avec la rareté du papier, les difficultés de l'édition, les aléas de I'impression clandestine, Ia suspicion de la censure, Ia prudence nécessaire.

Cependant, il publia ainsi à deux cent cinquante exemplaires :

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Le livre ouvert (1938-1940)

(octobre 1940)
Recueil de poèmes

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Finir
«Les pieds dans des souliers d'or fin

Les jambes dans I'argile froide

Debout les murs couverts de viandes inutiles

Debout les bêtes mortes
Voici qu'un tourbillon gluant

Fixe à jamais rides grimaces

Voici que les cercueils enfantent

Que les verres sont pleins de sable

Et vides

Voici que les noyés s'enfoncent

Le sang détruit

Dans l'eau sans fond de leurs espoirs passés
Feuille morte molle rancoeur

Contre le désir et la joie

Le repos a trouvé son maître

Sur des lits de pierre et d'épines
La charrue des mots est rouillée

Aucun sillon d'amour n'aborde plus la chair

Un lugubre travail est jeté en pâture

À la misère dévorante

À bas les murs couverts des armes émouvantes

Qui voyaient clair dans l'homme

Des hommes noircissent de honte

D'autres célèbrent leur ordure

Les yeux les meilleurs s'abandonnent
Même les chiens sont malheureux
Commentaire
Si, à partir de 1936, le malheur des temps éloigna Éluard du surréalisme pur, sa poésie continua de rêver, mais en se nourrissant des émotions et des images que lui inspirait son intense participation à la misère du monde. Ainsi se trouva libéré un lyrisme à la fois tendre et violent qui proclama la présence au monde du langage poétique. Ce monde, le poème ne le décrivait pas, mais lui trouvait une équivalence verbale et rythmique en joignant étroitement les unes aux autres les images spontanées que suscitait chez le poète sa conscience du mal et du malheur ; et ces images s'associèrent en figures monstrueuses ou insolites comme dans un cauchemar capricieux et pathétique.

Sous son apparence volontairement anarchique, le poème se construit en crescendo, sur I'association obsédante des images de froid, de mort et de destruction.

Au vers 3, «viandes» a le sens étymologique de «nourritures». C'est Ià, comme «les bêtes mortes», le symbole d'un monde devenu inhabitable à l'être humain.

Au vers 11, il faut comprendre : «leur sang étant détruit».

Au vers 13, on peut noter Ie chiasme et l'allitération qui renforcent la signification convergente des deux adjectifs.

Au vers 17, est marquée, par «la charrue des mots», la difficulté de Ia poésie dans un monde privé d'amour. Mais le langage est comparé aussi à «la charrue» qui rend la terre féconde.

Les «murs» du vers 21 répondent à ceux du vers 3. Les «armes émouvantes» sont peut-être une allusion à la sensibilité humaine armée d'amour.

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''Le droit le devoir de vivre''
«Il n'y aurait rien

Pas un insecte bourdonnant

Pas une feuille frissonnante

Pas un animal léchant ou hurlant

Rien de chaud rien de fleuri

Rien de givré rien de brillant rien d'odorant

Pas une ombre léchée par la fleur de l'été

Pas un arbre portant des fourrures de neige

Pas une joue fardée par un baiser joyeux

Pas une aile prudente ou hardie dans le vent

Pas un coin de chair fine pas un bras chantant

Rien de libre ni de gagner ni de gâcher

Ni de s'éparpiller ni de se réunir

Pour le bien pour le mal

Pas une nuit armée d'amour ou de repos

Pas une voix d'aplomb pas une bouche émue

Pas un sein dévoilé pas une main ouverte

Pas de misère et pas de satiété

Rien d'opaque rien de visible

Rien de lourd rien de léger

Rien de mortel rien d'éternel
Il y aurait un homme

N'importe quel homme

Moi ou un autre

Sinon il n'y aurait rien
Commentaire
On trouve une énumération des richesses de la vie qui disparaîtraient avec l'être humain : mondes animaux (vers 2, 4), des végétaux (vers 3, 8), de la vie amoureuse et sensuelle (vers 9, 11, 17), de la vie morale (vers 12-14) ; simples existences (vers 1-2), relations (vers 7-8) ; le monde entier informé et relié par l'amour humain.

On remarque les antithèses (vers 14, 18-21). La révélation de la clef du poème est différée (vers 1, 22, 25). Le système des répétitions joue sur une expression négative introduisant chaque vers («Pas un [...] rien de [...] il n'y [...]), isolant ainsi les deux seuls vers affirmatifs (vers 22, 24).

Cette poésie du bonheur humain unit le singulier et l'universel (vers 24).

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Commentaire sur le recueil
Ce sont des poèmes de «la blême avant-guerre, la guerre grise aux prises avec les éternels prodiges», car à la guerre est mêlée l'amour. Éluard y exprimait, sous une forme voilée, de façon encore indirecte, son opposition aux occupants nazis.

Les titres, pour la plupart réduits à un seul terme (''Vivre'', ''Seul'', ''Crier'', ''Justice'', ''Jouer'', ''Mourir'', ''Finir'', ''Passer'', ''Paille'', ''Enfants'', ''BarioIage'', ''Renoncement'', ''Indépassable'', ''Rencontres'', ''Règnes''), soulignaient, dans leur brièveté, le besoin d'exprimer l'essentiel face au désastre.

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''Choix de poèmes 1916-1920''

(1941)
Anthologie
Éluard n'y reprit qu'un petit nombre de ses propres poèmes de ''Premiers poèmes'' et du ''Dialogue des inutiles''. Il y prépublia aussi onze poèmes qui allaient figurer dans ''Livre ouvert II''.

Il n'allait cesser de développer cette anthologie dans ses publications successives (1946, 1951).

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Éluard publia à soixante exemplaires, à Anvers :

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''Moralité du sommeil''

(avril 1941)
Recueil de poèmes
Commentaire
Sous la véhémence des mots qui disent la révolte («Visage de crin flambant noir / Odeur de suie plafond de poix / Ours démuselé panthère traquée / Crépuscule de la fureur»), sous leur rage à dénoncer le meurtre des innocents («On a traqué les innocents / Comme des bêtes / On a cherché les yeux / Qui voyaient clair dans les ténèbres / Pour les crever»), ne cesse cependant de sourdre cette parole incantatoire, intemporelle, qui persiste à nommer les choses, à en cerner le contour sensible.

Le recueil fut illustré de deux dessins de Magritte.

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L’été 1941, en zone libre, Éluard écrivit le poème :

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''Liberté''
Sur mes cahiers d'écolier

Sur mon pupitre et les arbres

Sur Ie sable sur la neige

J'écris ton nom
Sur toutes les pages lues

Sur toutes les pages blanches

Pierre sang papier ou cendre

J'écris ton nom
Sur les images dorées

Sur les armes des guerriers

Sur la couronne des rois

J'écris ton nom
Sur la jungle et Ie désert

Sur les nids sur les genêts

Sur l'écho de mon enfance

J'écris ton nom
Sur les merveilles des nuits

Sur le pain blanc des journées

Sur les saisons fiancées

J'écris ton nom
Sur tous mes chiffons d'azur

Sur l'étang soleil moisi

Sur Ie Iac lune vivante

J'écris ton nom
Sur les champs sur I'horizon

Sur les ailes des oiseaux

Et sur le moulin des ombres

J'écris ton nom
Sur chaque bouffée d'aurore

Sur la mer sur les bateaux

Sur la montagne démente

J'écris ton nom
Sur la mousse des nuages

Sur les sueurs de I'orage

Sur Ia pluie épaisse et fade

J'écris ton nom
Sur les formes scintillantes

Sur les cloches des couleurs

Sur la vérité physique

J'écris ton nom
Sur les sentiers éveillés

Sur les routes déployées

Sur les places qui débordent

J'écris ton nom
Sur Ia lampe qui s'allume

Sur la lampe qui s'éteint

Sur mes maisons réunies

J'écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux

Du miroir et de ma chambre,

Sur mon lit coquille vide

J'écris ton nom
Sur mon chien gourmand et tendre

Sur ses oreilles dressées

Sur sa patte maladroite

J'écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte

Sur les objets familiers

Sur le flot du feu béni

J'écris ton nom
Sur toute chair accordée

Sur le front de mes amis

Sur chaque main qui se tend

J'écris ton nom
Sur la vitre des surprises

Sur les lèvres attentives

Bien au-dessus du silence

J'écris ton nom
Sur mes refuges détruits

Sur mes phares écroulés

Sur les murs de mon ennui

J'écris ton nom
Sur I'absence sans désirs

Sur la solitude nue

Sur les marches de Ia mort

J'écris ton nom


Sur la santé revenue

Sur le risque disparu

Sur I'espoir sans souvenirs

J'écris ton nom
Et par Ie pouvoir d'un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaître

Pour te nommer
Liberté.»
Commentaire
Dans une conférence, en 1952, Éluard dévoila la façon dont il avait élaboré ce poème superbe et provocant : «En composant les premières strophes […] je pensais révéler pour conclure le nom de la femme que j’aimais, à qui le poème était destiné. Mais je me suis vite aperçu que le seul mot que j’avais en tête était le mot ''liberté''.» Le changement de titre, dont les manuscrits témoignent, ''Une seule pensée'' devenant ''Liberté'', épousa cette évolution de l’intime amoureux vers l’universel politique. D'ailleurs, l'apparition du thème au dernier vers seulement fait que, pendant la lecture, on se demande s'il ne s'agit pas d'un poème d'amour. Mais c'est un poème patriotique, la litanie amoureuse, ne concernant pas seulement un homme écrivant le nom de la femme aimée, mais tous les Français et, au-delà, tous les gens soumis à la servitude, devint un hymne à la liberté. En fait, les deux inspirations ne s'opposèrent jamais chez le poète, l'amour de la femme étant toujours élargi aux dimensions de l'amour de l'humanité.

On vit réapparaître, dans ce poème de vingt-et-un quatrains aux vers impairs de sept syllabes, les formes traditionnelles de la litanie et du refrain, la ritournelle se transformant insensiblement en cheminement rebelle, comme si, pour chaque lecteur ou chaque auditeur, la colère faisait ses gammes, jusqu’au cri libérateur des trois syllabes finales. D’une franche efficacité, cette mécanique de précision réussit, par la seule vertu d’un phrasé transparent, à ne pas tourner au procédé. Éluard avait redécouvert les lois de la poésie orale qui le conduisirent à une sorte d'éloquence concise, fort originale. La musique mélodique des mots et de leurs rythmes reprit tous ses droits. Il fit montre d'un extraordinaire sens visuel car, si le geste d'écrire, toujours le même, se reproduit dans sa permanence, les lieux auxquels il est destiné varient : de concrets, ils deviennent imaginaires, et le lecteur est envoûté par· ce geste imperturbable qui ne peut finalement atteindre sa destination. D'une façon générale, la reprise d'un même motif, tout au long du poème, parfois à chaque début de vers exerce un pouvoir d'entraînement incontestable, par la manière dont elle fait converger vers un point du poème une série d'éléments parallèles.

''Liberté'' parut en juin 1942 à Alger dans ''Fontaine'', revue importante de la résistance intellectuelle française. Lu en public à Marseille, diffusé clandestinement à des milliers d'exemplaires sous la forme d’une feuille pliée en trente-deux, il circula alors sous le manteau. L’écrivain Émile Henriot rappela l'émotion qu'il ressentit en le découvrant : «Je me souviens de la joie éprouvée un jour, à Lyon, au temps sinistre de l’exode, où me parvint le mince cahier de strophes admirables ''J’écris ton nom, Liberté''. Cela, quand le mot «liberté» était biffé dans nos articles par la censure, et que ces trois syllabes symboliques frémissaient en chacun de nous comme une promesse, comme une espérance.» Les radios et la propagande des Alliés le firent connaître ; les avions de la Royal Air Force le parachutèrent en 1943 sur les maquis français ; il fut, à la libération de Cahors en 1944, distribué sous la forme d'une feuille pliée en quatre par les maquisards du Lot. Ainsi, ce message d’espoir connut un grand retentissement, réveilla l’enthousiasme, et dynamisa les énergies. Il fut placé dans les recueils ''Poésie et vérité'' (1942) et ''Dignes de vivre'' (1944), et ce chef-d'oeuvre de la poésie de la Résistance connut de multiples rééditions. Traduit en anglais par Roland Penrose, il parut à Londres en 1944. Il fut traduit en neuf autres langues.

Pour Claude Roy, «De 1940 à 1944, des millions d'hommes et de femmes ont été véritablement amoureux de la liberté. Ils ont lu et compris ''Liberté'' comme on lit et comprend une déclaration d'amour.»

Dès 1943, Francis Poulenc, exilé en Corrèze, composa une cantate à partir de poèmes d’Éluard dont ''Liberté'', et ''Figure humaine''. En mars 1945, elle fut créée en anglais par la B.B.C., puis, en 1946, en français, à Bruxelles par les choeurs de la radiodiffusion flamande

En 1953, Fernand Léger conçut sur ''Liberté'' un poème-objet, un chahut visuel dont la liberté artistique fait écho à celle du poème.

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Éluard publia sans date précise et avec un tirage dont l'importance est inconnue :

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''Sur les pentes inférieures''

(1941)
Recueil de poèmes
Commentaire
Le recueil, publié sous un pseudonyme et préfacé par Paulhan, contenait les premiers poèmes de Résistance d'Éluard.

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En janvier 1942, Éluard s'installa chez des amis, le marchand d'art Christian Zervos et sa femme, Yvonne, près de Vézelay à proximité des maquis.

Il publia à cinq cent trente-deux exemplaires :

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''Le livre ouvert II''

(janvier 1942)
Recueil de poèmes
Commentaire
Le recueil fut dédié «à toi, / Pablo Picasso, / mon ami sublime». Il reproduisait en épigraphe les cinq derniers vers du poème ''La forme'', qui constituait lui-même la première séquence du poème liminaire du recueil, ''En deçà clairvoyant déçu'' :

«Pourrai-je prendre où elle est

L'apparence qui me manque

Sur les rives d'un visage

Le jour la force éclatante [...]

Le dur besoin de durer

Ce dernier vers annonçait le titre d'un recueil de 1946.

Les titres des séquences (notamment ''Draperies noires et blanches'', ''Rosaces'', ''Les raisons de rêver'', ''Force et faiblesse'') révèlent un sursaut d'espérance illustré aussi par plusieurs poèmes, dont le célèbre ''Blason des fleurs et des fruits'', dédié à Paulhan, et dont les cent vingt-quatre vers s'ouvrent et se ferment ainsi :

«À mi-chemin du fruit tendu

Que l'aube entoure de chair jeune

Abandonnée

De lumière indéfinie

La fleur ouvre ses portes d'or [...]

Fleurs à I'haleine colorée

Fruits sans détours câlins et purs

Fleurs récitantes passionnées

Fruits confidents de Ia chaleur

J'ai beau vous unir vous mêler

Aux choses que je sais par coeur

Je vous perds Ie temps est passé

De penser en dehors des murs.» (''Les raisons de rêver'').

Le recueil s'achève sur un mémorable distique :

«Être réel étant mort

Sinon vivre toujours.» (''Être réel'', dans ''Force et faiblesse'').

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Éluard publia à soixante-cinq exemplaires :

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''La dernière nuit''

(1942)
Recueil de poèmes
Commentaire
Il fut publié sous un pseudonyme.

Il fut illustré par Henri Laurens.

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Au printemps 1942, Éluard entra dans la Résistance. Parlant alors d'un «engagement total», il allait, pendant ces années sombres, mener une action qui le marqua et le transforma. Il demanda sa réinscription au parti communiste, qui était clandestin (elle allait lui être confirmée en mars 1943 par Pierre Villon, l'un des dirigeants du Front national clandestin). Il entra en rapport avec Pierre de Lescure, le co-fondateur des Éditions de minuit qui étaient clandestines. Il organisa le comité national des écrivains, zone nord. Il allait publier clandestinement, parfois sous des pseudonymes, des poèmes de réconfort et de lutte.

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Poésie et vérité

(avril 1942)
Recueil de poèmes
On y trouvait des poèmes s’élevant nettement contre le nazisme, l'Occupation et la Collaboration, des poèmes de lutte qui devaient entrer dans la mémoire des combattants, et soutenir l'espérance de la victoire, en particulier ''Liberté''.
Commentaire
Éluard indiqua que ce bref recueil «ne peut guère laisser de doute sur le but poursuivi : retrouver, pour mieux nuire à l'occupant, la liberté d'expression». L'évolution qu'il avait amorcée acheva de s'accomplir : de plus en plus directe, sa poésie devint un instrument de combat, et fournit la Résistance de thèmes lyriques.

Le recueil fut enrichi en 1943, et repris, en juillet 1944, à mille six cents exemplaires, sous le titre ''Dignes de vivre'' (1944) avec des illustrations de Jean Fautrier, avant de rejoindre les poèmes clandestins du ''Rendez-vous allemand'' (1944 et 1945).

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Après la sortie en librairie de ''Poésie et vérité'', Éluard fut recherché par la Gestapo. En conséquence, Nusch et lui durent changer chaque mois de domicile.

En avril 1942, il rendit visite au poète Max Jacob, à Saint-Benoît-sur-Loire.

Il publia à mille huit cent soixante-dix-huit exemplaires :

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''Poésie involontaire et poésie intentionnelle"

(juin 1942)
Anthologie
Éluard faisait découvrir les mille et une manière d’aborder le monde du langage et de la parole, qui, proférée, scandée, chantée, jetée aux quatre vents, a mille et un visages, qui nous englobe en même temps que nous la possédons pour une petite partie.

Affirmant que «Les véritables poètes n'ont jamais cru que la poésie leur appartint en propre», il offrait des citations de la «poésie involontaire», qui est fréquemment populaire (comptines, chansons, lais...), qui est née de rencontres fortuites. Et «Le poète, à l'affût des obscures nouvelles du monde, nous rend les délices du langage le plus pur, celui de l'homme de la rue et du sage, de la femme, de l'enfant et du fou

La «poésie intentionnelle», quant à elle, est née d’un souffle intérieur volontaire où «affluent les images, les combinaisons nouvelles, les jeux de répétitions et échos sémantiques», d'où des citations d'Apollinaire, Max Jacob, Synge, Van Gogh, Bataille, Rimbaud, Lautréamont, Levey, le facteur Cheval, Léon-Paul Fargue, Jacques Rigaut, Blaise Cendrars, la Religieuse portugaise, Salvator Dali. etc..
Commentaire
Cet ouvrage original présentait un regard décalé grâce à un dispositif de lecture particulier : selon un ordre chronologique, en page de gauche se trouve la poésie involontaire, et, en page de droite, la poésie intentionnelle. Certains écrivains connus sont ainsi parfois répertoriés comme poètes involontaires, d’où humour et glissades sémantiques.

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En janvier 1943, Éluard fit sa première publication anonyme dans le journal clandestin ''Les lettres françaises''.

En février, parut, en Suisse, à mille douze exemplaires, une édition augmentée de ''Poésie et vérité''.

Au printemps, il renoua avec Aragon qu'il n'avait pas revu depuis leur rupture dix ans auparavant.

En juillet, il collabora, sous le pseudonyme de Maurice Hervent, avec Pierre Seghers et Jean Lescure, à une anthologie de textes de nombreux poètes résistants (eux aussi dissimulés sous des pseudonymes), ‘’L'honneur des poètes’’. Dans sa préface, il écrivit : «Whitman animé par son peuple, Hugo appelant aux armes, Rimbaud aspiré par la Commune, Maïakovski exalté, exaltant, c'est vers l'action que les poètes à la vue immense sont, un jour ou l'autre, entraînés. Leur pouvoir sur les mots étant absolu, leur poésie ne saurait jamais être diminuée par le contact plus ou moins rude du monde extérieur. La lutte ne peut que leur rendre des forces. Il est temps de redire, de proclamer que les poètes sont des hommes comme les autres, puisque les meilleurs d'entre eux ne cessent de soutenir que tous les hommes sont ou peuvent être à l'échelle du poète. / Devant le péril aujourd'hui couru par l'homme, des poètes nous sont venus de tous les points de l'horizon français. Une fois de plus la poésie mise au défi se regroupe, retrouve un sens précis à sa violence latente, crie, accuse, espère.» Face à l'oppression, les poètes chantaient en chœur l'espoir, la liberté.

En août 1943, Éluard et Nusch séjournèrent, avec Georges Hugnet, à Poitiers, chez Louis Parrot.

D'octobre à février 1944, Éluard et Nusch se cachèrent, avec de nombreux juifs et résistants, à l'hôpital psychiatrique de Saint-Alban-en-Margeride (Lozère), dirigé par le docteur Lucien Bonnafé.

Il publia, sous le pseudonyme de Jean du Haut :

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Les sept poèmes d’amour en guerre

(décembre 1943)
Recueil de poèmes

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«prophète du coeur» en qui IL reconnut immédiatement un frère, exprimant à un correspondant français son admiration

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«deux sœurs pleines d’esprit et de grâces, qu’il appelait ses premières danseuses» : les demoiselles Le Douairin, Louise et Zoé






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