Surtout ‘’Ecuador’’, ‘’Un barbare en Asie’’, ‘’Le Grand Combat’’





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Dessin mescalinien

(1958)
Essai illustré de dessins
De I'expérience de la mescaline, du «formidable spectacle optique» qu'elle constituait, de I'envahissement total, sans rémission ni rebours, qu'elle inaugura, procéda un graphisme qui ne pouvait que se réduire à une série de sismogrammes. Sans commune mesure avec l'immensité de l'événement qu'il enregistrait, le dessin n'était plus alors, nous dit Michaux, qu'«une sorte de traduction graphique du vibratoire auquel j'ai assisté». De I'ampleur de I'invasion subie, son espace surpeuplé témoignait, de façon parfois terrifiante. Le «dessin mescalinien» se trouve constamment face à I'impossibilité de «rendre le lieu sans lieu, la matière sans matérialité, I'espace sans limitation». Une inépuisable prolifération d'entrelacs, de brisements, de franges, de spirales, de zébrures, instaura le règne d'une infinie répétition, défiant tout effort du langage pour apposer un nom sur ce qui n'est jamais être ou objet, mais seulement flux et passage, ou, plus exactement, trace, simple trace et rien de plus, d'un flux et d'un passage.

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‘’Quelques renseignements sur cinquante-neuf années d'existence’’

(1958)
Autobiographie
Michaux regroupa sous ce titre volontairement objectif, et en écrivant à la troisième personne, comme s'il était étranger à lui-même, les données principales de sa biographie.
Commentaire
Plus que par ses dates et les renseignements organisés en fiche d'état civil, cette autobiographie vaut par les précisions qu'elle donne sur ce que Roger Dadoun appela les «états énergétiques» de Michaux.

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En 1958, Pierre Boulez, attiré par la violence de la poésie de Michaux, à partir de ‘’Poésie pour pouvoir’’, et, en particulier du poème ‘’Je rame’’, composa une partition pour bande magnétique et trois orchestres.

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‘’Paix dans les brisements’’

(1959)
Recueil de dessins et de textes
Cet album «mescalinien» présente des dessins, leur commentaire et un long poème, ‘’Paix dans les brisements’’, que précède une brève introduction. L'ensemble, y compris le format de I'album, propose, impose, verticalité et vitesse, et n'est en quelque sorte qu'un signe, ou plutôt qu'une ligne d'écriture chinoise, «une écriture qui suit la pensée de haut en bas suivant son débouché naturel», où «les mots sont des caractères, fermes, fixes, signes qui sont avant tout à voir». Et Michaux, qu'il dessine, commente ou chante, déferle de haut en bas, les textes connaissant une disposition graphique (due à I'irrégularité des «vers») qui les rapproche des dessins, lesquels sont cursifs comme l'écriture. Si les retours en arrière (en haut) sont bannis, il se produit des arrêts à certaines cotes où l’auteur se livre à de successives saisies du point atteint («Vite, elles [les visions] viennent vite, vite, follement vite à la file indienne», «individuelles, ingouvernables, inutilisables, intraitables, impermanentes...»), ce qui crée un nouveau déferlement, horizontal, bien que perçu de façon identique. Il aboutit à ces images : : «Ocelles / infini d'ocelles qui pullule / je me prête aux ocelles / aux infimes déchirures, aux volutes / je me plie aux mille plis qui me plient, me déplient...» - «À des centaines de vagues qui frappent sa coque, le navire répond par un ample mouvement de tangage». Et il constate : «Mes déchets ne collent plus à moi / je n'ai plus de déchets / purifié des masses / purifié des densités
Commentaire
Les dessins (qui tiennent de I'encéphalogramme) et les textes sont des reconstitutions : on peut, sous I'empire de la mescaline, prendre des notes, incertaines, incomplètes, fragiles, mais non dessiner, écrire ou composer un poème. C'est rétroactivement que Michaux tenta de «suivre» les visions dues à la drogue. Mais, comme il I'indiqua de nombreuses fois, la perte de substance était considérable, et la première phrase est un aveu : «Ça débouchait ainsi. Mais plus violemment, plus électriquement, plus fantastiquement.» Contre cette perte, il lutta : son mot d'ordre était «exactitude !» ; jamais il ne fut aussi peu créateur. Il nous livra des documents qui constituent une réponse sous forme de paliers, de pavés (mais combien d'adjectifs et d'adverbes !) posés au milieu de la page pour succéder à d'autres et appeler les suivants.Cette fois, le miracle n'était pas misérable, et I'euphorie fut célébrée de façon triomphante. Aussi maîtrise, sûreté (malgré la pétition de principe : «J'ai laissé derrière moi le sot, le sûr, le compétiteur», qui pourrait définir I'œuvre entière de Michaux) caractérisent-elles les parties écrites de cet album.

La technique n'était pas neuve, c'était celle de ‘’’’Poésie pour pouvoir’’, elle-même issue de l'énumération-incantation de ‘’Qui je fus’’. Mais I'orchestration, faite d'emboîtements et de déboîtements, atteignit rarement une telle perfection, peut-être parce que la mélodie, le fil directeur, est donné de I'extérieur : par I'hallucination.

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En 1959, une rétrospective des œuvres picturales de Michaux fut organisée à la galerie de Daniel Cordier, à Francfort-sur-le-Main, et il y prononça une allocution.

En 1960, il refusa le prix Dante, décerné par un jury italien, déclarant : «Depuis une dizaine d’années, je suis arrivé à lutter victorieusement contre les prix littéraires qui me menaçaient. Vais-je maintenant être assez fou pour laisser s’écrouler l’édifice de ce barrage opiniâtrement constitué?»

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‘’Connaissance par les gouffres’’

(1961)
Essai
C’est un autre livre sur la mescaline, mais aussi sur la psylocibine (autre alcaloïde dérivé des champignons) et le haschisch, Michaux se soumettant aussi à I'influence de divers facteurs : images, musiques et cadres variés.

Au seuil, dans ‘’Comment agissent les drogues’’, il déclare : «Les drogues nous ennuient avec leurs paradis / Qu’elles nous donnent plutôt un peu de savoir / Nous ne sommes pas un siècle à paradis». Il refusait l'évasion hédoniste pour mettre en relief, dès Ie titre, son désir de savoir garanti par la volonté de contrôle. De ses expériences, il déterminait le moment, prévoyait la durée, calculait la dose. Aussi tendaient-elles à s'organiser en une série d'investigations tenaces, d'où, cependant, la violence n'était pas exclue. Dans cet univers régi par «la loi de domination-subordination», réapparaissait le rapport antagoniste fondamental où I'observation se change en espionnage. Michaux, à l’écoute de «I'orchestre de l'immense vie intérieure», chercha à préciser le temps du drogué «qui a une foule énorme de moments», temps qui coexiste avec la notion d'un «espace aux points innombrables», visions extravagantes s'accompagnant d'un sentiment de multitude, Puis il s'étend longuement sur l'action du haschisch, ou chanvre indien, «espion de premier ordre», pour lequel il éprouva de la tendresse, bien que cette drogue, souple et point trop accablante, souvent même agréable, «soit dépourvue de la toute grande envergure». Le récit initial s'intitule ‘’Tapis roulant en marche...’’, et le commentaire ‘’Derrière les mots». Ensuite, dans un texte ayant pour titre : ‘’Tantôt mené par le chanvre, tantôt I'emmenant avec moi’’, il analyse quelques rapports avec le haschisch, qui donnent un joyeux sentiment de familiarité. Sept relations sont ainsi envisagées selon les figures, les échanges et les réverbérations qu'elles suscitent. Il constate que le haschich déphotographie les lieux photographiés : «Vous pouvez enfin y pénétrer». Les visages deviennent «parlants». Quant à la lecture, sous le signe de ce «détecteur» qu'est le haschich, elle se perfectionne singulièrement : «Les auteurs, on les entend alors en personne

Fort de la connaissance qu'il avait depuis cinq ans des drogues hallucinogènes dont il avait expérimenté la plupart, «non spécialement pour en jouir, surtout pour les surprendre, pour surprendre des mystères ailleurs cachés», Michaux définit trois états : celui de I'homme normal qui contrôle tant bien que mal ses contradictions ; celui du drogué, qui implique «succession et séparation totale des pulsions antagonistes», et enfin un troisième état «sans alternance, comme sans mélange», d'une «totalité inouïe», extase «où la conscience règne». Mais, pour lui, même chez l’être normal, «quelle frime c'est que l'unité, que l'identité».

Il étudie le statut intérieur de I'aliéné, qu'il soit drogué ou malade mental ; s'attache à cerner sa condition et son «terrible décentrage». Avec toute la passion vive et retenue dont il était capable, il évoque la longue plainte qui, à travers les pays et les âges, monte de chez les fous. Il considère que le malade emploie un style poétique, langue de base à laquelle son état désastreux I'a fait revenir, et que les autres ne comprennent pas, ne la tolérant qu'exceptionnellement et seulement en tant que «spécialité». En des pages magistrales, il évoque les effets de la poésie, de la drogue et de la démence, fondues en une manière de «grand jeu» vital où la réalité se colore d'une telle violence que les mots n'ont plus guère de sens. Pour lui, l'aliéné réalise la métaphore, se laissant fasciner par elle ; martyr d'une analogie trop sentie, trop subie, il ne sait pas se retenir (ce que savent si bien faire les poètes de profession qui passent de I'une à I'autre) ; il est «dans le profond caveau d'une seule». L'ordinaire de I'aliéné étant le paroxysme, sa torture est I'absence de toute espèce de repos ; il cesse à jamais de connaître l'«atténué», c'est-à-dire le relatif qui permet à I'existence de suivre son cours commun.

Michaux pose la notion d'un rapport individuel, rencontre réussie ou ratée, avec la drogue. À la limite, il rêve de «pilules à moraliser», non par stimulation d'un centre cérébral, mais par modification des caractères, espérant, «au lieu des psychologues qui établissent des tests, des psychologues chimistes qui établissent des parcours». Rappelant l’existence d’«auditions intérieures», de «voix d'opposition», marionnettes vicieuses et animées, il constate que les micro-phénomènes de la vie ordinaire, envahissant tout le champ d'attention, rendent précisément celle-ci impossible. Les sensations sont en liberté, émancipation qui se réduit à une anti-liberté, liberté suprême de I'être asservi par la drogue, la folie ou la poésie.

Michaux tourne volontiers autour du subconscient, «prodigieusement actif», sans cesse nourri, la tâche de I'être humain sain étant de mettre en veilleuse tout le non-connu dont il se repaît ou dont il périt, selon les relations qu'il entretient avec lui. Il en arrive enfin à quelques questions centrales que ses précédents ouvrages abordaient moins directement : «Sans I'accroissement incomparable du sentiment de certitude, pas d'aliéné. La foi fait la folie, l'y fait demeurer», de sorte que, autant que le sexe et plus singulièrement, Dieu est libéré dans la folie, «et I'homme exilé dans I'infini... est dans un centre pur».
Commentaire
Cet ouvrage, le plus général que Michaux ait consacré aux réflexions nées de l’expérience de la drogue qu’il fit, est à la fois plus poussé et mieux dominé que les précédents. Il y prit du recul. Néanmoins, chaque fois qu'on croit percevoir quelles sont ses plus profondes directions, il oblique vers quelque nouveau mouvement qui, lui-même, ouvre sur un suivant, ces miroirs ne cessant de donner sur d'autres miroirs. Partant de son propre texte, poème qu'il ne définit jamais comme tel, il le décomposa en «séquences» qu'il éclaira, disséqua et développa en une série d'explications aussi discontinues que le morceau dont il faisait I'exégèse. Même en se penchant sur ce dépossédé qu’est l’aliéné, il ne se départit ni du sens de la litote ni de celui de I'humour, manière d'anti-effusion qui était sa propre forme de tendresse.

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Après une longue traversée sans compagne, durant l'été 1961, Michaux rencontra Micheline Phan Kim, jeune Eurasienne, étudiante en neuropsychiatrie, mariée au professeur de psychiatrie Cyrille Koupernik. Ce fut le début d’une grande idylle.

En 1961, il exposa à la ‘’Tate Gallery’’ de Londres des dessins à l’encre de Chine sans titres.

À partir des années 1960, toute parution d'une de ses oeuvres trouva un large écho dans la presse et le public cultivé, à défaut du grand public.

Il publia :

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‘’Vents et poussières’’

(1962)
Recueil illustré de dessins
La partie I, ‘’Vents et poussières’’, est un écrit majestueux, en sept parties, qu'accompagnent en sourdine des dessins «mescaliniens» faites d'un incessant graphisme où parfois transparaissent quelques motifs. Cette majesté tient au «recul», celui qu'on avait pu entrevoir dans ‘’Passages’’ : l'écriture n'était pas défrichage, comme avant ‘’La vie dans les plis’’ ; elle n'était pas non plus reproduction de formes acquises, comme dans ‘’Face aux verrous’’. Et, cependant, tous les thèmes, toutes les obsessions, toutes les idées de Michaux se lisent ici, et dans chacune des parties, pourtant fortement personnalisées, au point que nous avons I'impression de nous trouver face à un bilan, mais qui ne pèche pas par la déclaration comme les textes équivalents d'’’Épreuves, Exorcismes’’, c'est-à-dire que n'abandonne jamais I'inspiration. Des «difficultés» d’autrefois, Michaux passe à la difficulté : d'être, d'avoir été, d'avoir un corps, de devoir agir, d'avoir des voisins, de devoir mourir ; pour la première fois dans son oeuvre apparut nettement I'imminence de la mort, à laquelle avait pu correspondre autrefois, mais avec un tout autre sens, «Je ne suis pas en vie, je parle au seuil de la mort». Dans le premier texte, ‘’Vents et poussières’’, la difficulté initiale se rapporte à la matière du monde : le sujet s'embrouille, dans sa consistance, de meules, d'ouate (image très fréquente chez Michaux), dans laquelle on a pu voir (dans ‘’La vie dans les plis’’) une vocation embryologique de I'auteur. «Étrange est notre sol, étrange est notre air [...] L'eau qui nous permet de vivre nous fait lentement mourir». Quant au monde humain, celui de la ville, c'est une tombe, qui signe I'abandon du sujet, qu'inquiètent les bruits extérieurs. Alors il affabule, ce qui est un retour aux pratiques d'’’Ailleurs’’. Mêlant sur un fond d'humidité (le mot «étang» revient très souvent) en deux morceaux qui se succèdent, ‘’Les grenouilles qui veulent un roi’’ et ‘’La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf’’, il traite les thèmes du pouvoir, de I'inquiétant autre, des métamorphoses («C'est un aigle. Non. c'est un homme»).

Dans la partie II, ‘’Le voyage difficile’’, le monde est minéral ; Michaux lui-même est un galet ; il souffre de sécheresse, ce qui est annoncé par quelques «sch...» qui parsèment les premières lignes ; le côté galet implique étrangeté, tombe, mort. Ce monde minéral a pour habitants «des peuples de poussières». Mais le thème embryologique finit par I'emporter : «Mon oeuf écoutait le monde. Seulement mon oeuf absorbait le monde», ce qui nous ramène au ‘’Portrait de A.’’ (dans ‘’Difficultés’’).

Dans la partie III, ‘’Vacances’’, Michaux tente d'adhérer à la nature, dont le «chut» contredit les bavardages étudiés (comme au conservatoire) de ses voisins d'hôtel. Mais, depuis ‘’Ecuador’’, il sait bien que la nature, terrestre, est un compagnon identique à I'être humain mais adverse (non forcément agressif). Ainsi, placé un jour sous un beau nuage, il communique avec lui, mais est étouffé par lui : le nuage l'«avait tenu fasciné et suant comme sous un fardeau considérable». Un passage caractéristique nous ramène à Ia source, ‘’Ecuador’’, et nous renseigne sur Michaux plus que jamais : dans une rue d’une ville d'Allemagne, il se trouve face à un bocal plein de sangsues placé en vitrine d'une pharmacie ; «petit était le bocal, mais grave comme une collégiale» ; les vers qu'il contient le fascinent au point que la ville disparaît devant eux ; quand il conclut : «Quelle femme ondulera jamais ainsi?», il fait la jonction entre ce qui nous apparaît comme deux de ses grandes obsessions : le parasite d'’’Ecuador’’, dont l’existence fluviale était liée aussi à celle des caïmans, et la mer «qu'il porte en lui depuis toujours» (‘’Épreuves, Exorcismes’’) et dont il dit dans ‘’Face aux verrous’’ : «La mer s'est redressée. Quelle carte et comme elle ondule.» La mer est à consommer sur place ; elle ne mène nulle part : voyager est une fuite illusoire : «Vous avancez et la résistance est là contre vous». Pour lui, c’était alors pire qu'avant : voyager, c'est «promener le vieux». Que lui restait-il? Le travail : «Avec des airs de vouloir méditer, il faut que j'agisse, moi

L’activité principale de Michaux était alors la peinture ; aussi la partie IV, ‘’Leurs secrets en spectacle’’, est une série de descriptions de peintures d'aliénés qui rendent compte, comme les passages précédents, de ses obsessions :

l) Nostalgie de la virginité : «Des fleurs tombent, des fruits sont arrachés, des racines remontent à la surface. Ainsi à sa façon se remémore le viol, le viol à jamais insupporté» (commis par un caïman qui, «la lutte finie, s'enfonce sous les eaux»).

2) Horreur de la naissance, agression suprême contre l'être : «Il naît une fraise, non, un oeil, non, une verge de chat

3) Est-ce cela qui détruit l'équilibre du monde, «compromis par des inconscients qui faussent le principe magistral des correspondances»?

4) Les autres, laids et agressifs, sont amas de visages, «qui se mangent» ; le monde est copulation, vie inférieure, encombrement, voracité, pollution («un espace laiteux dit le trouble et I'enfantement») ; à I'inverse sont beauté les choses immaculées : un nuage. une pouliche, «un trois-mâts vierge sous un irréprochable ciel de glace». La femme est maléfice, orgasme et tyrannie : ses bras sont rouges («couleurs heurtées, vulgaire comme la colique»). Qui accepterait son invite si ce n'est «le plus aboli des hommes […] ignominieux, alcoolique», ayant des «pleurs en réserve dans la fistule animale».

5) Le thème de I'ail (voir aussi ‘’Ailleurs’’) a également une importance considérable : il est agression, autorité terrifiante.
La partie V est un poème «lniji», plus proche formellement du reste de l'oeuvre. Il s'agit une fois de plus de l'énumération-incantation avec emploi épisodique du prélangage (comme dans ‘’Qui je fus’’) au déroulement nécessaire, beau chant obscur qui exprime l'épuisement et la mort du poète : «Mais moi je ne puis plus rien en faire / Les grandes répulsions seulement / la continuelle continuation seulement.» Un passage contient tout l'étouffement qui caractérise Michaux : «Sphinx, sphères, faux signes / obstacles sur la route d'lniji

La partie VI, ‘’Les cahiers d'Orga, signés Orga’’, est un nouveau départ pour les mêmes arrivées. Ce départ opère en prélangage sur les difficultés, sur I'envahissement. Le même doute que dans ‘’Passages’’ est émis sur l'activité verbale : «Les mots [...] sont des branchies, mais toujours à renouveler sinon on étouffe...» Pour Michaux, les Perses avaient trouvé «le langage clé», depuis, les êtres humains ont accumulé les falsifications ; de plus, ils ne le laissent pas tranquille : espions, prêtres, leurs affronts, leurs manigances, tout cela lui «coupe la tête au réveil». Alors, fuir? Nous voici revenus aux voyages et aux tentatives d'imaginer I'ailleurs ; I'aveu d'échec est ici très beau, très noble.

La partie VII, ‘’Le champ de ma conscience’’, revient sur ce «moi» qui lutte et qui subit. «Dans le champ de ma conscience, il n'y a pas de fixité.» «Incessantes intermittences» entre mille images, mille domaines, mille aspirations, contradictoires : «Dans I'une [période] je couche avec ma soeur [...] Dans I'autre le tam-tam de la honte sonne sourdement.» Cette alternance fatidique, qui fait la vie et mène à la mort, «me laisse à peine un couloir». Voici revenu le thème fondamental de Michaux : il faut passer coûte que coûte ; il faut lutter contre les sollicitations insistantes («et d'autres arrivages et d'autres mers» est le leitmotiv de cette séquence), il faut conserver son intégrité, qui n'est pas une solution, mais précaire comme notre être lui-même : «Mon bassin de retenue est silencieux. J'entends le chant tout simple, le chant de I'existence, réponse informulée aux questions informulées
Commentaire
Différent des livres «mescaliniens» et de l'«écrit, au plus près, de I'instant» qui définit l'oeuvre proprement poétique de Michaux, le recueil se caractérise dès I'abord par la noblesse de la prose. Il fut illustré de neuf dessins de l'auteur.

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En 1963, ‘’Passages’’ fut réédité en étant considérablement augmenté de textes postérieurs à ‘’Face aux verrous’’ et qui ne pouvaient en aucun cas, qu'il s'agisse de poèmes, d'essais, de travaux de commande, être intégrés à un quelconque livre «mescalinien».

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