Mémoires en dix minutes





télécharger 340.06 Kb.
titreMémoires en dix minutes
page13/13
date de publication12.05.2017
taille340.06 Kb.
typeMémoires
h.20-bal.com > loi > Mémoires
1   ...   5   6   7   8   9   10   11   12   13

Chapitre XII


Enfance des petits Ségur. – Les hiboux. – Fichu flatteur ! – Élève et précepteur aux prises. – Convention. – Le prestidigitateur. – Mlle Primerose. – Lettre curieuse. – Une appréciation sagace de Madame Adélaïde. – Les pairs de France avec Louis-Napoléon. – Pièce perdue ! – Voyages d’une dent. – Discours d’un chloroformé. – Fierté de mon père des succès littéraires de ma mère. – Dévouement incessant de ma mère pour mon père. – Beaux souvenirs relatifs à mon grand-père Rostoptchine. – Une poésie sur la Pologne. – Nobles sentiments de ma mère. – Un détail patriotique de son agonie. – Un écrit de mon frère Gaston sur ma mère. – Son appel suprême à l’enfance chrétienne.

C’est grâce à la mémoire excellente de ma mère que j’ai eu d’intéressants détails sur l’enfance de mon père et des siens. Élevé sous l’œil austère du marquis d’Aguesseau, son aïeul maternel, le petit Eugène de Ségur avait comme compagnons d’études et de jeux ses frères Raymond et Adolphe, ainsi que leur cousin Léonce de Villeneuve. Les quatre écoliers étaient sous la férule de l’abbé Ribaut, ecclésiastique distingué, mais aussi sévère que leur grand-père, ce qui n’était pas peu dire.

Cela n’empêchait pas les garçonnets de faire mille farces à ce terrible mentor, entre autres celle-ci qui a fait le bonheur de mon enfance.

Un soir, au moment de se mettre au lit, l’abbé Ribaut retire avec un cri perçant sa jambe déjà plongée sous les couvertures... Un petit hibou y pendait, le bec accroché en pleine chair ! Le pauvre homme arrache et jette au loin avec horreur le jeune monstre et veut de nouveau escalader sa couche. Affreuse surprise ! second hibou ! Il y en avait quatre blottis sous les couvertures, grâce à mon oncle Léonce, grand inventeur de niches qu’il faisait exécuter par les petits Ségur enchantés.

Le précepteur faisait servir sa messe par ses écoliers, chacun à tour de rôle ; mon oncle Raymond, désigné un matin pour cette fonction, arriva à l’autel, ulcéré contre le célébrant, à cause de je ne sais quelle gronderie ou quelle punition.

« Attends, toi ! se dit-il, les lèvres serrées ; tu vas voir un peu !... »

Le prêtre s’agenouille, commence la messe, mais lorsqu’il en arrive au moment où, tourné vers le public, il dit le Dominus vobiscum habituel, aucune réponse ne se fait entendre, à la grande surprise des fidèles !

L’abbé Ribaut regarde de côté son petit élève et se souvient de sa sévérité, en apercevant la figure narquoise et résolue de l’enfant. Il jugea nécessaire d’user de douceur...

« Et cum spiritu tuo, Raymond ! » souffla-t-il à demi-voix au muet volontaire.

Silence profond du rebelle.

« Et cum spiritu tuo, mon petit Raymond ! » chuchota le célébrant de plus en plus inquiet, partant de plus en plus onctueux.

Silence obstiné !

« Et cum spiritu tuo mon petit Raymonnet ! » gémit le pauvre abbé ne sachant plus où il en était.

– Et cum spiritu tuo, fichu flatteur ! » dit tout à coup la voix sonore de « Raymonnet » au milieu d’une stupéfaction que je ne tenterai pas de dépeindre.

Le même « Raymonnet », dont l’espièglerie n’avait d’égale que la résolution, fut un jour condamné par son précepteur à être amené devant son grand-père et vertement sermonné par ce dernier, dont tous avaient une peur effroyable ! Le petit garçon pria, supplia l’abbé Ribaut de ne pas le punir ainsi. Voyant l’inutilité de ses instances, sa tête se monta !

« Ah ! c’est comme cela ? dit-il à son précepteur. Eh bien ! je n’irai pas, car vous ne m’attraperez pas ! »

Et en achevant ces mots, il partit comme un trait.

L’abbé Ribaut, aussi effaré que furieux, s’élança à sa poursuite, mais le château de Frênes où demeuraient alors les Ségur et les d’Aguesseau était une de ces immenses et royales constructions à cinq étages où un quartier de cavalerie eût logé fort à l’aise.

Allez donc happer là-dedans un feu follet quand celui qui le poursuit est vieux et facilement essoufflé. L’abbé, aux abois, posta ses autres élèves de côté et d’autre afin de traquer et de cerner le fugitif, mais les petits traîtres, loin de l’aider, signalaient à leur compagnon la présence de l’ennemi et facilitaient les fugues du rebelle. Un moment vint pourtant où le fuyard se laissa acculer dans une mansarde de l’étage supérieur et n’eut d’autre ressource pour ne pas être pris que de s’y enfermer à double tour.

« Ah ! ah ! monsieur Raymond, je vous tiens ! » dit la voix haletante et rageuse de l’abbé Ribaut, lequel avait essayé en vain de pénétrer dans la pièce.

L’enfant ne répondit pas.

« Ouvrez-moi, Raymond, reprit sévèrement le précepteur irrité. Ne vous y refusez pas ou j’enfoncerai la porte.

– Si vous le faites, répondit résolument son élève, je me jette par la fenêtre. »

En entendant cela, l’abbé frémit de la tête aux pieds. Il connaissait assez le terrible garçonnet pour savoir qu’il était capable de mettre sa menace à exécution.

Il regarda par la croisée du corridor avoisinant celle de la mansarde et vit Raymond, debout sur l’appui de la fenêtre, prêt à se précipiter !

Éperdu, il parlementa, et dut promettre ce qu’exigeait l’enfant hors de lui. Ce fut tout un traité de paix. En voici les clauses principales :

1° L’abbé Ribaut brûlerait le fouet de chasse avec lequel il punissait ses quatre élèves, et il ne le remplacerait jamais ;

2° Les écoliers ne seraient plus jamais punis par la privation du dessert et l’abbé, qui mangeait ledit dessert confisqué par lui, ne le mangerait plus jamais, notamment les parts de fraises ;

3° Le marquis d’Aguesseau devait ignorer ce qui venait de se passer.

Le précepteur ayant adhéré à ces conditions et promis solennellement qu’il accordait tout, le garçonnet ouvrit la porte et resta épouvanté à l’aspect du pauvre prêtre...

Ce dernier était blême ! Sa figure était bouleversée et il tremblait comme une feuille...

Le traité fut religieusement exécuté et l’éducation des quatre enfants se termina brillamment.

Le célèbre orateur catholique dont les accents pleins d’éloquence ont enthousiasmé le Sénat sous Napoléon III eût souri avec bonté en voyant retracés ici ces gais et curieux souvenirs d’enfance. Je les dois, je le répète, à ma chère maman et j’admirais comme elle l’esprit, la vive intelligence et la résolution énergique de mon oncle enfant.

Inutile d’ajouter que l’abbé Ribaut, resté en d’excellents termes avec ses élèves, les revit plus tard avec plaisir. Il fut même le héros d’une aventure qui montra le talent hors ligne d’un fameux prestidigitateur.

Ce dernier, dont j’ai oublié le nom, avait été chez mon grand-père Rostoptchine peu après le mariage de ma mère, afin d’intéresser les invités rassemblés dans le bel hôtel de Lillers qu’habitait alors mon grand-père.

Le physicien charma l’assistance par son habileté. Seul, l’abbé Ribaut hochait la tête en disant que cette adresse était limitée et qu’il mettait... (Philippe, je crois) au défi de l’attraper, lui.

Ces paroles, dites entre haut et bas, frappèrent l’oreille du prestidigitateur. Piqué au vif, ce dernier s’approcha du railleur.

« Monsieur l’abbé, lui dit-il à brûle-pourpoint, voulez-vous faire un pari avec moi ?

– Lequel, monsieur ? demanda le prêtre fort surpris.

– Gageons que je vous enlève votre croix d’honneur sans que vous vous en doutiez (M. Ribaut était décoré), et cela avant la fin de la soirée.

– Allons donc ! s’écria l’abbé, en mettant la main sur la brillante étoile qui était attachée sur sa soutane.

– Vous avez beau la tenir, je vous la prendrai, continua froidement le physicien.

– Je vous en défie !

– Fort bien ; vous allez voir ! »

L’abbé, ahuri de ce flegme, garda sa main nerveusement cramponnée à sa décoration et resta l’œil au guet, décidé à ne pas lâcher prise un seul instant.

Au bout d’une demi-heure environ, des cris plaintifs s’élevèrent sur la berge avoisinant l’hôtel, une voix éplorée annonça l’envoi d’un paquet mystérieux... Grande émotion dans l’assistance ! On croit à un drame... on se perd en conjectures... un petit ballot, habilement lancé, roule sur la terrasse... on s’empresse... on le relève... il portait une inscription : « Monsieur l’abbé Ribaut », lit-on avec stupeur.

On ouvre le paquet ; on défait fiévreusement diverses enveloppes et l’on trouve dans la dernière... la croix d’honneur, délicatement empaquetée !...

L’abbé, stupéfait, ouvre alors la main toujours crispée sur sa décoration... la croix n’y était plus !...

Et notez que le prestidigitateur n’avait pas quitté le salon un seul instant.

Je ne citerai pas ici l’amusante histoire de famille concernant le maréchal de Ségur, car elle est racontée avec un esprit et un tact parfaits par ma mère dans son livre Les vacances. Ce souvenir essentiellement gaulois nous avait amusés et avait amusé nos enfants, avant d’en réjouir le public enfantin de la

conteuse.

Le type de Mlle Primerose, dans Après la pluie le beau temps, est, comme bien d’autres créations de ma mère, copié d’après nature, mais le modèle vivant encore, je ne lui jouerai pas le détestable tour de le désigner clairement. Je me borne à dire que le dessinateur l’a merveilleusement « portraicturée », ce qui a fait rire aux larmes ceux qui la connaissaient et la reconnaissaient dans les spirituelles pochades émaillant le livre en question.

Mon père ayant eu de bonne heure une position fort considérable, laquelle le mettait en évidence, était sans cesse harcelé par des quêtes, des demandes en tout genre. Dans la foule des solliciteurs se trouvait un nommé Montgiraud qui lui écrivait des lettres désopilantes ; en voici une comme échantillon :

« Le 30 août 1861.

« Monsieur le comte,

« Le 17 juillet dernier, furieusement souffrant, je fus alité par une violente éruption eczématique sur la jambe droite avec effroyable enflure et inflammation, plaies, crainte de gangrène, excoriation du cou-de-pied.

« Maintenant, malgré une croissante amélioration, il est probable que je ne pourrai sortir avant le 5 ou 6 septembre. Oh ! plaignez ma position socialement, corporellement, mentalement, lamentable !

« Que votre bienveillance daigne agréer l’absorption des sentiments pour toujours reconnaissants, affectueux, respectueux, que j’ai l’honneur de vous dévouer de toute mon âme.

(Signé) Montgiraud.

« Depuis le 28, je n’ai pu me présenter à votre concierge. »

Ce Sevigné barbu recevait de mon père une pension de 40 sous par mois afin de recevoir et de payer dignement ses étonnantes missives. Mon père appelait cela son abonnement.

Lorsque le comte de Ségur était pair de France ma mère allait à la cour de Louis-Philippe et était honorée de l’amitié de la reine Marie-Amélie et surtout de celle que lui avait vouée Madame Adélaïde, sœur du roi. Cette dernière princesse, femme aussi perspicace que distinguée, avait une triste opinion de M. Thiers ; elle dit un jour à ma mère, en parlant de cet homme d’État alors président du Conseil :

« C’est un ambitieux ! Le roi devrait se défier de lui ; il veut la première place et il l’aura.

– Mais, madame, s’écria ma mère étonnée ; il l’a, cette place !

– Non, ma chère ; c’est la seconde, et il veut la première ! »

Président du chemin de fer de Paris à Strasbourg, mon père en fit l’inauguration solennelle et deux de ses collègues escortèrent avec lui le prince Louis-Napoléon, alors président de la République.

Pendant le trajet, mon père fit gaiement la remarque que ces messieurs et lui, tous anciens pairs de France, avaient jugé celui qu’ils accompagnaient alors respectueusement. Cette observation leur fit faire la grimace, car ils avaient tous opiné pour la mort ! Ce qu’il y a d’amusant, c’est que cette remarque faite en l’absence du prince dut lui être communiquée sur sa demande de connaître le sujet de leur conversation. Mon père dit en souriant ce qu’il venait de faire observer. Le prince se mit à rire et répliqua : « Vous avez eu raison de me condamner. »

Ce voyage ne fut pas sans désagrément pour mon père. Au moment où, arrivé à Strasbourg, il allait prononcer son discours au prince, pendant la cérémonie de l’inauguration, il s’aperçut avec désolation qu’il avait avalé une pièce de trois ou quatre dents de devant, ce qui le faisait terriblement zézayer. Il parla comme il put et, à son retour, courut chez M. Lefoulon, son dentiste, afin de réparer cette perte.

« Ah ! ah ! lui dit en riant le praticien ; vous n’êtes donc pas comme une certaine dame qui entra chez moi un beau jour, une fausse dent à la main. “Docteur, s’écria-t-elle, faites-moi donc tenir cette malheureuse pièce ; voilà quatre fois que je l’avale !” Je me suis poliment récusé, n’entendant pas manier un objet qui avait fait de tels voyages ! »

Ce brave dentiste, quoique fort estimé par ses clients, fut très désagréablement surpris des réflexions faites par l’un d’eux (nous le sûmes par sa famille), alors qu’il l’avait, sur sa demande, chloroformé pour lui faire une opération.

Une fois endormi, le patient se mit à parler à bâtons rompus d’une voix pâteuse et somnolente et M. Lefoulon, qui riait d’abord de ces propos bizarres (le chloroformé demandait qu’on lui mît une dent tricolore... voire même une dent quadricolore !), dressa l’oreille en l’entendant dire d’une voix solennelle : « Tous les dentistes sont des chiens !... (ici, il y eut un silence) et M. Lefoulon est le plus chien de tous ! » acheva-t-il d’un air convaincu. Un de ses fils, présent à l’opération, ne savait quelle figure faire, ni quelle contenance avoir, après cet énoncé de principes.

Les succès littéraires de ma chère maman ravissaient mon père. Il en parlait avec complaisance, lui rendant justice en cela comme en tout, car on verra dans la correspondance de ma mère combien elle lui fut fidèle dans ses maladies et avec quelle patience, quel soin elle lui tenait compagnie jusque dans les chaleurs torrides qu’elle supportait à Paris pour ne pas quitter d’un instant son pauvre malade.

Avec quelle juste fierté ma mère me parlait du désintéressement, du patriotisme, de la grandeur d’âme de son illustre père ! Par elle, je sus qu’il avait prié l’empereur Paul de ne point lui donner une magnifique terre de trois mille paysans, préférant à cet immense surcroît de richesse être récompensé de son dévouement dans la personne de son père pour lequel il ambitionnait une décoration. Ce grand patriote était un fils essentiellement tendre et dévoué, car chez lui les vertus familiales s’alliaient aux vertus civiques et nul ne savait mieux aimer son foyer comme nul ne savait mieux servir sa patrie.

Détail intéressant sur cette race illustre des Rostoptchine. La comtesse Eudoxie, belle-sœur de ma mère, justement indignée de la sévérité outrée avec laquelle on traitait la Pologne russe sous l’empereur Nicolas, fit une pièce de vers admirable sur cette nation malheureuse, car c’était un poète de premier ordre. Disgraciée à la suite de cet écrit superbe dans lequel la Pologne était comparée à une jeune orpheline persécutée par une marâtre, elle supporta son malheur avec une résignation courageuse, prouvant ainsi que les âmes loyales savent blâmer le mal de quelque part qu’il vienne et laissant à l’avenir ces vers étincelants, dont les accents grandioses changeaient peu à peu les cœurs des Russes et préparaient un changement de politique dont nous commençons à constater les beaux et nobles résultats. Je tenais à terminer ces souvenirs de famille me venant de ma mère par un acte public de sympathie profonde pour sa chère Russie qui est aussi ma chère Russie. Dans son agonie, la fille du grand patriote Rostoptchine parlait dans sa langue maternelle... Ce souvenir suprême m’émut profondément et m’attacha d’autant plus à la noble patrie qui m’avait donné une telle mère !

La noblesse d’âme de la comtesse de Ségur aimait à défendre les opprimés ; elle aimait à les protéger. Je l’ai vu en maintes circonstances que mon cœur n’oublie pas. Voir sa patrie, cette grande nation russe traiter généreusement, affectueusement le peuple polonais a toujours été son espérance comme la mienne ; c’est l’objet de nos prières. Une telle grandeur d’âme compléterait le prestige que rêvent tous ceux qui aiment véritablement la Russie.

Parlerai-je à présent des dernières années de ma mère, rendues si pénibles par sa santé brisée, mais qui faisaient ressortir mieux encore sa résignation admirable, sa patience héroïque... Je préfère laisser la parole à mon vénéré frère.

Lorsque nous perdîmes notre mère bien-aimée, il écrivit les lignes suivantes. Ce sont elles qui cloront mes souvenirs sur ces deux cœurs si unis, si bons et si pleins d’amour de Dieu. On verra, en les lisant, que mon bon Gaston a plus douloureusement senti que personne la vérité de cette réflexion profonde, faite jadis par le cardinal Pie, évêque de Poitiers et qu’il me répétait avec émotion : « On devient vieux le jour où l’on perd sa mère ! »

« Le Seigneur m’ayant fait la grâce de me confier la direction de notre grande et sainte œuvre mille fois bénie, j’ose m’adresser personnellement aux prêtres et aux bons fidèles qui font partie de l’association de saint François de Sales pour réclamer très instamment le secours de leurs prières et de leurs communions pour l’âme de ma mère.

« Déjà, pendant de longues et douloureuses maladies, elle a ressenti l’efficacité de ces bonnes prières que la charité de beaucoup de nos directeurs diocésains a voulu réclamer pour elle.

« Pendant son agonie qui, on peut bien le dire, a duré plus de quinze jours, elle s’est trouvée comme enveloppée par des grâces exceptionnelles de paix, de douceur, de sérénité, d’amour qui étaient dues évidemment à l’assistance de prières puissantes. Que le sacré cœur de Jésus, que la sainte Vierge Immaculée, que saint François d’Assise et saint François de Sales, daignent rendre au centuple à tous et à chacun le bien inappréciable dont cette chère âme n’a cessé de ressentir les effets jusqu’à son dernier soupir.

« Notre-Dame de Lourdes a daigné la consoler, la soutenir d’une manière visible ; et l’eau miraculeuse de la grotte que la pauvre mourante demandait très souvent lui enlevait parfois toutes ses douleurs. Les dernières paroles que ma bonne mère a prononcées ou plutôt murmurées ici-bas ont été cet élan de foi et d’amour : « Jésus, mon Dieu, je vous aime... de tout mon cœur. » Elle s’est éteinte doucement le lundi 9 février, et a rendu son dernier soupir sur le crucifix. Elle était née à Saint-Pétersbourg, le 19 juillet 1799. Elle avait 74 ans, 6 mois et 21 jours.

« Je remercie d’avance très affectueusement les prêtres qui voudront bien célébrer le saint sacrifice pour le repos de son âme, ainsi que les personnes pieuses qui se souviendront d’elle dans leurs communions, dans leurs prières et dans leurs bonnes œuvres. Je la recommande tout spécialement aux enfants qu’elle aimait tant et pour lesquels elle a écrit tant de bonnes et agréables choses.

« (Signé) L. G. de Ségur »

Tout émeut dans cet écrit, surtout ce touchant appel à l’enfance, ce faible sourire si doux quoique mouillé de tant de larmes ; larmes amères, larmes sacrées !

« Quand viendra le dernier soupir vainqueur ? » murmurait ma mère, dans sa longue agonie. Il était venu... elle triomphait, mais au prix de quelle souffrance pour nos âmes orphelines !

Qu’ajouterai-je donc à cette page frissonnante ? Qui pourrait élever la voix après ce mort louant cette morte ?

Toute la beauté de l’âme chrétienne resplendit dans ce simple chef-d’œuvre.

J’ai terminé ; je dépose avec mes pleurs, sur les tombes bien-aimées devant lesquelles je m’incline, cet humble ouvrage, dernier effort de ma pauvre vie.

Mère, votre dernière-née vous est fidèle ! Voyez ! elle vous sourit et elle pleure comme au temps jadis où elle calmait ses chagrins en posant sa tête sur votre cœur. Sa reconnaissance vous devait un hommage public.

Ne fallait-il pas, d’ailleurs, faire connaître à tous tant de détails, frais et charmants comme tout ce qui émane de vous ?

... J’ai entremêlé le nom de notre bon Gaston au vôtre. C’était continuer les traditions du passé et confondre comme autrefois vos deux cœurs !

Cet ouvrage est le 458ème publié

dans la collection À tous les vents

par la Bibliothèque électronique du Québec.

La Bibliothèque électronique du Québec

est la propriété exclusive de

Jean-Yves Dupuis.

1 Ma mère mettait l’orthographe française de son nom de jeune fille, mais en Russie il s’écrit Rostoptchine.

1 Lorsqu’on apprenait au comte Rostoptchine le mariage d’une personne de sa connaissance, il demandait immédiatement : « Contre qui se marie-t-elle ? »

1 Ma mère considérait Louis Veuillot comme une sorte de génie chrétien qu’elle aimait et qu’elle admirait avec un enthousiasme et une persévérance touchants à constater.

1 Jésus-Christ.

1   ...   5   6   7   8   9   10   11   12   13

similaire:

Mémoires en dix minutes iconCours élémentaire première année
«Mais, Marvin, où étais-tu passé ? La récréation est terminée depuis dix minutes !» Marvin n’ose lever la tête, cherchant en vain...

Mémoires en dix minutes iconProgramme prévisionnel des actions éducatives 2011-2012
«Dis-moi dix mots», à partir des dix mots de la Semaine de la langue française et de la francophonie. Dans le 1er degré, la production...

Mémoires en dix minutes iconStephenie Meyer dit que l'idée de
...

Mémoires en dix minutes iconNotions : Mémoire officielle, contre-mémoires, mémoires oubliées...

Mémoires en dix minutes iconMémoires de la guerre d’Algérie. Historiens
«Les mémoires : lecture historique. Étude : L’historien et les mémoires de la guerre d’Algérie.»

Mémoires en dix minutes iconMémoires. Une partie des mémoires est répertoriée sur le catalogue...
«trouver un livre électronique» du portail Domino. (ex Patmasters = œuvres complètes de philosophes)

Mémoires en dix minutes icon«Regards historiques sur le monde actuel.»
«Les mémoires : lecture historique. Étude : L’historien et les mémoires de la guerre d’Algérie.»

Mémoires en dix minutes iconLa memoire de la seconde guerre mondiale
«est le grand art des mémoires et constitue une remarquable source pour identifier les mémoires et parcourir un itinéraire de leur...

Mémoires en dix minutes iconMémoires : Groupes  mémoires communes
...

Mémoires en dix minutes icon27 h 3 heures hebdomadaires effectives = 4 séances de 45 minutes (environ)






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com