Mémoires en dix minutes





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Chapitre II


L’hôtel du comte Rostoptchine. – La jeune comtesse Sophie. – Projet de mariage. – Étrennes royales au jeune ménage. – Mon frère Renaud. –Naissances successives. – État maladif et patience de ma mère. – Tendresse de « Gaga », ses bouderies. – Ses désespoirs. – Les vieux bouchons. – Le petit couteau. – Si tu moures...Toi, vous. – Les sucres d’orge à fourmis. – La salade de lentilles. – ... tutionnel. – Du chocolat ! – Cathédrale contre panier. – Les hérissons. – Une noyée qui braille. – Le grand sapin. – Les salades pour ma mère. – Empressement filial. – Jours de migraine.

L’hôtel de l’avenue Gabriel acheté et alors habité par mon grand-père et sa famille avait un aspect étrange, occasionné par les statues qui l’ornaient. Leur quasi-nudité ayant choqué ma grand-mère, elle leur avait fait faire à chacune des chemises blanches qui leur donnaient une physionomie monastique des plus originales.

Le nom de mon grand-père, fort difficile à prononcer par des bouches françaises, était sans cesse cruellement écorché par les domestiques, ahuris d’avoir à le nommer dans les réceptions. C’est ainsi que le général russe se vit un soir proclamé « prince de la Chine » ! Un autre le désigna sous le nom de « comte rosse ton chien » ! Mon grand-père était le premier à rire de ces lapsus linguae.

La petite Sophie était alors devenue une belle et grande personne à la taille gracieuse et svelte, et dont la tournure était aristocratique au suprême degré. Simple et gaie, elle s’ignorait complètement et ce n’était pas le moindre de ses charmes. La piété de ma grand-mère Rostoptchine avait réussi à la convertir de bonne heure au catholicisme, aussi trouva-t-elle des plus sympathiques le projet de mariage rêvé pour elle par Mme Sweetchine, amie de la famille. Le comte de Ségur, qui sollicitait la main de Sophie Rostoptchine, était catholique et devait la garder dans un milieu catholique, avantage précieux, à cette époque où l’empereur Nicolas se montrait ouvertement hostile à ceux qui ne pratiquaient pas la religion grecque.

Le comte et la comtesse Rostoptchine agréèrent donc la demande du jeune prétendant. Son nom illustre, ses alliances superbes, sa figure remarquablement belle, sa tournure charmante, tout leur plaisait en lui. Leur grande richesse était de celles qui ne songent pas à marier des fortunes, mais des cœurs et ils ne considérèrent nullement comme un obstacle le peu de richesse du jeune officier, celle de ma mère étant suffisante pour deux. Le mariage fut promptement conclu et cette alliance fit prolonger le séjour en France des Rostoptchine. La générosité de mon grand-père décida à cette époque l’achat des Nouettes. Ce furent les étrennes de ma mère en 1822. Mon frère Gaston avait alors deux ans.

Après sa naissance, ma mère avait eu un fils appelé Renaud, qu’elle eut la douleur de perdre à l’âge de trois mois.

Ce chagrin maternel ne l’attacha que plus profondément à notre bon Gaston ; elle eut ensuite deux autres fils, puis quatre filles dont deux jumelles. La dernière de ces quatre, qui était sa petite espiègle, c’était moi. Ma naissance détruisit pour longtemps, hélas ! la santé déjà ébranlée de ma pauvre mère.

Du plus loin que mes souvenirs me reportent en arrière, je vois la douce figure de ma chère maman, toujours souffrante. Elle exerçait sur moi un prestige inouï. Je l’idolâtrais et c’était plus qu’un chagrin, c’était une véritable torture pour mon cœur que d’en être séparée, ne fût-ce que pendant peu d’heures. Pour rester près d’elle, ma turbulence se changeait en douceur câline. Assise sur mon petit fauteuil près de son canapé, je la regardais, je causais avec elle et je ne vivais que de sa vie. L’amour appelle l’amour. Cette tendresse d’un petit être se domptant pour rester près d’une malade conquit ma mère jusqu’au fond de son cœur incomparable. Aussi, comme elle aimait sa chère « Gaga » !

Elle n’était cependant pas toujours commode cette Gaga aux boucles ébouriffées et à la tête volcanique. Elle avait tantôt des accès de colère, tantôt des bouderies qui duraient jusqu’à trois quarts d’heure ! Mise en pénitence à fort juste titre par son excellente mère, elle restait « dans le coin », raide, immobile, sombre et insensible aux doux conseils de sa chère maman.

« Voyons, Olga, disait-elle de temps en temps, demande-moi pardon, ma minette. C’est laid de bouder ; c’est ennuyeux, aussi ! tu sais bien que tu t’assommes là... »

Pas de réponse, jusqu’au moment où le cœur de plus en plus gros de la coupable éclatait tout à coup en pleurs de repentir. Pendant ce déluge salutaire, j’accablais de caresses ma bonne mère dans les bras de laquelle j’étais tombée, en lui demandant d’une voix gémissante des pardons sans fin qui m’étaient bien vite accordés.

Mes jours de misère étaient les jours de grandes promenades. Lorsque ma mère se sentait mieux, elle aimait aller au loin avec mes frères et sœurs. Ces jours-là, j’enviais le sort de la dernière des mendiantes, et deux fois j’eus l’idée d’en finir avec une vie qui m’était devenue odieuse.

La première tentative fut faite sous les regards tranquilles et goguenards de ma bonne, Adèle Leroux, qui avait succédé à ma chère madame Charles, morte de la poitrine lorsque j’avais trois ans. Il ne s’agissait cependant de rien de moins que de me faire percer le cœur avec de vieux bouchons dont j’avais aperçu dans un coin un tas considérable. Je demandai à Célestine, la fille du garde, compagne ordinaire de mes jeux, de m’en bombarder afin d’arriver à un but suprême.

« Je vais me mettre en face de toi, lui dis-je avec solennité, et tu lanceras les bouchons sur moi ; vise en plein cœur ! »

Célestine, fort obligeante et n’en voyant pas plus long que son nez, se mit à sa besogne funèbre et jeta consciencieusement les bouchons homicides. Je les recevais stoïquement, m’étonnant de ne pas mourir et me désolant de ne sentir aucun des coups.

« Plus fort ! frappe plus fort ! » criais-je avec angoisse au bébé-bourreau.

La pauvre fillette s’évertuait à lancer avec vigueur ses projectiles. Peine perdue ! ils restaient déplorablement inoffensifs ; de guerre lasse nous renonçâmes, elle à me tuer, moi à être tuée, et je me décidai d’attendre avec résignation mon dernier jour, lequel s’obstinait à ne pas arriver.

La seconde fois, je voulus agir par moi-même ; pour ce, je pris d’un air résolu le petit couteau qui me servait à creuser des trous dans le sable et je dis à ma bonne quelle était ma ferme intention.

« À ton aise, me répondit-elle froidement ; adieu, ma pauvre fille.

– À revoir, ma bonne, répliquai-je en levant mon couteau... (Il avait un bout rond et il ne coupait pas, mais je n’en étais pas moins persuadée que c’était une arme dangereuse.)

– Comment ! “à revoir”, reprit-elle. Où ça, à revoir ?

– Au Ciel, donc !

– Jamais de la vie. Moi, j’irai ! mais toi, pas.

– Et pourquoi pas moi aussi ? demandai-je avec une irritation mêlée d’inquiétude.

– Parce que le bon Dieu n’y reçoit pas ceux qui se tuent. Toi, tu iras en enfer.

– Avec le diable ? m’écriai-je épouvantée.

– Oui, avec le diable. »

Je fermai mon couteau avec rapidité et le fourrai dans ma poche. Je détestais l’enfer, et le diable me faisait horreur !

Une fois encore cependant j’eus une idée de ce genre. Je regardais avec tendresse ma chère maman, plus souffrante que jamais...

« À quoi penses-tu donc, Gaga ? me demanda ma mère, frappée de mon attitude grave et réfléchie.

– Je pense, répondis-je, que si tu moures, je me jetterai dans la mare.

– Mais ce serait très mal ! Que dirait le bon Dieu quand tu paraîtrais devant lui ?

– Je lui dirais : “Bon Dieu, pourquoi que tu as fait mourir maman ?” et puis je dirais à mon bon ange gardien : “Ange gardien, conduis-moi tout de suite à maman”. »

C’est ma mère qui m’a raconté elle-même cette petite conversation en me citant les paroles de Gaga avec leurs incorrections naïves et drôlettes.

Elle eut grand-peine à me déshabituer de la tutoyer ; j’aimais fort cette manière de lui parler et je pleurai à chaudes larmes quand il me fallut substituer le « vous » solennel au « toi » si tendre et si tendrement prononcé. – « Oh, je t’en prie, laissez-moi vous dire toi ! » sanglotais-je. – Sa douce fermeté me fit obéir.

Parfois l’on m’emmenait promener, lorsque les courses étaient possibles pour mes petites jambes.

J’accompagnais alors ma mère en cabriolant de joie et je papillonnais autour d’elle, cueillant, tantôt des fleurs, tantôt des fruits sauvages, après avoir caressé mon gros mouton en passant par la ferme.

... Car j’avais, ou plutôt, je m’étais adjugé un gros mouton, le plus gros de la bande, s’il vous plaît. Je lui portais du pain avec du sel dessus, ce dont il était très friand et il me connaissait à merveille.

Parfois, nous allions au village. Il y avait là une bonne vieille appelée Mme Harel. C’était la veuve d’un maître d’école qui était restée là après la mort de son mari et qui vendait un semblant d’épicerie. Elle avait, entre autres, dans un vieux bocal recouvert d’un carton colorié, des sucres d’orge qui faisaient mes délices, quoiqu’ils fussent toujours pleins de fourmis. J’épluchais les bêtes, avec un mélange de colère et de satisfaction, et je croquais ces bonbons rustiques avec plus de plaisir que je n’en ai jamais eu depuis, à savourer les friandises les plus délicates.

Il n’y avait pas que moi de gourmande dans la famille. Ma chère maman s’amusait à me raconter les bêtises de ses autres enfants, et j’ouvrais de grands yeux en apprenant que l’un de ces « grands » si sages avait, tantôt dévoré (à trois ans) une salade de lentilles destinée au repas de quatre ouvriers, tantôt avait avalé le son qui bondait le corps d’une poupée, ce qui fit jeter les hauts cris à sa propriétaire ; tantôt il avait réalisé la phrase consacrée : « je dévore mon journal » en exécutant à la lettre ce repas bizarre. Lorsque ma mère chercha le Constitutionnel, à la requête de sa belle-mère qui le demandait à tous les échos des Nouettes, elle aperçut le Bébé, assis dans un coin et... tutionnel en train d’être avalé ; c’est tout ce qui restait de la feuille chère au docteur Véron. Enfin, pour mettre le comble à l’avidité enfantine en question, les... souvenirs laissés dans un chemin par un troupeau de moutons furent pris par le même bébé pour du chocolat, semblable à celui dont il avait reçu une boîte peu de jours avant. Le goût effroyable de ce qu’il avait imprudemment ramassé le plongea dans un désespoir amer.

Parfois des disputes acharnées s’élevaient entre ma sœur aînée et l’un de mes frères, son camarade de prédilection. Aux mots vifs succédaient des voies de fait. Chaque adversaire saisissait, pour s’en faire une arme, les objets les plus hétéroclites et, après s’en être vigoureusement servi, arrivait en piaillant chez ma mère, lui crier, l’un : « Maman, Nathalie m’a donné un coup de cathédrale ! » (Ledit monument faisait partie d’un village donné par ma grand-mère Rostoptchine et avait servi de massue.) L’autre répliquait en geignant : « Et lui, il m’a donné un coup de panier ! » (L’osier de ce projectile n’était guère plus tendre que la terrible cathédrale.)

Ma bonne mère grondait un peu, pacifiait beaucoup et l’on repartait jouer au petit jardin, lieu de prédilection s’il en fut.

Cet endroit, cultivé par mes frères et sœurs, puis par moi, avec une persévérance digne d’un meilleur sort, n’était pas loin d’une mare qui servait pour les arrosages des corbeilles de fleurs ; ce cloaque, refuge favori des crapauds, n’était pas sans danger, car les bords en étaient à pic et maçonnés, aussi nous défendait-on d’y aller. Ma désobéissance, jointe à un mélange de taquinerie et de férocité enfantine, causa à ma mère une frayeur terrible. Alors qu’on faisait les foins (j’avais environ six ans), moi et les enfants des ouvriers jouions sur l’herbe. Nous y trouvâmes un hérisson et ses petits, ou plutôt un faucheur les trouva et nous les donna, pour le malheur de ces pauvres bêtes ! Après nous être amusés à les faire mettre en boule, je décidai qu’il fallait voir s’ils savaient nager et en vertu de cette belle idée nous nous acheminâmes vers la fameuse mare, moi, Marie Duval, Vital son frère et André, frère de mon amie Célestine. Nous voilà donc au bord de la pente par laquelle le jardinier venait puiser de l’eau et là, nous lançons les nageurs dans ce liquide jaune et bourbeux. Joie profonde, les hérissons nageaient que c’était merveille ! Mais ceci ne me satisfaisait pas et je voulus les faire aller au fond. Armée d’une gaule, je fis plonger les petits ; pour le gros hérisson ce fut une autre affaire ! il reparaissait de plus belle... Réunissant toute ma vigueur, j’enfonçai avec ma gaule l’infortuné nageur avec un tel élan que j’allai à sa place droit au fond...

Ah ! quelle sensation bizarre j’éprouvai alors ! Accroupie dans cette vase, je me disais, tout étourdie de cette chute, que je faisais un rêve affreux... J’avais les yeux grands ouverts et je voyais vaguement de la clarté au-dessus de ma tête... J’ouvris deux fois la bouche pour respirer ; chaque fois, j’avalais une gorgée de cette eau dégoûtante... Je compris alors peu à peu que j’étais réellement dans la mare et je me souvins, par bonheur, d’avoir entendu dire à ma mère que les gens tombés à l’eau devaient, pour remonter à la surface, donner un grand coup de pied au fond ; je le fis instinctivement alors et je me trouvai soudain hors de l’eau, les yeux à demi aveuglés et la gorge pleine de liquide abominable ! À côté de moi, la pauvre petite Marie était à demi dans l’eau, tête et bras, car les jambes étaient retenues avec énergie par le petit frère qui les étreignait en criant comme un merle. La brave fillette avait voulu me repêcher et n’avait réussi qu’à tomber dans la mare avec moi !... À côté de nous, l’infortuné hérisson barbotait avec frénésie. Sur la première marche de l’escalier conduisant à la mare, le petit serin d’André était assis, pétrifié d’horreur et hurlant comme un perdu...

Ce spectacle me galvanisa. M’accrochant à la poutre qui traversait la maçonnerie, je me hissai hors de l’eau comme une grenouille, verte, ruisselante, infecte et sanglotante, car j’avais été saisie de terreur, à mon tour !

Tandis que les faneurs, accourus aux clameurs des garçonnets, retiraient l’infortunée Marie de la mare, je retournai, en pleurant comme une Madeleine, à la maison pour y chercher des secours et sauver Marie. J’eus l’idée, en passant devant le billard, d’entrer par là (ce qui m’eût abrégé le chemin), mais la défense faite par mon père aux enfants de jamais entrer de ce côté me revint à l’esprit. Malgré mon désespoir, je fis donc consciencieusement le tour du château, ce qui eût peut-être été fatal à la pauvre Marie si les travailleurs n’étaient accourus à son secours.

J’aurais voulu courir, mais mes petites jupes, ruisselantes d’eau, se collaient à mes jambes et m’en empêchaient. Sabine, entendant du bruit, sortit alors de la maison.

À la vue de cet être piteux, trempé, elle resta saisie...

« Ah ! mon Dieu ! maman, cria-t-elle, en perdant la tête ; Olga est noyée... »

Ma pauvre mère s’élança, affolée, hors de chez elle, descendit l’escalier comme un éclair et... se trouva en face de moi ! – Ce qu’elle avait la figure renversée, cette pauvre maman !...

« Sauvez Marie ! Marie est dans l’eau ! Tirez-la de la mare ! » criais-je sans discontinuer et sans vouloir rentrer à la maison où ma bonne, accourue elle aussi, voulait m’emporter.

Je ne me calmai que sur les assurances réitérées que c’était fait. On l’amena dans ma chambre, et là, nous changeâmes toutes deux de vêtements après qu’on nous eut lavées, car nous avions autant de vase que d’eau dans nos robes et sur nous.

Pendant deux ou trois jours on fut obligé, en outre, de me baigner, tant j’avais de démangeaisons, fruits amers de cet accident qui eût pu devenir tragique.

Cela ne me corrigea pas de mes goûts aventureux. Ma mère riait de me voir grimper aux arbres comme un écureuil, mais ces escapades mettaient ma bonne hors d’elle ! Cela finissait même par une poursuite héroïque sur le grand sapin que j’escaladais jusqu’à la cime, espérant toujours échapper à ma pauvre bonne, devenue rageuse à force d’inquiétude. Hélas ! happée par le mollet, il me fallait piteusement redescendre de branche en branche, maintenue par son bras obstiné.

Une de nos joies à tous était de préparer à maman des salades de légumes crus, fortement assaisonnées. Elle aimait, nous le savions, ce mets bizarre. Nous allions cueillir nous-mêmes carottes, asperges, navets et poireaux. Nous les lavions, nous les épluchions, nous les coupions en petits morceaux et nous portions en grande pompe ce mets à la destinataire qui s’en montrait toujours charmée, tant elle était bonne et tant elle était sensible à cette petite attention.

Sa chambre et son cabinet de toilette ne désemplissaient pas. Nous y étions toujours fourrés. D’abord, nous nous plaisions à la voir se coiffer et mettre elle-même en boucles ses beaux cheveux blond foncé, si doux et si brillants ; puis nous allions toujours, l’un ou l’autre, piller qui un savon, qui de l’eau de Cologne, qui de son excellente pâte d’amandes. Bien souvent un gourmand y pilait dans un verre des amandes et du sucre et se confectionnait là sans façon une boisson délicieuse.

On n’était bien que chez ma mère pour lire, pour dessiner, pour causer.

On se plaisait à danser sur le dur canapé qui se convertissait le soir en lit, grâce à un matelas mince comme une couverture. Les soirs d’automne à la campagne, nous faisions des caramels à la flamme d’une bougie et les brûlures qui en résultaient parfois nous faisaient crier piteusement, sans nous donner le courage de renoncer à un amusement doublé de gourmandise.

... Mais, par exemple, les jours de migraine de notre chère maman, les Nouettes devenaient une succursale de la Trappe pour le silence, notre bien-aimée malade ne pouvant supporter aucun bruit. On allait et venait dans le corridor sur la pointe du Pied ; la parole devenait un souffle et se faisait rare lorsqu’on entrait chez notre bonne mère, pour savoir de ses nouvelles. On ouvrait à deux mains, pour empêcher tout mouvement précipité, la première porte qui isolait déjà la chambre de tout bruit ; puis l’on redoublait de soins pour celle même de la chambre et l’on entrait lentement, lentement, dans la pièce restée obscure à dessein.

Quelle peine alors de voir notre pauvre mère livide, les yeux éteints, le front couvert d’une sueur froide, le visage décomposé par la souffrance ! Elle pouvait à peine articuler une parole, malgré son courage. On déposait sur son front un baiser tendre et léger, puis on se retirait en se regardant tristement, car nos cœurs devenus gros souffraient pour elle et avec elle.
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