Mémoires en dix minutes





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Chapitre VII


L’as de pique. – Les joueurs de whist. – Pris dans une chaise ! – « Mme Bombeck ». – Personnages historiques. – Les onze violons. – Bizarre justesse d’oreille. – Éducation masculine. – Le charretier en déroute. – La charge au gros sel. – Le drapeau blanc. – Installation à Paris. – L’onguent de ma cousine. – Charité admirable. – Les deux côtelettes. – Le chat-martyr. – Le cigare d’un impertinent. – Portrait de « Mme Bombeck ». – Un petit drame. – Fin édifiante. – Paolo. – Une amputation au Mexique. – « Mme des Ormes ». – Son fils. – « J’ai un an de plus que ma mère... » – L’improvisation étudiée. – M. Féréor. – Camille, type de Mina, de Geneviève, des Petites filles modèles et des Vacances.

Un serviteur de ma mère dut l’accompagner un jour dans une tournée de visites à faire en voiture. Au moment de partir, maman s’aperçut avec ennui qu’elle avait oublié ses cartes.

« Remontez, dit-elle au valet de chambre et rapportez-les. Voici la liste des noms et des adresses ; vous garderez le tout. Il faut déposer des cartes chez les personnes absentes ; vous m’avertirez pour celles qui seront chez elles. »

La tournée commença. Le temps était beau ; personne n’y était. « Quelle chance ! » se disait ma mère radieuse. À la fin de la journée, le domestique s’approche de la portière, l’air embarrassé aussi bien qu’ennuyé.

« Madame, dit-il, je n’ai plus de cartes.

– Comment ! s’écria ma mère ; j’en avais pourtant mis plus que le nombre nécessaire.

– Oh non, madame, car il y a encore deux courses à faire et je n’ai plus que l’as de pique.

– Hein ? » balbutia ma mère.

Il y eut un silence... Le domestique attendait des ordres ; ma pauvre maman n’osait l’interroger, pressentant une catastrophe due à une imbécillité transcendante.

« Quelles sont donc les cartes que vous avez prises chez moi ? demanda-t-elle enfin avec effort.

– Dame ! madame, le jeu dont on se sert ; et madame voit ? je n’ai plus que l’as de...

– Assez ! assez ! interrompit ma pauvre mère accablée, et vous avez distribué ces cartes-là ?

– Bien sûr, puisque madame me l’avait commandé... »

Pour comble de désolation, l’imbécile avait perdu la liste ! Tout était à refaire, adresses et visites ! Ma mère n’eut pas la force de continuer ses courses ce jour-là et rentra chez elle anéantie !

Pauvre mère ! Elle ne gronda pas le coupable et pourtant elle était malade, ce qui doublait pour elle cette fatigue longue et pénible !

J’ai dit que l’un des partners au whist était « la Baronne » que « M. Tocambel » nommait (je ne sais pourquoi) « Mme Charlotte » dès qu’il entrait en pique avec elle et Dieu sait si cela arrivait souvent ! Un autre joueur, le marquis de Montagu, ancien colonel, formait un contraste complet avec eux. Silencieux et calme, il jouait avec une gravité imperturbable et faisait dignement vis-à-vis avec sa fanatique partner. Mlle Alberte de Macklot. Cette dernière, amie intime de ma mère et ma marraine, était complètement sourde, mais comprenait tout à merveille, au simple mouvement des lèvres. Elle était passionnée pour le whist et y apportait une ardeur, un acharnement qui n’admettaient ni plaisanterie, ni distraction. Aussi l’entendions-nous souvent gourmander ma tante et M. Pouqueville qui entravaient, selon elle, la marche de ce jeu sacré, par leurs plaisanteries. Elle en avait parfois son bonnet de travers, à force de tourner la tête de gauche et de droite pour réprimer la pétulance intempestive de « Mme Charlotte » et du chevalier surnommé par « la Baronne » « le père Pouque ».

Lorsque le marquis de Montagu ou l’un des autres joueurs faisait défaut, on avait recours à un jeune homme fort obligeant, fort timide, et visiteur assidu de nos petites réunions. Le vicomte de L... fut un soir victime de cette amabilité à faire le quatrième au whist, car en voulant s’asseoir sur une chaise, le fond (qui était mobile) bascula tout à coup et le pauvre garçon entra dans le vide, comme un clown dans un cerceau. Nous nous pâmions de rire en voyant sa tête effarée reposer sur ses petits genoux (il était maigre et fort chétif) tandis que ses bras s’agitaient désespérément en l’air.

« Morbleu ! monsieur, relevez-vous ! lui dit mon père qui assistait d’un air fâché à cet effondrement et à cette pantomime.

– Mais, monsieur, je ne peux pas ! gémit l’infortuné en se débattant dans son étroite prison. Aidez-moi, je vous en prie... »

Nous nous précipitâmes et quelques efforts vigoureux l’arrachèrent de sa chaise comme le bouchon d’une bouteille. Le malheureux était couleur coquelicot ! Il se sauva comme un rat et nous ne le revîmes que rarement depuis.

La vicomtesse Henri de Ségur, née Porte-Lance, était l’une de nos intimes. C’est elle que ma mère mit en scène dans son joli livre Les deux Nigauds sous le nom de « Mme Bombeck ». – « L’amour des chiens » et « l’amour des chats » sont des personnages historiques, « Croquemitaine » aussi. La passion de « Mme Bombeck » pour la musique est peinte d’après nature. Ma cousine avait onze violons, auxquels sa tendresse avait donné des noms. Elle les soignait comme la prunelle de ses yeux. Elle jouait faux avec délices, avec conviction.

Chose étrange ! cette femme, qui manquait totalement d’oreille en jouant, distinguait la moindre fausse note dans un orchestre et désignait le coupable sans hésiter. Les artistes, tout en riant de sa manie d’exécutante, l’avaient en grande estime et l’aimaient, car c’était une excellente personne, malgré son ton brusque et ses manières masculines.

Elle avait été bizarrement élevée. Son père, riche créole, ami de d’Alembert et philosophe enragé, eût fort aimé avoir un fils. Il chérit cette enfant, mais il l’éleva en garçon pour se consoler et se faire illusion sur ce fils désiré. Il en résulta que la fillette fut habillée en homme, monta à cheval comme un cavalier, mania son fusil comme un habile chasseur et eut un langage d’une énergie toute militaire. Elle adorait son père qui était excellent pour elle et elle ne voyait que par ses yeux. Il était sa religion, sa famille et sa loi. Elle accepta docilement le mari qu’il lui donna, mais son union avec le vicomte Henri de Ségur fut stérile. Elle vécut longtemps à la campagne après la mort de son mari, dans le château de Montazeau. Quoique habillée en femme depuis son mariage, elle reprenait parfois ses vêtements masculins pour voisiner, sur son étalon Ferdinand dont les frasques et le caractère indocile étaient vigoureusement réprimés par « Mme Bombeck ».

Elle se vit un jour entravée dans sa marche, alors qu’elle se rendait à une réunion. Ma cousine avait empaqueté sur l’arçon de sa selle ses vêtements féminins et portait ses habits de cavalier, puisqu’elle montait d’une façon masculine. Un charretier malveillant refusa de lui faire place et ne répondit à sa demande polie que par des sarcasmes et un refus péremptoire. La moutarde grimpait facilement au nez de la vicomtesse.

« Ah ! c’est comme ça ? dit-elle d’un air menaçant. Eh bien ! attends un peu, gredin ! »

Et faisant faire un détour à Ferdinand, elle le lança au triple galop sur le récalcitrant, dans l’intention très arrêtée de passer sur son corps... Le charretier, épouvanté de cette charge, se gara en un clin d’œil et laissa ma cousine passer triomphalement ventre à terre.

La vicomtesse était fort charitable et très généreuse, mais elle ne pouvait supporter qu’on la volât, aussi s’aperçut-elle un soir avec une vive irritation que son plus beau poirier avait été à demi dépouillé de ses fruits. Elle résolut non seulement de guetter le larron, mais encore de le punir et, chargeant son fusil avec du gros sel, elle se posta et attendit le malfaiteur. Favorisé par un beau clair de lune, celui-ci parut bientôt. C’était une vieille femme du village que ma cousine reconnut parfaitement et qui venait de nouveau remplir son tablier des fruits secoués par elle. La vicomtesse l’attendait là. Au moment où la voleuse se baissait pour ramasser les poires en tournant le dos à la propriétaire, « Mme Bombeck » fit feu et la charge, dirigée par une main sûre, alla se loger au bas des reins, dans la partie charnue que l’on préfère ne pas nommer crûment.

La vieille ne demanda pas son reste ! Elle se sauva clopin-clopant, en criant comme une chouette, et le lendemain, la vicomtesse alla se promener dans le village afin de savoir indirectement dans quel état se trouvait la coupable.

« Ah ! madame, répondit naïvement la petite-fille de la voleuse (que ma cousine venait d’apercevoir et d’interroger sur les santés de la famille), ça ne va pas bien chez nous. Ma grand-mère a pris hier soir un rhumatisme. Elle ne peut plus remuer ni pied, ni patte et elle est au lit, criant à faire pitié. »

La vicomtesse s’éloigna en se frottant les mains. Le « rhumatisme » guérit vite, mais le souvenir du gros sel resta et le poirier fut respecté dès lors à l’égal d’un fétiche.

En 1830, la vicomtesse, royaliste enragée et comme telle ayant un drapeau blanc au sommet de son château, vit arriver une bande de révolutionnaires qui se trouvaient offusqués de voir encore arborée cette couleur, devenue séditieuse. Ils sommèrent donc ma cousine de l’enlever et de le mettre au rancart. La vicomtesse prit son fusil, le chargea devant eux et répondit tranquillement :

« Que celui qui veut abattre mon drapeau y aille. Je le ferai descendre plus vite qu’il ne sera monté. »

Les coquins filèrent et le drapeau resta sans que personne osât jamais réclamer à son sujet.

Sur le tard de sa vie, la vicomtesse quitta le Midi, mit en viager sa petite fortune, ce qui lui donna six mille livres de rentes et s’installa rue de la Pépinière avec « Croquemitaine », « l’amour des chiens » (dont le vrai nom était Tolo), « l’amour des chats » et ses onze violons. Elle ne tarda pas à être connue dans son quartier et même dans presque tout Paris, grâce à son onguent. La composition de ce remède vraiment merveilleux lui avait été donnée par un pauvre prêtre espagnol reconnaissant, qu’elle avait eu la charité de recueillir et d’héberger dans son château pendant un an lorsqu’elle habitait le Midi.

L’excellente femme non seulement préparait et donnait son onguent à qui en voulait, mais encore elle allait soigner gratuitement les malades indigents. Souverain contre les panaris, les abcès, les cancers, les plaies, les tumeurs et même contre les douleurs et les rhumatismes, « l’onguent de ma cousine » (car c’était ainsi que nous l’avions baptisé) enlevait toute douleur, faisait évacuer peu à peu les humeurs, détruisait les bouillons de chair vive si douloureux des panaris et préservait de la perte d’une phalange, fréquente pour les malades soignés avec les remèdes ordinaires. Appelée de tous côtés, ma bonne cousine se multipliait. Elle sauva une concierge de la rue du Bac abandonnée par tous les médecins et rongée par un cancer au sein. La vicomtesse alla six mois de suite la panser deux fois par jour, six mois en été, et cela à pied (quoique déjà plus que sexagénaire), de la rue de la Pépinière au 110 de la rue du Bac. Elle se refusait le luxe des omnibus, afin d’avoir plus d’argent pour ses chers pauvres !

La vicomtesse donnait aux bêtes comme aux hommes ; plus volontiers même, car elle estimait peu l’espèce humaine et aimait extrêmement les animaux. Apercevant un jour un chien qui lui parut affamé, elle entra chez un boucher, acheta immédiatement deux côtelettes et voulut les faire manger à la pauvre bête. L’animal, partagé entre la faim et la peur, recula, quoique les yeux brillants de convoitise ; ma cousine s’avança encore, lui parlant avec douceur en lui tendant la viande, obstinée à vouloir la lui faire prendre. Elle le suivit ainsi pendant plus d’une demi-heure, si bien qu’à la fin elle eut la joie de lui voir accepter les côtelettes et s’en revint chez elle éreintée, mais enchantée de son succès.

« Mme Bombeck » sentit un jour ses instincts belliqueux s’éveiller en apercevant un charretier, dont la voiture pleine de bois était arrêtée dans la rue de l’Université, s’amuser cruellement à lancer des coups de fouet à un pauvre chat grimpé ? Amitié de la charge. L’animal gémissait, cramponné aux bûches, n’osant ni descendre, ni monter plus haut. À cette vue, ma cousine indignée s’élança vers le méchant homme, lui arracha te fouet des mains, le cassa et lui en jeta les morceaux à la figure en criant : « Gredin ! » (c’était son mot favori). Le voiturier furieux riposta. La vicomtesse le prit de plus haut encore et bientôt ce fut une véritable bataille à coups de langues, terrible, acharnée ! Les badauds accourus étaient assourdis par les vociférations du charretier et les clameurs énergiques de ma cousine ; les miaulements désespérés du chat martyr complétaient le charivari. Dans le lointain, au coin de la rue de Bellechasse, deux têtes curieuses et effarées observaient ce tableau mouvementé, c’étaient la baronne de B... et la comtesse du D..., nos parentes, qui assistaient à la querelle en se gardant bien de se montrer.

Ce fut le charretier qui s’avoua vaincu ! Il s’éloigna honteusement, abandonnant le chat à sa protectrice qui le mit maternellement sous son bras et alla le proposer aux deux dames qu’elle aperçut alors et qu’elle se hâta de rejoindre. Sur leur refus, elle le mit en pension chez la concierge de la baronne, car « l’amour des chats » n’eût pas toléré un compagnon de son espèce.

On voit qu’elle était vaillante, mon excellente cousine. Elle en donna une autre preuve un soir sur le boulevard. Elle croisait trois jeunes gens qui, bras dessus bras dessous, le cigare aux lèvres, lui barrèrent le passage et refusèrent malhonnêtement de s’écarter. La vicomtesse détestait et l’odeur du tabac et l’impolitesse. Elle empoigna le cigare de l’impertinent qui lui faisait face et le lui jeta au nez en le qualifiant de « Gredin ! » « Bravo, la vieille ! » crièrent les passants, charmés de cette verdeur d’allures et de langage. Les insolents s’éloignèrent déconcertés, laissant ma cousine maîtresse du terrain passer fièrement.

C’était un type charmant que cette octogénaire, à la démarche alerte et même vive, aux cheveux d’un blanc de neige encadrant un visage énergique qui gardait des traces de sa beauté passée. Ma bonne mère, pour l’aider dans ses élans charitables, lui faisait force cadeaux, entre autres des vêtements de soirée, avec lesquels la vicomtesse venait à nos jeudis. Je la vois encore avec sa robe de soie foncée, à reflets puce et à petits dessins, un bonnet à fleurs crânement posé à la diable, ses mains couvertes d’épais gants blancs toujours déboutonnés (car elle détestait la gêne) et des souliers à cordons, comme on en portait alors en soirée. Elle avait une façon à elle de parler, de rire malignement quoique sans méchanceté, qui était d’une originalité achevée. Ce qui était moins agréable, c’était de l’entendre cracher.

Une toux sonore annonçait à l’auditeur effrayé que tout un petit drame se préparait. Puis venaient deux ou trois contractions de gosier qui corsaient la situation et le dénouement arrivait sous forme d’une expectoration vigoureuse, lancée savamment de loin dans son mouchoir. On respirait alors !

L’excellente femme était philosophe comme son père. Mais Dieu ne pouvait pas, j’ose le dire, laisser sans récompense cette charité intrépide, cette bonté incessante, cette bonne foi enfantine et loyale. Une sœur de charité sut l’approcher, lui faire porter une médaille de la très sainte Vierge et lui fit accepter les derniers sacrements.

Sa fin a été douce et chrétienne.

Giselle, la petite héroïne d’une des pièces composant le livre Comédies et proverbes, était une enfant de notre connaissance, atrocement gâtée par ses parents et que sa mère appelait « ma charmante » quoiqu’elle fût fort peu aimable.

Le Paolo de François le bossu était également un type réel. M. Guth, Polonais réfugié en France, fit connaissance avec ma mère et ses voisines de campagne, dans les circonstances indiquées par le livre qui le met en scène. Il était médecin et, grâce à l’active charité de ma mère et de ma tante de la Grange, il put avoir une trousse de chirurgien et l’argent nécessaire pour aller en Amérique y chercher fortune.

Quelques années avant la mort de ma pauvre mère, il vint en France remercier ses bienfaitrices auxquelles il offrit deux bagues superbes, comme témoignage de sa juste et fidèle reconnaissance. Il avait avec lui son fils, car il avait épousé au Mexique la fille d’un riche joaillier et possédait déjà 60 000 livres de rentes. Il raconta à ma mère quelques épisodes de sa vie et l’un d’eux me parut si étrange et si dramatique que je le crois de nature à intéresser ; le voici :

Établi dans une de ces villes primitives où le vol et la police se font d’une façon sauvage et élémentaire, M. Guth travaillant un soir dans son cabinet vit en face de lui s’ouvrir avec précaution une fenêtre en forme d’œil-de-bœuf qui donnait sur la rue. Il aperçut un bras s’avancer et comprit que c’était un voleur qui tentait une escalade ; saisissant une corde, il lia la main du bandit et procéda ensuite à une amputation dans toutes les règles de 1 art, sans se laisser émouvoir par les vociférations du patient. Le voleur tomba lourdement à terre lorsque le bras fut coupé et il put s’enfuir tandis que le chirurgien, resté impassible, détachait le membre sanglant qui fut porté le lendemain par lui aux magistrats du lieu.

La vieille coquette que fuit Paolo dans François le bossu est également copiée d’après nature. Un détail omis charitablement par ma mère caractérisait « Mme des Ormes » : c’était une odeur terrible. J’ai dit que M. Pouqueville déclarait la bonne dame « faisandée » ; d’autres mauvais plaisants la surnommaient « La Brinvilliers des salons ». Ma mère a dépeint admirablement « l’air oie » et les gamineries égoïstes de cette quinquagénaire opiniâtrement juvénile. La vraie « Mme des Ormes » avait non une fille, mais un fils qu’elle envoya de bonne heure à l’étranger, en pension chez un pasteur protestant. Plus tard, il prit du service dans l’armée autrichienne, et revint s’établir en France vers l’âge de trente ans. Ma bonne mère, qui en avait pitié et qui voyait que c’était un aimable et charmant garçon, lui fit faire un superbe mariage. Ce jeune homme, fort spirituel, répondit un jour avec calme à ma mère, qui lui demandait quel était son âge au juste. « J’ai un an de plus que ma mère. – Comment ? s’écria ma mère effarée de cette réponse ; un an de plus ?... – Mais oui, reprit-il en souriant ; ma mère déclare qu’elle a vingt-neuf ans ; moi j’en ai trente... vous voyez que... » On juge des rires qui accueillirent cette fine réponse. Il disait un jour en parlant de son père qui, faible, insouciant et maté par sa vieille coquette de femme, charmait ses nombreux loisirs en raclant du violon d’une façon atroce : « Mon père étudie une improvisation depuis huit jours. »

Ma mère décrivit avec complaisance un type charmant dans son délicieux ouvrage : L’auberge de l’Ange-Gardien, c’est celui de l’excellent Méthol qu’elle mit en scène sous le nom de Moutier, le zouave sans peur et sans reproche. Elle le peignit également à un âge plus avancé dans Jean qui grogne et Jean qui rit sous le pseudonyme de Barcuss (c’est le nom du village basque où est né Méthol), comme le modèle du serviteur fidèle devenu l’ami de la famille à laquelle il s’est dévoué.

Un autre personnage très curieux et très réel a été décrit dans La fortune de Gaspard : c’est M. Féréor. Le caractère seul en est réel, la trame est imaginaire. On trouve dans cet ouvrage, comme dans celui de Après la pluie le beau temps, la silhouette gracieuse et charmante de Camille, déjà montrée dans Les petites filles modèles et dans Les vacances. Cette beauté jeune et souriante, immobilisée dans tout son éclat par la souffrance et par la mort, était une des tendresses de « grand-mère ».
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