Introductions aux œuvres de Jeanne Benguigui





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Introductions aux œuvres de
Jeanne Benguigui

Portrait de Jeanne Benguigui
par Madeleine Duguet


Cette page sur Jeanne Benguigui sera régulièrement augmentée au fur et à mesure du défrichement des archives récupérées chez elle après sa mort le 25 décembre 2011 : sont à la garde des Cahiers Bleus à la fois des manuscrits de pôèmes avec leurs nombreuses corrections, des lettres reçues et envoyées, des photographies… Ainsi diverses correspondances avec Madeleine Duguet, une amie qui la reçut chez elle à Anvers et la soigna avec un immense dévouement alors qu’atteinte de tuberculose elle se consumait lentement.

Certains de ses amis vivants auront peut-être à cœur de partager avec les visiteurs de ce site des souvenirs, des impressions, des faits, des images… C’est mon souhait afin que peu à peu s’édifie un nouveau numéro de la revue Cahiers Bleus, selon une formule qui s’inventerait au fur et à mesure…

Quand aux livres de J.B. l’Obscure, selon le surnom qu’elle se donnait, on pourra, une fois abordé son œuvre par le regard de ceux qui en ont écrit, le visiteur pourra télécharger tel ou tel d’entre eux à vraiment petit prix. Hélas, il faut toujours disposer d’un peu de menue monnaie pour que continue à travers le temps ce site dédié à des œuvres qui méritent de durer.

Ce site dispose également d’un certain nombre d’exemplaires sur papier de quelques-uns d’entre les titres qui composent cette œuvre exigeante et belle : il suffit de commander les titres désirés en remplissant le formulaire et en satisfaisant les désirs du trésorier…

Dominique Daguet
Haute exigence
Poète jusqu'au bout des ongles, J.B. n'a pas fini de nous étonner avec la vigueur, l'originalité et la multiplication des images qu'elle appelle sous sa plume, comme si ces images avaient pour fonction d'insuffler, au cœur du poète, la vie qu'une blessure originelle, d'une insondable profondeur leur aurait dérobée... On aura compris qu'à vouloir brûler les étapes, exalter l'impossible, le feu consume la syntaxe, et la courte respiration du poème brise la phrase et son rythme en étincelles incandescentes... Cri jeté dans la coupole de l'azur, et qui résume, en quelque sorte, l'itinéraire du poète au long de son œuvre… jeu multiple de mouvements contraires, parfois brutalement brisés dans leur élan, et, si l'aspiration ascensionnelle appelle et guide le poète, la fascination vers le bas, inévitable dans cette progression en dents de scie marquée par la constante menace de la chute, n'en est pas moins promesse d'une découverte des origines... Chez J.B. le déchiffrement de soi s'opère à partir du corps de la lettre qui, comme un miroir renverrait le corps à lui-même...

« Car / moi Poème / je suis Dieu / en toi / qui marche / te nomme / te crée / lettre à lettre / suivant mon seul plaisir / et ma volonté »... Peut-on envisager plus bel acte de foi, plus haute exigence... ? Une telle provocation trouve, avec les poèmes de J. Benguigui à se justifier.

Marie-Claire Courcelle,
(la République de Seine et Marne 30.X.85),
(La Sape n° 13)

Entrevoir « l'infini bouclé d'allégresse »
Jeanne Benguigui, c'est, de prime abord, une disposition typographique visant à accentuer relief et résonance des groupes syntaxiques, corrélativement à l'effet des pauses...

C'est aussi, bien plus fondamentalement à coup sûr, un écart syntaxique fondé de manière spectaculaire, sur l'inversion, l'ellipse, l'apposition, l'infinitif d'exhortation ou d'injonction, faisceau majeur d'une virtuosité forçant d'entrer dans la salle de musculation grammaticale pour y apprécier le gain réalisé d'une expressivité supérieure...

Mais ce sont l'assise des symboles, la substance des images, l'imprégnation par l'Algérie natale qui nous font le mieux pénétrer dans le corps glorieux de cette écriture. C'est sur elles, semble-t-il, que le poète se fonde... Elles nous paraissent fournir les composantes essentielles de cette langue de l'Être que le poète se jure d'inventer...

L'image ici meut l'esprit dans la vérité du monde, soit qu'elle coïncide avec une illumination analogue du lecteur, soit qu'elle corresponde à une vérité jusqu'alors étrangère, fût-elle indémontrée, indémontrable. Non « subjectivité absconse » donc, mais bien plutôt « réverbération » juste de quelque chose de profond. Il s'agit là du témoignage irrécusable d'une intériorisation, de la récompense d'une authenticité, d'un appétit de justesse, d'une soif de concordance, d'une exigence de pureté.

Qu'importent les dangers si l'écriture, par ascèse et par grâce — c'est souvent le cas avec J. B. — entrevoit « l'infini bouclé d'allégresse », frôle « le mur immaculé » à force de désir !

Joseph Rouffanche
Grand Prix de l'Académie Mallarmé 1984.

(Friches . Cahiers de poésie verte n° 18)

L'écriture de Jeanne Benguigui :
furieuse dérive de glace percutant un soleil
par Wald
L'écriture de Jeanne Benguigui n'appelle pas une critique aisée car elle emporte loin : au delà du simple imaginaire, s'il en fût, au delà des houles de l'inspiration, ce qui serait déjà bien, au delà encore du souffle, un des indices du rare. Cette poésie s'épanche dans les torsades de l'intuition, souvent captée par des fulgurances de langage dont seuls quelques extatiques sont capables de lacérer les pages, au gré d'une tourmente exacerbée. Pourtant, quelle maîtrise de l'élément !

C'est un sentier de calvaire où ce vaste poète hisse son humanité à force de pierres tissées qui sont, magnétisme d'une anagramme médiumnique, autant de prières, d'appels, de tragédies. Autant de mausolées et de lueurs, calmes ou stridentes, flottant sur l'amplitude illimitée des mots. Autant de repères, de gîtes et de nouveaux départs. Jeanne Benguigui choisit l'ascèse d'un rite où chaque formule est vouée aux clauses essentielles. Dans cette quête érémitique, les aspérités du texte, les pointes acérées de ses triangles cimentent, marche après marche, un escalier extrême où la souffrance relie le pur et le noir de ses blasphèmes aux axes lisses de hautes intuitions.

Jeanne Benguigui nous livre la condition de son initiation : elle a « bu la mort » pour connaître et fleurir. Son savoir sensible nous est transmis nuancé de vibrances et chaque question porte le doute, engendre la non-réponse mais consacre l'union intime de son être avec la moindre parcelle d'univers, raccourci intuitif que cette appartenance doublée d'une conscience cosmique collective. L'évidence en est telle qu'elle dicte au poète de « céder au temps » et, malgré tout, l'amène à se « cogner à l'éternité ». Chaque vie différenciée se nourrit à l'unique poumon cosmique, la lumière que le seul esprit peut et doit discerner puis rejoindre. Dans ce sens, Jeanne Benguigui prophétise : l'élévation factice n'aura d'effet qu'une rechute vers la matière. La vérité réside dans cette seule équation alchimique qui, du « déchet », élabore le « limon » au prix d'humilité.

Alors autant de joies seront d'avoir franchi des portes plombées, d'avoir parcouru la dérive des « pollens errants ». J'ai lu en Jeanne Benguigui les invocations d'une enfant renouvelée, parée de clair et de sombre sur le bûcher social. J'ai lu et j'avance dans la fraîcheur de ses mots, dans les ronces bienfaisantes de son verbe. Je progresse dans ses déserts, dans ses soifs et ses doutes. J'erre dans les plis de ses poèmes à la recherche de la passe qu'elle connaît pour l'avoir atteinte dans son œuvre marquée par le sceau du sacré, mais dont elle feint d'avoir perdu les coordonnées pour tenter de rester, « bien qu'irrémédiablement d'univers », « encore si peu de la terre ».

Dans cette versification faillée, audacieuse, résolument menée, Jeanne Benguigui rappelle que la raison logique ne suffit pas à la raison humaine empreinte du chaos atemporel, origine et fin à la fois, de l'univers dont elle est issue. Dans le doute que j'ai souvent croisé au rythme des poèmes, s'engrange une forte certitude, une démarche sans retour possible, un ton. Il ya là quelque chose d'implacablement beau, une furieuse dérive de glace percutant un soleil.

Décembre 1985, Wald, peintre
Lettre à Jeanne BENGUIGUI
de Raymond BATH


Le 24 avril 1965
Chère consœur
J'ai été très sensible aux aimables propos que vous avez tenus au sujet de mon petit recueil.

Ce n'est point par politesse, croyez-le bien, que je dirai merveille de votre "Arbre de Vie".

Votre recueil, je l'ai lu d'un seul trait, avec délectation, en le savourant, en le méditant comme il convient à un breuvage de ce genre.

La première "feuille" de votre Arbre de vie est fort joliment appelée « Matin de Grâce » ; c'est un poème à la fois plein de fraîcheur et d'originalité qui sert admirablement d'introduction.

J'ai tout particulièrement apprécié ce chef-d'œuvre de sonnet irrégulier: « L'Idole » à laquelle répond en faisant contraste : « L'Aimé ».

La Trilogie de « Paradis Premier » déborde de lyrisme délirant autant que lucide. En termes poétiques, vous démontrez la pureté première de toute création sensible par l'aspiration - telle l'onde retournant à sa source - que tout titre quelque peu épuré par la souffrance éprouve au fond de lui-même, et qui, précisément, est son retour à la pureté de la Cause Première. Sans cesse, vous inspirant des Évangiles et des Psaumes, vous évoquez, vous invoquez la figure du Christ. Une âme d'élite tend toujours, plus ou moins, à rééditer l'exploit messianique. Vous dites « J'aimerais reposer sur l'épaule divine ». Votre souhait est, jusqu'à réalisation authentique et complète, exaucé en image puisque notre ami Moshé Macchias vous a peinte appuyée sur l'épaule du Christ (ou - dans le cas contraire - je me serais trompé à l'extrême). Nombre de vos vers accrochent. la mémoire comme des adages, comme des proverbes indélébiles : p.ex.: « Enfer terre promise des sourds ». Condamnation du monde implacable, condamnation de la chair secouée par un océan de peurs et de désirs égarés, condamnation de la rigidité inhumaine des lois (que vous ramenez plus particulièrement à la loi mosaïque dont le but, justement, était de démontrer aux hommes l'impossibilité d’être sages et justes) mais - surtout - exaltation de l'esprit en mal d'amour éternel.

À l'aide de peu de mots, vous avez réalisé un fort beau poème en six propositions sobres et puissantes : « Les Yeux ouverts ».

Soyez donc remerciée de m'avoir procuré plusieurs heures d'évasion dans le mystique. Je souhaite qu'un jour, nous puissions faire connaissance mieux qu'au sein d'un congrès de Jeunesses Poétiques.

En attendant, je vous prie, chère consœur de croire en ma sympathie et en ma pleine considération.

L’ARBRE DE VIE

Poèmes de Jeanne Benguigui

Dans l'agréable présentation de la collection « Un trou dans le ciel » (collection dirigée par André Légier aux Éditions du Cerf, à Malines, Belgique) Jeanne Benguigui publie son premier recueil de poèmes. Disons, en passant, que Jeanne Benguigui est une Oranaise de Sidi-Bel-Abbès.

Les thèmes de L'Arbre de Vie procèdent d'une double inspiration : l'une légère et presque primesautière où éclate un certains émerveillement devant la vie ; l'autre, plus grave et fortement marquée de sollicitations mystiques :

« Pourquoi me tourmenter étranger du Jardin
Pourquoi quand je renais m'apparaître soudain... »

Mais on savoure surtout ces courts poèmes aux rythmes de chansons, si chargés de tendresse comme « Un arbre rit », « Matin de grâce », ou « L'Amandier » :

« Quelle enfant

A sauté la haie

Du blanc Paradis... »

Il faut immédiatement inscrire Jeanne Benguigui sur la liste des meilleurs poètes d'origine algérienne aux côtés de Mohammed Dib, Jean Sénac, Jules Tordjmann, Yacine Kateb, Edmond Brua, Mostefa Lacheraf...

Armand Perez
L'ARBRE DE VIE
Jeanne Benguigui est originaire. de l'Oranais en Algérie. Elle grandit dans cette ville de Sidi-Bel-Abbès où tout semble tourner autour de la Légion Étrangère.

Née d'une famille d'artisans, elle doit remonter aux grands d'Espagne réfugiée au Maroc, au nom à consonnance arabe dont le chant dût être à l'origine du don poétique.

L'âme du poète est donc née du heurt de trois civilisations : l'hébraïque, la chrétienne et l'islamique.

Cette âme est fort complexe, si elle se souvient des persécutions dont parle encore sa grand-mère, elle a aussi l'orgueil de sa race et ce vif sentiment de la supériorité humaine.

Jeanne Benguigui est institutrice et chaque jour elle groupe autour d'elle ces petits musulmans au regard candide. Elle les aime pour leur beauté d'enfants émerveillés et pour la joie qu'elle éprouve à vivre au milieu d'eux.

Tout cela forme les thèmes de la poésie de Jeanne Benguigui. Elle part de petites joies pour arriver au grand thème de l'éternel. Si elle recherche l'Arbre de Vie, elle désespère souvent et son chant se fait alors d'une pureté qui touche au sublime :

Je ne sais plus où me poser

La terre m'a chassée de l'Heure.

André Légier

(Un Trou dans le ciel, série V, N2 25 à. 30.
Éditions du C.E.L.F., Malines - Belgique.)

PORTEUSE D'EAU,
L'oeuvre de Jeanne Benguigui s'impose par un style et un ton très personnels, soulignés par une disposition typographique en échelons, en descentes successives, en cascades : on a l'impression d'un fleuve qui, contournant tous les obstacles, se fraie un chemin, obstinément et inlassablement, vers l'invisible océan qui est sa fin dernière.

Cette image n'est pas gratuite car l'auteur elle-même se considère comme une « porteuse d'eau » et cet élément primitif est sous-jacent à beaucoup de ses poèmes comme il l’était à son recueil Pierre criant de soif (Arcam). Sur le plan matériel, l'eau est source de vie pour les hommes des zones désertiques, en particulier de ces pays d'Afrique dont J. Benguigui conserve le souvenir. Sur le plan spirituel, sa signification est pour nous évidente et immédiate, même sans remonter aux métaphores de la Bible.

Mais la recherche mystique implique de toute nécessité d’innombrables combats contre soi-même ou contre le monde, des épreuves, des malheurs, des déchirements. Caractéristique est le titre donné à l'une des sections du livre : Oueds charriant la braise. Au-delà des significations premières, il suggère assurément les dangers et les bouillonnements d'une âme secrète et passionnée. De plus la quête de l'Absolu peut côtoyer les abîmes;

Pour aiguillon
la croix mobile de lumière

À la margelle de clarté
quelque trou noir.

Serge Brindeau, qui est à la fois poète et philosophe, a clairement discerné ces diverses tendances et, au lieu de les décrire, il a composé en guise de préface un beau poème lourd de sens.

Quand la « porteuse d'eau », lame de fond arrachée au Néant, réussit à surmonter les conflits et les obstacles, elle atteint à la vision du Tétragramme et de la délivrance promise :

Ta face
miroir dévoré
où s'imprime
Tétragramme en feu

Celui qui vient.
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