La violence dans la classe, les réponses des experts du primaire





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I)A)3) Les définitions.

Le détour par les définitions devient à cet égard éclairant. Notons d'abord que l'ensemble des approches est à prendre en considération, mais qu'il ne faut pas confondre l'analyse fonctionnelle d'un terme et son étymologie. Ici, le recours à l'étymologie ouvre des pistes mais n'est pas d'un grand secours. On sait en effet que violence vient du sanskrit, puis passe par le latin "vis"(force), et "latus", participe passé de "fero", qui signifie porter. Etymologiquement donc, violence désigne le fait d'exercer une force sur quelque chose ou sur quelqu'un, «l’usage de la force physique ; l’usage "physique" de la force» (pain, 2000b, p.135). La force, mais aussi la vigueur. Violence, de par son étymologie, “est un mot ambigu, qui connote la force, et l’usage de la force, mais aussi la vie” (Pain, Barrier, 1997, p.360). Dans le même sens, Eric Debarbieux (1996a, p.44-45) refuse de ne voir dans l’étymologie du mot que la vigueur physique, la force qui s’exerce par la force brutale. A ce versant, indéniable, on doit y ajouter la vigueur morale, l’affrontement le plus intime et le plus nu, celui qui touche aux frontières en lesquelles un être humain s’abrite : son corps, sa psyché, le sens de sa vie et de ses mots. Toute violence n’est pas agression car une désorganisation brutale, intense, n’a pas forcément besoin d’agresseur direct ou visible. Par exemple, la rigidité et l’imperméabilité du monde à nos projets peuvent être violents.”. En revanche, la violence si elle est toujours transgression et désorganisation d’un ordre institué et reconnu, elle devient peut-être plus encore,  “perte de sens, de compréhension, de repères” (Debarbieux, Tichit, 1997, p.160)

On perçoit déjà l’étendue des acceptions que l’on peut donner au mot. Poursuivons dans le sens d’une tentative de précision du concept.
Robert Audi définit la violence comme une attaque énergique contre les personnes avec des moyens physiques ou psychologiques (1992, p.173). Mais de nombreux auteurs spécialisés adoptent une conception plus étroite de la violence, laquelle consisterait à causer un mal quelconque par l'utilisation énergique de la force "physique". Parfois, un quatrième élément est exigé, à savoir le caractère délibéré ou prévisible du mal ainsi causé. Le dictionnaire de Webster22 ne recense pas moins de sept définitions depuis une relative précision "... utilisation de la force physique pour léser ou endommager", jusqu'à des significations imagées comme "...énergie physique ou naturelle ou force en action", voire plus ambiguës "... utilisation injuste de la force ou du pouvoir, comme pour dénier les droits de quelqu'un". Quoique très diverses, ces définitions ne recouvrent pas l'étendue des significations du mot tel qu'il est employé aujourd'hui. Par exemple, dans un ouvrage intitulé "Ethical théorie and social issues" (théorie éthique et questions sociales), David Goldberg juge utile de distinguer entre violence inter-personnelle, violence sociale et violence politique et d'introduire la notion d'" ...agression psychologique contre les personnes..." dans les trois catégories, sans d'ailleurs préciser ce qu'il entend par agression psychologique. De son côté, John Swomley établit une distinction entre "violence ouverte" et "violence occulte". Selon lui, la première catégorie englobe "... les crimes ou délits, émeutes, guerres, révolutions et contre-révolutions..." qui "...impliquent habituellement le recours aux armes en vue de blesser ou de tuer des êtres humains". Par opposition, "la violence cachée" est celle qui a été institutionnalisée dans divers systèmes ou structures qui empêchent les gens d'être libres". Swomley cite à l'appui les exemples de la conscription et de la ségrégation raciale. Avec cet auteur, nous sommes bien loin de l'acception ordinaire du mot. Mais nous sommes dans la dimension contemporaine qui tend à connoter moralement le terme, en lui donnant un caractère polémique. En effet, le mot violence évoque presque toujours une idée de blâme absente du terme. Maurice Cranston écrit que "dans la réflexion éthique comme dans la conversation courante, la distinction entre force et violence a toujours été très claire. La force était toujours regrettable, mais saurait être acceptée dans certaines circonstances. Le mot force ne véhiculait pas le jugement ou la condamnation qui sont implicites dans le mot violence. La violence, elle, est mauvaise par définition"23. Alors qu'au niveau descriptif, la violence peut évoquer simplement l'utilisation de la force physique (ou autre selon les auteurs) à des fins destructrices, du point de vue moral, elle évoque l'utilisation inacceptable de cette même force en vue de nuire à autrui. La violence résiderait alors dans une mauvaise utilisation de la force. La condamnation morale va permettre insidieusement selon Thomas Platt de légitimer une riposte violente d'un violenté ou supposé tel. C’est ainsi qu’elle “peut s’actualiser dans le crime et les délits (contre l’humanité, contre les personnes, les biens ou la collectivité), dans les incivilités ou le sentiment de violence qui abolissent les limites protectrices des sujets individuels et sociaux qui en pâtissent.” (Debarbieux, 1996a, p.46)
L'extension des acceptions du terme augmente-t-il au détriment de sa compréhension ? Comme le notent Carra et Sicot, la difficulté à définir la violence tient également à l’extension de ses acceptions depuis la plus étroite jusqu’à des prolongements sur la violence verbale, la violence matérielle, la violence symbolique (Carra, Sicot, 1997, p.67).
En France, l'article 1112 du Code civil24 détermine qu'il y a violence "lorsqu'elle est de nature à faire impression sur une personne raisonnable et qu'elle peut lui inspirer la crainte d'exposer sa personne ou sa fortune, à un mal considérable et présent" La définition est relativement large, tout comme celle du dictionnaire Robert de 1985 qui la définit comme étant "le fait d'agir sur quelqu'un ou de le faire agir contre sa volonté employant la force ou l'intimidation, contrainte en brutalisant ou en opprimant", proposant une définition en actes et en faits.

Le droit pénal définit l'impression et le mal d'une manière plus physique et considère que toute atteinte n’est pas une violence. Les articles 309, 310 et 311 du code pénal, dans la rubrique "coups, violences et voies de fait" définissent les violences par des actes qui causent des lésions et des traumatismes plus ou moins graves. Pourtant, avant de définir la violence comme “comportement actif, spontané ou volontaire, menaçant autrui en lui portant préjudice, dommage et souffrance morale ou physique”, le Dictionnaire de la violence et du crime (Dufour-Gompers, 1992, p.407) demande de bien “distinguer la violence de la contrainte et de la force qui peuvent s’exercer envers autrui pour son bien et sans lui nuire dans une relation de respect effectif ”. 
Avec cette acception, on se rapproche de la conception qu'en a Jean-Claude Chesnais qui refuse d'élargir le concept ou propose plus exactement de le situer dans une logique proche de cette référence juridique. Pour lui, la violence est un phénomène à géométrie variable, mouvant, multiple, suivant les lieux, les époques, les circonstances et les cultures, mais la violence criminelle reste quant à elle intolérable pour tous, en tous les lieux. Selon lui, au fond, existent les violences vraies, observables, incontestables et celles qui sont subjectives, peu discernables, contestables. Seules les premières retiennent son attention et son intérêt, les autres étant trop interprétatives : “la violence au sens strict, la seule violence mesurable et incontestable est la violence physique. C’est l’atteinte directe, corporelle, contre les personnes ; elle revêt un triple caractère : brutal, extérieur et douloureux. Ce qui la définit est l’usage matériel de la force, la rudesse volontairement commise aux dépens de quelqu’un” (Chesnais, 1981, p.12). En effet, c’est la seule qui se trouve en conformité à l’étymologie mais c’est aussi la seule qui s’appuie à la fois sur des fondements théoriques sérieux, notamment le Code pénal, et sur des pratiques internationalement reconnues et solidement établies dans les milieux professionnels concernés, qu’il s’agisse de policiers ou de médecins (p.14). Néanmoins, dans un souci exhaustif de repérage, il laisse une place à chacune des violences dont on parle, au sein de trois cercles concentriques. Le premier cercle représente le noyau dur de la violence, celle qui s'exprime physiquement. Le second est déjà plus difficile à cerner, il concerne la violence "économique". Le troisième est "une notion à la mode" et se réfère à la violence morale ou symbolique. Bigeard (1974) se situe à la fois du côté de la victime, du traumatisme et de l'intentionnalité. Pour lui en effet, la violence est une "commotion"..."dans l'intention de faire une victime". Pour Debarbieux, bien sûr, “toutes les violences ne se valent pas” (1996a, p.40), mais, dans une perspective de recherche, il paraît difficile de se cantonner à un type de violence prédéfinie par la norme sociale. Ailleurs, il remarque notamment qu’“il y a un accord profond entre la plupart des articles pour ne pas considérer la violence par le seul biais de crimes et délits, des faits divers, soit parce qu’ils sont considérés comme un autre problème, celui de la police et non de l ‘école, soit parce qu’ils semblent plus masquer la réalité quotidienne de la violence” (1998, p.5). Bernard Charlot (1997, p.4) abonde dans le même sens et évoque même une certaine éthique du chercheur : “De quel droit en effet, fixerait-il les seuils et les frontières ? Quelle légitimité a-t-il pour dire : ceci est violence, cela ne l’est pas ? Trancher ces difficultés suppose la référence à des normes. Or, le chercheur peut décrire et analyser, il ne peut fixer la norme, qui relève de choix éthiques, philosophiques, politiques”. Se détermine ainsi une classification de la violence en fonction de la discipline qui l'appréhende :  à partir d'un objectif différent, les références et points d’appui seront également différents.
Yves Alain Michaud quant à lui fait la synthèse de plusieurs courants, tout en s'efforçant de bien cadrer le concept, le plus objectivement et le plus positivement possible. Il donne une définition générique de la violence, qui intègre les violences indirectes ou violences institutionnelles. La violence est une situation d'interaction impliquant un ou plusieurs acteurs (ou systèmes) qui provoque des atteintes corporelles, morales aux biens ou aux appartenances symboliques. Pour lui, "il y a violence quand, dans une situation d’interaction, un ou plusieurs acteurs agissent de manière directe ou indirecte, massée ou distribuée, en portant atteinte à un ou plusieurs autres à des degrés variables, soit dans leur intégrité physique, soit dans leur intégrité morale, soit dans leurs possessions, soit dans leurs participations symboliques et culturelles" (Michaud, 1978, p.20). Il la décrit par ailleurs comme phénomène multiple, tantôt accidentel (un événement lié à la conjoncture), tantôt marginal (minoritaire mais significatif), tantôt animal (compris comme une résurgence de l'instinct primitif, comme une régression), tantôt socio-politique (nécessaire au développement des sociétés)25. Dans un essai de définition fonctionnelle, Jacques Pain propose d'y mettre "des seuils, autour de l'atteinte violente à l'autre (physique et verbale), sans pour autant négliger les violences plus diffuses" (Pain, 1994a, p.1037) mais, avec ou sans seuil, “ la "vraie" violence est et reste avant tout une démarche visant à nuire, à détruire "l'autre" ” (Pain, 1994a, p.1037). Elle se trouve par ailleurs assez bien repérée par les qualifications du Code Pénal (Pain, 1994, p.28). En logique de cohérence avec les autres Institutions de la République, l’Éducation Nationale semble dans ce sens considérer comme recevable les seuils et repérages donnés par le Code Pénal, et indique terme à terme, dans son Bulletin Officiel26 les violences et leur traitement judiciaire.


I)A)4) Les éléments qui relativisent : culture, personnalité et situation.

La définition d’Yves Michaud précitée, qui fait encore aujourd’hui autorité, ouvre néanmoins au relativisme. En fait, elle ne peut qu’entériner ce que l’ensemble des auteurs, avec Chesnais, pressent : on ne peut enfermer la violence, dans son essence, sa définition ou ses manifestations dans un moule déterminé une fois pour toute. D’ailleurs, il nous l’indique clairement : “il faut se préparer à admettre qu’il n’y a pas de discours ni de savoir universel sur la violence : chaque société est aux prises avec sa propre violence selon ses propres critères et traite ses problèmes propres avec plus ou moins de succès” (Michaud, 1987, p.12-13). Après Crubellier (1979) et Chesnais (1981), le phénomène de la relativité historique et géographique est à nouveau affirmé (Debarbieux, Tichit, 1997, p.159). De plus, Chantal Nodot (2000) montre qu’au cours du Xxème siècle dans la société française, la violence n’est pas distribuée de façon équivalente ni entre les classes sociales, ni surtout entre les catégories, les femmes et les enfants étant bien souvent les premières et principales victimes. Les rencontres internationales de Genève (1999)27 insistent quant à elles sur le fait que les violences d’aujourd’hui ne sont pas neuves et qu’elles s’inscrivent dans une filiation, humaine, sociale, institutionnelles ou politique.
Histoire, situation, culture de groupe ou individuelle, expériences sont autant d’éléments qui contextualisent dans une époque, mais également dans une situation. Cette définition indique que la complexité réside également dans la relativité des violences et des transgressions en fonction des codes sociaux, des systèmes de valeurs établis, de la perception que l'on a de la nature humaine et de la nature des relations à entretenir avec les autres membres de la communauté. On touche ainsi ici les limites des définitions qui se voudraient universelles, car l'appréhension de la violence dépend largement des critères qui sont en vigueur d'un groupe à l'autre pour caractériser ce qui est normal ou ne l'est pas. La volonté de définir de manière absolue la violence relèverait même d’une erreur fondamentale, idéaliste et sans ancrage historique, donc sans réalité. Au contraire, la définir consisterait plutôt à montrer “comment elle est socialement construite, dans sa désignation même, comment son champ sémantique s’élargit, au point d’en faire une représentation sociale centrale” (Debarbieux, Montoya, 1998, p.94).

Chaque situation, chaque groupe aurait sa propre définition de la violence et ce fait culturel et contextualisé expliquerait de nombreuses incompréhensions et méprises dans le traitement de la violence, au sein de sociétés qui sont de plus en plus pluri-culturelles. C’est d’ailleurs ce que met en évidence Hébert (1991, p.16) quand il constate que “ les définitions de la violence reposent sur des constructions, des normes et des valeurs relatives. (…) Dans ce contexte, la frontière entre le permis et l’interdit demeurerait relativement fragile.”. Ce qui est avéré pour un groupe ethnique ou social l’est également suivant d’autres critères : par exemple, “la violence du verbe n’est pas perçue de la même manière par les élèves, qui la minimisent, que par les enseignants, qui la surévaluent” (Debarbieux, 1996a, p.37).
Ainsi, l'étude du phénomène nous pousse à considérer d'un côté, divers problèmes sociaux et de l'autre la personnalité humaine prise dans son unité et sa totalité. La violence n'est en somme pas marginale car elle enveloppe tout l'individu et toute la société. Qu'elle soit réelle ou fantasmée, elle est toujours relative à l'individu et à son environnement, toujours personnelle et subjective.
Mais un horizon philosophique différent s'ouvre si on accepte de déplacer quelque peu la signification du concept de violence en mettant l'accent sur l'idée de violation de la personne. C'est ce à quoi nous invite Holmes, qui accepte à la fois les définitions restreintes (impliquant le recours à la force physique) et élargie (atteinte à l'intégrité des personnes) et surtout Newton Garver. Plutôt que de penser la violence en insistant sur la nature de la force exercée et sur l'agent qui l'exerce, l'auteur de "What violence is ?" met en avant les effets de cette force sur celui qui la subit28. En somme, et la distinction est de taille, l'attention se déplace de l'auteur de la violence à la victime de celle-ci. Peu importe alors le recours à la force physique ou l'intention de faire violence. Ce qui compte, c'est la violation de la personne. Garver montre alors que chaque type de violence possède à la fois des formes personnelles et des formes institutionnalisées. L'exposé de Garver, tel qu'il est présenté a son utilité. Il nous fournit un moyen commode d'envisager une gamme très large et très diversifiée de violences potentielles faites à un être humain. Envisagées du côté de la victime, les normes seront parfois collectives (quand elles seront observables), le plus souvent individuelles et personnelles, en termes de ressenti et d'interprétation. En effet, le sentiment d’être violenté qu’on pourrait conceptualiser en symétrie et en analogie avec un sentiment d’insécurité opère puissamment sur les individus au point qu’ “il n’y a pas d’un côté la vraie violence et de l’autre l’imaginaire, mais une dialectique entre des représentations sociales qui classent des faits qui rentrent plus ou moins bien dans des grilles de classification” (Roché, 1995, p.20). Cette approche introduit déjà la perspective d’une violence en réponse, à partir d’éléments parfois longuement intériorisés, une violence qui “nous en dit plus sur les sujets qui l’éprouvent que sur les conduites qui la motivent” (Dubet, 1998, p.35).
Acceptable pour la violence visible, cette remarque en terme de ressenti semble l'être plus encore en ce qui concerne l'atteinte morale, impossible à imaginer sauf à référer à son propre système de valeurs, de douleurs ou souffrances morales, envisagée d'un point de vue intra-personnel, au-delà même de son groupe d'appartenance. Le caractère extrêmement voire excessivement relatif de la violence apparaît alors avec cette formule qui stipule que "toute atteinte actuelle à ce registre intégré n'est rien d'autre qu'une violence faite à mon moi, à ma personne, à mon identité" (Joyeux, 1996, p.31). Ainsi, la violence n’est-elle pas forcément une série de faits objectivables, totalement repérables et descriptibles par un observateur extérieur selon une taxinomie arrêtée. Il n’existe plus obligatoirement de “coupable”, ni d’intention de violence, et pourtant la violence est, elle, bien présente. Elle peut n’être ressentie comme telle que par celui qui en souffre, simplement parce qu’elle est ressentie par un individu qui devient alors une victime, ou par un observateur qui interprète un fait. Dans cette perspective, elle devient davantage un pour soi plus qu’un en soi (Debarbieux, 1990a, p.19 ; Debarbieux, 1991 ; Carra, Sicot, 1996 ; 1996a, p.38). Ce point de vue a tendance à concurrencer aujourd’hui celui de la violence symbolique invisible, telle qu’elle a été théorisée par Bourdieu et Passeron (1970). Cette approche permet aussi, au-delà d’une position subjectiviste, de regrouper selon des catégories sociales et des placements institutionnels les faits qualifiés de violence par les acteurs sociaux eux-mêmes qui les subissent, les agissent ou en sont les témoins (Debarbieux, Montoya, 1998, p.108).
Ce qui relève du vécu, de l'expérience personnelle inscrite au plus profond de soi et interprétée en fonction de codes intimes et uniques se situe en début de la grande chaîne qui relève de la violence. L'imaginaire, le fantasme, l'inconscient jouent ainsi pour une part importante. La violence est dans son essence "un geste théâtral" par lequel un sujet ou une communauté joue la toute-puissance dans une situation d'impuissance. Sartre, dans son "Esquisse d'une théorie sur les émotions", tient des propos analogues sur la colère (Sartre, 1965). Pour lui, autrui, qui est le même que moi, devient mon ennemi absolu, double démoniaque, quand s'affrontent nos désirs dans l'élément de la rareté. La violence épouse la démesure et l'impatience du désir. Elle apparaît comme un désir qui refuse de différer le plaisir et refuse les demi-mesures et les compromis exigés par le principe de réalité. Elle apparaît aussi mue par le ressentiment, tous les compromis et toutes les frustrations accumulés dans le passé. Elle trouve plaisir à faire place nette, à se débarrasser des contrariétés. Elle vise à l'élimination des limites de la toute puissance narcissique. Elle est l'instrument qui assoit sa puissance "les gens que je vois... je les fige en objets, je suis par rapport à eux comme autrui par rapport à moi. En les regardant, je mesure ma puissance" (Sartre, 1943). Dans cette exaltation du moi, elle recherche l'illusion de la disparition des contraintes.
Pour René Girard, la violence est somme toute banale, elle est le moteur même du désir humain, elle l'accompagne. C'est au moment où pèse sur un objet, au sens psychanalytique du terme, le désir d'un autre, que mon désir se structure et s'installe. Le désir est un drame culturel à trois termes où l'un et l'autre veulent la même chose, dans la concurrence et rivalité, "mimétique". Le désir mimétique de l'autre engendre le désir des mêmes objets et ouvre un monde de violence, que seule, l'apparition d'un bouc émissaire, une victime sacrificielle pourra enrayer. En son absence, dans le "face à face" avec un double mimétique, vont s'exprimer toute la complexité, l'originalité et le mystère du psychisme humain. "La mimésis du désir engendre ainsi le conflit" (Girard, 1972, p.204). Bernard Lampert (2000) reprend cette idée et montre sa permanence et son évolution dans une comparaison des violences d’hier et de celle d’aujourd’hui puis en mettant en parallèle les violences politiques et la ritualisation de la violence au sein du religieux.

Ce conflit avec le double permet d'exister en même temps qu'il risque de détruire. Sa mort entraînerait celle de l'autre dans la mesure où l'un n'existe que par le regard de l'autre. Et quand la violence s'exerce c'est "que la peur d'inexister va de pair avec la peur que l'autre cesse d'exister" (Sibong, 1995, p.59). L'existence de l'Autre devient alors aussi indispensable qu'intolérable. Quand la situation se referme, l'alternative est simple, simpliste : c'est lui ou moi. C'est en cela que Daniel Gonin peut écrire que "la violence est toujours bifide, tournée et sur l'autre et sur soi (1994, p.5). Mais la violence apparaît aussi dans une relation objectivante de l’autre. Considérer l’autre comme un objet, et non comme un sujet, c’est poser les bases d’une relation manquée, violente car négatrice de ce qui fonde l’humanité des personnes : leur position de sujet dans la relation.
La violence apparaît donc comme une construction culturelle, qui prendrait en compte les interactions de la personnalité et de son environnement au sens large (éducation, vie sociale...). Le comportement violent doit être en effet considéré comme "un révélateur d'une façon individuelle et historiquement constituée d'appréhender les situations et les événements et d'y faire face afin de les maîtriser" (Karli, 1987). Il en découle que la violence est également toujours contextualisée. Elle émerge à un moment donné, plus ou moins soudainement. C'est la situation qui fait apparaître la violence. Et la situation est toujours particulière. Une situation de trop forte angoisse postule un agresseur que souvent il faudra trouver. L'apparition de la violence est donc liée à une personnalité particulière, en même temps qu'à une situation. "C'est le peu de maîtrise devant l'angoisse qui va faire basculer la situation" (Pain, 1996, p.24), ce qui explique que pour le même individu, une même situation aboutira tantôt à la violence, tantôt pas. On retrouvera, dans une situation donnée, des éléments qui vont déclencher l'engrenage de la violence. La situation fait immanquablement intervenir un tiers, qu'il soit présent ou non lors du déclenchement de la violence. C'est l'interprétation des intentions de ce tiers qui provoquera le plus souvent l’émergence ou non la violence. La violence s'inscrit donc dans la relation, parfois mal comprise ou mal interprétée, toujours mal vécue. La situation violente devient "une situation problématique qui se referme sur le désir et la relation, et qui se mue en situation de force" (Pain, 1994a, p.1037). Elle renferme "toute la problématique... de la relation duelle, où la triangulation ne prend pas" (Pain, 1993, p.147).
Ainsi, "le contexte conditionne ; la situation condense ; et le sujet décide, dans une relation difficile, d'un comportement en fait intersubjectif" (Pain, 1994a, p.1037). Le contexte rentre en relation avec la personnalité de l'individu qui va agir (ou réagir) de façon violente, toujours en fonction de ce qu'il est, de ce qu'il perçoit de la situation, de sa capacité à s'adapter et à organiser des réponses. Même si l'on considère, avec Kinberg (1960)29, les situations spécifiques, mixtes ou amorphes, l'environnement ne sera pas déterminant au-delà des composantes qui fondent les individualités en présence. Une des grandes difficultés à cerner la violence réside en effet certainement dans ce fait : la violence possède un “caractère essentiellement subjectif et normatif” (Carra, Sicot, 1997, p.67).
Toute situation devient donc potentiellement violente car il est bien difficile de savoir à l'avance ce que les protagonistes vont faire de cette relation. Les éléments qui déclenchent la violence appartiennent souvent au registre de l'interprétation, l'interprétation des intentions. La violence se caractérisera alors encore davantage par le ressenti que par la volonté de nuire. Parfois même, “une “définition” de la violence doit faire l’économie de l’intention de nuire, même si la violence nuit à qui la ressent” (Debarbieux, 1996a, p.45). La violence "visible" est ainsi à considérer comme une réponse à la violence "invisible" (Defrance, 1988, p.107). La violence devient réactive. Elle s’ancre même dans la faiblesse qui “provoque à son tour la violence parce qu’elle est incapable de saisir le véritable rapport des forces et de s’y adapter … De ce point de vue, on pourrait définir la violence comme “ le désordre qui naît de la faiblesse.” (Freund, 1965, p.134).

Bien malin est donc celui qui pourra, dans un contexte précis, déterminer la première violence, celle qui enclenche le processus. Bien avant la simple présence hic et nunc, la violence est déjà présente. Tout être qui ressent de la violence sera considéré comme violenté. Tout ce qui pourra faire naître la frustration, la souffrance, l'angoisse pourra engendrer la violence30, avec l'idée d'un pré-conditionnement à la situation violente. La violence apparaît comme un phénomène spiralaire (Bayada, 1997 ; Floro, 1997) : à partir d’un acte qui pourrait être sans gravité, elle peut aboutir, après une escalade qui risque d’être sans fin, à des extrémités aboutissant à un anéantissement de soi et d’autrui.
C’est peut-être la relativité du concept, en mettant en évidence l’extrême diversité des acceptions et de la compréhension d’un phénomène, qui a poussé les auteurs à trouver des termes plus précis à certaines formes de violences. C’est ainsi que bullying et incivilité sont apparus dans les articles scientifiques. En effet, la violence n’est pas que crimes et délits. Elle s’alimente aussi d’une désorganisation de “l’ordre en public” (Roché, 1996), qui participe à la une perte du sens des situations et s’exprime par le sentiment d’insécurité. Le bullying, que l’on peut traduire approximativement par “brimade” comme Peignard, Roussier et Van Zanten (1998, p. 138) ou “brutalités” comme Debarbieux (1998, p.5), est d’origine anglo-saxonne. Selon Jacques Pain (1999a, p.15), l’entreprise «n’a rien d’une sinécure» et «après quatre à cinq ans de discussion, nous restons pris entre l’intimidation, le harcèlement, les brutalités, ; les agressions, les violences, dans le mécanisme complexe des victimisations». Au départ, il concerne les enfants entre eux. Dan Olweus31, dont les travaux ont ouvert des pistes fécondes dans les pays anglo-saxons, explique qu’il y a bullying lorsque “qu’un enfant ou une jeune personne est brimée ou qu’on lui cherche querelle (qu’on la cherche ou qu’on lui cherche des noises), quand un autre enfant ou jeune personne, ou un groupe d’enfants ou de jeunes, lui disent des choses méchantes ou désagréables. C’est aussi de la brimade quand (…) personne ne lui parle et d’autres choses comme ça”. Ailleurs (1999, p.20), il donne la définition générale comme concernant un élève qui «est exposé, de manière répétée et à long terme, à des actions négatives de la part d’un ou plusieurs autres élèves». Mooij (1998, p.49) complète cette définition : “Olweus définit la notion de brimade (bullying) dans les termes suivants : “une personne est brimée lorsqu’elle est exposée à plusieurs reprises et pendant longtemps à des agissements négatifs émanant d’une ou plusieurs autres personnes”. L’approche est résolument interactionniste et reconnaît aux relations interpersonnelles un poids important dans l’expérience scolaire. En France, dans cette perspective mais également dans un souci d’extension, le bullying devient “la malmenance” où sont intégrés, à côté des brutalités et brimades entre enfants, les violences de l’école, le harcèlement, les brutalités “institutionnelles”. “C’est un registre symbolique et moral qui bascule le regard et le jugement sur les relations à l’école, les personnes, le lien social” (Pain, Barrier, 1997, p.369). Pour ces auteurs, ce concept permet de distinguer les violences à dimension pénale d’une violence plus mouvante, moins cernable, qui concerne souvent les attitudes et qui peut agir soit par micro-victimation, soit brutalement. Le bullying ne se situe pas pour autant au niveau d’un sentiment plus ou moins vague. Il s’inscrit bien dans le réel, le quotidien et agit par imprégnation, par répétitivité.

Issu de la criminologie américaine, le concept d’incivilité rejoint le bullying à ce niveau : ce sont les petites atteintes à la sécurité, les micro-victimations qui exaspèrent et qui peuvent dégénérer dans des phénomènes plus radicalement violents. Le terme évoque ici un aspect “technique”, et n’a pas de connotation “éthique”. (Debarbieux, 1998a, p.15). Il revêt d’autant plus d’importance qu’il “est aussi le type pur de la violence, par le sentiment de désorganisation qui la sous-tend, par la perte de sens qu’elle connote” (Debarbieux, Tichit, 1997, p.160). Les incivilités sont alors les paroles blessantes, grossièretés diverses, bousculades, interpellations, humiliations (Favre, Fortin, 1997, Charlot, 1996 ; Debarbieux, 1996 ; Dubet, 1994). Relevant de la petite délinquance, elles sont parfois qualifiables et pénalisables. Mais dans leurs formes plus anodines, elles ne le sont pas. Pour autant, elles deviennent intolérables par leur répétition, par le sentiment de non-respect qu’elles induisent chez celui qui en souffre. Le concept d’incivilité permet de penser les toutes petites violences, qui, se cumulant, rendent inhabitable le monde des hommes (Debarbieux, Montoya, 1998, p.110). Considéré par le journaliste Christian Jelen (2000) comme une façon de masquer la réalité d’un phénomène inquiétant par son ampleur, contesté par certains chercheurs pour son imprécision (Bonafé-Scmitt 1997 ; Ramognino, 1997), mais accepté par la plupart d’entre eux, il est pensé par Debarbieux et Montoya “comme un concept provisoire, en attente de dépassement, mais commode” (Debarbieux, Montoya, 1998, p.108), notamment parce qu’il “permet la mise en place de stratégies préventives plus efficaces, et permet aussi de mieux saisir la construction du sentiment d’insécurité, en écoutant mieux les victimes” (Debarbieux, 1998a, p.15). Enfin Julien Damon pour la Documentation française (2000) décrit les incivilités comme des réalités variant entre la conduite anodine qui empoisonne l’existence jusqu’au délit juridiquement référencé.

Bullying et incivilité recouvrent des domaines singuliers et ne sont certainement pas apparus pour minimiser les faits de violence.

Payet (1997) insiste sur le déplacement sémantique qui s’est ainsi opéré. Pour lui, il répond surtout à la vision trop caricaturale et dramatisante qui fut induite par la formule courante de “violence à l’école”. Certes, les termes maintenant usités ne sauraient résoudre en soi la complexité de l’analyse des phénomènes de déviance dans l’espace scolaire mais ils permettent de considérer que «les actes transgressifs ne sont pas isolables des réactions qu’ils entraînent sous forme de discours, d’actes institutionnels, d’autres actes de “déviances secondaires”. Ils sont minorés ou construits en événements, restent des incidents ou deviennent des affaires, s’inscrivent dans l’histoire collective de l’établissement (voire du quartier) ou disparaissent dans le flot du quotidien» (Payet, 1998, p.28).
C’est ainsi que l’apparition de nouveaux concepts permettent une meilleure approche de la notion, en tentant notamment d’introduire des éléments de distinction et de différenciation entre les types répertoriés. Ils donnent l’occasion de repenser le concept dans une perspective globale. C’est ainsi que Jacques Pain (1999a, p.15), constatant que «Peter K. Smith pour sa part définit le bullying comme de l’abus» en vient à définir maintenant la violence comme «l’abus sous toutes ses formes». Des définitions génériques peuvent ainsi devenir éclairantes, «la violence comme abus sous toutes ses formes et en tout lieu» (Pain, 2000b, p.139) certes, mais aussi comme «des actions ou des attitudes violentes, ou ressenties comme violentes, c’est à dire usant directement ou indirectement de la force, de la contrainte ou les permettant. Ou encore des actions ou des attitudes, ouvertes ou diffuses, de “malmenances institutionnelles“» (Ibid.).

Entre les violences caractérisées par le code pénal et les abus, nous pouvons penser la violence en situation, c’est à dire dans la rencontre, au cours de la vie sociale, à travers l’usage de la force, les atteintes physiques et verbales, mais aussi à travers les abus et les atteintes «non verbales indirectes» (ibid.). Dépassant les considérations qui concerne “l’individu génétique”, on s’attache alors à saisir ce que porte la relation. Car “c’est la relation qui fait et défait l’interaction, mobilise ou désarme” (Pain, 1993a, p.150).

I)A)5) La rencontre, la vie sociale, comme génératrices de violence.
Prenant en considération ce qui précède, les situations de la vie sociale deviennent autant de situations potentiellement violentes car les relations d'amour, de pouvoir, de domination, d'autorité en un mot de communications sont autant d'incompréhensions possibles, de renvoi à des épisodes douloureux de son passé, d'apparition de frustrations. Toute relation humaine est dangereuse car elle tend toujours à équilibrer autant qu'à déséquilibrer. Elle est tout autant indispensable qu'impossible du fait qu'elle est déterminée par les affects et l'angoisse, l'interprétation et l'incompréhension.

Nous envisageons surtout la violence qu'un être humain exerce sur un autre être humain, dans la relation qu'il entretient avec lui, de manière directe ou non, intentionnelle ou non. Cette violence consiste fondamentalement en une certaine force comprise comme étant employée à produire chez l'autre des effets physiques ou psychiques qui contrarient ses inclinations, ses propensions, ses besoins. Elle est donc source de conflit, d'opposition, de contradiction, de réaction, de soumission suivant les cas et tend à supprimer, à nier, à occulter, à diminuer humainement la personne qui en fait l'objet : la violence est une relation directe qui vise au plus court à contrôler l’autre en totalité ” (Pain, 1990,p.39).
Dès qu'il y a rencontre, dès les premiers liens sociaux, il y a violence potentielle. Dans la relation à autrui, "la pulsion hypothalamique (le ça freudien), la recherche du plaisir de l'individu, va se heurter, en situation sociale, à celle des autres" (Laborit, 1974, p.73). Toute situation nouvelle provoque des émotions, des sentiments, qui certes renvoient à des perceptions intrapersonnelles, mais qui vont aussi se jouer dans l’interaction. Nier ses propres affects, “c’est chercher à effacer aussi l’existence de ceux de la personne adverse” ( Bayada , 1997, p.24).
Certains disent ainsi qu'il y a forcément violence car, dans la relation, la rivalité, l'abandon d'une toute puissance fantasmée, la frustration due à une volonté non assouvie de pouvoir total, font violence aux individus. Mais si "la violence n'est pas éradicable ; la violence est susceptible de trouver des formes acceptables" (Artigue, 1994, p.15). A partir de là, il ne s'agit pas de supprimer la violence, mais "de la ritualiser, de la religion au droit, par le sacrifice, puis la règle et la loi et de lui redonner un sens. Car la violence ainsi cadrée est fondatrice de l'ordre commun" (Pain, 1994a, p.1037). La théorie de Hobbes fait ainsi apparaître la loi.

Thomas Hobbes réfute dans son "De Cive" la définition aristotélicienne de l'homme comme "animal politique". Selon lui, dans la nature,les hommes sont animés d'une crainte mutuelle et d'une volonté mutuelle de se nuire. Dans le "Léviathan", il émet l'avis que le pouvoir est simplement la capacité de satisfaire ses propres désirs. Or, nous sommes constamment sollicités par des désirs insatisfaits pour trois raisons principales. En premier lieu, bon nombre de nos désirs sont récurrents, comme la faim ou l'appétit sexuel. Deuxièmement, on ne peut assigner de limites imaginables à la convoitise humaine. Troisièmement, certains désirs sont par définition insatiables (aspiration à la loyauté, la fidélité, la sécurité ...). Tant que nous sommes vivants, nous ne sommes jamais satisfaits d'une manière définitive et durable. Le début du chapitre XI du Léviathan établit le principe suivant lequel il "pose en premier lieu comme inclination générale de toute humanité, le Désir perpétuel et incessant d'acquérir la puissance et de l'accroître, Désir qui ne cesse qu'à la Mort". Hobbes constate également qu'il n'y a pas non plus de limite à notre recherche de moyens capables de satisfaire tous ces désirs. Enfin, la concurrence est inévitable, car la rencontre est inévitable. La seule solution réside dans la domination de l'autre32. Mais, nous l'avons vu, la concurrence d'autrui frustre. L'autre est un miroir qui me renvoie ma puissance, mais aussi mon impuissance. Le détruire annonce ma propre destruction plus ou moins rapide au cours d'une autre de mes rencontres.
I)A)6) Médiation de la Loi.

C'est pour éviter que cette rencontre ne tourne systématiquement à l'émergence de la violence, qu'une médiation sociale est mise en place : les hommes s'attachent les uns aux autres par certaines conventions. En effet, la raison commande à chacun de renoncer à ses ambitions naturelles pour reconnaître aux autres, par un pacte mutuellement consenti, l'accès à une part raisonnable des biens ou du pouvoir. Chacun voudrait bien tout posséder, jouir de tout en permanence, mais la satisfaction de ses instincts ou de ses pulsions ne pourrait aboutir qu'à la catastrophe. C'est pourquoi l'homme acceptera, par une renonciation mutuelle, de se limiter et de laisser une place à l'autre.

La Loi apparaît. Et c'est "l'articulation du désir et de la loi qui va donner quelque chose qui aura un sens" (Pain, 1996a, p.23), dans la limitation acceptée, sublimée d'une toute puissance rêvée mais inaccessible.

Conçue comme un contrat qui vise à limiter cette toute puissance rêvée de chacun et qui permet d'éviter le pire c'est à dire l'acte destructeur, la violence physique, la loi ne peut que s'entourer de précautions qui assureront l'observance des clauses du contrat : elle s'adjoindra un volet répressif ou correctif. La vie sociale, vue dans cette perspective ne manquera pas d'être violente.

L'acte destructeur, la violence physique existent pourtant toujours. La loi n'est donc pas capable d'éradiquer la violence. C'est que, même contractualisée, la relation demeure. La satisfaction qu'éprouve l'un à imposer sa volonté, même partiellement, dans une situation créée par des désirs rivaux est le pendant de la frustration qu'elle engendre chez l'autre.


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