Cours 1; le 13. 01. 10 Chapitre 3 : La délimitation du politique, la société médiévale ou chrétienté





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Histoire Des Idées Politiques (cours du 13.O1 au 24.02)

Cours 1 ; le 13.01.10
Chapitre 3 : La délimitation du politique, la société médiévale ou chrétienté

L’origine du christianisme
Les Evangiles sont des textes très apolitiques. Il existe 2 malentendus entre Jésus et le peuple juif : il ne s’adresse pas au peuple juif mais à toute l’humanité et alors que les juifs attendent un roi terrestre pour les délivrer de l’occupation romain, Jésus déclare que son « royaume n’est pas de ce monde » (« tout pouvoir vient de Dieu » Saint-Paul dit « Paul de Tarse »)
La politique est ramenée à une nécessité et elle est sans valeur (changement capital par rapport à l’Antiquité : nécessité = vie physique, valeur = politique).Interrogé par les pharisiens qui lui demandent à qui payer l’impôt il répond « il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu »). Il faut donc payer l’impôt à César parce que la vie terrestre donc le politique est une nécessité sans valeur (« celui qui dégaine l’épée, périra par l’épée » Jésus à Simon-Pierre). Jésus dénigre le pouvoir politique (il ne défend pas face à Ponce Pilate lui répondant que son pouvoir vient de Dieu)
L’idée principale de ce premier temps évangélique est que l’essentiel échappe au politique (alors qu’en Grèce, le politique régissait l’ordre du monde)
Le pouvoir politique ne sera pas don plus souverain sous la Chrétienté, le politique ne sera de nouveau légitimité que parce que leurs missions sont religieuses.

L’institution du christianisme comme pouvoir
312 : Edit de Milan met fin aux persécutions religieuses contre les chrétiens (dit « Edit de Tolérance ») suivi de la conversion de l’empereur Constantin.
380 : Edit de Thessalonique fait du christianisme la religion officielle (et unique) de l’Empire Romain.
La religion qui prétend prêcher la vérité absolue de Dieu ne partagera donc pas l’espace public avec une autre religion.


La religion chrétienne a 2 originalités :

  • elle a incarné Dieu en homme (Jésus) et a divisé Dieu en 3 (Sainte-Trinité)

  • elle a instauré une Eglise (dérivée du grec « ecclésia ») qui est d’abord l’assemblée des baptisés mais aussi une institution à la fois humaine (constituée d’hommes) avec un pouvoir considérable et divine car gouvernée par Dieu. L’Eglise est entre 2 mondes : humain et divin.



Cours 2 ; le 20.01.10
Les référents de l’Eglise
Le politique est donc subordonné à des logiques spirituelles : le temporel a désormais pour mission de préparer à un autre monde où les catégories sociales s’effaceront.

La génération des apôtres attendait que la Cité de Dieu advienne rapidement : le christianisme va donc devoir organiser l’attente.

L’institution « Ecclésia » va créer un dualisme chrétien (temporel ≠ spirituel ; Cité de Dieu ≠ Cité des Hommes) alors que le monde antique était caractérisé par son monisme.
L’Eglise va s’organiser selon les catégories sociales romaines et son organisation sera calquée sur celle de l’Empire Romain :

  • organisation territoriale : installée dans tout l’Empire donc universalité

  • organisation juridictionnelle : droit canonique (du grec canon : la règle) romain

  • organisation interne : hiérarchie à la romaine avec évêques et rapidement un « imperator spirituel » : le pontife.



Le christianisme va aussi rapidement s’exprimer selon les catégories latines : il passe de l’emploi de l’hébreu à l’araméen puis au grec et au latin. Les chrétiens reconnaitront également des Lumières antiques (Platon, Aristote) malgré la dénonciation du paganisme.

Les penseurs du début de la Chrétienté
A partir de ce socle, on distingue différentes analyses des rapports entre les 2 cités mais pas de « théocratie » qui suppose un pouvoir religieux direct sans intermédiaire donc annihilation totale du pouvoir politique. Or, Christ lui-même reconnaît existence du pouvoir de César notamment pour l’impérium militaire (l’Eglise n’a pas vocation à tirer l’épée) et si pendant un temps, le pouvoir politique est affaibli, il sera amené à se reconstruire.


  1. Saint Augustin (Augustin d’Hippone) (354 - 430) :


Membre d’une famille romaine noble d’Afrique du Nord (Hippone) et converti au christianisme.

Son analyse se fait en termes de théologie politique : le monde doit s’organiser autour de 2 cités qui sont distinguée par essence (Cité des hommes = amour des hommes jusqu’au mépris de Dieu, Cité de Dieu = amour de Dieu jusqu’au mépris des hommes).

Il faut, selon lui, une collaboration des 2 pouvoirs : le politique est, certes, subordonnée au religieux, mais continue à exister. L’Eglise doit être indépendante du pouvoir temporel mais l’Empereur est un chrétien qui porte le fardeau du monde des hommes.




  1. Saint Ambroise de Milan (340 – 397):


Moment de crise dans l’Empire : Théodose Ier a réprimé une révolte des habitants de Thessalonique (390 : « massacre de Thessalonique ») et Saint Ambroise s’élève, au nom de l’Eglise, contre cet acte qualifié d’impie. Il demande la condamnation de César au nom du fait qu’il est chrétien donc dans l’Eglise et soumis à ces règles. Il considère que cet acte le met devant le jugement de Dieu et lui fait perdre son auctoritas.

Ne pouvant le condamner temporellement (par une action armée), il le condamne spirituellement en demandant son excommunication (dans un discours prononcé à la cathédrale de Milan en présence de l’Empereur) : il marque ainsi les limites du politique.

Dieu intervient donc dans l’Histoire et dans la société (≠ dieux indifférents ou farceurs). Le politique doit jouer tout son rôle mais rien que son rôle.

Orient & Occident : 2 visions des rapports entre politique et religieux


La partition de l’Empire Romain à la mort de Théodose Ier (395)


  1. L’Occident : le « sacerdotalisme »


En 476, l’Empire Romain d’Occident chute mai déjà les Barbares occupaient une grande partie de son territoire (Vandales pillent Hippone, ville de Saint Augustin). La France et le Benelux sont occupés par une population germanique particulière : les Francs qui sont parmi les premiers « barbares » à se christianiser.

En effet, la fin de Rome ne signifie pas la fin de l’Eglise car les royaumes barbares vont se stabiliser et servir de souches aux grands royaumes qui dessineront l’Europe.

Dans ce contexte, le pouvoir politique est profondément affaibli : les chefs sont d’abord des chefs de guerre nationaux (et non universel comme César) mais pas des autorités politiques. La seule institution publique qui se maintient au-delà des peuples est l’Eglise (d’où l’emploi à tort de l’expression « théocratie »).
Le pouvoir politique va de plus en plus avoir une connotation religieuse car son autorité politique intrinsèque est trop faible : ils ont besoin d’une légitimité supplémentaire. Ils exercent un sacerdoce (théorie sacerdotale du pouvoir) et les évêques vont s’installer très proche du pouvoir.
Lorsqu’un roi franc cherche à redevenir « imperator », l’Eglise jouera un rôle beaucoup plus important qu’à Rome (où il était déjà affaibli) : Charlemagne aura besoin d’être consacré par l’Eglise. L’évêque qui le sacre dira « Voilà que la Rome d’or renaît ».

L’homme qui doit s’organiser selon ses deux pôles temporel et spirituel d’où le besoin de restaurer l’Empire (rénovation) sous Charlemagne puis avec le Saint Empire Romain Germanique.

Ce moment de l’an 800 n’est pas un hasard : le christianisme est concurrencé par une nouvelle religion monothéiste messianique en Méditerranée. C’est le moment où la Méditerranée qui était le lieu qui rassemble devient un lieu qui sépare (jusqu’à aujourd’hui). Le christianisme va devoir se renforcer face à l’Islam, il va devoir retrouver César avec l’Empire Carolingien dit « Empire d’Occident » (puis le Saint-Empire Romain Germanique)

Cet Empire ne durera que peu de temps : après Louis le Pieux (fils de Charlemagne), l’Empire est divisé en 3 par le Traité de Verdun (843). Mais l’idée d’empire sera vite reprise sous l’appellation de « Saint Empire Romain Germanique » sera très vite reprise de l’autre côté du Rhin (Empire sera désormais saint (souverain consacré), romain (héritage de l’imperator et siège de l’Eglise) mais germanique car le centre n’est pas la Méditerranée mais l’Europe du Nord.)
La conséquence immédiate sera l’indépendance totale de l’Eglise. En 1077, le pape Grégoire VII installe ainsi la monocratie au sein de l’Eglise (« Réforme grégorienne »).


  1. L’Empire Romain d’Orient : le « césaropapisme » :


Dans la partie orientale, l’Empereur est de moins en moins latin se rapprochant du monde grec (mais toujours héritier de Rome). L’Empereur cumulera les 2 pouvoirs : on parle de « césaropapisme », les 2 pouvoirs s’équilibrent : l’Eglise d’ Orient n’est pas une monocratie (c’est d’ailleurs parce qu’elle la refuse qu’elle se sépare de Rome avec le Schisme de 1054 puis 1075). Il y a donc une imbrication très étroite entre le spirituel et le temporel, alors qu’en Occident, l’Eglise est totalement indépendante (malgré l’alliance provisoire de glaive et de l’autel).

Même après la chute de Byzance, lorsque les Eglises orthodoxes s’enferment dans des cadres nationaux leurs organisations resteront calquées sur le pouvoir temporel (dont le communisme soviétique est la version laïcisée) là où en Occident des luttes auront lieu des luttes entre Etat et Eglise (avec renforcement du pouvoir étatique au XVIème siècle).
L’an mil est le moment où le pouvoir politique est le plus faible qui soit : il est très éclaté avec pour seule institution unitaire l’Eglise et une pensée politique quasi nulle tant les différents souverains tirent surtout leur pouvoir d’un monopole économique sur leurs terres. Mais peu à peu, l’Etat va se construire.

Cours 3; le 27.01.10
La théorie des « Deux Glaives » par Saint-Bernard de Clairvaux
Saint-Bernard va, pour défendre les Croisades, utiliser l’image des « Deux Glaives » du chevalier : temporel et spirituel.

Le premier glaive est temporel car l’Eglise n’a pas a donné la mort, le chevalier le tire donc pour asseoir son pouvoir temporel

Le second glaive est spirituel, tiré pour l’Eglise pour accomplir le salut de la Chrétienté : les finalités de l’utilisation de ce glaive échappe donc totalement au chevalier.
Après cette théorie des « deux Glaives » qui marque l’apogée du pouvoir spirituel relativement au temporel, 3 solutions se présentent pour le politique :

  • la chimère du retour à la forme impériale

  • l’atomisation totale du temporel en une multitude de petites principautés sur le modèle féodal.

  • voie intermédiaire avec des grands royaumes qui sans rétablir l’Empire Chrétien, permettent un renforcement du temporel.


Le tournant du Moyen Âge classique (XIIIème siècle)


  1. Contexte historique


C’est le siècle d’apogée de la société médiévale dit « Moyen Âge classique » caractérisé par :

  • importance de l’Eglise dans la sphère politique dans la logique de la Réforme Grégorienne

  • reconstruction de l’ordre politique mais à une échelle modeste, à partir de royaumes aux territoires relativement réduits au départ mais gouvernés par des seigneurs qui ont une vocation particulière. Ces seigneurs portent un titre très ancien, universellement connu (y compris dans la Bible) : le Roi. Ils ne sont pas simplement des grands seigneurs féodaux gouvernant un territoire mais ont, de plus, un pouvoir élu et reconnu par l’Eglise avec le sacre. Ces rois exercent un sacerdoce, un ministère qui dépasse leur propre personne.


L’Europe au XIIIème siècle
La société du XIIIème siècle est en profond changement :

  • mutation économique : évolution technique surtout dans l’agriculture et recentrage des axes de commerce de la Méditerranée vers la sphère germanique profitants d’une relative stabilité après l’An Mil, la démographie repart ainsi à la hausse (fin de la longue dépression et de la faible démographie depuis le IIIème siècle)

  • changements sociétaux & intellectuels : redécouverte des sources antiques de l’Europe avec une plus grande diffusion de la culture antique à travers une vulgarisation par le Droit. On redécouvre ainsi le Droit romain (regroupé dans le Code Justinien) malgré la présence du Droit canonique. L’Ecole de Bologne trouvera dans le Droit romain un laïcisme intégral, tant l’organisation de l’Etat, de la société, du commerce ne fait aucunement référence à Dieu. Ce n’est qu’une infime partie du droit romain qui est retrouvée : la doctrine juridique, véritable science avec analyse juridique et interprétation en latin dont la subtilité et même le caractère général des jugements vont influencer les sociétés européennes. Ce Droit prétend qu’il n’y a pas besoin de Dieu pour se marier (droit privé), pour se lier par contrat (droit commercial), organiser un pouvoir (institutions),…




  1. La pensée de Saint-Thomas d’Aquin


Saint-Thomas d’Aquin va être celui qui va révolutionner la pensée médiévale : à partir d’un retour fondamental vers l’Antiquité, il va préparer ce qu’on appellera plus tard la pensée moderne.

La pensée de Saint-Thomas se situe bien dans un cadre chrétien : il reprend largement la théorie des 2 pouvoirs de Saint Augustin et Saint-Bernard de Clairvaux mais les décrira en comparaison avec la nature humaine sous la forme de l’âme et du corps.

Il conserve également la hiérarchie entre les 2 pouvoirs le conflit possible entre les 2 pouvoirs a été résolu par le Pape, médiateur politique universel de la Chrétienté.

Il réaffirme donc la primauté papale qui s’explique par le fait que le monde temporel est un monde du pêché qui doit se projeter vers l’autre monde
Au milieu de cette pensée chrétienne classique, Saint-Thomas est baigné de culture antique notamment de la pensée d’Aristote qu’il tentera de christianiser.

Il reprendra d’Aristote le principe de la sociabilité naturelle de l’Homme (« l’Homme est un animal politique ») donc l’existence naturelle d’un pouvoir politique qu’il distinguera de l’ordre religieux par sa théorie du profane et du sacré. Ces sources païennes antiques vont parfois contribuer à une critique de l’ordre politique chrétien notamment du sacerdotalisme médiéval : Saint-Thomas rejette la confusion des 2 pouvoirs, la concentration du pouvoir entre les mains du pape qui est une autorité politique mais en aucun cas un pouvoir.

Saint-Thomas est citoyen du Saint-Empire (il est italien) soit disant universel mais qui se limite de fait à l’Allemagne et à l’Italie pendant que se construisent en France, en Espagne, au Portugal, en Angleterre des grands royaumes.
Son ouvrage majeur Somme de Théologie reprend l’idée d’une cité naturelle des Hommes (cf. animal social) dans laquelle doit primer l’importance de la vie humaine notamment la sécurité. Il justifie ainsi un ordre légal qui rend à chacun ce qui lui est dû, il réintroduit ainsi du logos (raison). Il reprend la définition de Cicéron de la société comme « une multitude organisée sous une loi de justice consentie dans un intérêt commun », définition très juridique et qui mentionne les idées de « justice » et de « bien commun » à la fois matériel et spirituel.

Cette distinction matériel/spirituel permet de ne pas imposer à la population un ordre politique a priori ce qui signifie qu’elle est un acteur de la cité.

Saint-Thomas ajoutera à l’idée de Saint-Paul (« Tout pouvoir vient de Dieu »), celle d’un pouvoir venu du peuple qui pour s’organiser confieront leur pouvoir à un Dieu.
Saint-Thomas ouvre un débat pour plusieurs siècles :

  • augustinisme politique : qui affirme que tout pouvoir vient directement de Dieu

  • thomisme politique : multitude qui ne peut pas s’organiser elle-même (≠ démocratie) mais qui reste le dépositaire de la souveraineté politique et gouverne par l’intermédiaire d’un Roi légitimé par un consentement initial (reconnaissance de la légitimité monarchique ≠ consentement formel : vote et Constitution)


Saint-Thomas se conforme ainsi à l’évolution politique de son temps : les grands rois ont obtenu un statut particulier : un status, mot à partir duquel on formera le mot Etat. Par exemple : Saint-Louis, figure idéalisée du Roi, allié de l’Eglise qui devient le « fils aîné de l’Eglise » (notion qui débute véritablement sous son règne)

Cours 4 ; le 3.02.10
Saint-Thomas va, en fait, « christianiser » la pensée d’Aristote sur la sociabilité de l’Homme : la cité est œuvre de Dieu et en tant que créature divine, l’Homme est fait pour vivre en société. La « Cité des Hommes » a un statut beaucoup plus important qu’elle ne l’avait pour l’augustinisme politique.

Il plaidera également pour l’unité du genre humain au-delà de l’organisation sociale (« en Christ, il n’y a ni maître ni esclave »).
Saint-Thomas ne définit pas pour autant de régime politique idéal car les rois de l’époque sont encore trop faibles :

  • pouvoir encore en constitution

  • installation progressive de l’hérédité de leur pouvoir

Pour lui, un pouvoir politique crédible est un des éléments nécessaires à l’unité de la Cité (au sens d’entité politique ≠ urbs). Le pouvoir politique retrouve une finalité propre alors que dans le sacerdotalisme politique, il obéissait à des finalités qui le dépassaient (préparer le passage dans l’autre monde).
Saint-Thomas va ainsi différencier :

  • essence du pouvoir qui vient de Dieu seul

  • modalités du pouvoir qui sont humaines : tout pouvoir vient de Dieu mais par l’intermédiaire de la société des Hommes (peuple) organisée selon la raison et qui va désigner les souverains.

Il fonde ainsi la théorie du contrat thomiste et réhabilite la question de la meilleure forme du gouvernement (ignorée depuis Rome) mais reprend essentiellement la vision d’Aristote.


Forme droite d’Aristote

MONARCHIE

DEMOCRATIE

ARISTOCRATIE

Forme dérivée

TYRANNIE

DEMAGOGIE

OLIGARCHIE


Formes du Gouvernement par Saint-Thomas d’Aquin
Chacun de ces régimes est jugé « juste » ou « injuste » par rapport à la réalisation du « bien commun », chacune des 3 formes droites du pouvoir réalise chacune à leur manière le bien commun tandis que les 3 formes dérivées ne réalisent que des intérêts particuliers : tyrannie (intérêt d’un seul), oligarchie (intérêt de quelques uns par la richesse), démagogie (dissolution du bien commun dans la masse).
Un régime a malgré tout la faveur de Saint-Thomas : la monarchie. Il précise que la monarchie est une forme biblique du pouvoir (Roi David,…) affirmant qu’il y avait des rois avant les Empires. La monocratie assure pour lui un principe d’ordre et d’unité dans la société mais le passage à la tyrannie étant facile, il préconise finalement le régime aristotélicien mixte.

Le meilleur régime doit donc combiner unité d’action (monarchie), supériorité du mérite (aristocratie) et égalité civile c.-à-d. un peuple soumis à une même loi (démocratie).

Si la nomination du souverain se fait selon le principe de l’hérédité, une minorité aristocratique exerce les magistratures dans l’intérêt du peuple.

La pensée thomiste a également les défauts de son inspiration de la Grèce Antique :

  • il se calque surtout sur les réalités de son temps plus qu’il ne bâtit une conception nouvelle

  • l’ordre politique se caractérisa parla suite par des tensions (mouvement communal d’émancipation des villes) entre politique et religieux plus que par l’harmonie que Saint-Thomas avait prévu.


La pensée de Saint-Thomas apparaît donc comme décalée il arrive à la fois trop tôt et trop tard :

  • monarchie tempérée va rapidement se rompre allant vers un modèle monocratique à tendance absolutiste due à la lutte contre l’Eglise (être aussi fort que l’Eglise)

  • portée de la pensée thomiste aura a posteriori seulement une influence politique majeure : germes d’une théorie du contrat




  • Saint-Thomas est en fait le mélange de la pensée antique et de la pensée chrétienne mais après lui la pensée politique se cherche pendant 2 siècles avant d’entrer véritablement dans la Modernité.



Les conflits du XIVème siècle
On assistera, en effet, très vite à des conflits entre spirituel et temporel notamment celui entre le Roi de France Philippe IV le Bel et Boniface VIII au début du XIVème siècle.
On a toujours des conflits médiévaux entre seigneurs mais à un autre niveau comme la Guerre de Cent Ans entre le Roi de France et le Roi d’Angleterre (conflit de terre, conflit de femmes,…) qui va devenir un conflit au-delà des rois, un conflit entre 2 Etats voire entre 2 nations. Mais surtout ces conflits vont parfois déborder en conflit entre spirituel et temporel.
Philippe le Bel a besoin de lever des troupes pour faire face au Roi d’Angleterre mais il n’existe pas d’impôt permanent du royaume (les impôts sont propres à chaque seigneurie avec exonération pour noblesse et clergé). Le plus souvent les Rois trouvaient des appuis financiers auprès de l’Eglise car ses guerres étaient religieuses (8ème Croisade par Saint-Louis). Philippe le Bel lèvera donc un impôt : la décime à laquelle le clergé devra être soumis.

Le pape refusera de financer un conflit qui n’est pas chrétien mais uniquement politique et qui divise la communauté des chrétiens. Or, le clergé français a plutôt tendance à soutenir le Royaume ce qui inquiète le pape qui y voit la menace d’une division de l’Eglise. Les conseillers de Boniface VIII (légistes : professeurs de droit) argumenteront que le seul pouvoir politique reconnu est celui d’un Empereur, le roi n’est donc ici pas légitime.
Philippe le Bel va réagir de manière très ferme à ce refus papal, répondant point par point aux arguments de la papauté et se mettant au même niveau que le pape. Les légistes du Roi vont ainsi donner un statut au regnum avec les toutes premières théories absolutistes de la monarchie : le roi est souverain dans son royaume où il décide seul des impôts à lever sans consulter la papauté inventant la formule « le Roi est Empereur en son royaume ». Le roi affirme ici son indépendance d’un Empereur et du sacerdoce : il est un Chef d’Etat investi de l’imperium sans être assujetti à un commandement extérieur.

Cette vision va vite se diffuser auprès des autres rois car la papauté n’a pas de moyen pour empêcher le roi d’agir, le pape ne pourra agir que par symboles. Or, cet ordre symbolique est brisé, Boniface VIII tentera d’excommunier Philippe le Bel qui réagira en envoyant des hommes de force pour séquestrer le pape (qui sera libérer par la population romaine) et pourra finalement lever son impôt à sa guise.
Le Roi devient donc le vicaire de Dieu don il reçoit directement son pouvoir. Philippe le Bel ira même au-delà remettant en question l’autorité papale sur le clergé en essayant de rattacher le clergé national à l’autorité du royaume de France : c’est l’avènement du gallicanisme. Il ira encore plus loin en installant la papauté d’Avignon enclavée dans le royaume de France sur lequel il aura de près ou de loin autorité.
Philippe le Bel mettra aussi en place une assemblée de Conseil au Roi avec les Etats Généraux du Royaume en 1302 reflet de l’ordre politique et social du royaume (y compris le clergé) servant à formaliser le soutien nécessaire des sujets à l’émancipation du roi. Il mettra aussi en place des lois régissant le royaume, des lois fondamentales auquel lui-même devra être soumis.
Cours 5 ; le 10.02.10
L’affaiblissement de « l’universalité chrétienne »
Peu à peu émerge l’idée de République Chrétienne (res publica cristiana) qui va mettre fin à l’idée selon laquelle l’Empire est la seule forme politique valable pour les chrétiens.

La société du Bas Moyen-Âge est encore traditionnelle et son modèle politique : l’Empire tire sa légitimité de son ancienneté.
Dans le même temps, après la rupture du XIVème siècle, les pouvoirs nouveaux (mais selon un modèle ancien : le roi) de monarchies qui deviendront plus tard des nations, s’affirment au sein d’un regnum.

Parmi ces royaumes, 2 vont se

Le Grand Schisme d’Occident (1378 – 1417) rencontrer, se faire la guerre et remettre en cause l’universalité de l’Empire et donnant naissance aux grands courants politiques de la modernité.

En délégitimant l’Empire, c’est toute la notion d’universalité chrétienne qui est remise en cause donc l’universalité de l’Eglise. L’Eglise apparaît de moins en moins universelle après le Grand Schisme d’Occident (dissidence de la papauté d’Avignon pendant 150 ans), au contraire s’affirme, aux côtés de la monarchie, une Eglise « nationale » selon le principe du gallicanisme.
Les monarchies affirment aussi une nouvelle logique de lutte : on ne parle plus de Croisades ou de guerre pour la Chrétienté mais de guerre entre royaumes pour la domination territoriale. Les finalités même du pouvoir politique vont donc fondamentalement changer dans le sens de l’intérêt étatique.

Tous les Empires, continueront à se réclamer de l’unité de l’Europe (Napoléon) mais resteront perçus comme hégémonique de la part d’une partie de l’Europe.
Le statut des monarques
Les monarques ont, dès l’origine un statut particulier mais le véritable pouvoir est économique et social, c’est le pouvoir du seigneur. Le Roi n’est qu’un seigneur parmi les autres, l’Empereur est seul à avoir un pouvoir politique institutionnalisé.

Mais, au XIVème siècle, les juristes vont donner au Roi un statut politique égal à celui de l’Empereur sauf que le territoire sur lequel ce pouvoir politique s’applique est limité : « Le Roi est Empereur » mais uniquement « en son royaume ».
L’Empire continue d’exister au centre de l’Europe mais avec des frontières changeantes : TolstoÏ : «  La terre où commence-t-elle et où se termine-t-elle ? ». Pour les monarchies, la question des frontières est essentielle car le pouvoir politique du roi se construit par différenciation avec les autres royaumes et par la défense des frontières. Les juristes (qui réinterprètent le droit romain) vont donc affirmer le pouvoir politique du Roi alors qu’il n’était que « le seigneur des seigneurs du royaume » placé dans une « cage dorée » car il a besoin de la médiation des seigneurs avec le populus.
Le Roi va aussi se renforcer par un principe de succession très ancien : l’hérédité devenue principe dynastique pendant que l’Empereur est désigné par les féodaux (élection).
C’est donc sur tous les plans que la Roi se renforce :

- imperium (pouvoir de commandement suprême : monopole de la force) qui lui donne un pouvoir politique en enlevant la « cage dorée » il passe de suzerain (« seigneur des seigneurs ») à souverain

- majestas (puissance du politique) : affirmer son pouvoir et avoir les moyens de l’exercer d’où la levée de l’impôt et de l’armée.

  • auctoritas : légitimité intrinsèque qui va paradoxalement leur venir de l’Eglise (et no déjà par le peuple comme le disait Saint-Thomas). Les rois sont ainsi sacrés (ils font sacrer leur fils de leur vivant pour assurer la succession puis le principe est tellement enraciné que le sacre se fait à la prise de fonction) par l’Eglise.


Le Roi va agir selon un « bien commun » qui n’est plus patrimonial. Peu à peu, le pouvoir va se distinguer de la personne qui l’exerce : le roi gouverne par la couronne qui est son attribut propre mais qui désigne surtout son métier.
La distinction s’opère entre : - le corps de la personne mortelle du Roi

- ce qui reste le status qui deviendra l’Etat
Les lois organiques de la Couronne vont organiser les rapports entre le Roi et la Couronne auxquelles le Roi lui-même est soumis. Ce Droit construit par les légistes va se bâtir dans tous les domaines : succession (loi salique), non aliénabilité du territoire du royaume.

C’est le cœur de la théorie des « deux corps du Roi » (Ernst Kantorowicz) incarnée par le slogan : «  Le Roi est mort, Vive le Roi ! »
Le XIVème siècle marque la sortie de la « République Chrétienne » et du sacerdotalisme. Le pouvoir royal a pour première caractéristique sa permanence, le terme de « res publica » est beaucoup moins usité que « la Couronne » et le « Royaume ».

Les lois fondamentales du royaume
Les lois fondamentales du royaume vont peu à peu instaurer :

- exclusion des femmes du pouvoir politique avec la loi salique (« le lys ne tisse pas ») et la loi de primogéniture mâle : les femmes ne sont pas considérées ni pour la succession ni pour la transmission du pouvoir car dans ce cas, le Royaume de France serait devenu possession du Roi d’Angleterre. On cherche toujours le parent mâle le plus proche (Henri IV n’est que le cousin au 7ème degré d’Henri III)

  • indisponibilité de la Couronne :

1420 : Traité de Troyes, Charles VI transmet ses droits aux Roi d’Angleterre mais les parlements décrètent cet acte caduque affirmant que la Couronne est indisponible pour le Roi : il n’en dispose pas mais doit se soumettre aux lois qui la régissent (primogéniture mâle)

- indisponibilité du domaine : le Roi ne peut s’approprier privativement une partie du domaine royal qui devient donc un domaine public et plus un domaine patrimonial (le Roi doit transmettre l’intégralité du domaine royal à son successeur).

- catholicité du Roi : précisée au XVIème siècle (car avant évident) après les guerres de religion pour obliger Henri de Navarre, protestant, à se convertir au catholicisme (« Paris vaut bien une messe »). Ce principe va installer la monarchie de droit divin jusqu’à la Révolution Française.
La Couronne étant inaliénable et pleinement souveraine, le titulaire provisoire de la Couronne, le Roi est lui aussi pleinement souverain. La monarchie n’est encadrée que par ce qui la compose : on a donc un « gouvernement des lois » donc pas d’absolutisme.

Mais on a déjà, en germes dès le XIVème siècle, la monarchie absolue avec la théorie du « mariage du Roi et de la Couronne » (« théorie de l’Etat absolu » instaurée en France) : le Roi ne meurt jamais en tant qu’institution.
En France, avec le mariage Couronne/Roi lorsque le Roi est, en tant que personne, contesté c’est le pouvoir de la Monarchie dans son ensemble qui tombe : quand Louis XVI est exécuté, c’est la Monarchie qui meurt.

En Angleterre, les lois fondamentales, font du Parlement un organe de la Couronne si bien que lorsque le Roi Charles Ier d’Angleterre (1ère révolution anglaise) est exécuté, la Monarchie survit à travers le Parlement, seule la personne royale est vite remplacée

Le rôle de la Guerre de Cent Ans
Elle commence comme une guerre patrimoniale entre grands seigneurs (les terres de Guyenne du Roi d’Angleterre sur le continent l’obligerait à être vassal du Roi de France ce qu’il refuse).

Dans la dernière partie de la guerre, elle prend une caractéristique identitaire avec construction des identités l’une contre l’autre (Jeanne d’Arc : « bouter les Anglais hors d’Europe »).

Ce sont donc surtout les guerres qui, en Europe, ont construit l’identité et donc fissurer l’universalité de la Chrétienté.

A la fin de cette guerre en 1450, sous Louis XI, les premiers germes de la Renaissance apparaissent déjà en Italie.
Cours 6, le 24.02.10


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Cours 1; le 13. 01. 10 Chapitre 3 : La délimitation du politique, la société médiévale ou chrétienté iconLa Chrétienté médiévale
«le Moyen âge était-il chrétien ?», à laquelle les médiévistes stimulés ont fourni de solides réponses

Cours 1; le 13. 01. 10 Chapitre 3 : La délimitation du politique, la société médiévale ou chrétienté iconChapitre Préliminaire : introduction épistémologique à la Sociologie Politique
«la plus ancienne et la plus neuve des disciplines Scientifique et Morale». Nous allons démarrer notre ensemble de cours sur cette...

Cours 1; le 13. 01. 10 Chapitre 3 : La délimitation du politique, la société médiévale ou chrétienté iconLittérature et politique Un titre plus exact serait «Littérature...
«Littérature et politique en France au xxème siècle». Ce cours se justifie en termes de science politique, c’est un complément aux...

Cours 1; le 13. 01. 10 Chapitre 3 : La délimitation du politique, la société médiévale ou chrétienté iconLe programme officiel : Cette question est une des deux questions...
«Sociétés et cultures de l’Europe médiévale du 11e au 13e siècle». On peut envisager d’y consacrer 4 heures. Elle doit être divisée...

Cours 1; le 13. 01. 10 Chapitre 3 : La délimitation du politique, la société médiévale ou chrétienté iconFin et compléments du cours, chapitre 6, avril 2006
«désenchantement du monde», qui accompagne l’entrée des sociétés dans la modernité, politique et économique]

Cours 1; le 13. 01. 10 Chapitre 3 : La délimitation du politique, la société médiévale ou chrétienté iconFiche correction pour les enseignants, 2°, Histoire : Société et...

Cours 1; le 13. 01. 10 Chapitre 3 : La délimitation du politique, la société médiévale ou chrétienté iconNé le 4 mai 1963 à Antony (Hauts-de-Seine, France)
«Revue Mabillon», des «Cahiers de Civilisation Médiévale» et du «Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest», «Viator», «Studies...






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