Marx, engels, lenine, trotsky, staline, mao, kroutchev, gromyko, souslov, brejnev, sekou toure, castro, ulbricht, kadar, brecht, jdanov, boumedienne





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deus ex machina, qui n’était autre que le Comité Central, éclairé, vigilant, soucieux des intérêts du Peuple. Le traître était fusillé sur le champ (c’était LA justice qu’ils rêvaient d’appliquer en France), le droit au lopin de terre rétabli. Les paysans remerciaient le Comité Central en versant des torrents de larmes, regardant droit devant eux, en pleine nuit, un nouveau soleil se lever et qui annonçait une ère de bonheur, pur, infini, immaculé, malgré l’injuste disparition du Père de tous les Peuples de la Terre.


L’Echo du Centre


Chaque matin, pendant les six jours ouvrables de la semaine, entre cinq heures et cinq heures et demie du matin, un militant dévoué, pur, dur, convaincu, parcourait la Cité à motocyclette et déposait chez presque tout le monde, sur le seuil, à l’abri de la pluie, entre le volet et la porte d’entrée, L'Echo du Centre. Sous le titre était écrit quotidien républicain. En vérité, l’adjectif dissimulait (mal) l'organe régional du Parti, lequel n'avait rien de républicain, mais tout d’orthodoxe et de grand russe. Se voulant bons, vrais et purs, ils lisaient ce journal. La politique, dont ils attendaient qu’elle établisse le Paradis sur la Terre, les passionnait. Ils faisaient grève, dès qu’ils en recevaient l’ordre du Syndicat, mais Marx, Engels, Lénine (qu’ils n’avaient pas lus et à quoi ils n’auraient rien compris) et les longs discours (un discours était long quand il dépassait une phrase) les rebutaient. C'est des paroles verbales, disaient-ils. Autant pisser en l'air. Il vaut mieux faire des ronds en crachant dans l’eau. Il en faut bien sûr, ça ne mange pas de pain, mais le moins possible. Il vaut mieux une bonne grève qu’un long discours. C’est les fusils qu’il faut prendre, pas la parole.

L’Echo leur donnait leur Vérité quotidienne. Ils lisaient dans ce bréviaire ce qu’ils devaient penser des socialos et de la droite (toujours, ils étaient réactionnaires, hostiles aux ouvriers, s’attaquaient aux acquis, faisaient faire à la France de grands bonds en arrière, la replongeaient en deçà du Moyen Age, dans une barbarie sans nom, etc.). A chaque ligne triomphait le communisme. Là où le communisme n’avait pas triomphé, c’était le capitalisme. Pour que l’horreur soit terrassée, les Saint-Georges du communisme organisaient la lutte, menaient les combattants sur le champ de bataille, écrivaient les épopées de Castro, de Sékou Touré, du FLN, de Nasser, de Gus Hall et Angela Davis, des soldats du Viet-Minh, etc., les guerres de libération qui déplaçaient peu à peu les frontières et grignotaient l’Ouest, les grèves qui éclataient partout dans le monde capitaliste, jamais dans les pays socialistes, ce qui prouvait la supériorité absolue de ceux-ci, où les ouvriers étaient plus heureux qu’au Paradis, sur celui-là.

Le bréviaire diffusait une bonne nouvelle à chaque ligne. En URSS, là-bas, les ennemis du peuple, les contre révolutionnaires, les fascistes étaient écrasés, détruits, battus à plate couture, alors qu'en France, ces salauds tenaient le haut du pavé. Les 99,9 % des voix en faveur du candidat du Parti leur apportaient au coeur le baume qui ravivait l'espoir. Si ça pouvait être la même chose en France ! Ils lisaient en manière de slogans un concentré de l’Humanité, simplifié, résumé, prédigéré, sans mots difficiles, sans constructions ambiguës ou obscures : pas de subjonctif, des impératifs ; pas de conditionnels, des indicatifs ; pas d’autres adjectifs que communiste ou son contraire réactionnaire ; pas de propositions subordonnées, mais des phrases simples et courtes : un sujet, un verbe, un complément et un seul. La propagande pur jus était mise à la portée de paysans simplets ou de prolétaires incultes par des professionnels appointés qui forgeaient les mots d’ordre faciles à répéter. Il fallait « faire mouche », « être efficace », « entraîner », « mobiliser », « convaincre » (les convaincus). C’était toujours la lutte, la vigilance, le fascisme à combattre jusqu'à la mort, les conquêtes ouvrières menacées, les acquis fragiles, les méchants, les revanchards, l’exploitation éhontée des travailleurs, la droite qui menaçait la République que les Communistes avaient jadis établie ou naguère rétablie, les Russes qui nous défendaient, le communisme qui s’étendait partout, jusque dans la forêt vierge, les 75000 fusillés, les récoltes exceptionnelles en Russie, qui dépassaient les prévisions, alors qu’en France elles diminuaient chaque jour, risquant d’affamer les petits, les plans quinquennaux qui se terminaient par un décuplement de la production, les bilans lyriques, la production de charbon, de fer, d’acier, qui augmentait tous les jours en Russie bien sûr, mais aussi en Chine, en Pologne, en Hongrie, en Bulgarie, en Tchécoslovaquie, à Cuba, en Algérie, en Guinée, etc., dans tous les pays frères, alors qu’en France, elle régressait, au point que, sous peu, on ne produirait plus rien dans ce malheureux pays, les bourgeois cupides qui ne voulaient pas que les communistes prennent leur place, les socialistes dont l’essence était la trahison et qui trahissaient jusqu'à la bourgeoisie dont ils faisaient la sale besogne, les paysans contraints de quitter leurs terres par la faute du Capital qui projetait de les éliminer comme s’ils avaient été des juifs allemands. Tout ce qui était écrit dans l’Echo était Vérité. Ils ne relativisaient rien, puisque la propagande était absolue. Si les élus étaient communistes, ils étaient de bons gestionnaires soucieux du seul intérêt général ; socialistes, c’était des pourris ; de droite, ils condamnaient les ouvriers à l’enfer. Ils étaient incités à ne voter que communiste, même aux élections locales. Les villes tenues par le Parti, Le Havre, Aubervilliers, Ivry, Saint-Denis, Boulazac, etc. étaient propres, bien gérées, impeccables. Là régnait l’ordre. Tout y était parfait. L’Echo n’en parlait qu’en dithyrambe. Ailleurs, c’était l’Enfer ou tout comme. Mais, dans les cellules - et il y en avait partout, jusque dans les villages reculés, dont la population n’excédait pas cinq cents âmes, à Saint-Martial de Nabirat, Dournazac, Firbeix, Saint-Léonard de Noblat, Domme, Piégut-Pluviers, Négrondes -, des militants, des vrais, des bons, des purs, dévoués, vigilants, courageux, veillaient au grain et, dans des communiqués vengeurs que l’Echo s’empressait de publier, ils s’indignaient que les élus, de droite ou socialos, osassent attenter cyniquement aux droits fondamentaux des travailleurs, des familles, des pauvres, du peuple de France, des paysans, des exploités.

Le soir, le père lisait le bulletin météo, pour savoir à quel moment semer les graines de radis ou enterrer les endives. Le lundi, L'Echo doublait les pages sports. Ils avaient de quoi lire, listes de résultats et classements. La mère lisait le feuilleton : même si ça n’était pas communiste pur jus, ça allait dans le juste sens de l’histoire. C’était un roman d’Eugène Sue, dans lequel les richards égorgeaient la veuve et l’orphelin pour les dépouiller de leurs guenilles, ou d’Eugène Le Roy qui racontait comment les Croquants brûlaient les châteaux des nobles sans coeur, ou d’une des soeurs Brontë, qui faisait pleurer à chaudes larmes et à longueur de pages sur les malheurs des filles mal aimées. Toujours le texte était adapté en français facile - pas plus de 1500 mots - et illustré d’images pieuses.

Propagande

Moïse s'adressait à son Dieu : « Ta Parole, ô Seigneur, est Vérité ». A partir du congrès de Tours, l’analyse du Parti a remplacé la Parole du Seigneur et la Propagande la Vérité.

La propagande consistait à tout diviser en deux, comme l’enseignaient Sire Matdial et Messire Mathist. A droite, les méchants, les fachos, le rugby, les libertés formelles - id est celles qui étaient réservées aux seuls richards -, les écoles de commerce, les taons, le tennis, le Capital petit, moyen et grand, les patrons, petits ou grands, la plage, les socialos, les champignons vénéneux, les gouvernements de centre gauche, la mode, le centre droit, les bonnes soeurs, De Gaulle, les gaullistes, qui ne représentaient rien, les collabos, les gauchistes, Poujade, les curés, etc. Là était le Mal. Là les hommes crevaient de faim. Là gîtait la Bête Immonde. Là du ventre fécond, sortait en reptations lentes le ça. Là l’homme était exploité par l'homme. Là il fallait lutter. Là il fallait utiliser les libertés formelles pour faire avancer les positions du Parti.

A gauche, le Bien, les Parfaits, les Purs, l'intérêt général, l'anti-capital, le mépris de l'argent, les cèpes, la culture, les girolles, le savoir, la conquête désintéressée de l'espace, l'allongement sans limite de l'espérance de vie. Là régnait la prospérité. Là tous les hommes étaient heureux. Là c’était l’abondance pour tous. Là le pain était gratuit, les kolkhoziens en nourrissaient les cochons. C'était le communisme, soit dans les pays socialistes, soit dans les communes gérées par les communistes.

La Propagande avait beau être fruste et facile, elle coûtait cher. Il fallait acheter le papier des tracts. Il fallait payer l'encre, les stylos, la colle, l'imprimeur, les affiches, les intellos transformés en pisse-copie, les permanents, etc. Chaque jour, commençait une énième campagne de soutien. L'Echo lançait des appels à la générosité. C'était à qui donnerait le plus. En échange, l'heureux donateur voyait son nom imprimé en petits caractères dans le journal. Mimant l'Humanité, L'Echo organisait en juin sa fête, avec vin rouge, jeux, buvettes, sandwichs aux rillettes, bal musette et discours politiques. La grande affaire était les vignettes. Ils disaient « placer » les vignettes et non pas « vendre » les vignettes, qui aurait sonné capitaliste. C'est à qui en placerait le plus. Entre les cellules, la compétition était serrée. L'Echo l’avivait en publiant les résultats de la campagne de placement, classant les cellules suivant le nombre de vignettes placées. Quand il était question de sport, il fallait abhorrer la compétition, sauf quand elle démontrait, comme aux Jeux Olympiques, la supériorité du communisme sur le reste du monde. Le Parti prônant le sport de masse, l'important n'était pas de remporter des médailles, mais que les masses laborieuses participassent au cross de l'Humanité. S’il s'agissait de vignettes placées, les scrupules tombaient. La Propagande se faisait épopée des temps obscurs, à force de chanter les exploits hebdomadaires des cellules Staline, Commune de Paris ou Maurice Thorez, etc., qui plaçaient de deux à dix fois plus de vignettes que les autres.


Liberté, culture, démocratie

Là-bas, au Paradis, c’est l’abondance. Il te suffit de te baisser pour ramasser le pain, les libertés, toutes les libertés dont tu peux rêver, les pierres précieuses, tous les savoirs, les idées, le caviar, la poésie, les fourrures, les voyages.

Ici, dans l’Enfer, si tu veux t’exprimer (à un dixième de ce que tu le ferais au Paradis), il te faut de l’argent : pour payer le papier, pour payer l’imprimerie, pour payer l’encre, pour payer les presses et les rotatives, pour payer les bureaux, pour payer les machines à écrire, etc. Si tu n’as pas d’argent, il te faut passer sous les fourches caudines de ceux qui en ont, toujours les mêmes, qui t’imposent leurs idées, toujours les mêmes. Si tu refuses de te soumettre, tes idées meurent avec toi. La liberté d’expression n’existe que pour ceux qui contrôlent le Capital.

Là-bas, tu déposes un projet et, aussitôt, tu as ce que tu veux, tu as tout gratuitement, tu as les nouvelles diffusées par les agences de presse amies du monde entier, tu as, sans payer un centime, le papier, l’encre, les presses, les rotatives, les bureaux, les machines à écrire, le réseau de distribution, etc. Tout appartient au Parti, donc aux masses, donc au peuple, donc à toi. Tu entreprends, t’exprimes librement, penses comme un vrai philosophe (sans être obligé, comme Lénine, avant 1917, de faire des bassesses pour diffuser tes idées), dis ce que tu crois juste, essayes de convaincre, jouis d’une pleine et totale liberté d’expression.

Ce qui est vrai de la liberté l’est aussi de la Culture.

Ici, dans l’Enfer, si tu veux voir une pièce de Molière ou un ballet comme le Lac des Cygnes, si tu veux entendre un opéra de Mozart ou une symphonie de Beethoven, si tu veux regarder un tableau de Léonard de Vinci, il te faut payer : pour aller à Paris, pour dormir à l’hôtel, pour entrer à la Comédie française, à l’Opéra, au Louvre.

Là-bas, au Paradis, tout est gratuit ou presque, le train, l’hôtel, les musées, les théâtres. Tu paies bien sûr, parce que l’argent n’y a pas encore été aboli et que l’on arrive au communisme total par étapes, mais quelque chose de symbolique, dix ou vingt centimes pas plus. Parmi les spectateurs, il n’y a que des ouvriers et des paysans.

C’est ça la démocratie pour tous, la vraie ; c’est ça la culture pour tous, la vraie ; c’est ça la liberté d’expression pour tous, la vraie : celles qui ne sont pas réservées à quelques-uns, toujours les mêmes, qui ont de l’argent.


Résistance

Faisant commencer la deuxième guerre mondiale en 1936, en Espagne, les cadres, très habilement, manipulaient l’histoire, occultant l’alliance de Staline et d’Hitler pendant trois ans, imitant leurs maîtres de Moscou, qui retouchaient les photos et réécrivaient les textes sacrés. Ainsi, de 1936 à 1945, les seuls résistants auraient été les communistes, les autres ayant été des tièdes ou des complices des fascistes ou des collabos déguisés.

Des faits dont ils prétendaient qu’ils étaient historiques, c’est-à-dire, puisque l’histoire était la science des sciences, irréfutables réduisaient a quia leurs éventuels contradicteurs :

1. Le Parti avait eu au moins soixante-quinze mille fusillés.

2. Les socialistes n’en avaient eu aucun.

3. Les gaullistes avaient fui à Londres, capitale du capitalisme.

Ils ne se souvenaient pas être allés au maquis. Ils ne se souvenaient pas avoir réceptionné des armes parachutées. Ils ne se souvenaient pas des arrestations, de la torture, de la déportation. Ils ne se souvenaient pas avoir attaqué de convoi allemand. Ils ne se souvenaient pas avoir écouté Radio Londres. Ils ne se souvenaient pas avoir fait passer en Espagne des juifs persécutés ou des résistants recherchés par la Gestapo. Ils ne se souvenaient pas avoir organisé de guet-apens contre la Milice. Ils ne se souvenaient pas avoir lu les journaux clandestins. Ils ne se souvenaient pas avoir diffusé des tracts appelant à la lutte armée. Ils ne se souvenaient de rien de ça.

En revanche, ils se souvenaient de l'épuration, qui a commencé en août 1944, quand les armées allemandes leur ont laissé le champ libre. Ils se souvenaient d'avoir tondu des femmes légères. Ils se souvenaient d'avoir achevé d'une balle dans la tête des femmes ou des enfants de collabos. Ils se souvenaient d'avoir dynamité à l'aube les maisons des miliciens avec leurs occupants à l'intérieur. Ils se souvenaient d'avoir pris d'assaut le siège (généralement, une petite maison en ville ou un grand appartement) des organisations pétainistes. Ils se souvenaient d'avoir craché à la gueule des Croix de feu. Ils se souvenaient d'avoir vu défiler les FTP.

L’épuration avait été leur résistance. Ils regrettaient de ne pas avoir tout épuré jusqu'au bout. Ils avaient fait le voeu de purifier la France, en la libérant de tous les ennemis du peuple et des combattants de la France Libre. La mort pour tous les bourgeois, voilà où aurait dû s’arrêter l’épuration. Le Bureau politique en avait jugé autrement, sous le prétexte (fallacieux, on le voyait bien dix ou quinze ans plus tard) que la situation de 1944 (id est les conditions politiques : à Yalta, Staline avait abandonné la France aux Américains : qu’ils en fassent ce qu’ils en voulaient) n’était pas celle d’octobre 1917. Eux, ils n’avaient cure de ce partage du monde. Ils rêvaient d'une épuration qui irait jusqu'au bout. Ils éliminaient les fachos et ce De Gaulle, qui était leur chef, tous les patrons, les socialos, les radicos, le MRP, les bourgeoises portant fourrure, les intellos binoclards, les artisans, les commerçants, les ennemis de la classe ouvrière.

Ne resteraient en vie que des communistes, les vrais, les bons, les purs, les durs, les parfaits, grâce à qui la France deviendrait, à l’image de la Cité, le Paradis.


Gauchistes


Le Parti était le seul qui fût de gauche. Il ne pouvait donc pas y en avoir un autre de gauche et, encore moins, il ne pouvait pas y en avoir un qui fût plus à gauche. Que des militants se situent d'eux-mêmes, de leur propre chef, à la gauche du Parti, plus à gauche que le Parti, leur apparaissait comme sacrilège ou un crime de lèse-majesté : ces révolutionnaires de salon ou de pacotille, qui n’avaient jamais rien fait de leurs dix doigts et dont les mains étaient blanches et fines comme celles des filles, ça n’était que des fils de bourgeois, qui avaient de quoi et ne manquaient de rien (sinon ils auraient été communistes), ça ne pouvait être que des vendus, ça n’était qu’un piège tendu par la CIA, ça n’était que des gauchistes qui, chacun le savait bien, étaient à la solde des Américains et avaient toujours trahi le communisme. Dans son immense sagesse, Staline l’avait compris, qui les avait tous chassés du Paradis. Il ne pouvait pas en être autrement.

Qu'en France, pays des Révolutions et de la Commune de Paris, il y ait des gauchistes, alors que le Parti était fort, puissant, présent partout et qu’il était le seul à vouloir que la classe ouvrière accède enfin au pouvoir (ce qui n’était que justice, puisqu’elle était le plus nombreuse), leur semblait plus impossible que d'aller sur la Lune en marchant. Ils ne comprenaient pas qu'ils ne soient pas interdits. Ils soupçonnaient la réaction de les manipuler. Ils ne voulaient pas en parler, sinon en usant d’insultes. Ils les soupçonnaient d'affaiblir le Parti pour faire le jeu du Grand Capital. Ils les accusaient d'être des noirs, des bourgeois traîtres à leur classe, des jaunes, des collabos, des harkis, pas des communistes. La preuve : s'ils avaient été de vrais, de bons, de purs communistes, ils auraient adhéré au Parti les yeux fermés. Ils s’infiltraient parmi les prolos. Leur mission était d’espionner. Pour le compte de qui ? Mao ? Israël ? De Gaulle ? l’Afrique du Sud ? la Grèce ? etc. Allez savoir. C'était du sel jeté sur une plaie à vif. Parmi eux, il n'y avait que des juifs. Aucun Français, issu du peuple de France, ne pouvait être gauchiste.

Ils les vouaient aux gémonies. Ils voyaient en eux des avatars du Diable. S'ils en avaient connu, ils les auraient dénoncés à la police. Donc ces gauchistes étaient nécessairement stipendiés par la CIA. S'ils avaient vécu six ou sept siècles auparavant, ils les auraient représentés avec des cornes sur le haut du front, des pieds fourchus, mi hommes mi bêtes, au torse poilu, au museau allongé crachant des flammes ou du venin. Dans les années 1960, à mesure que le Parti s’affaiblissait et que les gauchistes grignotaient ses places fortes, les démons se sont transformés en monstres et la démonologie est devenue tératologie. Les gauchistes étaient des serpents au venin mortel, des vipères lubriques, des chiens haletants derrière les femelles, des scorpions qui vous piquaient pendant votre sommeil, des cerveaux secs et énormes posés sur des corps malingres, etc. Ils n'étaient bons que morts. Si Lénine n'en avait pas débarrassé la Russie, ils auraient sapé l'ordre communiste. Il fallait les éliminer, comme en Espagne, de 36 à 39, quand les communistes les avaient fait monter en première ligne pour mieux leur tirer dans le dos. De toute façon, il valait mieux avoir en face de soi un capitaliste qu'un gauchiste. S’il étaient maoïstes, c’était des jaunes. Ils se ressemblaient tous avec leurs yeux bridés, leur uniforme bleu sombre et le petit livre, qu'ils savaient par coeur et qu'ils vendaient même en France. Ils ne parvenaient pas à se représenter comment un livre de tout petit format pouvait transformer l'enfer capitaliste en paradis communiste.

Parfois, ceux qui vénéraient Staline doutaient. Mao voulait que Staline ne meure jamais. Il était en bisbille avec Kroutchev et Brejnev, il ne l'avait jamais été avec Staline. Et si c'était les Russes qui, en reniant Staline, dont la momie avait été furtivement (et nuitamment) enlevée du Mausolée, avaient trahi la Révolution, la classe ouvrière, les paysans sans terre, la dictature du prolétariat ?


Football


Après la SNCF - et tout ce qui s'y rapportait, les trains, les passages à niveau, le BG, les locomotives, etc. - et après Staline ou la politique, mais à condition qu'elle fût communiste, le football était leur autre passion. Suivant que le communisme avançait ou reculait (en France, il a reculé à partir de 1958), ces passions se classaient dans un ordre hiérarchique qui était, lors des avancées de la classe ouvrière, 1 communisme, 2 SNCF, 3 football, ou, lors des reculs, 1 football, 2 SNCF, 3 communisme.

Le football avait remplacé, ils ne se souvenaient plus depuis combien de temps, la messe - et autres bondieuseries de bonnes femmes - comme distraction dominicale. Le dimanche matin, ils allaient aux nouvelles au Moulin Rouge, à la Cave ou au Penalty, les trois bistrots de la Cité bel Air, où étaient composées les équipes et où étaient élaborées les tactiques autour d'un Pernod 51, dans le brouhaha et au milieu de la fumée des cigarettes. Le dimanche après-midi, ils le passaient au stade Jules Dubois, de 13 h à 18 h ou plus, jusqu'à la nuit tombée (alors, personne n'avait de télé). Derrière la main courante, se massaient de belles chambrées, surtout quand il ne pleuvait pas. C'est qu'il y avait trois matches à voir : les cadets (ou les « jeunes », leurs propres enfants qui étaient l'avenir du club), qui jouaient en lever de rideau, la première (ou équipe première, celle des juniors et des jeunes seniors, de moins de 22 ans), puis, en baisser de rideau, la réserve (les vieux, ceux qui avaient plus de 25 ans et qui ne jouaient que pour se détendre, sans passion). Entre chaque match et à la mi-temps de chaque match, ils se rendaient à la buvette, faite d'une table (des planches posées sur deux tréteaux), où ils s'offraient les uns les autres la tournée, un ou deux canon(s) de rouge (du vin de table ordinaire à 10,5°). Certains préféraient le blanc.

Les plus instruits, ceux à qui lire ne donnait pas la migraine, lisaient chez le coiffeur Roquecave
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